Des mailles de fatigue

Je ne sais pas en cet instant, le cœur des nuages. Leur gris. Leurs traversées imperméables – est-ce qu’il peut pleuvoir sur un nuage – leur vide fantomatique. J’ouvre beaucoup de regards sur les nuages, le vent de l’hiver est glaçant. Je suis glacée. Ils viennent d’où pour offrir ainsi le froid ?

Le lundi est revenu comme les autres, un peu de rien, de pain, de gâteau au chocolat pour le goûter.. et pourtant ce matin, la maison a grandi encore un peu, elle ne s’élève pas de la terre mais elle arrive à son niveau, les fondations sont là à attendre la dalle. Je la regarde s’élever de briques et d’espoirs, et je ne sais plus si j’y crois ou si j’attends d’y vivre. Je suis un peu perdue, cela fait si longtemps.. Et puis vraiment, est-ce qu’on peut construire sans prêt à rembourser sur vingt-cinq ans ? Je crains pour mon enthousiasme alors il se cache, j’attends.


Hier nous n’avions plus de ciment et le dimanche il n’y a que les voisins pour être ouverts – ils n’avaient pas ce dont nous avions besoin. Ils ont filé sous la douche laver le gris de leurs peaux et le miracle ce fut la médiathèque et la gentille dame qui a débloqué nos cartes : quarante livres à ouvrir pour la semaine entière – il leur faudra bien ce temps-là pour les lire. Je n’ai rien trouvé cette fois pour moi, je crois ne pas être très motivée pour la lecture. Je crochète. J’ai terminé ce drôle de bonnet slouchy et il me va tellement bien c’est fou – pour une fois que je me plais avec une chose sur la tête. Juste je dois conscientiser de faire attention aux couleurs de ma laine, elle est trop claire il me semble, j’apparais encore plus pâle.
Celle-ci provient de Blanche qui me l’a gentiment offert après avoir craqué sur sa couleur mauve – elle se voit peu sur la photo, elle est dégradée en réalité.

Ma fatigue apparait davantage sur mon visage, je recommence à siester à n’importe quelle heure.. j’ai pourtant réduit mes heures de travail, je ne peux guère faire mieux : de quinze heures par semaine, je n’en fais plus que deux – enfin, quatre cette semaine, humm.
A. a arrêté de me harceler pour que je vienne à la recyclerie, sans doute parce que cela n’avait aucun effet sur moi puisque je ne cédais pas. Je me déplace quand c’est possible pour moi, c’est ainsi désormais, je fais attention à moi, elle commence à comprendre et c’est agréable.

Je pourrais en faire plein de ces bonnets, maintenant je sais les faire et j’adore ce point étonnant. Comme un seul me suffira – surtout qu’ici les hivers trainent peu – je suis partie sur un autre projet, je souhaite un poncho et si j’ai assez de laine, une capuche arrondie me plairait infiniment. Je verrai bien. J’ai pris la décision de ne plus en acheter de neuve – comme pratiquement plus rien de ce qui entre dans cette maison – aussi je ne pourrai pas renouveler ce stock. Je fais avec ce que je trouve en recyclerie, c’est bien ainsi – ces deux pelotes sont de mes stocks par contre.
Un nœud après l’autre des vêtements prennent forme, je suis toujours aussi admirative du mouvement et de la finalité.. je crochète et je podcaste, je crochète et je tisane, je crochète et je série. Une douceur juste pour moi.

A l’heure du goûter hier nous étions au bord de l’eau à converser avec un héron cendré, une aigrette, un cormoran, des mouettes, deux cygnes blancs, un cygne noir, une vingtaine de canards et deux oies. Évidemment je suis venue sans mon appareil photo, et mon téléphone a presque tout échoué. Sauf celle-ci. Je suis restée à ses côtés malgré quelques crachés bien sentis, elle et moi bien décidées à rester là, alors cette photo plus jolie.

la Mère l’Oie

En partage :
. Quelques réfugiés et un peu d’aide
. Musique : Le visage de la nuit – Tim Dup