Je ne sais plus m’écrire depuis. Cela me revient sans cesse, la mort des mots avec la trahison. Il n’y a pas de cadavre, il est vivant il bouge il parle et pourtant l’état perdure, la mort est omniprésente et je cherche ce qui s’est brisé pour que j’en perde mon essentiel. Elle m’a envahie jusque dans mes gestes, elle est en moi comme ce jour où l’autre est mort, avec cadavre cette fois, corps enterrement, fumée et urne à renverser. Je dis cadavre parce que, c’est ainsi que me l’a annoncé le flic, vous appelez pour le cadavre ? J’appelais pour savoir s’il était vivant. Tout n’est qu’erreur ou distance, on ne peut se représenter la mort sans corps il semble. L’impensable déforme le lien à l’autre, devient ce cadavre innommé impersonnel avec lequel aucun lien n’est possible, on ne deviendra pas cela, distance.

Je me demande maintenant pourquoi ce lien sous mes doigts se forme, l’incapacité d’écrire depuis près de deux ans, cet ami qui ne l’est plus (ce depuis qui me taraude), la mort de l’autre. Quel sens, quel visible, quel audible – ou inaudible. Je ne me représente pas encore l’ensemble, mais ce soir ce lien formé est un retour, certes léger, à l’écriture et donc à un travail sous-jacent – oh je l’espère. Vais-je savoir encore, après tout ce temps, démêler les fils de ce qui est hors de moi, non intégré ? Qu’est-ce qui s’est rompu de moi pour que j’en arrive à ce silence en moi, quel pouvoir ai-je laissé à l’un comme à l’autre peut-être ?
Comprendre les brisures.

#gratitude : cette après-midi, ma première, et délicieuse, confiture de tomates vertes


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