Alors peut-être

Nous avons dessiné sur l’immense bureau noir, l’une à côté de l’autre. Il y avait cet encouragement à ne pas me disperser, me lever, partir faire autre chose, sa présence me posait. J’existais juste au bout du crayon, du feutre, du paysage, j’étais là et elle à mes côtés.
J’ai visité la solitude depuis la neige, celle quand elle repart. Je fais un reproche au monde, celui qui maintient les distances comme une épée entre deux personnes. Qui meurt, alors ?

paysage enneigé


Il me semble, je pose le dessin comme un anti-dépresseur, pour ne pas sombrer, pour pousser les angoisses plus loin sur le papier. Je dessine au lieu de me dire.

Je porte des mots c’est un peu perdu, un peu lointain-triste, égaré. Il manque le papier spécial sans doute, pour inventer, poser, dire ce qui grippe. Il dit, syndrome de stress post-traumatique. D’accord. Il dit, plusieurs, il dit s’il n’y avait que. J’ai dit non longtemps, j’entends, un peu maintenant, il me semble cerner ce qu’il dit. Je réalise doucement.



J’ai rêvé que je le tuais. J’ai lu hier je ne sais plus où, elle avait rêvé qu’elle tuait une personne et je me suis dit que ah, je ne l’avais jamais rêvé, ça, que je le tuais. Mon inconscient a répondu, il me répond toujours. Il avait étendu du linge blanc et du rouge, tout avait déteint sur le blanc, il y avait du rouge tellement partout je me moquais, j’attendais le coup sa colère sur moi et alors je l’ai tué. J’ai fui, il fallait bien cela, la fuite pour survivre.
Est-ce que cela pouvait arriver, qu’il meurt sous mes doigts, depuis ce matin je me demande. Ou s’il pouvait être autre, je ne sais pas comment tu étais, après, quand tu existais sans la mort.


Sous les yeux, la tumeur grossit. Douloureuse. J’attends qu’elle dégonfle, j’ai l’impression d’attendre longtemps. Alors, il s’agit de quoi qui me gonfle et que j’ai sous les yeux ? Parce que je le sais, l’ief je fatigue, ma solitude je fatigue, l’enfermement je fatigue. Je cherche à me sortir de là. Je le sais. Alors. Quel besoin de me le montrer, de grossir, de s’énerver. Je tâtonne, ça peut s’entendre – ou enfin se voir – je tâtonne dans le faire au mieux.


Il m’a dit, ça ne sera pas une surprise ça te va ? Il m’emmène en Allemagne, si nous trouvons ensemble où nous rendre – j’aimerais la Bavière et la forêt noire, il pensait Berlin et je n’aime pas la froideur de la ville. Pour mon anniversaire j’aime voyager, découvrir des paysages, des arbres. Jamais des gens. Je veux dire, ça ne compte jamais. Les gens. Bien sûr, c’est là que j’en rencontre le plus, même quand j’oublie que ça ne compte pas, que ça fait peur, que je ne suis là que de passage. Il ne faudrait pas croire, j’aime les personnes de hasard, ce sont les plus belles de mes rencontres – je n’ai pas le temps de fouiller. Aucune n’est toi, mais aussi aucune n’est lui, c’est propre, net de déchirures. Je ne peux pas disparaitre, dans les voyages, je les aime pour ça, parce que ça ne se voit jamais tout de suite que je suis incapable de me lier – il faudrait le temps qu’il n’y a pas, en voyage.
Alors peut-être, l’Allemagne ?