La face cachée des tables de multiplication

Ce matin une personne m’a fait découvrir cette vidéo et je me suis étonnée. Je veux dire, vraiment. J’ai compris ce qu’il disait, je l’ai compris chaque fois avec un peu d’avance sur ses propos, et comme ce n’était pas exactement le thème de la vidéo LeChat a cherché le fonctionnement du modulo ; et je l’ai saisi immédiatement. Voilà. Je l’ai saisi – et accessoirement Prince a compris également. Toute ma vie on m’a dit que j’étais nulle en mathématiques, et que je n’y comprendrais jamais rien. Et bien voilà. Je viens de faire mentir ma mère et plus largement ma famille. La victoire est pétillante – oui pétillante, même si mon fils de 10 ans l’a compris aussi et que c’était donc accessible j’imagine ? -. Fondamentalement, je me sens tout simplement moins idiote (j’ai encore du chemin à parcourir pour me sentir intelligente, ah).

Table 201 modulo 286

Vous pouvez jouer vous aussi ici, en gardant le doigt appuyé sur une flèche pour voir une table en mouvement !

Le livre Zéro déchet de Béa Johnson

Je me suis plongée avec joie dans le livre Zéro déchet, et j’en suis ressortie dubitative. C’est compliqué, ce sentiment. Pour moi. J’aurais aimé en ressortir galvanisée, avec beaucoup de nouvelles idées et surtout avec de la joie en moi. Le livre et moi, nous nous sommes quelque peu.. ratés.

zéro déchet de Béa Jonhson

Sa méthode est simple : refuser, réduire, réutiliser, recycler, composter. Elle va développer ces cinq points dans chaque pièce, dans chaque circonstance de vie. Elle explique parfaitement chaque point, et l’importance de les appliquer dans cet ordre.

Ma première déception : en dehors du fait que trouver du vrac est une gageure dans ma ville – et il y aurait hérésie écologique à ce que je fasse une heure et vingt minutes aller-retour pour en trouver -, j’ai déjà mis en pratique beaucoup de ces conseils (qui me semblent très souvent être du simple bon sens, mais encore faut-il y réfléchir donc je saisis bien pourquoi elle en parle dans son livre), seulement forcément, du coup, je me suis retrouvée avec une déception sur les bras : elle n’avait rien à m’apprendre. Elle n’en est nullement responsable, évidemment, reste que j’en suis fortement dépitée.

Le point suivant concerne ses recettes :

1) elles tournent globalement autour de l’animal. La cire d’abeille tient une bonne place dans sa maison, et personnellement j’ai fait le choix de ne faire aucune utilisation animale : je suis, autant que faire se peut, végane. Qu’elle ne le soit pas ne me pose pas de souci, simplement cela me ferme à ses expériences.  De même elle prône le cuir en toute circonstance pour évincer le plastique, impossibilité pour moi.

2) il y a un manque de simplicité : elle fabrique bien des produits de beauté, et si je loue l’effort je ne saisis pas toujours pourquoi il y a besoin d’autant de choses sur un corps ou autant de temps pour fabriquer ce qui pourrait se faire simplement avec de l’huile de noix de coco uniquement. Elle m’a un peu perdue. Par exemple lorsqu’il est question de la crème solaire :

Écran solaire maison : faire votre écran solaire vous-même est simple comme bonjour. Il suffit de mélanger de la poudre d’oxyde de zinc ou de dioxyde de titane avec de l’huile de sésame ou de la lotion, mais encore faut-il trouver ces poudres vendues en vrac (je n’y suis pas parvenue). Pour un indice 20, mélangez environ 50 grammes de poudre à environ 220 grammes de lotion

Pour un même indice, il y a l’huile de germe de blé. De mon côté je lui préfère l’huile de noix de coco puisque je la trouve facilement et dans un contenant en verre. Je trouve cela plus simple, je n’aime pas mélanger trop d’ingrédients : je suis une personne très minimaliste dans mes essais, dans mes gestes, dans mes achats. Ce n’est pas que j’en ai le désir profond, c’est que cela m’agace vite en réalité : trop de cuisine cela m’exaspère fortement – oui, même pour jouer à la sorcière. Ma conclusion toute personnelle et bienveillante – j’essaye vraiment de le dire avec douceur et respect – est qu’elle pourrait éviter encore bien des achats en cherchant une plus grande simplicité.

