Sous la pluie

Lights off

Un soir je suis partie. Je n’étais plus sur aucune carte existante. Plus personne. Je ne savais pas tout ce dont on a besoin pour disposer d’une identité, d’une fonction identitaire.
Ça ne tenait plus, je ne l’ai pas vu. Il y a eu un faux pas, une flic défaillante trop sûre de son pouvoir parce que le flingue sur sa hanche et moi sans peur et j’aurais dû et LeChat qui a peur pour deux, mon agacement et puis le sien et puis ce téléphone qui se met à sonner et dans ma tête le dérapage s’enclenche sans conscience aucune de la bascule. À quelques minutes de là, en sécurité sans Police et parce qu’une petite fille – pas si petite – a tapé sur la voiture et que c’était comme taper sur moi dans ma tête dans mon cerveau directement, je suis partie, j’ai hurlé et je suis partie. J’ai disparu.

Je me demande, combien y a-t-il de moi, encore.
J’ai disparu.. combien de moi est revenu ?

A l’intérieur de moi il fait noir, comme dans l’espace mais sans étoiles sans planètes sans rien juste noir.
Je me suis retrouvée là, dans ce noir-là, sans moi. Sans limite de moi. Je ne savais pas qu’on pouvait disparaitre, ne plus exister et en avoir conscience. Être libre, être liquide, être sans consistance être sans être.. plus de corps, plus de soi, plus de rien. Plus d’histoire. Aucune existence réelle.

Me reformer, revenir, je ne suis pas certaine d’avoir réussi pleinement.
J’ai eu très peur, plus tard.
De cette disparition.
Tellement.

Quelques personnes m’ont parlé de dissociation, à mettre en lien avec le syndrome de stress post-traumatique complexe (SSPT-C).
Juste à la suite, j’ai pris l’anti-dépresseur et l’anxiolytique – j’arrête de faire la grande. Depuis, les angoisses sont gérables – oui, elles passent par-dessus. Elles débordent et je laisse faire. Je pourrais augmenter l’anxio, je préfère écouter. Prendre soin. Une angoisse après l’autre. J’y travaille, il m’aide, nous sommes deux à me ramener dans la vie.
Parce que je sais mettre la douleur à distance et que j’en suis à écouter mon corps, je l’entends davantage elle aussi, je la ressens plus fortement, je la vis. C’est difficile, toutes ces angoisses, toute cette douleur dans le corps.
Je suis fatiguée.
Tellement.

Je ne sais pas toujours où j’habite, où je suis, ce que je dois dire. L’envie d’en finir s’est cachée sous la pilule blanche, je me suis remise à lire quelques articles dans des magazines, les livres me noient, je n’écoute plus de musique. Je suis en déséquilibre, je prends une minute après l’autre lorsque je suis connectée à moi.
Souvent, je suis ailleurs. Par , aussi.


Siamang











L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

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