Atelier d’écriture de Bruno Tessarech, 1/4

chateau caramagne - Atelier d'écriture de Bruno Tessarech
Unique photo prise durant le we – floue parce que épuisée
Château de Caramagne, clôture du Festival du premier roman, à Chambéry

Je suis arrivée à l’atelier d’écriture de Bruno Tessarech avec une mauvaise nuit sous les yeux, une petite dose de stress dans le cœur, et sans avoir bu de thé – ce fut le plus difficile. J’avais bien failli être en retard parce que les enfants n’avaient pas su quitter l’hôtel, et j’ai été accueillie par (trop) de regards et avec ce thé qui m’avait manqué – la tasse chaude entre les doigts, tout s’affronte. Étrangement je me sentais relativement sereine, une sorte de mélange inquiet et tranquille qui ne me grignotait pas le moins du monde – je n’en reviens toujours pas.

Ce fut une expérience intime. Je ne sais pas si je peux retranscrire comment j’ai mêlé intimité et résonance, durant ce séjour-là, mais je voudrais retransmettre ce que j’ai ressenti et ce que j’ai appris. Je vais tenter mais je serai forcément à côté de plusieurs degrés. Un peu comme ma voix, lorsque je devais me lire ; elle se situait à côté. J’ai la plus grande difficulté à faire lire ce que j’écris, et là je devais lire les mots posés en catastrophe – en trente-cinq minutes, en quarante-cinq minutes, en une heure – je devais lire dans le silence et les regards, je devais lire et je frôlais en permanence le tremblement de la voix. J’écrivais court pour ne pas avoir à l’affronter, j’écrivais court pour ne pas terminer dans une émotivité mal venue. Comme lors du premier texte où finalement je n’ai pu continuer à parler. Plus de voix. Plus de possibles. Ma voisine a terminé de lire un texte qui me dévoilait finalement bien trop. C’était l’exercice, c’était ce qui avait été demandé, mais je m’y était bien trop plongée, j’avais mis de moi trop de cette immobilité qui est mienne. J’avais figé mon corps et les mots – même mouvement. J’ai compris au moment où je me suis tue, que je n’en parlais pas suffisamment et que ce silence que je m’impose pour ne pas déranger, pour ne pas faire fuir, ce silence m’étouffe autant que la peur de ne plus marcher.

Ce texte là restera enfermé, il n’a de valeur que pour l’exercice qui était demandé et qui était très intéressant par ailleurs :
« Dites votre vie mais ne la racontez pas. » Parler de soit en choisissant il/elle/tu. C’était une mise à distance intérieure, une manière subtile d’écrire sur soi sans être au milieu des émotions – enfin… sauf lors de la lecture, semble-t-il. Je me demande presque s’il suffit de s’écrire pour avoir un roman, s’écrire et broder, s’écrire et modeler.

J’ai su plus tard que mon texte avait mis les larmes aux yeux à l’une des participantes. Concernée.

Nous avions eu trente-cinq minutes pour écrire et j’avais balancé mon texte, un peu arraché de très loin parce que ce sont ces mots là qui sont venus et que ça n’en était pas d’autres, je l’avais balancé et je m’attendais à des remarques sur quelque chose n’importe quoi mais quelque chose et non il n’y eut rien, de négatif rien. Je me demande bien pourquoi je pense toujours que j’écris catastrophiquement et qu’un jour quelqu’un va me le dire. Bruno ne l’a pas dit, il avait juste un sourire doux, ajoutant avec celui-ci que j’avais su figer le temps.

Bruno Tessarech m’a fait prendre conscience de bien des choses durant ce week-end d’écriture, j’ai compris, ressenti, fait vivre l’écrivain en moi comme cela ne m’était jamais arrivé. J’ai senti en moi l’instant où j’ai basculé de l’Ambre à l’Auteur, et c’était… plus tard, ce n’était pas cet atelier-là. Il avait de ces phrases qui vous percutent par leur justesse et leur étonnante évidence. Pourtant l’instant d’avant, je n’y songeais pas. Je ne peux résister à vous transmettre l’une d’elle :

« Dès que c’est écrit ça devient vrai »

[écriture automatique arbre ] – Ineffable : ce qui échappe au dire

arbre solitaire

 

« les fragments sont l’expression d’une recherche expérimentale toujours recommencée,
en vue d’une totalité qu’il s’agit de reconstruire pas à pas »

Friedrich Schlegel

 

Atelier d’écriture à partir de cette photo

Il reste une semaine avant que le thème ne change, pour ceux qui désirent participer

Il s’agit là d’une écriture automatique

 
 

