Pensine

Ces jours où je suis là

J’ai repris la lecture avec la lenteur des condamnés et la curiosité légère. J’ai jeté deux livres aux orties, formidables parait-il. Je m’y suis ennuyée tellement, je ne savais plus la différence entre l’écriture ratée et mon brouillard intense, lequel des deux m’empêchait le plus de me couler entre les pages. Au troisième j’ai plongé. Je suppose, cela veut dire que je vais mieux – ou qu’il est intéressant, cette fois. Je mets des jours pour chaque ouvrage, des semaines la première fois. Lente, si lente à retrouver les mots des autres. Alors les miens..
Une concentration étonnante, un peu comme des lianes, me relie aux livres. Elles se brisent soudainement, parfois. Et alors je n’ai plus d’équilibre, je ne tiens plus à rien. Il fait 438 pages, je suis lassée de tout ce fatras. Finalement. Intéressant mais trop long, je devrais l’avoir terminé depuis des jours et il est là, entre mes mains, sous mes yeux, trop lourd, presque indigeste. Tant d’efforts pour une histoire inventée..

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Un soir – hier – nous sortons acheter à manger et nous ne rentrons pas, il y a cette idée saugrenue qui me traverse, le refus du restaurant proposé et l’envie le désir la rage presque de rester dehors, au bord de l’eau, manger là dans le petit vent chaud-frais. Ce besoin sidérant d’être dans la vie, et surtout surtout ne pas y être enfermée. Il me semble n’être vivante que là, dehors, avec la Terre. Et la photo alors, la photo pour y rester liée.

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Un soir la sorcière survient, je coupe le feu et puis il y a cet esprit et ce bruit qu’il fait dans mon oreille et cette vision fugace de sa consistance, cette sensation si intense de présence à côté de lui de moi. J’avais oublié, j’avais oublié ce que ça faisait, d’être une sorcière. D’être connectée à moi, connectée au Monde. Être dans un Tout. Comme s’il y avait un sens à tout ça.
Un autre soir je tire un fil, à peine, quelques minutes et une histoire se déroule, je ne me remets pas de tirer des fils et de faire survenir des histoires collées si sévèrement que je ne sais pas vraiment, comment j’ai fait en ne tirant qu’un si petit fil, pour que son jeune inconscient me dise soudainement j’avais trois ans maman, il s’est passé quoi quand j’avais trois ans. Je suis donc là pour ça il est là le sens, faire tomber les mots et les traumatismes des autres ? Et si moi je veux faire tomber les miens, ça compte ? Il y a qui, pour tirer sur mes entraves ? Qui, pour rattraper ce que j’ai vécu.

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J’ai laissé partir mes petits. Je n’ai pas sourcillé. Ils ne savent pas comme je les aime et comme je suis épuisée, aussi. Comme je n’existe plus. Comme je me bats. Ils sentent évidemment, et puis je leur ai dit aussi, et pourtant non ils ne savent pas. Prince m’a dit tu prends beaucoup de médicaments non ? Oui. Trop mi amor. Bien trop. Mais je travaille comme une folle à vivre dans le présent, à faire dégager ce SSPT-C, à exister sans mes ombres, sans ma mère les murs les poings. Sans S. Je fais mes exercices tous les jours, et aussi je rate au moins un repas, je m’accroche, je tente je tente je tente
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Jacobée (sauf erreur)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

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