3) Certaines recettes m’ont paru particulièrement excessives (du curcuma sur les paupières pour fard à paupière je trouve que c’est dangereux, c’est une épice), ou comme celle-ci par exemple

Boules Quies : ramollissez une boule de cire de fromage (type gouda) de la taille d’une bille entre vos doigts et introduisez-la dans vos oreilles pour passer une nuit tranquille.

Je comprends, je veux dire les idées farfelues j’en ai très souvent. C’est amusant, parfois réalisable, parfois jetable. Si on met de côté mon côté végétalien – si si je peux le faire – je ne saisis pas à quel moment on peut envisager de mettre du fromage dans ses oreilles. Vraiment. C’est au-dessus de mes forces, et je pense que cela serait au-dessus de celle de mon mari en tant que conjoint dormant à côté de moi. Après loin de moi l’idée de juger, et peut-être que certains vont adorer.. Le pire, c’est que cela réglerait mon souci d’allergie aux boules quiès, que je porte malgré tout – oui, c’est terrible et je viens de le payer avec une surdité d’une semaine. Je suis navrée de ne pouvoir mettre du gouda en remplacement. Du coup.

(Rajout, suite à un oubli) Elle conseille fortement de ne rien conserver version papier, et de tout stocker via un Icloud. Il s’agit là pour moi, fondamentalement, d’une belle hérésie. Le stockage en masse de données produit du carbone néfaste pour la planète, l’empreinte carbone est monumentale (serveurs de stockages, transports des données permanents, etc) : la toile génère aujourd’hui 2% des émissions de CO2 mondiales. C’est à bannir, résolument. Ce qu’elle considère ici comme « gratuit » et sans déchet, est en réalité à l’opposé de l’effet recherché. Ici l’impact de Google, ou encore l’impact en infographie ici « 4 grammes de CO2 émis pour chaque mail envoyé, 7 tonnes de CO2 par jour pour les recherches Google« .

Le livre que j’ai entre les mains est canadien, tous les liens sont donc centrés sur le pays ; globalement, je n’ai rien pu en tirer pour moi, depuis la France, j’ai été un peu déçue. Je comprends bien qu’il est difficile de faire une impression différente par pays, ce n’est qu’une remarque – importante, sans qu’on puisse y faire grand-chose.

Béa Jonhson est partie d’un extrême (le rêve américain et sa démesure totalement folle) et finalement est arrivée sur un autre extrême, le minimalisme à outrance. Alors je comprends bien qu’elle parle dans le titre de « 40% d’économie » mais c’est obligatoirement à replacer dans le contexte. Elle avait une maison de 300m² (Béa Jonhson me semble d’autant plus admirable), elle a forcément eu énormément à trier, jeter, recycler, etc. Bien plus qu’une personne lambda. Pour autant, même si elle avait beaucoup à faire, nos maisons mêmes plus petites sont diablement surchargées. C’est un travail titanesque que d’entreprendre le minimalisme.

En dernier point.. et je suis fortement chagrinée de l’écrire.. l’ensemble de cette lecture m’a un peu tendue. Elle m’a semblé clairement obsessionnelle, et ce déjà avant de tomber dans le minimalisme (d’après ce qu’elle écrit d’elle). Si elle est revenue de ses extrêmes – elle avait remplacé le papier toilette par de la mousse ramassée dans les bois, avant de réaliser qu’elle allait trop loin – son écriture m’a semblé tendue, comme si elle était en colère peut-être.., je suis ressortie du livre un peu à cran. J’y cherchais une certaine zénitude, son ton d’écriture m’a accrochée. Je considère que cela m’appartient, je n’ai rien de vraiment concret à signaler, rien de précis. Une simple sensation générale.

