Voyage

Pise (Pisa), il y a quelques jours – 16 avril

Il dort. Je me suis réveillée bien trop tôt, il dort, et je suis dans un silence remarquable. Je voudrais ma vie entière cette sérénité. C’est absolument savoureux. Une petite vie à deux, une petite vie à seule, si insaisissable habituellement. Je ne me savais plus exister, ni ainsi, ni même précisément. J’étais devenue un récit, imprécis et négligeable. Je suis réunie pour encore quelques jours, j’ai quel espoir de savoir conserver ça ?

L’Italie c’était le silence à deux, savoureux autrement. Magnifique. Un apaisement jamais rencontré ailleurs, ni en France ni en Espagne, ni en Suisse, ni au Canada, ni.. – mince, j’ai voyagé un peu dans ma vie finalement, je ne réalisais pas. L’étonnant c’était les sites touristiques si apaisés, les militaires si souriants, les commerçants si gentils, les regards tranquilles, rieurs.

et jamais tu ne t’écroules


Parce que le bivouac s’est avéré compliqué puis impossible pour bien des raisons, nous avons dû prendre des hôtels et donc écourter drastiquement notre séjour – le budget s’est étranglé. J’ai profité du wifi pour partager nos journées en photo, petit aperçu ici et là sur instagram. Très peu, mon téléphone n’est pas une ferrari et puis moi je ne sais pas cadrer avec, il me rajoute de la vie à ce que je vois sur l’écran, je crois cadrer et non, c’est autre chose qui ressort, en haut ou en bas, à droite toujours, je n’y comprends rien à ce téléphone. Je n’ai pris ces photos que pour le partage instantané, poser un peu de mon regard sous le votre. J’ai aimé.

il y a plusieurs photos à faire défiler ↝


Et alors Pise, c’est autant de personnes à se photographier retenant la tour. Je comprends mieux comment elle tient penchée, avec tous les gens jour après jour qui la retiennent, l’empêche de s’effondrer. C’est un jeu pour la remettre droite, une énergie folle à chaque seconde et ça fonctionne, c’est fou n’est-ce pas mais ça fonctionne.
J’ai joué à vous photographier retenant le vide, vous étiez d’une beauté époustouflante dans chacun de vos gestes – et je n’ai pas réussi, c’était difficile cette rapidité à appuyer sur le bouton, aucune maîtrise, cadrage raté. J’ai essayé mais finalement ça ne rend pas exactement ce qui se vivait là, en cet instant précis, cette retenue du corps des mains des pieds – des fesses, je l’ai ratée elle était juste sublime cette femme – il y avait une magie impressionnante, une énergie phénoménale à vous voir dans ce geste sans cesse répété.. c’était une danse, une chorégraphie des corps..


Je ne peux m’empêcher de retenir de Pise ces sourires, cette dentelle des corps, une volupté intime – je n’avais pas été invitée – à jamais pour moi cette ville ce sera les corps, toute cette vie, cette énergie à retenir une tour qui ne s’effondre pas. Une sorte d’immortalité où l’importance du geste se perd puisqu’il n’y a rien à retenir, une jouissance folle dans un profond mystère, parce que vraiment, pourquoi chercher à rattraper ?

Depuis, je ne tombe plus.







L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

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