les souvenirs s’entassent dans les herbes les pluies les gouttes tu aimais tu disparaissais dans un même geste le drap fatigué d’odeur les souvenirs dans les trous de mémoire tu te cales là dans les interstices qu’est-ce qui est retenu sous les branches de l’arbre de ce que tu as laissé de ce que tu as omis miroir souillé tu reprends quoi de ce que tu as aimé de ce que tu as haï l’intérieur griffé tu oublies quoi de ce qui est de ce qui a disparu forcé tu déroules quoi tu retiens quoi de ce visage de ses épaules qui te portaient dans l’arbre et des cerises que tu cueillais ça t’assomme quand il n’y a plus d’heure et que t’es là simplement à regarder une feuille bouger dans le ciel lourd du feuillage la terre lourde d’un nous tu es là dans l’immobile dans ce corps froid sous la terre que tu ne voulais pas même effleurer et ce nom son nom ton nom sous la terre sous les pieds à quel moment ça peut aller pour toi si tu peux disparaitre dans le souffle d’un plat qui se brise sur ton non un prénom son prénom ton prénom qui s’enterrent là en dessous tu te crois vivant tu te vois marcher sous l’arbre alors tu y crois tu repousses les ombres dans les nuits où tu ne dors pas mais tu es vivant tu le dis tu le sais dans chaque insomnie tu t’épuises à te dire vivant alors même que tu ne te trouves plus tu étais dans le cerisier tu ramassais et tu mangeais et les cerises sont tombées sur le sol avec toi sous la terre toujours ce recul de la vie ton pas en arrière l’orage gronde l’arbre se courbe brindille contre étincelle et la plainte des morts sur cette mémoire qui remonte la plainte des morts qui glissent avec la terre avec la pluie avec ta vie flottant les uns sur les autres tu retiens les trous les pluies les herbes la mémoire qui se pose et bouscule tu retiens l’arbre qui te mentait le vivant qui te bouscule dans l’abandon de cette terre et tu détestes profondément cette manière d’attendre des morts cette manière qu’ils ont sous les arbres de s’asseoir et d’attendre que nous les aimions encore
 
 
 

Les évidences simples

 


 
évidences simples
 

fleurs sur branches rose évidences simples


 
 

C’est arrivé.

 
Ranger nettoyer trier jeter.
Ce n’est que du rangement visible de ce qu’il se passe à l’intérieur,
une contrainte physique de ce qui se cache.
Je ne cesse de me rencontrer sans me reconnaitre.
Peut-on se cacher de soi ?
 

L’insomnie après le livre.
Réaliser après  le livre.

Magnifique lecture transgénérationnelle
qui me posait dans l’inacceptable avec le reste du monde.
Je n’étais pas seule, il y avait Vous,
il y avait les failles et les secrets, la culpabilité et la vie.
Qui pose la question.
Pouvons-nous tout pardonner ?

 

Il est difficile de composer avec une vie dont on ne détient que des fragments,
quand on n’a même pas idée de ce qui nous échappe,
quand tout autour de nous n’est constitué que de pièces manquantes dont on ignore les contours.

Valérie Tong Cuong

L’écriture qui s’ouvre en décalée,
Tout ce que j’ai écrit et qui ne veut plus rien dire,
le roman en préparation qui s’effondre sur la découverte
Il va rester là sans corps ou trop de ces corps-là
Ce que j’y écrivais, c’était ça. Avant de le voir je l’avais écrit.
Je ne peux plus continuer ce qui est.

Je deviens quoi ? Je dis quoi.

 

 
L’enfance crie dans la terre
et les mains pleines d’échardes
m’ont été présentées trois fois.
J’observe leur liberté, je n’écris pas je n’écris plus
je pense moins à Lui je ne pense qu’à moi, ce moi perdu
qui se retrouve et se perd, s’emmêle.

J’écris comme si je marchais pour la première fois.
J’immobilise le passé et le dénoue
je me découvre. Autre.

C’est un peu demain, ce sera une ombre les cheveux blanchis.
Dehors je ramasse le froid je ramasse les corps
ou alors juste le sien ou alors juste le mien
J’effleure je fouille je saccage l’intimité d’un mort
pour une impossible réparation.
Suis-je ?

Oui. C’est un peu demain.
Mais une heure avant.
 

C’est arrivé.

 
 
 

Atelier d’écriture : décrire un silence

neige1
 

Atelier des scribtonautes : (écrit rapidement, juste pour le plaisir de participer. Trop rapidement, puisqu’il y a des répétitions)

Décrire un silence

Ce matin là, les nuages trainaient dans un ciel un peu paresseux : on aurait pu le penser immobile tant même l’air semblait figé. A pas feutré elle avançait dans la neige, fragile paysage endormi et immaculé. La solitude l’enveloppait, absorbait jusqu’à son souffle. La tranquillité des lieux apaisait la jeune femme, à en oublier cette exigence du monde de remplir les silences, ces effrayants silences. La tempête intérieure qui l’avait poussée à marcher dans le froid s’extasiait maintenant sur ce paysage comme assourdi. Elle ne savait plus si elle pleurait quand elle était partie, ce n’était plus important ; elle observait au loin ce silence blanc et ils échangeaient leurs pensées pour qu’elles se taisent à jamais, là, sous ce coton blanc.

 

Et puis j’ai vu sur le forum, qu’il y avait ailleurs une consigne fort intéressante, à savoir « sans utiliser les mots qui sont le plus souvent reliés à la situation ». Et donc ici :

Décrire un silence, sans utiliser le mot : silence, son, bruit, calme, voix, et musique.

Ce matin là, les nuages trainaient dans un ciel un peu paresseux : on aurait pu le penser immobile tant même l’air semblait figé. A pas feutré elle avançait dans la neige, fragile paysage endormi et immaculé. La solitude l’enveloppait, absorbait jusqu’à son souffle. La tranquillité des lieux apaisait la jeune femme, à en oublier cette exigence du monde de parler sans relâche, de combler les espaces de paroles. La tempête intérieure qui l’avait poussée à marcher dans le froid s’extasiait maintenant sur cette campagne comme assourdie. Elle ne savait plus si elle pleurait quand elle était partie, ce n’était plus important ; elle observait la douceur ambiante du paysage et ils échangeaient leur pensées pour qu’elles se taisent à jamais, là, sous ce coton blanc.