Pensine

A confondre les distances

Colleen – Moonlit Sky



D’une discussion à l’autre – avec beaucoup d’amour et un seul bonbon dedans – mes enfants se sont mis à courir cinq minutes chaque jour, et je ne sais pas, il n’était pourtant pas question du syndrome du chameau mais voilà pourtant, je me suis dit moi aussi je peux. C’est comme ça que j’ai mis un pied devant l’autre en balançant un peu les hanches, en courant et en marchant également parce que les muscles sont scandalisés, ils parlent de déchirure alors je me calme un peu, j’apprends. Je suis fière, quelques minutes minuscules qui me remplissent de joie, je reviens à la vie, je suis là, je réapprends à occuper mes journées autrement qu’en fixant un point là, devant.
Il m’arrive de songer à sa phrase, je triche m’a-t-il dit. Je lutte contre elle et je ne peux parallèlement m’empêcher de songer qu’il y a du vrai, que je ne sais pas réellement comment je suis à l’intérieur, que la blancheur s’avale et qu’elle me trompe assurément, je vais mieux sans être certaine de ce qui tiendra à l’arrêt de l’anti-dépresseur.


cascade du Queureuilh
Cascade du Queureuilh


Quand il me demande où j’en suis de ce nous ravagé, la vie est trop basse pour qu’elle me ramasse, je n’y suis pas, mes rêves griffent le réel – le brouillard me tient encore. Je lui écris de mon mieux sans être toujours en accord avec l’émotion contenue, et ce depuis une surface à peine esquissée. Mon quotidien, effacé. D’une voix un peu cassée, j’écris ; il n’entend pas vraiment, il a ses propres soucis. C’est toujours un peu cela, finalement, qui se joue. Je n’ai pas la parole suffisamment forte, je n’y tiens pas et peut-être que lui non plus.. nous écrivons-lisons à côté de ce qui ne se dit pas.
Depuis, je me sais plus solide – de la solidité tenue par une pilule blanche. La vie s’enroule autour de mon corps, je me suis même replongée dans le plaisir des livres – un ouvrage, une journée, quelques heures où je disparais – les souvenirs se disent dans des oreilles effarées, la chute du corps régulière. Il me faudrait les écrire, les retenir par les mots. Que cela prenne sens, un peu. Un ensemble d’enfance écrasée contre des murs, il y a des lambeaux à raccrocher aux os. La mémoire n’est pas immédiate, elle traverse. Le souffle est sans suite, inachevé, il me faudrait recoudre avec grande finesse toutes ces respirations hachées. D’ailleurs je ne respire pas, l’air passe difficilement..

Je dors par éclats de sommeil. Il se disperse certaines heures, fluide parfois, entrecoupé souvent. L’esprit est troublé. Lucidité des ombres, je me lève, je m’effondre – une partie du matelas me récupère. Je le nommerais ainsi, le dénuement face aux nuits et alors rien ne peut tenir, surtout pas des jambes à la jeunesse égarée.


Cascade du Queureuilh



Et alors un soir une nuit je pars, les bagages arrachés à la dernière minute de toute une vie fatiguée. Je retrouve A. autour d’une salade, j’ai oublié le livre j’ai oublié mon carnet mais j’y suis, à parler à écouter à rire à confirmer que ah, c’est compliqué le SSPT l’autisme les gens tout. Une merveille que cet instant, ce restaurant, elle et moi et la sensation d’être vivante. De compter, d’exister. L’amitié vraie you know.
Je suis venue seule sans l’inquiétude de la traversée, je croise cette ville qui m’a vue naître, j’arpente ses rues de soleil dans son immensité. Je déniche des livres formidables pour nous accompagner dans l’école à la maison – et ils adorent, je leur fais un atelier d’écriture et tu le crois ? j’écris avec eux, je sais encore, c’est fou mais je sais encore – je me procure de nouveaux vernis – bleu, rouge nacré, émeraude,.. mes doigts déclinent un arc-en-ciel. Je respire si loin, le soir j’apaise quarante-cinq minutes de crise incernable sans bouger en moi, sans angoisse, j’attends qu’il ne pleure plus, je chante sa chanson de bébé et il finit par s’apaiser, comme ça, avec ma main sur son dos qui caresse doucement – la seconde crise est plus exigeante, il frappe, je m’agace. La peur d’avoir mal, je n’y arrive pas.

Quelques heures et quelques trains plus tard, je retrouve une autre A. pas vue depuis si longtemps, un millier d’années a défilé dans celle qui vient de passer et pourtant nous étions comme à s’être quittées la veille, un bonheur à se revoir, à tisser une relation si profonde, soudainement si profonde. Une nudité nouvelle. Un bouleversement. Je l’avais pressenti, et pourtant cet étonnement en moi, toujours, de ce que la vie réserve de trésors.


Géranium Herbe à Robert
Géranium Herbe à Robert

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

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