Gouffre

Gouffre

J’attends à la sortie de l’école, la cloche sonne.
Elle doit avoir 10 ans. La pré-adolescence déjà là.
Elle va droit sur son père, une mine de dix pied de long, prête à l’esclandre.
Je t’avais dit de pas venir aujourd’hui ! Je rentre avec mon amie. Je te l’avais dit en plus !
Ah bon ?
Le père est grand, baraqué, genre chef d’entreprise, qui ne s’en laisse pas compter par les gens. Mais pas prêt pour se battre avec une gamine, pas prêt pour avoir dans les pattes une ado qui va faire la gueule toute la soirée.
Eh bien rentre avec elle.
Le sourire revient sur le visage sombre de la gamine, qui fourge ses affaires d’école à son père sans lui demander son avis, et surtout.. sans lui dire merci.
Le père se retrouve avec un cartable et un autre sac, sans enfant, déjà envolée.

Lendemain soir, je revois la gamine sortir de l’école.
Je la vois chercher du regard.
Personne pour l’attendre cette fois.
Elle se tourne vers son amie, le visage illuminé, ravi, presque euphorique :
Génial il m’a oubliée ! Je vais pouvoir rentrer avec toi !
J’aurais pu y croire, j’avoue.
Il m’a oubliée, c’est génial ! T’a vu il m’a oubliée !

Vraiment, j’aurais pu y croire, qu’elle s’en moquait.
Si elle ne l’avait pas répété trois fois.

Les elfes et la technologie

Les elfes et la technologie

Elle est directrice de l’école. Elle a visiblement dans les 40 ans (pas plus), souriante, elle a l’air d’une femme bien avec les enfants.
Nous étions au studio de FR3, hier après-midi, avec un instit, la directrice, deux parents et les trois enfants qui allaient enregistrer.
Au bout d’un moment d’attente, la directrice un peu excitée nous sort « c’est marrant de voir passer des têtes qu’on voit à la tv régulièrement ! »
Grand vide de part et d’autre, aucune réaction sinon de petits sourires par-ci par là.
– Vous ne regardez pas FR3 régional ?
– noooon pas plus que ça
(réponse des parents, puis de l’instit)
– Et vous ?
– Moi, je n’ai pas la tv.

Regard un peu consterné de la directrice, qui ne s’attarde pas trop sur ma personne (j’ai par contre eu droit à un regard intéressé de l’instit blondinet).
Dix minutes plus tard, les enfants sont enfin dans le studio d’enregistrement. Horreur, personne n’a pensé à prendre d’appareil photo (j’ai oublié le mien). La directrice passe rapidement entre nous, voir qui pourrait avoir un téléphone perfectionné qui fait le repassage, le micro-onde, la cuisine et accessoirement, appareil photo.
J’ai à peine le temps de dire que non, qu’elle passe devant moi en me disant « non vous et la technologie de toute façon..« 

Elle m’a profondément déçue. Pour une instit directrice d’école, elle case drôlement vite les gens avec des étiquettes.. D’autant que je suis persuadée qu’elle ne saurait même pas se servir de mon appareil photo, justement.

J’vous dis pas sa tête si j’avais dû lui avouer que je suis une elfe..

Je n’ai pas le temps

Je n’ai pas le temps

 


 

Plus le temps d’écrire.
Pas eu le temps de raconter ma chute, dans la baignoire. Qui m’a valu un énorme bleu qui en fait était noir, une jambe inutilisable durant 20 minutes.
Pas eu le temps de raconter les exploits de mon fils. Qui sait désormais sauter en gardant son équilibre, faire des galipettes avant, dire merci, et tente le « s’il te plait ». On vient de fêter ses 18 mois !

Plus le temps de prendre soin de moi.
Je tousse depuis un mois à en perdre mes poumons, mon médecin est trop loin, tant pis ça passera bien.. un jour. Je crois que ça a tourné à la pneumopathie.

Plus le temps de faire des petits plats.
Mon mari cuisine, ouf.

A peine le temps de coudre pour faire les réparations de mes vêtements.
Trou tu es, trou tu resteras.

A peine le temps de m’occuper de mes mails, et pourtant je dois répondre à environ 10 par jours, alors je le prends ce temps, c’est important les contacts..

Le soir.. plus l’énergie. Pour lire.
Pas grave, mon livre du moment, il est glauque. M’évitera les cauchemars..

Mais que fais-je donc de mes journées.. ?
En voilà une question qu’elle est bonne..

