[écriture automatique arbre ] – Ineffable : ce qui échappe au dire

arbre solitaire

 

« les fragments sont l’expression d’une recherche expérimentale toujours recommencée,
en vue d’une totalité qu’il s’agit de reconstruire pas à pas »

Friedrich Schlegel

 

Atelier d’écriture à partir de cette photo

Il reste une semaine avant que le thème ne change, pour ceux qui désirent participer

Il s’agit là d’une écriture automatique

 
 

les souvenirs s’entassent dans les herbes les pluies les gouttes tu aimais tu disparaissais dans un même geste le drap fatigué d’odeur les souvenirs dans les trous de mémoire tu te cales là dans les interstices qu’est-ce qui est retenu sous les branches de l’arbre de ce que tu as laissé de ce que tu as omis miroir souillé tu reprends quoi de ce que tu as aimé de ce que tu as haï l’intérieur griffé tu oublies quoi de ce qui est de ce qui a disparu forcé tu déroules quoi tu retiens quoi de ce visage de ses épaules qui te portaient dans l’arbre et des cerises que tu cueillais ça t’assomme quand il n’y a plus d’heure et que t’es là simplement à regarder une feuille bouger dans le ciel lourd du feuillage la terre lourde d’un nous tu es là dans l’immobile dans ce corps froid sous la terre que tu ne voulais pas même effleurer et ce nom son nom ton nom sous la terre sous les pieds à quel moment ça peut aller pour toi si tu peux disparaitre dans le souffle d’un plat qui se brise sur ton non un prénom son prénom ton prénom qui s’enterrent là en dessous tu te crois vivant tu te vois marcher sous l’arbre alors tu y crois tu repousses les ombres dans les nuits où tu ne dors pas mais tu es vivant tu le dis tu le sais dans chaque insomnie tu t’épuises à te dire vivant alors même que tu ne te trouves plus tu étais dans le cerisier tu ramassais et tu mangeais et les cerises sont tombées sur le sol avec toi sous la terre toujours ce recul de la vie ton pas en arrière l’orage gronde l’arbre se courbe brindille contre étincelle et la plainte des morts sur cette mémoire qui remonte la plainte des morts qui glissent avec la terre avec la pluie avec ta vie flottant les uns sur les autres tu retiens les trous les pluies les herbes la mémoire qui se pose et bouscule tu retiens l’arbre qui te mentait le vivant qui te bouscule dans l’abandon de cette terre et tu détestes profondément cette manière d’attendre des morts cette manière qu’ils ont sous les arbres de s’asseoir et d’attendre que nous les aimions encore
 
 
 

Les évidences simples

 


 
évidences simples
 

fleurs sur branches rose évidences simples


 
 

C’est arrivé.

 
Ranger nettoyer trier jeter.
Ce n’est que du rangement visible de ce qu’il se passe à l’intérieur,
une contrainte physique de ce qui se cache.
Je ne cesse de me rencontrer sans me reconnaitre.
Peut-on se cacher de soi ?
 

L’insomnie après le livre.
Réaliser après  le livre.

Magnifique lecture transgénérationnelle
qui me posait dans l’inacceptable avec le reste du monde.
Je n’étais pas seule, il y avait Vous,
il y avait les failles et les secrets, la culpabilité et la vie.
Qui pose la question.
Pouvons-nous tout pardonner ?

 

Il est difficile de composer avec une vie dont on ne détient que des fragments,
quand on n’a même pas idée de ce qui nous échappe,
quand tout autour de nous n’est constitué que de pièces manquantes dont on ignore les contours.

Valérie Tong Cuong

L’écriture qui s’ouvre en décalée,
Tout ce que j’ai écrit et qui ne veut plus rien dire,
le roman en préparation qui s’effondre sur la découverte
Il va rester là sans corps ou trop de ces corps-là
Ce que j’y écrivais, c’était ça. Avant de le voir je l’avais écrit.
Je ne peux plus continuer ce qui est.

Je deviens quoi ? Je dis quoi.

 

 
L’enfance crie dans la terre
et les mains pleines d’échardes
m’ont été présentées trois fois.
J’observe leur liberté, je n’écris pas je n’écris plus
je pense moins à Lui je ne pense qu’à moi, ce moi perdu
qui se retrouve et se perd, s’emmêle.

J’écris comme si je marchais pour la première fois.
J’immobilise le passé et le dénoue
je me découvre. Autre.

C’est un peu demain, ce sera une ombre les cheveux blanchis.
Dehors je ramasse le froid je ramasse les corps
ou alors juste le sien ou alors juste le mien
J’effleure je fouille je saccage l’intimité d’un mort
pour une impossible réparation.
Suis-je ?

Oui. C’est un peu demain.
Mais une heure avant.
 

C’est arrivé.

 
 
 

Atelier d’écriture : décrire un silence

neige1
 

Atelier des scribtonautes : (écrit rapidement, juste pour le plaisir de participer. Trop rapidement, puisqu’il y a des répétitions)

Décrire un silence

Ce matin là, les nuages trainaient dans un ciel un peu paresseux : on aurait pu le penser immobile tant même l’air semblait figé. A pas feutré elle avançait dans la neige, fragile paysage endormi et immaculé. La solitude l’enveloppait, absorbait jusqu’à son souffle. La tranquillité des lieux apaisait la jeune femme, à en oublier cette exigence du monde de remplir les silences, ces effrayants silences. La tempête intérieure qui l’avait poussée à marcher dans le froid s’extasiait maintenant sur ce paysage comme assourdi. Elle ne savait plus si elle pleurait quand elle était partie, ce n’était plus important ; elle observait au loin ce silence blanc et ils échangeaient leurs pensées pour qu’elles se taisent à jamais, là, sous ce coton blanc.

