Rupture

Je m’interroge aujourd’hui sur le lien possible entre sa visite et mon acte soudain, irréfléchi, brutal : j’ai supprimé tous mes accès sur le monde, twitter, instagram – je dois encore m’occuper de Pinterest – et je ne me rends même plus là-bas. J’ai joué avec l’idée d’être raccord avec mes valeurs, à savoir ne pas peser plus que nécessaire sur la planète. Ce que je n’utilise pas ne doit pas être conservé. Alors dimanche en matinée j’ai supprimé mes comptes, sans aucun état d’âme j’ai cliqué et je me suis sentie légère et j’ai trouvé ça formidable et j’en ai parlé autour de moi et je suis passée à autre chose et j’ai cuisiné et j’ai crocheté et j’ai succombé à une impressionnante vague d’angoisse.
Bien.. je suis seule avec moi-même, alors.
Je ne l’avais pas vue venir, celle-là.
Oui je suis seule, sans l’illusion d’un espace-amical-sans-l’être, j’ai perdu 141 contacts potentiels et leur vie au jour le jour que je ne lisais plus depuis un an et trois mois – ma présence ici – j’ai perdu 471 lecteurs inconnus, il ne reste que moi et je n’ai même pas réfléchi à la question, je ne l’ai pas tourner mille fois dans ma tête, un départ ça se prépare, ça se valise, ça se discute entre le réseau et soi et je n’ai rien dit rien fait rien préparé, je suis partie j’ai disparu et pire, je vous ai fait disparaitre.. c’est comme éteindre la lumière. Dans le noir, nulle vie. Le silence, tu sais.. le silence.
Je ne suis pas certaine de me suffire mais l’acte est validé. J’ai la crainte de perdre les quelques rares personnes que j’y aimais, la sensation en creux que l’actuelle société ne se connait plus sans réseaux, qu’elle ne sait plus l’autre en dehors, et que je les perdrai à terme.
Je cherche à comprendre pourquoi j’ai cliqué. Je ne le regrette pas, juste je m’interroge sur ce que j’essaye réellement de rompre.
Couper un lien à la place d’un autre.
Peut-être.
Possible.
Fragile espace où je me sens en difficulté avec l’autre, où il parle tant, tant, que je n’entends plus celle que j’aime être.
L’absence d’une amitié droit dans les yeux, cela ne fait plus mal, cela ne fait plus rien, l’absence bien droite annonce la mort, prononce l’impasse.
Je me heurte à moi l’inconsciente le lien a échoué, je ferme les yeux et je me vois partir.



Partage :
. Musique : No her – Buzzy Lee
. Détail : Buzzy Lee est en réalité Sacha Spielberg, la fille du cinéaste Steven Spielberg
. France Culture (à écouter) : « Je me suis fait la guerre » ou comment être un « bon arabe »

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4 thoughts on “Rupture

    1. Et pourtant je n’étais pas parmi les plus assidues.. J’y passais trop de temps à mon goût mais je ne l’ai jamais installé sur mon téléphone par exemple. Particulier ce sentiment de soulagement, mais il est certain qu’en stoppant les réseaux (fin 2019) j’ai récupéré un temps pour moi indéniable !
      Merci pour votre passage et vos mots 🙂

  1. Vous n’êtes pas la seule à supprimer vos comptes ; j’ai des amies qui font de même en ce moment, avec le même sentiment de légèreté et soulagement sur le moment.
    Et puis, tant que vous ne supprimez pas votre blog, les liens ne sont pas entièrement coupés. 🙂

    1. Oh.. c’est interpellant que d’autres en partent, surtout que la période (un peu vérolée et confinée) ne s’y prête pas forcément..
      Je reste soulagée malgré quelques angoisses (la peur du vide ? Il se comble pourtant, il semble, la nature a horreur du vide ^^)
      J’ai songé à supprimer le blog honnêtement, mais je n’en suis pas capable ; j’aime trop ce lien aux mots. Et je crois que je vais pouvoir y revenir plus souvent, quitter les RS m’a libérée d’un poids.

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