J’ai perdu le fil, je voulais écrire chaque jour – même une simple phrase – et si parfois j’ai su me rendre sur mon carnet papier, force est de constater que je ne réussis pas. J’oublie, les pensées, les idées, le désir de me sortir de là, j’oublie. Quelques nuits yeux ouverts m’ont dévorée, j’ai avalé tout le noir. C’est fou comme à la moindre heure disparue, je replonge.

J’ai revu Ami-Ancien, nous avons discuté comme avant, c’était doux. Je reste en équilibre bien droite sur mon fil, j’attends, je ne sais pas comment l’amitié évoluera, si elle peut reprendre à ce point.

Ma BM me fatigue, au milieu de tout ce qui se passe bien, ces petits détails explosifs dont elle n’a pas conscience me tuent doucement. Nous avions deux étagères dans son salon, l’une en dessous de l’autre, celle du bas contenait mes livres ainsi que ceux de la bibliothèque de Village. Elle a tout retiré pour y déposer un saladier vide. L’intégralité des livres est allé rejoindre l’étagère du dessus, mélangeant mes bouquins, ceux de Village, et ceux de Grande-Ville, empilés n’importe comment. Sur l’instant je n’ai pas saisi pourquoi il y avait une telle pagaille et j’ai râlé tout haut croyant à tort que les enfants étaient en cause.. elle était dans la pièce, ne m’a rien dit. J’ai enlevé ce qui m’appartenait, je vais les remettre en carton.. je fatigue, tellement.

Le médecin me garde sous antidépresseur. Je continue d’avaler la pilule blanche n’empêchant pas totalement les idées noires et contribuant largement aux insomnies – il m’assure le contraire, pourtant mon ancienne Doc m’avait prévenue de le prendre le matin pour limiter les dégâts. Je n’ai aucune confiance en lui et aucun autre médecin vers qui me tourner. Je lui ai montré mes doigts douloureux, il a prononcé les mots arthrite et rien de grave et anti-inflammatoire. Pour lui je dois faire plus attention à mon travail. Il n’a pas voulu entendre que je fais déjà attention, que le SED m’y habitue, que j’ai peu d’heures par semaine, aussi. Il ne m’a pas dit bonjour lorsque je suis arrivée, ni au revoir lorsque je suis partie.

Vendredi le discours de Macron m’a mise à terre – littéralement, j’ai glissé et me suis explosé les genoux maintenant bleu-marron. La panique est arrivée doucement, a pris toute la place, avant de se transformer en rage pure. De quels droits, de quels pouvoirs merdiques se permet-il d’interdire l’instruction en famille pourtant inscrite dans la constitution ? Pour qui se prend-il pour interdire l’accès au travail dans le Service Public des femmes voilées ? Il est où le rapport entre une femme avec un tissu sur la tête et un type venu de Syrie perpétrer un attentat ? Il est où le rapport entre l’école à la maison et un type venu de Syrie tuer d’autres humains ? Depuis 1995 ils essayent d’établir un rapport légal, et il n’y en a pas. Ceux qui se sont fait sauter venaient tous de l’école publique, doit-on interdire les écoles ?
Ce que je vois est une restriction simple des droits, une communauté toujours davantage visée (cela ne vous rappelle donc rien ?), une volonté toujours plus affichée de contrôler la population en commençant par les enfants (et là ? Toujours rien ?). Qui va se lever et dire que c’est inadmissible, qui se sentira concerné ? Oui, j’ai peur. Je suis blanche, athée, et j’ai peur. Vous devriez aussi.
Si la loi passe, nous quittons le pays : il n’est pas question de se laisser dicter notre choix d’éducation et d’enseignement. Nous faisons l’école à la maison depuis 8 ans, c’est difficile, contraignant, et follement riche aussi. Si nous rescolarisons nos enfants ils seront brisés, plus jamais je ne souhaite me confronter à la phobie scolaire du grand (il s’arrachait la peau au sang, et maintenant encore lorsque l’enseignement est un poil formel il a une crise de panique) ni à l’angoisse du plus jeune. Nous avons encore 8 ans d’instruction obligatoire devant nous, et nous allons les accompagner, nous les parents. Pas l’Éducation Nationale.
Dans quelques mois, nous saurons si la maison que nous voulons construire sera pour nous ou pour de la location, dans quelques mois nous saurons si nous restons en France ou si nous partons en Angleterre. Je n’ai pas hâte de savoir de quel côté de l’humanité se tient ce gouvernement.

rougequeue

Dame Ambre

L'Ambre des arbres coulent dans les veines des forêts, ils regardent les fées s'activer autour des humains et le monde meurt de son aveuglement.

(Jamais les mots ne disent ce qu'ils pensent.)

D'autres mots d'hier et d'avant avant-hier

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