Pensine

Un instant c’était mieux

Au fond c’est peut-être cela, l’existence. Se taire et rêver qu’on se souvient, souffler sur les souvenirs et rencontrer des gens plus bizarres que soit, marcher sous les cascades, ressentir l’envie de pleurer hurler frapper, sourire encore un peu. S’évader. Ne pas – revenir.

Dans la cuisine j’ai préparé une tarte pêche-abricot-amande au milieu de haricots de courgettes jaunes et de blettes généreusement offerts depuis le jardin de la fille de ma voisine, une pagaille de légumes merveilleuse – j’ai nourri le chat quelques jours. Elle m’a dit on vous en redonnera et vous aimez les confitures de framboises, de myrtilles ? Ma voisine a des trésors à partager avec moi, j’en suis encore perplexe.

Elle est installée là depuis quelques mois, je m’occupe de Sushi – le chat le plus terrorisé du monde et au-delà – lorsqu’elle part. Il avait tellement peur ce chat, il fuyait au moindre bruit sous une voiture – qu’elle soit en train de rouler ou garée. La pensée me traversait souvent qu’un jour je serais responsable de sa mort, c’était terrible à penser.
Maintenant je le caresse.
Il me regarde avec son œil valide et puis il approche la tête, m’accepte. C’est un exploit. Il regarde de loin le reste de ma famille, il ne s’enfuit plus mais ne se laisse pas approcher non plus.
Je suis une fée des chats, peut-être.

Je relève la tête.
Pas trop. Un peu.
J’ai réussi à écrire un mail, parmi tout ce qui est en attente, un mail à lui, pour lui répondre parce que. Mais moi je voulais du silence.

Je m’oblige à un défi dans une journée, quelque chose qui bouscule l’inertie qui est mienne depuis des mois. Alors, quiche de légumes, couscous, tarte, lasagnes, cookies.. quelque chose. Parfois je me rate je regarde l’Univers tourner, je fais cuire des pâtes lettres ou je casse la porte du four tout neuf.

Prince

A tour de rôle, ils adorent ma cuisine et soudain un « non je n’aime pas » absolument catégorique fuse en regardant cette chose sur la table, et puis ils goutent, ils adorent. Finalement. Ils sont si certains de savoir, je me demande comment j’arrive encore à les avoir d’un simple « non mais goûte, tu aimais ça la dernière fois » très réellement consterné. Il me semble, ils poussent leur affirmation de soi si loin, parfois, si loin que Hibou sort en robe verte de toute façon on me prend déjà pour une fille alors, et puis moi dedans je me sens fille et garçon. Si loin, il disparait dans les forêts et on lui court après pour ne pas le perdre. Ou jusqu’à revenir bleuis et griffés du jardin, parce qu’ils ont couru sur le haut et frêle muret en s’accrochant au défunt pommier.

Tout meurt dans ce jardin depuis que je ne suis plus là, le pommier le lilas le groseillier les arbres aux fleurs roses tous ont rendu leur âme à mes pieds, il nous reste les troncs. Parfois je passe et je coupe, je retire la mort une branche après l’autre, l’impression de coiffer, de retirer des nœuds. Je ne touche pas au pommier, trop gros, je ne suis pas prête à son vide.

J’apprivoise. Le chat gris et blanc, mes rêves les nuits où mes yeux se ferment – le veulent bien – mon nouvel agenda de rendez-vous et de gratitudes, mes jours sans anxiolytique. La Doc m’a dit, vous avez une telle force. Elle croit en moi, ça m’a aidée. C’était juste simple. Je me suis sentie mieux, les angoisses se sont faites légères, j’ai recommencé à rire vraiment et à photographier avec l’âme en fleurs et puis. Un rêve-hypnose. Lentement, ça ressort. Ce rideau noir sur les souvenirs, il prend un coup, il soulève l’enfance, la sort de la cave. Se lave les mains très fort. Je me suis dit que c’était formidable que ça me revienne, même si.
Seulement depuis dans ma tête je me démolis, je suis nulle stupide ridicule idiote, folle à lier. Je fais tout si mal, me dit ma pensée. Comment l’enrayer ? Il y a tant de travail, à chaque instant de vie.
Seulement depuis LeChat me dit tu pleures la nuit.
Je pleure le jour, aussi.
Tout à l’intérieur.
Avec une enfant vide dans les bras.










L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

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