Pensine

Intimité

Ninze – Old Chap (Billy Caso’s Pineapple Remix)



Au cœur de l’hiver, le soleil toujours. Les soirs s’allongent, je me suis remise au café. Cela m’étonne maintenant ça raconte quoi ces cafés juste là après vingt ans d’ellipse, quelle insuffisance, qu’est-ce que je retrouve dans ma vie. C’était avec l’autre, la fin du café. Je tombais. C’était lui, que j’aurais dû arrêter. Et garder le café.

Un matin j’ai cuisiné . des lasagnes . avec des épinards de l’ail des oignons des tomates une sauce des épices des larmes. Elles étaient délicieuses. Plus tard j’ai ajouté des cookies, avec le café c’est ce qu’il faut, des cookies. Certains soirs, il part. Parfois j’aime parfois ça m’indiffère, je me demande alors si je suis normale. Si ça va, en moi. Ce que je suis, comme mère, comme femme. Suis-je une vie qu’il faille rencontrer. Toutes ces fêlures, cette survivance, pas de murs solides.. j’ai avancé mille fois pour me retrouver là, dans cette maison avec cet homme avec ces enfants, à pleurer sur des lasagnes juste parce que c’était toujours brisé. Ils vont devenir quoi, ces enfants nés de failles plus grandes que le monde ? Je deviens qui, avec mes valises fatiguées. C’est facile, la bascule, se faire mal, sauter. Je saute ?

Il dit attend. Que tu vas sortir de là. Il dit l’amour sauvage puissant inaliénable, il dit attend.


Je ne bouge plus.


Il dit je peux t’embrasser, là ?
Je ne dis pas toujours oui.
Mon corps ne sait pas encore faire la différence, je ne dis pas toujours oui et c’est ce qui me sauve.


Nous avons détruit ce que nous avions bâti, des murs trop hauts, des murs trop épais, des murs. C’est comme ça qu’on a respiré, à deux, ensemble et puis pas toujours. Nous sommes deux vies, nous avons deux vies aussi, alors. Un couple et deux vies et deux enfants, ça fait cinq.
La première fois j’ai craint, tremblé un peu, il y avait l’odeur tu sais. Une autre odeur. Nous sommes cinq, et puis les autres, et puis moi. Je l’aime, dans sa présence dans son absence dans sa vie loin dans sa vie là. Moi je ne sais pas faire ça, partir. Quand je pars je ne reviens pas, ça je sais faire. Tu le sais toi, que je ne reviens jamais.

Il dit attend.
Je ne sais pas pourquoi toujours il faut soigner les jours passés, pourquoi ça blesse autant, ce qui est mort. Je ne supporte plus bien les gens, ce qu’ils disent, ce qu’ils balancent des autres. Très difficiles à supporter, les gens. Il me semble que chaque acouphène est une personne qui crie trop fort. Ce n’est pas supportable, vous faites silence quand. Il dit les acouphènes aussi, il dit l’épilepsie aussi. Il dit, tout est lié, il dit on va prendre soin. Mais si je me délie, je tiens comment ? Il se passe quoi ensuite, est-ce qu’on effondre la base et je deviens phénix pour y survivre ? C’est quoi la vie sans trauma, est-ce que je vais m’oublier. On survit comment à tout ça, ensemble ?


Je bois du café, j’oublie la raison.
J’attends.

.








L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

2 commentaires

  • Marie Kléber

    « Je ne sais pas pourquoi toujours il faut soigner les jours passés, pourquoi ça blesse autant, ce qui est mort »
    Je me pose cette question en ce moment aussi.
    Je laisse le temps mais c’est dur de laisser le temps faire son oeuvre. On croit que tout est dit, sorti et tout revient avec une telle force que notre équilibre s’en trouve menacé.
    Des pensées

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