 

Et puis j’ai vu sur le forum, qu’il y avait ailleurs une consigne fort intéressante, à savoir « sans utiliser les mots qui sont le plus souvent reliés à la situation ». Et donc ici :

Décrire un silence, sans utiliser le mot : silence, son, bruit, calme, voix, et musique.

Ce matin là, les nuages trainaient dans un ciel un peu paresseux : on aurait pu le penser immobile tant même l’air semblait figé. A pas feutré elle avançait dans la neige, fragile paysage endormi et immaculé. La solitude l’enveloppait, absorbait jusqu’à son souffle. La tranquillité des lieux apaisait la jeune femme, à en oublier cette exigence du monde de parler sans relâche, de combler les espaces de paroles. La tempête intérieure qui l’avait poussée à marcher dans le froid s’extasiait maintenant sur cette campagne comme assourdie. Elle ne savait plus si elle pleurait quand elle était partie, ce n’était plus important ; elle observait la douceur ambiante du paysage et ils échangeaient leur pensées pour qu’elles se taisent à jamais, là, sous ce coton blanc.

 

Atelier des scribtonautes, les neiges éternelles

Atelier des scribtonautes, les neiges éternelles

Atelier d’écriture des Scribtonautes, les neiges éternelles :         

50 mots à partir de la photo

Il fixait la ligne de chemin de fer qui se perdait dans le brouillard, les pieds tendus par l’humidité glacée. Mêlé à la neige et l’angoisse de sa responsabilité, le chemin lui paraissait obscur et trop silencieux. Le rêve des Lucioles… Sur lui reposait la responsabilité de retrouver les survivantes.

 
 


 
 
 

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La rumeur du monde tient dans les mains

Atelier d’écriture

 
Le texte est venu d’une certaine manière, a pris une autre tournure à la dernière minute… Les enfants criaient leur joie de vivre dans mes oreilles avec leur rollers à leurs pieds et je crois que cela a participé fortement au résultat. Ça et puis cette envie en ce moment, d’apprendre.
Ma participation là-bas.
 

jeux enfants fontaine mains
 
 

Il lui demande de venir tous les jours, je le sais parce qu’il l’a dit à Cloé et qu’elle me l’a répété. Alors chaque après-midi ils profitent du soleil et de l’eau des fontaines. Il part jouer avec ma fille et Elle, Elle le regarde s’envoler comme un moineau avant de se mettre en retrait un peu, avec un livre. Je ne sais pas comment c’est possible mais ce n’est jamais le même bouquin. Peut-être qu’Elle s’ennuie sur celui de la veille et qu’Elle en prend un autre pour tester. Il n’est pas humainement possible, avec un enfant, de lire un livre par jour. Si… ? Celui d’aujourd’hui a une couverture étonnante, grise, hésitante dans ses teintes : une clarté, une silhouette qui semble tout à la fois prête à s’élancer sur le seuil de la rue ou à repartir dans l’autre sens et claquer une porte invisible. Étonnante, parce que je me sens un peu comme ça face à Elle. Elle est dansante, cette couverture, elle ne sait pas comment parler au monde. Et puis il y a ces mains là qui tiennent le livre, petites et douces, silencieuses…

J’aime ces instants hors du temps, cette course dans mes journées qui s’arrête lorsque j’amène Cloé jouer dans les fontaines. Tout en moi se repose, s’apaise. Je me permet d’observer, de prendre le temps, d’être présent en moi et à ce qu’il se passe autour de moi. C’est comme ça que je l’ai repérée. Elle était la seule à ne pas crier sur son môme, elle lui faisait juste un signe de la main parfois et moi je me suis retrouvé pris dans cette voix invisible qui se construisait par dessus les cris des autres. Le silence se remarque plus facilement que le bruit, ou alors peut-être que j’y suis particulièrement sensible ; je la sens vibrer dans ses gestes. Je suis là et je me sens entier comme si elle tenait tous les secrets entre ses doigts. Elle m’a montré sans le savoir, l’équilibre des sons qu’elle dessinait entre les voix. C’est réconfortant, apaisant tout ce qu’elle dit en silence pendant que le monde bruisse. C’est à cela que nous sommes liés, à tout ce qui se dit en filigrane dans les silences. Toute notre identité est dans l’écoute de ce qui se tisse lorsque nous ne parlons pas.

Ce soir les enfants se sont donnés la main au moment où je prenais une photo. Je la tirerai sur papier et j’irai la lui montrer, c’est une bonne manière d’entrer en contact avec une personne non ? Je crois que cette fois, je vais oser parler à la maman qui change de livres tous les jours. Pour lui demander tout de même si vraiment, elle a le temps de lire autant, et si elle sourit je glisserai un accepteriez-vous de boire un café avec moi ? Enfin, en substance. Je crois que j’ai appris les bons gestes, je n’ai plus qu’à oser.