Il est toujours un peu minuit

Les mots soudés jusqu’à l’os, voici ce qui me vient de cette écorce se formant sur le doigt. Un mot-blessure, un silence imprimé..
Je me pose bien sûr la question du lien, c’est si étrange comme coïncidence. Depuis ces quelques mots lâchés, une faiblesse de l’articulation haute du pouce s’est affichée au travers d’une douleur fort handicapante et d’une bosse légère, une boursouflure comme une menace – une colline osseuse. Surtout sur la main gauche, un décalage de douleur se fait sentir depuis la droite comme un retard – la colline approche. J’ai également conscience que mon travail-bénévole est intense, physique, et que peut-être.. j’y abîme quelques doigts. Et je dois l’avouer, je m’inquiète de l’avenir pour la première fois réellement. Mon corps s’amuse le plus souvent avec bien des symptômes mais là il y a comme une trahison – encore elle tiens, le voici le lien, de nouveau – que ce soit la maladie ou une autre bête s’invitant à la fête, il y avait comme un accord tacite d’un intouchable sur les mains. Un interdit. Même si il y a la douleur et parfois quelques claquages, il ne pouvait y avoir davantage. J’en accepte vraiment des kilomètres, mais là, une déformation de l’articulation et douloureuse que ça n’en peut plus, je ressens une peur et une colère en sourdine comme cela faisait bien longtemps que je n’avais pas eu à travailler. Alors je le sais, je vais dépasser ces émotions, je vais dépasser l’emmerdement et trouver une astuce pour crocheter et coudre et dessiner et .. , mais tout de même.. Y a-t-il une lourdeur portée qui ne le peut plus ? Les mains lâchent – quelle vaisselle se brise, quel silence ? J’absente chaque nuit jusque tard jusqu’à voir une étoile filante, j’y écoute comme ça fait mal de lâcher une amitié, j’affronte les mots jamais reçus, la bienveillance balayée comme une imposture, les sens uniques des ombres et des présences, les rêves et la stupeur d’être, les phrases inexactes et la dislocation des pensées, le vide le vide le vide, la mort la vie et ce plus jamais peut-être, est-ce que ça a seulement du sens de l’ancrer ainsi dans la chair. De ne plus bouger sans souffrance. D’avoir la solitude chevillée aux articulations quand je n’ai jamais vu autant de monde.

Parfois lorsque je garde les yeux ouverts malgré les deux pilules blanches censées les fermer de force, je me demande quel âge a réellement ce corps. Ce qu’il deviendra lors de toutes ces autres nuits à venir à regarder défiler les secondes, les heures après un minuit fatigué, si la vieillesse m’affrontera en égal ou en m’écrasant les orteils avec un déambulateur rouillé. La sensation de battre des ailes et de voir fondre le sol sur moi indéfiniment. Je devrais être soulagée d’avoir un jour retrouvé la parole les sons le souffle de l’expression, pourtant il me revient souvent que peut-être, rester murée dans le silence aurait été moins douloureux à affronter que ce que j’ai dû avaler.


(signé)

La vieille Dame

Dame Ambre

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement.

(Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

D'autres mots d'hier et d'avant avant-hier