Pensine

C’est que, ça suffit

Isaac Delusion – Land Of Gold


Et toujours, j’attends. En réalité je me dis que non, je vaux mieux que ça, je n’attends rien, que je m’en fou, aussi. Une part de moi, si petite que j’ai du mal à la prendre en compte comme existante, cette part attend espère croit se dit que. Je finis par m’en apercevoir forcément, difficile de se cacher pourquoi on la regarde cette boite mail. Mais elle est vide, il ne dira pas qu’il ne vient pas, il ne dira pas qu’il vient. D’ici quatre mois si on suit les derniers rythmes sur quinze années écoulées, j’aurai un mot disant que ah, au fait, si on se voyait ? Je me crois tombée dans l’idiotie la plus parfaite. Réellement j’attends purement une confirmation de non venue afin de rayer l’information de la liste d’attente que j’ai derrière les yeux en permanence. Et bien que j’ai la plus grande certitude quand au fait que je n’aurai pas de nouvelles à ce qui était pourtant sa demande propre, je me campe dans cette attente pour mettre à jour mon calendrier neuronal. N’est-ce pas ridicule.
Agacée, je suis.

lion


Il me semble.. je ne saurai pas bien le dire mais il me semble, j’attends trop pour être sereine, la vie défile et il n’y a pas tant de temps à sacrifier. Lorsque je tente de me questionner, j’entends pleurer et alors les rêves qui suivent m’enterrent, il y a toujours ma mère. Je ne m’échappe pas, j’affronte ce qui remonte. Je voudrais parfois l’écrire pour ne pas perdre le fil. Et puis la vie m’appelle, je me suis même remise à la cuisine, je fais un pain d’une texture incroyable, il a la tendresse des matins. Mes enfants ont abandonné l’industriel pour lui, vous savez, ces biscuits qui nourrissent essentiellement le porte-monnaie des autres, je ne suis que fierté. J’ai même découvert comment épaissir l’appareil d’une quiche sans œufs – je n’ai rien trouvé qui me conviennent sur les blogs, j’ai inventé j’ai réussi.
Me voici à faire ce pain tout doux chaque soir, pour le petit déjeuner de mes petits-grands. Ce bonheur.


Il m’arrive d’avoir cette envie de hurler, crier que j’existe, je me demande si je ne cours pas pour me le dire à moi-même, je suis là. Je cours un nombre incroyablement petit de secondes collées les unes aux autres, mais je viens d’en rajouter quinze hier et croyez-le si vous le voulez, je suis fière. J’ai dû m’arrêter, je sentais glisser les muscles hors de moi – comment le dire autrement. LeChat a tenu à ce que je m’achète des vêtements adaptés et je n’ai pas refusé, j’ai essayé deux leggins neuf tee-shirts une brassière, j’ai pris 1, 2, 1 dans cet ordre et j’adore la sensation sur le corps, ces vêtements comme une caresse qui me serrent de proche, je les porte et j’ai la sensation d’être vraiment dans le vivant. Je devrais peut-être revoir ma garde-robe, entre me sentir belle et me sentir vivante, je n’ai pas forcément fait le choix adéquat jusque là. Je me dis.
Je fous un coup de pied monumental à la maladie, celle qui est en train de gagner du terrain, de s’aggraver, de me mettre à terre. Il y a peu j’ai couru quelques secondes sous la pluie pour me mettre à l’abri, j’ai mis quinze jours à me remettre. Quinze putain de jours. Brûlure intense de la cuisse, impossibilité de marcher, glissade folle des organes vitaux vers le bas. Comment le dire que je n’en peux plus de lâcher-prise, que j’ai besoin de vivre une vie où je marche, où je cours, où j’ouvre les yeux chaque matin sur une sensation de beauté et non de mort imminente, comment le dire que ce n’est plus possible, tout ça ? Qu’à l’écouter ce corps, je ne peux plus rien faire ? Que porter mon appareil photo est si douloureux, je me blesse les doigts, je dois mettre des pansements ? Que je dois trop souvent m’asseoir, que la douleur rend fou, que j’ai de plus en plus de pertes d’équilibre, que les muscles recommencent leur lente destruction, ils se tétanisent, que ça a été jusqu’à m’attaquer dans les yeux, qu’il y a trop, bien trop de choses à surveiller, que c’est épuisant cette vie ? Alors oui je me suis mise à courir, je l’ai payé très cher mais il me semble que ça commence à aller vers un mieux : j’ai grimpé au parc animalier, grimpé toutes ces montagnes ces pentes ces chemins, je n’ai pas eu besoin de m’asseoir. J’ai également investi dans une trottinette, pour me rendre dans le centre et accompagner Prince à une activité assez éloignée à pieds. J’ai décidé que ça suffisait, la chute. Je vais remonter ce corps – ou en périr de douleur.
Au choix.





L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

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