Pensine

Mon invisible

Minim – Johann Sebastian Bach



Elle s’est fait discrète, toute ma vie.
Tellement, je n’en ai jamais parlé. C’était la fatigue. Tu sais.
Alors, c’était un peu contre le monde, un peu contre moi, une échappée silencieuse sans écriture.

Je me souviens de l’école, nous travaillions le français et soudain j’étais en astronomie et je ne saisissais pas comment d’une règle de grammaire on pouvait soudainement parler de Saturne, pourquoi tous les enfants semblaient à l’aise, pourquoi moi j’avais envie de pleurer, je ne comprenais pas ce que je faisais là, avec des planètes et des anneaux et l’espace virtigineux. Je n’osais pas lever la main et dire je suis perdue, ils se seraient moqués de moi on ne se perd pas dans une classe et déjà il n’avaient pas besoin d’aide pour ça, ils savaient faire, se moquer. Alors absolument, je me perdais dans la classe et sur le bulletin il était écrit elle rêvasse. Je ne rêvassais pas. Je n’étais qu’absence.

Je me souviens de ma mère et des gifles, mais tu as fait quoi dehors je t’ai appelée, ça fait trente minutes que je te cherche, tu étais où ? Je n’avais rien entendu, elle était passé tout près de moi et je ne l’avais pas entendue. J’étais absente. Et les coups, ça n’y changeait rien.

Je me souviens aux partiels, des copines me disaient « punaise tu nous as inquiété, tu as passé trente minutes à regarder ta feuille sans rien faire ». Je n’avais pas écrit, je perdais du temps précieux sans le savoir parce que pour moi, il ne s’était rien passé. Je m’étais absentée et je n’avais rien vu.

Je me souviens de m’asseoir sur le lit parce qu’un peu fatiguée, il est à peu près 10h ou 14h ou 16h et quand je me relève cinq minutes après, en réalité 30 minutes, 50 minutes ou deux heures ont passées. J’ai fait quoi ? J’étais où ?

Je me souviens de mes peurs lorsque Prince avait 2 ans, risquait-il de quitter le parc pendant que je ne verrai rien, me réveillerais-je sans enfant ? Je me souviens avoir été plus tranquille pour Hibou, il y avait le grand – 5 ans, était-ce juste.. – pour s’alarmer s’il partait trop loin..

Je me souviens de la vendeuse, elle me demande mon numéro de téléphone. Et puis je la vois s’occuper d’un autre client, je lui signale qu’elle voulait mon numéro et elle me dit avec ce regard bizarre que je vois parfois chez l’autre mais c’est fait, j’insiste, elle aussi, elle finit par me prouver que je le lui ai déjà donné et ce regard méprisant, oh. Aucun souvenir. J’ai effacé. J’ai donné mon numéro de téléphone à une inconnue sans m’en apercevoir. J’efface certes, mais je parle, alors. Je suis là, sans l’être. J’existe donc encore, lorsque je disparais.

Je me souviens de mon visage paralysé, un soir de fatigue, de ses spasmes, de l’œil que je ne peux contrôler. Il m’a semblé, une minute à me demander ce qu’il m’arrivait. Suis-je fiable, étais-je présente sur toute cette minute-là, les suivantes ? Où suis-je, dans ma vie ?

Je me souviens que je ne me souviens pas.
C’est particulier. Insaisissable.

Maintenant, je sais. Parce que j’ai inhalé l’huile essentielle de Sauge sclarée et que depuis, mon système nerveux dysfonctionne. Douleurs neuropathiques sur les avant-bras, migraines, absences. J’ai du retirer 4 autres huiles essentielles de ma pharmacie, j’apprends.

J’ai la grande joie de comprendre enfin. J’ai la tristesse des maux de tête – je viens de passer 5 jours sous une migraine et un point dans le cerveau que je sens vriller. J’ai la colère des heures perdues. A jamais, elle se perdent. Je ne pourrai jamais rattraper les disparitions. Plus amusant, j’ai quelques hallucinations visuelles. Une théière fumante alors qu’elle est vide et pleine de poussière, un chat qui marche dans mon appartement alors que non, tellement pas de chat chez moi, une porte ouverte qui est fermée.. Je m’invente un monde inexistant, ou alors je perçois un univers parallèle – la thèse me plait, dans ce monde-ci j’ai un chat.

L’épilepsie n’est pas très encombrante chez moi, tout juste on pourrait l’apercevoir en s’en donnant la peine ; ma Doc m’a dit ce ne sont que des absences on ne touche à rien, alors, pas de traitement.

Je m’absente, j’ai mal à la tête, je grille un peu de temps en temps et ça devrait aller. Je ne suis pas certaine que cela mérite beaucoup plus de choses à en dire, sinon que je fatigue qu’il y ait toujours quelque chose pour ne pas aller droit chez moi. Je compte un peu sur mon cerveau pour arrêter ses bêtises.



fleur
(j’ai voulu écrire « fleur » et j’ai tapé felure)

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

2 commentaires

  • ddc

    Eh bien… mieux vaut savoir tard, que jamais ! Je ne savais pas que l’épilepsie pouvait se manifester par des absences…
    C’est un comble que ce soit la sauge sclarée qui t’ait déclenché ça, a priori elle est censée aider. J’ose pas te conseiller le persil frisé du coup !
    « ce ne sont que des absences »… euh oui enfin quand même… -_-‘

    • Dame Ambre

      J’allais t’envoyer un petit mail justement, te dire que je ne t’oublie pas. Juste mes journées sont chaotiques sur bien des aspects en ce moment. Je pars 15 jours, je te réponds à mon retour <3

      Oui n'est-ce pas.. et là je viens de découvrir qu'il y avait aussi la gaulthérie et le laurier noble (ça brûle les bras c'est épouvantable la tension que ça génère en moi). Elles n'étaient pas dans la liste, mais comme j'ai réagi de nouveau j'ai cherché et.. elles sont neurotoxiques. En huiles essentielles, c'est devenu très restreint pour moi 😡

      Oui.. Il y a 2 médecins dans ce cabinet, et la seconde (vue en urgence pour des migraines) me fait passer un IRM pour vérifier ce qu'il se passe dans le cerveau avec l'épilepsie (j'ai beaucoup de migraines) et ensuite elle veut m'envoyer vers un neurologue. Plus efficace, cette Doc 🙂 Donc.. à suivre.

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