En conclusion

Je m’aperçois qu’essentiellement j’ai été touchée par les points qui m’ont été négatifs, cela m’attriste. Le livre reste une bonne idée pour débuter le minimalisme, il est une bonne piste pour une recherche d’empreinte carbone négligeable pour la planète. Il regorge d’idées, retrouvables sur le net il me semble maintenant, mais il a le mérite de réunir toute la pensée de Béa Johnson en un seul ouvrage (ici, une vidéo). Il n’est pas parfait mais ce n’était pas le but une seconde, et il mérite sincèrement qu’on s’y arrête quelques heures afin de faire le tour de ce que nous pouvons, à notre petite échelle de fourmi, pratiquer. Il n’apportera pas grand-chose à une personne déjà bien avancée sur le chemin, mais sera d’une grande aide pour une prise de conscience générale de ce que nous entassons si facilement dans nos maisons, sans même le conscientiser.  À lire, donc !

De l’eau dans les mots du monde

Il y a de l’eau dans les mots du monde, dans les mots des autres. Des larmes. Je n’entends pas très bien je fais répéter, toute cette eau est si insupportable elle clapote la nuit, je peine à endormir mes pensées noyées évidemment. J’essaye bien de l’attraper cette goutte coincée comme dans une gorge mais elle est bien trop loin, peut-être même est-elle derrière le tympan et alors forcément elle échappe à tout contrôle, à toute tentative de maitrise, et je n’arrive à rien, je noie les sons du monde depuis trois jours et je dois m’y faire peut-être, accepter le vague à l’âme jusque là.
Je me sens enfermée dans l’acouphène, repliée sur moi depuis que je n’entends plus que par distraction, je ne saisis ce qui m’entoure qu’avec parcimonie. Pourtant l’autre oreille n’a rien, n’est pas affectée par cette eau du bain où j’ai plongé la tête sous l’eau, c’est fou vraiment comme une seule oreille touchée par la perte de l’audition rend le monde complètement hors de portée, trouble. Lointain.
Je ne me sens plus reliée, j’ai la sensation d’un fétu de paille entre la vie à moi. De la ouate, un peu.
Aussi passager que soit la chose, je n’aime pas beaucoup étouffer la vie.

Vendredi 6 juillet – Road trip jour 1

Nous avions prévu de dormir vers tous les endroits merveilleux entre l’Auvergne et Paris, finalement il y a eu des contraintes de part et d’autres, l’agenda de mes beaux-parents, la mort de la mère de ma belle-mère, la fatigue et l’émotionnel, alors nous avons déposé les enfants tardivement et nous avons même failli devoir tout annulé, les enfants les vacances la tente l’ophtalmo pour mes yeux, tout. Et puis un peu en bousculant un peu en pleurant aussi, tout est rentré en plus petit et nous sommes partis, eux chez leurs grands-parents et nous en camping ; avec beaucoup moins de jours de vacances mais partis.

Alors malgré cette myriade d’endroits, nous n’avons pu faire qu’une seule escale entre notre maison et Paris-mon-rendez-vous-pour-les-yeux ; Nevers pouvait laisser penser que nous étions un peu au milieu de ces deux villes, alors nous avons gardé ce point de chute.

