L’attente au tableau noir

Les yeux grands il m’a dit « je ne vois plus de bruit autour de toi » et pour une personne peu portée sur l’étrange, ses mots m’ont particulièrement touchée.
Je m’entends penser et cela ne m’était jamais arrivé. Cela n’a rien changé aux acouphènes ce qui m’étonne presque vu le bruit qu’ils font – il aurait pu y avoir un lien, mais non, même pas – malgré tout je m’entends depuis l’intérieur, je suis présente. Une pensée vient seule, cela aussi est étonnant pour moi. Je sens les autres relativement proches, comme à trépigner derrière une porte ; cela me fait sourire et je leur réponds patience.
Elles ont ouvert la voie aux angoisses, celle que j’empêchais de me parvenir. J’apprends à les accueillir, les écouter sans forcément les relier à un fait précis. Une à la fois. Je les gère mieux.


Cela s’est déroulé sur un mois et demi. L’emprunt.
Cette petite chose pour construire la maison, qui nous a fait emménager dans la région, chez mes beaux-parents, avec l’assurance de la banque qu’elle nous suivait. La paperasse prend de l’ampleur, du temps, de l’énergie, le dossier arrive enfin à se monter et il est envoyé à notre chère banque. Notre conseiller passe le-dit dossier à un collègue plus compétent en emprunt immobilier, et nous faisons connaissance avec Gregory.
« Écoutez pour moi votre dossier est bon. Je vous recontacte ».

Sans nouvelle de lui et la semaine étant passée, LeChat le rappelle.
« Ma chef revient jeudi prochain, vous aurez donc la réponse en fin de semaine prochaine. Mais ne vous faites pas de souci, le dossier passera sans problème ».

Fin de semaine, rien.
Mardi, LeChat rappelle. Je me questionne sur la fiabilité de Gregory.
« Alors ce n’est pas de chance, elle l’a validé hein ! Mais ça arrive avec un dossier sur dix, son supérieur va vérifier le dossier mais vous inquiétez vraiment pas, une formalité, c’est validé. Vendredi, on vous donnera la réponse ».

Vendredi, rien.
L’emprunt clignote devant mes yeux, il s’efface comme un tableau noir. Avec des traces.
Lundi, LeChat rappelle. N’arrive pas à le joindre. Mardi, donc.
« Le dossier est monté un peu plus haut mais ne vous inquiétez pas, je vous rappelle avant vendredi pour que vous puissiez fêter ça ce week-end ! ».

Évidemment le vendredi.. silence. Les traces prennent l’eau.
LeChat n’arrive pas à le joindre, je finis par laisser un message écrit. La voix de velours du Sud de la France me rappelle sur mon téléphone, y laissant un peu de sucre – ça colle au doigts une voix comme la sienne.
« Oh la la pardon excusez-moi je suis désolé (limite à se fouetter) j’ai oublié de vous faire remplir le dossier santé pour l’assurance c’est pour ça que le dossier est bloqué, vraiment je suis désolé ça fait trois semaines oh la la.. ».

Je soupire.
Je coche par internet cinq cases pour la bonne santé de LeChat, deux cases pour ma mauvaise santé (j’hésite avec trois, d’ailleurs). Ce qui ralentit un peu plus la procédure, ils ont besoin de tout savoir : mon dossier médical, mes examens, les résultats, tout y passe. Ils m’envoient la demande par la Poste (+3 jours d’attente). Ils veulent tant de choses je suis consternée. On l’abandonne totalement, on ne le remplit pas : on va se passer de moi dans l’histoire, rien à assurer, on contacte (le vendeur) le banquier. Silence.
Silence.
Silence.
LeChat s’obstine. Nous sommes le 23 décembre, le banquier finit par rappeler, un peu pressé.
« Votre dossier est refusé vous n’avez pas le prêt, mais on pouvait s’y attendre ».

J’envoie la brosse dure et pleine de craie au visage du banquier.