Des images, pas de suites

Je l’ai vue bouger, la femme sur l’écran a tourné la page du livre qu’elle tenait, j’ai regardé mieux et alors rien, la femme ne bougeait plus, la vidéo s’était cassée il s’agissait d’une photo et comme toute image figée elle était bel et bien figée elle aussi. Je n’ai pas compris, je deviens folle ? Elle est quand la bascule dans une vie parallèle, dans l’inanimé vivant, les objets prennent vie au coin des regards que j’abandonne et l’irm ne voit pas ne sait pas, j’ai le cerveau tout joli avec les bonnes couleurs aux bons endroits, alors c’est la folie, voilà. La richesse dingue de la folie, un bougé un arrêt, un autre bougé un autre arrêt, pas un film pour autant, pas d’histoire. L’envie me tiraille les doigts d’écrire dans un carnet juste tous ces mouvements impossibles. Peut-être, me faire une idée du degré de ce qui s’affole là-dedans, des jours mois années aussi, j’avais arrêté les mirages et ils sont de nouveaux là, intrigant tout de même.
Ce qui me fait penser je n’ai toujours pas engagé la plus petite démarche pour vérifier les poumons les bulles la chose emphysémique, je recule recule recule, je prends pour prétexte l’état sanitaire et je ne sais pas si c’est vrai, une excuse ou une réalité. Ça serait tellement bête, tomber malade pour un examen. Je ne respire pas très bien, je peux envisager qu’il n’y a aucune suite aucun lien, que le souci est ailleurs, peut-être une cloison pas bien en place, fragile. Tu ne dis rien ? Tu ne sais pas, non plus. Plus personne ne sait vraiment. J’attends.

Je m’acharne à ranger l’espace où je vis, le lit immense mon bureau les étagères le sol les cartons, la pagaille surgit en lui tournant le dos ou en la regardant bien en face, cette chambre ne ressemble à rien elle m’épuise facilement. J’attrape des petits morceaux, le bras pratiquement incapable, je bouillonne ou je lis, je dessine parfois des minutes en pointillées pour ne pas souffrir tant le besoin de créer me dévore. Je n’ose plus approcher le crochet, j’ai rangé les laines – proche proche proche, sous la table, ah – je perds le lien au vivant à m’immobiliser ainsi. La journée pour m’écrire là, mais tout de même m’écrire et m’accrocher à ce lieu, au réel, à la vie. Je manque sévèrement de joies pourtant dans onze jours, les agglos vont monter nos murs, le 19 avril la maison commencera doucement à s’élever. Est-ce que tu y crois ?
Tu manques.


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. A lire, Un mug et un autre mug, toujours à lire ce lieu, toujours
. Musique : Respire, Gaël Faye 

 

 

2 thoughts on “Des images, pas de suites

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