La maman est repartie pour deux jours à 400kms, je lève les petits monstres, je leur prépare le petit déjeuner, je les emmène à l’école ; la petite va passer à la tv et je dois l’emmener à l’autre bout de ma ville (je serais absente de chez moi de 15h à 19h, voire plus), plus leurs activités, plus ma maison à maintenir en ordre, mon fils qui veut toute l’attention du monde. Je tente de décharger mon mari pour ses études, je tente de coudre quand mon fils est à la sieste (45 minutes argh !), un site internet que je tente de mettre en place avec l’aide d’une personne qui s’y connait en e-commerce.
Je dois retourner voir ma mutuelle pour une question concernant l’auto-entrepreneur, lancer les démarches pour de bon et avoir enfin un numéro siret.
Une amie, qui vient d’ouvrir une entreprise en créant des coussins de soie (le site est en lien sur l’autre blog), me propose de faire des choses à partir de soie qu’elle peindrait. L’association me parait bonne, mais voir si c’est rentable vu qu’elle est sur Paris ^^’ Mais une chose de plus qui se rajoute.

C’est étrange parce qu’il y a de ça quelques mois, je me souviens avoir savouré mes journées calmes, et m’être dit que c’était simple finalement, de ne pas se prendre la tête. Que les gens peut-être, ne se débrouillaient pas très bien à avoir des emplois du temps de ministre.

Ben je confirme, je me débrouille pas très bien oO

Un jour..

Un jour..

Avec une aiguille et un fil entre les mains.
Les ciseaux à côtés.
Une machine offerte qui me disait, voici la lune.
..
J’ai peu à peu perdu confiance en moi. Je ne saurais pas expliqué ni pourquoi, ni comment, mais peu à peu, je me suis effritée. Quand une personne, sans doute un poil jalouse, m’a sorti que ça se voyait (sur mon sac) que j’étais débutante, je me suis repliée sur moi-même encore davantage. Et quand la machine à coudre qu’on m’avait si gentiment offert a décidé de rendre l’âme, quelque part vers les coins les plus poussiéreux de mon esprit retors, ça m’a profondément arrangé.

Ce qui fait que quand ma belle-sœur m’a offert une vieille machine à coudre, la question qui m’est rapidement venue fut : « mais que vais-je faire d’une machine qui fonctionne ?« . Je ne le lui ai pas dit, j’ai pensé qu’un brin de diplomatie pouvait être une bonne idée. D’autant que quand j’ai vu son cadeau, j’ai pleuré comme une madeleine. Bah oui, on a beau avoir peur d’un moteur à pédale, le choc fut grand. Miraculeusement, elle avait besoin d’être révisée, rien n’était donc perdu, je pouvais me la couler douce. J’ai même pas honte. Ou pas beaucoup. A peu près quoi.

Toujours est-il qu’il y a 4 mois en arrière, ma belle-maman m’a demandé un sac à main. Elle en a choisi les couleurs de base, et moi plus tard j’ai choisi le ruban. Et puis j’ai tout laissé en plan, par peur de le finir, de risquer de la froisser en ne voulant pas qu’elle paye, et que sais-je encore d’inconscient que mes rêves ne m’ont dit, faute d’un décodeur-psy que je ne vois plus.

Et puis mon mari a insisté pour faire réparer ma nouvelle machine, dont le fil cassait plus vite que je ne pouvais coudre. Ce que je ne voulais pas : par manque d’argent (80 euros !!), par peur de le faire pour rien (et si mon fil était juste de mauvaise qualité ??), par peur d’une machine qui fonctionne..
Au finale je n’ai pas regretté, la machine est un bijou.

Dans la même semaine est arrivé l’anniversaire de ma belle-maman, et je me suis prouvée que j’étais capable de créer quelque chose en deux jours (intensifs par contre, le tout avec un gnome dans les pattes).

Dans l’urgence de la chose, j’ai fait de grosses bêtises, mais dans l’ensemble, je suis tout de même très fière de moi. Voici donc mon 2em sac 🙂

Pour autant, je me suis pas sentie en confiance avec ma machine. J’étais toujours aussi inquiète à l’idée de coudre, quand Dieudeschats m’a recontactée pour une cape dont on avait parlé cet été, à peu près au moment où ma machine a commencé à être asthmatique.

Et je me suis lancée. En une semaine (sachant que je bosse à côté et que mon fils me colle plus près que de la glu), j’ai réussi à la terminer. Demain, je fais les photos et je vous montre 🙂

Étrangement.. un énorme poids s’est envolé de mes épaules. Impossible à expliquer, à vraiment comprendre, mais j’ai débloqué quelque chose. Je me sens la liberté de créer, la liberté de me tromper, de recommencer, de vendre.. Je vais pouvoir relancer les démarches pour être auto-entrepreneur, je me sens de nouveau en confiance avec moi-même.

C’est beau. La confiance..