Enfants - école à la maison

J’en appelle à tout ce que tu tais

Cela faisait deux ans, d’une certaine manière je m’étais habituée à ce que tout soit petit, concentré, maitrisé plus ou moins – si on peut le dire ainsi. Deux années pas évidentes mais simples aussi, on savait ce que nous n’avions plus, ce qui pouvait être pire, il n’y avait pas besoin de fouiller loin les souvenirs, toute la boue était à la surface vous pensez. Les crises sont devenues gérables, leurs présences fatigantes mais un peu tranquilles, aussi. Je ne sais jamais comment dire que nous avons un quotidien compliqué et pourtant qu’il y a cette conscience aiguë en permanence en nous : ça va. Oui il pleure souvent, oui il s’énerve tout le temps, oui il a du mal à gérer ses débordements émotionnels, oui se rendre à sa nouvelle activité c’est difficile et source de tics innombrables.

Mais. Pas de blessures. Plus de murs sur lesquels se briser.

Alors est-ce normal, j’ai été prise par surprise.

Il a tout jeté, les multiplications le cahier le crayon la tête – la tête.. merde.. – les genoux les jambes l’épuisement la colère la peur l’accident l’hôpital la couverture les cheveux moi, il a tout jeté tout hurlé tout secoué tout arraché, j’ai maintenu éloigné du mur le corps la tête la détresse la terreur les larmes, dans le silence de la chambre j’ai parlé j’ai tu j’ai accompagné j’ai tenu ses cheveux à distance de ses griffes, j’ai envisagé l’hôpital en désespoir parce que vraiment on fait comment pour arrêter une crise de cette ampleur dîtes – ils doivent forcément savoir, on ne fait pas autant d’études pour laisser des parents se démerder sans aide sans conseils sans pistes avec un enfant autiste, oh wait – j’ai tenu tenu tenu son corps sa tête ses cheveux, et lorsque ça a pris fin enfin disons lorsque son corps secoué a pleuré moins fort je l’ai fait se lever et nous avons pris un bain, lorsque la crise s’est arrêté de faire trembler mon cœur je nous ai regardé, lui et son menton ouvert, moi et mon épuisement, et je lui ai caché mon immense solitude de mère. Ma gravissime incompétence à le sortir de là.

Et la tête, cette merveilleuse tête blonde sublime aux yeux d’un bleu épuisé d’eau, cette tête encore se secoue sans douceur, sans plus de crise aussi, pour le moment. Un instant j’ai espéré que la crise l’avait aidé à faire sortir cet accident survenu dimanche, cette chute folle où il a cru mourir, mais non, encore, encore, tu secoues la tête brutalement mon enfant.

Alors, j’attends la prochaine. Avec tout ce qu’il ne dit pas et les creux et les vagues..












L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

2 commentaires

  • marie kléber

    Peut-être que le plus dur c’est ce sentiment d’impuissance face à son enfant. Et pourtant tout l’amour est là. Et je crois que c’est dans cet amour qu’il puise ce qui le dépasse. Peut-être.
    Des pensées de maman à maman.
    Pleines de tendresse et d’amitié

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