Pensine

Fragments

H-Burns – Tigress

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On s’est revu, je n’y étais pas. Il m’a dit il y a quinze ans tu pleurais sur mon canapé, j’ai sursauté ça m’a réveillée mais sans y être, je ne pouvais pas. Je n’ai rien dit rien répondu je pouvais dire quoi, il tentait un secouage yeux dans les yeux. Je me rappelle tu sais. Je pleurais un connard qui avait eu le bon goût de mourir et je ne savais pas comment on vivait après ça. Étonnant, comme choix de souvenir, je veux dire, les larmes. Il est vrai aussi, il est juste, notre amitié s’est datée là-dessus. Des larmes et un état de stress post-traumatique, je marchais devant les tramways et des bras me tiraient brutalement en arrière, je riais comme si je savais voler – et je savais – je pleurais comme si je mourais – et je mourrais – et là-dessus notre amitié dans un appart qu’il me prêtait.
On s’est écouté à partir de là.
Ça ne sera plus jamais ce que nous avions, je ne sais pas ce qu’on tente, j’ai l’envie. Ça prendra une vie entière un peu, pour en créer une nouvelle, je ne sais pas si on va avoir le temps.

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Est-ce que je suis faite pour autre chose ? Le thé entre les doigts, l’histoire avance et puis recule et puis s’arrête et il y a ce quelque chose qui émerge juste un peu pour me faire peur. Je sais toujours, alors, poser des mots l’un à côté de l’autre ? Je ne sais pas ce que j’écris, ce que je dis, je ne sais pas l’importance ou le rien, l’envie de faire crever la mère et pourtant elle tient, tout se tient ou se retient là, sur ce lit où elle décline. La violence des émotions.

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Nous avions gouté au plaisir des mots l’un contre l’autre, les mots serrés de doigts unis et de baisers d’amoureux. Tout de même il faisait frais sous le soleil encore très hivernal, on a appelé les moineaux et on est retourné à la voiture. Cette vision. En moi se sont écroulées les certitudes que rien ne nous arrivera jamais, il y avait la porte grande ouverte, sur un parking c’est si étrange une porte ouverte sur l’intérieur d’une voiture, j’y voyais le monde s’engouffrer. L’insécurité avait brisé ma propre vitre, suis-je donc si instable.
Ce n’était que l’enfant, il avait oublié, nous n’avions rien vu, et la radio était à sa place, tout était à sa place. Je n’ai plus de place depuis les hormones.

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J’écris deux fois un commentaire, je l’efface deux fois, je laisse libre finalement, c’est un peu fatigué un peu abandonné, la peur de dire ce qu’il ne faut pas, du rien du creux du trop. Je crois le silence pire. Mais est-ce que je peux dire qu’on est tous tellement abîmé que ça en devient (a)normal, que c’est complètement fou et qu’on en crève et qu’on en vit, aussi ? Que sans l’écriture j’y serais plus, et que oui, tu dois écrire sans savoir ce qui viendra et que c’est comme ça qu’on survit, dans les mots que tu ne savais pas là, dans la violence des phrases et que la sortie elle est là, dans la langue assassinée et la main vivante et le cœur qui bat qui continue de battre parce que tu crèves sur le papier, parce que si tu crèves là ta vie se tient et un jour elle tient même toute seule presque droite ?
Je ne sais rien.

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J’oublie des mots, des importants, comme serviette ou alors tu sais, le truc là. Plusieurs fois par jour, un mot disparait, d’ici l’arrivée de la ménopause je serai illettrée, j’en serai à perdre les lettres les virgules et les fins de pensées. Je ne me parlerai plus, peut-être. Du silence et du vide.

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Tu me dirais quoi si je te demandais « dis-moi la première chose qui te vient », sans raison sans rien, la première pensée, là, tu me dirais quoi. Tu partirais jusqu’où. Tu confierais quoi. Tu éclaterais quoi.
(Peut-être qu’on passe tous à côté de ce qu’on aurait à dire.)

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LPO de Lattes

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

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