Pensine

Des racines et un·e L en moins

·
Je l’attends.
Elle tout particulièrement elle, si j’avais eu à choisir je n’aurais écrit qu’à elle, Elle.
Je vais la nommer Ele, alors. Avec un·e L en moins parce que je la vois ainsi,
un peu avec une aile envolée et que c’est moins facile de vivre ainsi,
un peu brisé·e un peu seul·e un peu éloigné·e.


Je te nomme alors, Ele. Il me faudra venir, il me faudra te voir, il me faudra.. j’allais dire parler mais non. Il me faudra te faire parler. Je ne sais si je pourrai, si c’est vrai, si tu me le diras, si rien. La nuit, je rêve que j’enlève le chouchou de mes cheveux et qu’ils viennent tous avec ce geste, mes cheveux accrochés encore à l’élastique. Dans ma main, tout ce qui me fait moi, tout ce que j’ai toujours protégé contre vous. Sur ma tête, la perplexité et des boucles courtes. Tu le savais toi, qu’on pouvait rêver qu’à l’arrière au milieu il n’y avait plus que des épis, deux centimètres de chevelure à tout prendre, qu’on pouvait se retrouver avec la tête comme rasée et tout autour des boucles, qu’on pouvait se dire que ça va si si la mi-longueur-mi-court et puis rasé aussi, que c’était accepter d’être au milieu de vous, de moi, au milieu de plusieurs mondes toute une croisée et que je pouvais y survivre et même – et c’est bien plus fort – m’y adapter et me sentir moi ? Je l’ignorais. Revenir vers vous, vers toi, c’est être de tous ces mondes. Et je crois, je vais réussir.

Je t’attends. Ton fils m’a dit « tu es et sera toujours la fille qu’elle n’a jamais eue » et j’ai blêmi. Parce que tu es et sera toujours la mère que je n’ai jamais eue. Parce que ça fait onze années maintenant que je me pose la question. Parce que ça fait seize ou dix-sept ans que je ne t’ai pas vue. Parce que je suis perdue. Parce que j’ai tort, sans doute. Parce que j’ai raison, aussi, parce que je retrouve une petite maman, parce que je bascule dans l’irraisonnable, parce que je me mets – je nous mets – en danger, juste pour cette question-là finalement, parce que j’ai besoin d’une réponse, parce que je vais m’arranger pour la poser d’une manière ou d’une autre, parce qu’un jour je te verrai juste toi juste moi et qu’alors, les yeux dans les yeux, je saurai ce que nous sommes, ce que tu es, ce que je suis.


rouge gorge
la fenêtre du salon a rencontré ce rouge-gorge
un peu assommé il a récupéré, le temps d’attraper mon appareil
une photo et puis hop

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement. (Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

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