Aujourd’hui au téléphone


Aujourd’hui au téléphone, personne, le silence tranquille de ceux qui n’ont rien à dire parce qu’il y a tant à entendre, je reste en vie sur tout ce que je ne dis pas et qui se parle sans mots, je suis de tous ces la-bas fracassés que je tais, de tous ces fils que je tire et que je vous écris les soirs éclairés. Très chers, vous me manquez autant que je vous croise.

D’après l’exercice 366 réels à prises rapides


Je gravis la montagne, comme je gravis ma vie,
Tous ces regards croisés, si je les ai compris,
J’ai pourtant vu mille fois, et suis encore surprise
De la beauté des êtres qui m’ont fait lâcher prise.

Zaz – Le lessive


2013 – photo redécouverte cette après-midi

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A la lessive ce soir, alors qu’il retirait les épingles du fil tendu et qu’au sol jonchaient les vêtements d’une autre – elle avait omis les épingles, il se trouve – LeChat a rencontré Zaz. Ou alors sans doute, bien plus simplement, une dame lui ressemblant, jusqu’à la voix. Nouvelle voisine intéressante pour les idées folles et improbables qui nous ont fait sourire et réécouter l’artiste. J’ai une confidence sans doute, à poser par ici : j’aime les voix enrayées, elles me font frissonner. J’aurais aimé avoir une telle voix et je dois bien malheureusement faire avec la mienne, un peu haut perchée il me semble – s’entend-on jamais vraiment . Et je me doute bien que si je suis un jour tombée amoureuse de cette seconde jeune femme, sa voix très particulière n’y était pas pour rien… Je souris d’être si facilement accrochée par un gravier sur des mots ou un chat dans une gorge. Je me découvre facile à deviner, je réalise comme il est simple de me faire craquer..

 
 

Aujourd’hui en gros


Il y avait une route, un peu d’herbe pour s’arrêter, quelques orties. En descente chute libre, un petit chemin s’enfonçait sous nos pieds, roulait de toutes ses forces terre et pierres jusqu’à d’énormes racines d’un arbre mis à jour par un torrent ancien. Sur la plage improvisée, le soleil illuminait les flots, les ilots pierreux et les enfants qui tentaient de nous faire croire qu’ils avaient chaud. Nous étions là, nulle part, absolument nulle part. Ou alors. Nous étions quelque part et je n’en savais rien.

D’après l’exercice 366 réels à prises rapides – Aujourd’hui en gros


Le passé et l’avenir étaient là, au détour d’une espèce de chemin, liés au présent en perpétuel mouvement par un milliard de connexions.

Terry Pratchett – Johnny et la bombe


enfants rivière



hibou rivière




Un héron se cache sur cette photo..


.. et il ne voulait vraiment pas que je le photographie.

 
 

Aujourd’hui cinq mots essentiels


 

Les essentiels furent sans doute :
couture : j’ai avancé dans un sac que j’ai reproduit d’après photos, j’en suis assez satisfaite
confiance : il y a une nécessité de la travailler qui grandit d’heure en heure, je ressens comme je m’effrite facilement
colère : contre la voisine qui nous lâche cinq chats, sans un mot, seulement une porte fermée
soulagement : un autre petit chat promis à l’adoption, il ne reste que le petit roux adorable dont nous ne sommes pas certains encore
changements : je ne sais encore comment affronter ce qui bouge en moi, je ressens les mouvements que je crée sans savoir où je vais

D’après l’exercice 366 réels à prises rapides – Aujourd’hui cinq mots essentiels
 


La Mort : Les humains rendent la vie si intéressante. Saviez-vous que dans un monde rempli de merveilles, ils ont réussi à inventer l’ennui ?

Terry Pratchett – Le Père Porcher

 

arbre
L’un des arbres immenses du parc de ma ville..
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Aujourd’hui l’ordinateur

Je suis restée devant longtemps, avant d’arriver à poser des mots dans un ordre qui ne convenait pas. J’ai parlé d’elle et je crois, j’ai dévoilé l’inquiétude – la non quiétude – à l’envers. Une indélicatesse que je ne m’explique pas, un mouvement que je ne sais attraper. Je touche mon premier regret, silhouette rousse gonflée de colère contre le monde, je pose ma voix et je l’étouffe d’inachevé, j’ai perdu sur la main de ma mère j’ai perdu , la mienne a ripé la fenêtre s’est fermé, tous les mots incertains ont disparu et l’ordinateur a avalé jusqu’à la fragilité.
C’est peut-être aussi bien.

D’après l’exercice 366 réels à prises rapides – Aujourd’hui l’ordinateur


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(et comme je suis agacée par tout, de tout, et par tous – ou peu s’en faut – il n’y a pas de photos, de toute façon je n’ai plus rien à montrer)
* mode grmph terminé *

 
 

Aujourd’hui comme si vous l’aviez vécue avec quelqu’un d’autre, mais qui ?


Il y a peu de journées que je passe en ma compagnie. La plupart des nuits je ne suis pas là. Petite, les instituteurs notaient On ne l’entends pas, est toujours dans la lune ; je n’ai jamais su comment ils savaient même si finalement la lune, elle était dépassée depuis longtemps. Alors évidemment je passe complètement à côté des gens. Aujourd’hui j’ai revu une connaissance-copine-quelque-chose pas vue depuis plus d’un an, et bien je ne voulais pas être là. Alors. Je n’ai pas été là. On s’est dit bonjour et nous nous sommes quittées, elle sur le banc et moi au bord du monde.

D’après l’exercice 366 réels à prises rapides – Aujourd’hui comme si vous l’aviez vécue avec quelqu’un d’autre, mais qui ?

 


De nos jours le meurtre va plus vite que le son : de nos nuits, il nous semble qu’il est trop tard pour demeurer ici vivantes, on n’existe plus vivant ici.
Hélène Cixous – L’Heure de Clarice Lispector

 

insecte bleu rouge Aujourd'hui comme si vous l'aviez vécue avec quelqu'un d'autre, mais qui ?
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J’ai inhumainement mal dans le corps et puis cela s’échappe sans raison, avec mes idées, avec mes envies, pendant quelque temps indéfinissable. Je me reviens comme si je m’étais oubliée, la souffrance évanouie et la mémoire vieille. Je contemple un vide étrange où la douleur n’est plus. Alors je tiens mes listes je tiens les mots, je me souviens que je survis et qu’il y a dans ce fait une chance incommensurable : je peux en témoigner, même si trop souvent je ne sais plus qui je suis, je peux me tenir sur des virgules et un jour me souvenir, bien plus tard, que j’aime être la personne que je suis.