Histoires de famille et e rencontres,  Sous la pluie

Quinze longs hivers

Quinze années sans oubli. Les mots des regards des tensions, tout est là à se mêler à la blessure d’être partie. De longues heures la nuit à se demander sur quelles rides se poseraient en premier mes yeux si je repassais la porte, s’il y aurait des sourires ou bien des reproches ou bien les deux, si ça me donnerait envie de fuir de nouveau, alors. Si j’avais eu raison ou bien tort de couper les ponts intégralement, s’il n’y avait pas quelque part quelque chose à sauver tout de même, un  lien.
Quinze années.
Je me souviens du dernier regard échangé, une sourde tension et des reproches de la sévérité même avec elle, de la tristesse et du sérieux avec lui. Je crois, nous ne savions pas que nous ne reverrions pas. On y croyait encore un peu comme on sait les fées sous les feuillages – avec distance et fatalité. C’était envisageable encore, même si leur petit séjour avait été brutal pour moi, même si elle m’avait dit, consternée, trois mois après la mort de S. :  tu habites trop loin tu n’es tellement pas forte et je m’étais demandé si elle voulait que je me suicide, si elle en avait besoin. Si c’était cela notre relation maintenant. Mais il n’y avait plus rien et je n’osais pas y croire, pas alors qu’ils m’avaient élevée de 6 à 8 ans.
Ma grand-mère, il m’a fallu beaucoup de distance pour comprendre qu’elle régentait son monde, blessures à l’appui. Jamais je n’avais voulu voir comme l’air de rien elle pouvait glisser une phrase assassine sous le fromage ou dans la salade. Elle glissait sur l’amour fou que j’avais pour elle, inatteignable. J’ai quitté mes différents nids et j’ai commencé à m’apercevoir que ce n’était pas aussi mirifique – jusqu’à la claque. Elle a donné mon adresse, qu’elle devait garder secrète, à toute la famille, et sans doute dans un même mouvement elle a indiqué de la même manière et à toutes ces personnes où je travaillais. Ma mère a débarqué à mon travail, des oncles, des grands-oncles. J’ai reçu des courriers, des coups de téléphone. Deux ans que j’avais coupé les liens, pour rien. Ma mère m’appelait tard dans la nuit, bourrée d’alcools et de médicaments, elle était incompréhensible.
Tout ça, je le devais à ma grand-mère.
Alors j’ai agrandi, coupé avec elle, avec lui, avec eux.
Quinze ans.

Ces quinze années viennent de frapper à la porte, mon grand-père est mort.
La culpabilité elle, est très vivante.
La terrible tristesse de ne pas l’avoir vu avant de mourir, de ne pas l’avoir accompagné en soins intensifs, ne pas lui avoir dit comme je l’aime même si je ne lui parlais plus.

Et maintenant la double peine, reprendre contact avec ma grand-mère ? Elle sera placée demain en maison de retraite, ne pouvant rester seule chez elle. Si j’y vais, elle le dira à ma mère et alors la tranquillité sera terminée, le harcèlement recommencera, l’enfer reprendra sur ma vie.
Ou ne pas m’y rendre et le regretter jusqu’à  la fin de ma vie, comme déjà je pleure et regrette mon grand-père.
Et il reste à répondre à ma cousine, est-ce que je leur fais signe à tous les autres ? cela voudra dire se revoir avec certains, sans doute.. suis-je prête ? Est-ce sans risque ?
Je suis perdue.

 

Rougequeue noir femelle

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

6 commentaires

  • Qui_ne

    Il n’y a parfois pas de bonne solution, et toutes les alternatives risquent de faire souffrir. Je te souhaite fort de pouvoir identifier celle qui te sera la moins néfaste. Je pense à toi et je t’embrasse

  • Marie Kléber

    Certains choix sont difficiles à faire. Le moindre mal. Qu’est-ce qui te parle le plus?
    Sachant qu’il est nécessaire de te protéger si tu te sens en danger. Sans renier ce qui compte vraiment pour toi.
    Je t’envoie d’affectueuses pensées dans ces moments déjà terriblement douloureux et que ton cœur te guide vers le meilleur choix pour toi, aujourd’hui.

  • Gwen

    « Le harcèlement recommencera »…Je pense qu’au fond de vous, le choix est déjà fait.
    J’ai coupé les ponts avec mes parents, pervers narcissiques, pour protéger mes enfants,
    j’ai du m’éloigner de ma famille, et notamment ma grand-mère, c’était le prix à payer pour gagner ma liberté et
    finalement je sais que c’était la meilleure alternative.
    Je ne doute pas que votre priorité est de protéger la famille que vous avez construite.
    Quant à répondre à votre cousine…Si votre mère est comme la mienne, elle utilisera chaque membre de votre famille pour vous atteindre. Il vaut mieux rester à distance.
    Il est préférable d’ avoir des regrets que de subir, encore et encore. Ne restez plus prisonnière de votre passé.

    Amicalement.

    Gwen.

    Gwen.

    • Dame Ambre

      Merci Gwen pour votre retour.
      En effet, couper les liens s’avère salutaire dans certaines familles, malheureusement. Pas le choix pour survivre.. et c’est effectivement la seule chose à faire.

      Ma mère avait une emprise considérable sur la famille, emprise qui a visiblement cédé ces dernières années. Pour des raisons diverses ils ont ouvert les yeux sur qui elle était, c’est impressionnant. Et salutaire. Je ne suis finalement plus seule à la voir telle qu’elle est.
      J’y vais malgré tout, très très prudemment (pas folle).

      Je vous souhaite bien de belles choses dans votre vie.
      Amicalement,
      Ambre

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