Pensine

There’s no laws or rules to unchain your life

Cat Power – Hate



Je l’entends, il me dit prends soin de toi.

Il a pensé que mon maquillage était trop vieux, il a quinze ans. Vingt-cinq ans minimum pour le fard à paupière – je l’avais chez ma mère. Je suis restée avec l’idée qu’on ne gaspille pas, que ces produits vont très bien. Je m’en sers si peu pourquoi acheter quoi que ce soit ? Cela doit faire un an ou deux qu’il me dit que humm, ils datent, il n’y aurait pas un risque ? Je ne sais pas. Je lis qu’il faut changer tous les 6 mois à deux ans, selon le produit. J’ai tout conservé, il n’y a pas eu de changement d’odeur, ni de matière, pas d’allergie, pas de bactérie. Je ne dis pas que c’est raisonnable. Je ne dis rien.

Deux fois par an j’esquisse sur mon visage se qui tient de la fête, de l’exception, je mets un mascara noir, un fard à paupière bordeaux, un trait noir dessus un trait noir dessous. Je suis dessinée.

Toute jeune j’étais jolie. Jolie comme ça.

Je savais me mettre en valeur, peindre ce visage et en faire quelque chose. En cinq minutes, c’était fait. Pas de fond de teint – jamais posé ça sur ma peau. Quelques coups de crayon-pinceau et je n’en parlais plus. Alors pourquoi un jour j’ai tout arrêté ? C’était quoi, me plaire. C’était quoi, plaire. Mettre en valeur, ça veut dire quoi. Il ne fallait plus être vue ? J’ai disparu. La fatigue, la maladie, les enfants, le quotidien, j’ai été avalée.

Si je fouille juste un peu la surface, ce n’est vraiment pas très loin, il y a ma mère, d’abord. Et son injonction répétée lorsqu’elle me voyait trainer en chemise de nuit : tu dois plaire, tu dois être bien habillée et maquillée sinon tu feras fuir ton mec. Alors je me suis maquillée, je me suis habillée, je me suis prostituée pour que S. ne me quitte pas, et puis tout de même j’ai fini par demander l’avis de S. Ce fut clair, tranchant. Si je grossissais il me quittait, je devais être plaisante, je devais plaire à tous mais ne regarder que lui, me maquiller c’était la base. Mais tu fais ce que tu veux tu es libre. Je me suis maintenue à ma taille 34 et j’ai continué à m’habiller chez les ados, je me suis maquillée, j’ai dépéri, j’ai déconné.

Sans doute, c’est ce que j’ai fini par lâcher ? Lui, d’abord. Avec la difficulté des personnes sous emprise. Et puis petit à petit tout le reste. Aujourd’hui je ne sais plus me plaire. J’ai quarante-deux ans, je ne sais plus.

J’apprivoise.
Cette attente, elle me fait voir comme je ne sais pas prendre soin de moi.
Je ne dis pas qu’il faut en passer par le maquillage pour ça, je dis que moi, j’ai ce besoin. Me réapproprier cette image-là. Plus saine.

Je suis passée sur quelques sites et puis j’ai fait des choix.
Je reprends à zéro. Je jette tout l’ancien. J’achète.
Fards à paupière, crayons, pinceau, rouge à lèvre, mascara, vernis.
Végans, éthiques, à peu près propres.
Me plaire, la base.







L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

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