champignon

Il est 19h30 une vingtaine de kilomètres de Nevers se tiennent quelques maisons bordées d’un chemin de grande randonnée proches d’un champs longeant une forêt ; si la description est commune, l’est beaucoup moins le premier coup de feu entendu à peine sorti de voiture. Nous nous figeons. Il est intéressant de constater comme un simple coup de feu dans un lointain semblant un peu trop proche, nous devenons l’animal traqué. Le cœur comme à l’arrêt, l’oreille tendue pour entendre le second coup. Qui explose presque plus fort dans nos tympans tellement nous l’attendons. LeChat, particulièrement tendu, souhaite repartir, et étonnamment je ne ressens aucune peur aussi je refuse. Je n’ai aucune explication à lui offrir, je ressens que nous devons dormir ici, simplement. Nous préparons nos affaires pour le matin, je me change dans la voiture pour la petite marche prévue – et alors me traverse l’idée que les coups de feu ont une régularité étrange – et nous entrons dans la forêt. Il est grognon après le chasseur, énervé par le risque de se prendre une balle perdue et moi je suis à rien de rire tellement je ne me sens pas en danger. Ce qui l’agace un peu plus.
La forêt est superbe. Le chemin longeant le champs s’en écarte pour s’enfoncer vraiment dans les arbres, et le chasseur ou alors nos pas s’éloigne de nous et LeChat respire et s’apaise un peu. Nous trouvons un espace intéressant pour planter la tente mais je ne suis pas satisfaite, je chipote et il essaye de ne pas s’agacer – il est gentil. Et alors il a cette phrase le sorcière en toi, elle dit que nous dormons où et sans même réfléchir je me tourne en disant et je désigne l’espace un peu à sa droite où les arbres font comme une grotte. Étonnée je lève la tête et j’aperçois les branches, elles forment une arche, une protection, il y a cette évidence à dormir juste en-dessous si forte que lorsqu’il me dit ce n’est pas bien plat, c’est même un peu en pente je suis certaine de ne pas vouloir chercher ailleurs. C’est le souci avec les sorcières, elles savent.

Les photos sont essentiellement floues, ce qui est fortement triste tant le lieu est resplendissant et apaisant dans un même mouvement..

Quelques gouttes de pluie nous font accélérer un peu les gestes. Nous craignons l’énorme orage prévu, nous ne sommes pas certains de pouvoir passer la nuit dans la forêt – mais il nous fallait bien tenter. Dans le calme de la tente, nous comptons l’intervalle entre les coups de feu et cette fois la régularité nous saute au visage : une minute trente six secondes. Il n’y a pas de chasseur, seulement un paysan cherchant à faire fuir les oiseaux – et les voyageurs – pour sauver ses graines. Je doute de la réussite.
Nous nous endormons alors qu’il ne fait même pas encore nuit, le chant des oiseaux pour berceuse.

La nuit, je me suis réveillée souvent. Un peu pour vérifier sans doute, que tout allait bien.. il n’y a pas quatre murs autour de nous, juste quelques tissus tendus.. c’est un peu dérangeant, tout de même.
Au petit matin douze heures avaient passé, la forêt avait été malmenée par l’orage que nous n’avions pas entendu, d’énormes branches mortes saturait le sentier que nous avions la veille emprunté sans souci ; nous avions été protégés.


Nous sommes repartis vers la voiture, accompagnés par le bruit sourd du faux-chasseur et le rire au bord des yeux sur cette première nuit merveilleuse et tellement hors du monde.

Nous avons repris le petit chemin cabossé de cailloux sans nous rendre-compte de rien, et puis nous avons filé vers l’autoroute. Paris se tenait à trois heures de là, avec mon rendez-vous pour les yeux et puis Sting que je n’ai pas vu –la faute à notre fatigue.
Lorsque la vitesse a ralenti, et les ralentissements dans la région c’est quelque chose –sous le soleil de plomb nous avons vaincu l’embouteillage parisien avec bien du retard -, il y avait ce bruit étrange semblant se répercuter contre les parois des immeubles. Je suis descendue lors d’un feu rouge, tous nos pneus étaient bien gonflés, nous n’avions rien crevé, c’était incompréhensible. Nous avons garé la voiture dans le parking de Blanche sans même prendre le temps de récupérer nos affaires et nous avons couru jusqu’au métro, oubliant le bruit de la voiture et ne pensant plus qu’à être à l’heure. La nuit dans la forêt, les oiseaux, le ralentissement de la vie en pleine nature, tout cela s’est joyeusement engouffré dans le trafic parisien. Le décalage fut perturbant.. la sensation un peu, de bousculer le corps, les pensées, la respiration. D’être une autre personne.

(à suivre)