Et toute cette vie

Cela se ferait un matin, une journée comme celle-ci de soleil et de grands vents déplaçant les poussières. Il y aurait les façades de bois à l’image un peu passée, vieillie de pluies et de rayons réchauffés ; contre ce bois, une baie vitrée de mots et de silences, on s’y poserait comme on réchauffe un enfant, doucement, il y aurait une tasse de tisane et mes doigts autour, des plantes des feuilles des vitres un peu salies des émotions et des nuages et des vents, et puis une table de bois sombre pour accueillir les larmes les rires et les repas. Il y aurait ce mouvement entre l’eau étendue à quelques pas, les grains de sable du vent, les odeurs de biscuits, un instant pris entre les orages cévenoles et les grosses chaleurs, je ne m’arrêterais plus de dessiner d’écrire d’écouter le grain des voix envoyées sans connaître les visages – pas encore, not yet -, je planterais un citronnier en découvrant les chants d’oiseaux nouveaux et connus, j’écouterais les silences entre les pages des livres. A l’ombre des feuillages j’observerais la danse des abeilles, je figerais des battements d’ailes et des sourires, des instants et des visages, je laisserais entrer toutes les lumières et tous les rêves et je regarderais cette moi-passée enfermée chez d’autres comme une autre vie, une impossibilité d’avoir été si mal et sans protection dans ce bruit assourdissant de tous ces autres.
Et si je relevais la tête, si tous les hommes relevaient la tête sur leurs rêves, sur leur envie de respirer un air pur et sans écrans, cela se ferait un matin oui, et une journée presque comme celle-ci nous serions tous à planter les arbres assurant notre (sur)vie, à récupérer l’eau de pluie et à prendre soin de nos prochains humains, nos prochains animaux, nos prochains arbres, nous gouterions la liberté d’une vie à se sourire en confiance.

Une envie d’y être.
Et d’en planter les graines.

Il y aura cette maison, cette année ou plus tard – comment savoir ce qu’il peut advenir d’un projet, de nous, du mois prochain, même – elle est encore sous terre, à ce niveau foulés par les pieds, elle élève ses fondations, progresse.
Il y aura cette forêt et je la commence cette année, elles seront multiples et partout au possible, je lancerai des graines des glands des boutures et prendra ce qui voudra, j’irai vers mille teintes de paysage. Je traverse le quotidien en prenant soin d’avoir encore de quoi vivre, respirer les prochaines années et décennies. Je lancerais volontiers un mouvement, un soulèvement de verdure afin de contrer les lois liberticides, les masques et les pandémies – tout est lié, tellement lié – j’ai envie de vous dire

« Plantez, plantez, plantez, plantez partout et surtout n’importe où, plantez, laissez pousser les herbes les plantes les arbres, posez des tas de branches pour abriter de petits êtres, aidez la faune et la flore à revenir, aidez-vous, votre voisin, l’inconnu assis au sol, aidez et plantez ; ainsi nous aurons une chance. « 



Partages

prunus

2 thoughts on “Et toute cette vie

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *