Pensine

Les petites nuits sans chat

Je n’écris plus par ici, je me suis installée dans une routine où je n’ai plus de pensée, je ne suis reliée à moi que par la création sous les doigts. Je me force un peu à passer là, à comprendre ce qui retient les mots. Je me dis.. je n’en finissais pas de buter sur ma détresse, alors peut-être, j’ai esquivé. Contourné. Déraillé plus loin sur le papier avec des feutres à alcool.

Dessin à main levée
depuis le tableau Le coup de vent, Léon Spilliaert

Je me sens étonnamment bien pourtant, compte-tenu de ce silence de pensées. Je veux dire, je ne dors toujours pas, je ne suis pas complètement remise du Salon – et j’avais encore des choses à en dire, l’article est commencé, qui sait s’il aboutira – je n’ai pas terminé mes envois de Noël, je crée un peu chaque jour le calendrier de l’Avent des enfants – sauf aujourd’hui, je dessinais – je dois pâtisser pour nos goûters, je ne lis plus qu’à peine.. je ne sais pas exactement où j’ai disparu, simplement, je ne me retrouve plus, et tout au bout de moi je ne vais pas si mal.
Ce que je souhaiterais, c’est le Temps de me créer dans les doigts et les mots, il me manque cette disponibilité-là des journées.


L
es petites nuits à compter les étoiles je songe à un chat lové contre moi, je plongerais mes doigts dans sa fourrure il ronronnerait pour m’apaiser et je m’endormirais. Simplement je dormirais. Assurément, il manque un chat à ma vie, il manque de tous ces chats ayant traversé ma vie ayant disparus m’ayant laissée seule.

Les autres heures je cherche à savoir si je dois si je peux si je souhaite me racheter du thé, je ne sais pas m’en passer, la chaleur la douceur l’odeur.. Et puis il y a les conditions de travail de ces femmes, cet esclavage au Sri Lanka, je ne souhaite pas participer. Pas davantage qu’avec le chocolat. Je me sens prisonnière d’une société extrêmement violente.
Je n’ai plus de thé, mon merveilleux préféré que j’aime à me damner contient des traces de lait – je ne me remets pas – et j’en ai atrocement besoin pour survivre à l’hiver. Alors quoi, je m’aide à survivre en mettant à genoux des femmes d’un autre pays ? Il y a là du désespoir.

Alors dans ce carnet créatif au papier absorbant l’alcool de mes feutres, je me raconte avec les nuits les chats le thé la joie, le manque des uns et des autres, ce manque flagrant et non-contournable de tout ce qui modèle une vie fine et fragile.


E
t puis à quelques heures de là, ce phénomène incroyable. Ce midi nous avons admiré un vol d’oiseaux.. j’ai été touchée profondément, l’immensité m’a survolée, une immensité soudaine et basse comme une couverture étalée dans le ciel et j’étais, moi, dessous, comme figée par l’étouffement soudain qui m’a agrippée la gorge, entourée d’oiseaux, encerclée par ce filet mouvant, otage de la terre sous mes pieds et de ce ciel ayant perdu sa dimension souveraine et inaccessible.

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

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