Nessie, le monstre marin en peluche

Il y a trois semaines, j’ai découvert ce très beau travail : Nessie. Le très parfait patron de la dame est ici, le tutoriel tout aussi parfait est sur son blog.

Sur ses photos, on voit qu’elle travaille à la main et dans ma tête, c’est allé très vite : j’ai une machine, je vais faire ça en deux jours, c’est parti.

Je suis allée trop vite, dans ma tête. C’était impossible, deux jours. J’ai voulu le voir facile, très facile et ça ne l’était pas. Déjà, sans LeChat pour faire la plus grosse partie de laminage des draps/tissus – que c’est douloureux pour les doigts, une paire de ciseaux – ainsi que le rembourrage, je ne serais jamais arrivée au bout : remplir un trou sans fond de bouts de tissus, c’est usant pour les mains. Je me suis occupée de lui farcir la tête et je n’en pouvais déjà plus, j’ai eu très peur de me déchirer encore un muscle. LeChat a donc rempli, et puis rempli, et encore rempli… nous avons cru que nous n’y arriverions jamais. Il nous a fallu une quantité de tissu absolument hallucinante, j’avais malheureusement trop mal aux mains pour photographier les tas générés par les cinq draps usés, les tissus d’ameublement, les tee-shirts troués… ça n’en finissait plus.

Et pourtant. Nous en avons finalement vu le bout. En voulant coudre l’un des yeux, une couture a émis un craquement de protestation et je me suis mise en tête de tout consolider : j’ai donc redécoupé et cousu le patron en à peine plus grand pour contenir en cas de craquage des tissus lorsque Hibou ou Prince s’en servira de cheval – inévitable, je n’ai nul espoir en la survivance de Nessie dans le temps. J’ai compris que j’aurais dû consolider les coutures en amont, je pensais que la surjeteuse suffirait : cela s’appelle l’expérience. Les chutes de tissu c’est merveilleux, mais bien trop lourd. D’ailleurs, le cou penche d’une manière un peu dramatique, oups..

Je lance les paris : combien de temps survivra Nessie ? 🙂

Pour ceux qui ont l’œil, il y a du chocolat sur cette table

La partie la plus facile et ultra rapide

Les pattes ont été difficiles à ajouter

L’un des draps, lacéré et découpé avant de servir de rembourrage

J’y étais presque, et puis j’ai vu qu’il fallait que je consolide les coutures ; La tête tenait encore droite

Nessie, superbe et fier car pas encore malmené par un enfant 😉

La couverture, une danse de souris

bords couverture souris

. Je me retrouve enfin, c’est quelque chose qui se tient à l’intérieur comme une obstination peut-être. Je clopine toujours et j’ai dévarié la hanche c’est perturbant ce que cela peut faire mal. Hier alors que j’aurais du sortir et faire la navette avec deux puis quatre enfants, ils sont tous partis sans moi ou venus à moi sans que je ne passe la porte d’entrée. L’amie formidable s’est arrangée pour me laisser ses enfants sans que je bouge et sans que j’ai non plus à emmener le mien. Je prends soin et l’on m’aide, de ce pied déchiré et de la hanche qui s’est légèrement mise de côté, un peu déboitée, un peu pas trop à sa place, douloureuse. C’est toute une lecture du monde à travers la douleur, un prisme décalé, intéressant, aussi, malgré. Il s’agit de décoder en fonction d’elle, à travers elle, ce que je peux traverser, ce que je peux vivre. Et moi je lui réponds tout, je peux tout et nous faisons ainsi, un test de tout, et je danse sur les sourires – les contraintes retirées, que reste-t-il d’autre ? – je m’emporte dans ce que je peux saisir comme l’insaisissable, parce qu’il n’est pas possible d’être morcelée et en cela je les ai bien compris, mes rêves, je ne vais pas rester dans les perspectives tronquées, n’être que vaguement reliée. Délivrée, en somme, de ce qui m’est interdit : j’arrange toujours tout, l’Univers s’en mêlant, l’amie se glissant dans mes journées – elle revient pour un thé aujourd’hui, elle a cessé d’avoir peur de ma douleur, elle aussi la contourne et c’est tellement, tellement apaisant.

 


 

. Et puis j’ai terminé de coudre la couverture de souris dans un bien-être intense parce que cette possibilité de créer est immensément merveilleuse, nécessaire, magique pour ma santé et le bonheur qui en découle. Elle est beaucoup par là et sera envoyée pour être choyée par un enfant qui danse – qu’on ne me demande pas pourquoi je vois la danse autour de cette couverture.

. Je découvre Asli Erdogan, suite à son emprisonnement en Turquie, je cherche ses livres mais le seul que j’ai trouvé dans ma médiathèque est « Les oiseaux de bois ». Je cherche « Sortie », si quelqu’un a une piste ou peut me le prêter ? Ou ses autres qu’elle a écrit, je souhaite tout découvrir, je ressens comme un appel de son écriture, parce que je crois, vraiment, je voudrais écrire aussi bien que cette Dame.

 

« D’un sommeil interminable tu te réveilles à l’obscurité, à ton destin où tu es en retard »

« Tu as appris de ta mère (..) à devenir femme, à partir sans laisser de traces comme un chat qui s’apprête à mourir, à s’effacer »

Asli Erdogan

 

couverture souris

souris couverture dentifrice souris couverture

 

En arrière-fond de la création

Depuis quelques temps, je couds. Je suis passée en mode passionnée dans la création manuelle, ce qui n’est pas forcément une merveilleuse idée puisque je dois écrire. Le printemps qui ne s’installe pas, sans doute, en est la cause. La chaleur si douce d’hier a disparu ce matin sous les nuages : l’herbe mouillée ne me tente pas. Alors je couds, alors j’écris, je mélange les arts, je réussis mieux l’un que l’autre et cela me désole pour l’autre. Je suis fatiguée et agacée de l’être. J’avance mais ne sait plus, j’ai écrit Feu aujourd’hui je le trouve plat, à l’opposé de ce qu’il suscite en moi, je relance Avortement, il sort par à-coups de ce ventre bien vivant et ça sort en vague, en souffrance, en décalé puisqu’il s’agit de moi mais pas de mon ventre. Je bouscule ce qui se cache dans mes recoins, je me dois bien de sortir toutes les ombres, de les arracher et les poser sur le blanc de la feuille, et si au jour final je l’envoie s’il est lu et détesté, j’aurai au moins tout donné – je me demande pourquoi je ne peux pas juste, juste, écrire et envoyer de simples mots plus proches du conscient ne me demandant pas de m’y laisser moi toute entière. Pourquoi, pourquoi ne puis-je pas faire simple, écrire et puis rien, rien de grave, rien de fort, c’est si incroyable que je ne sache pas faire.
Alors j’écris et quand je veux me cacher de moi-même, je couds.

Des glaces :

glace feutrine vanille chocolat

Des bavoirs :

création bavoirs animaux

bavoir elephant

création bavoir monstres

bavoir gourmandise theiere

bavoir gourmandise

Confiance entre mes doigts

 


 
 
machine a coudre pied confiance gritzner
Il y a certes plus jolie photo…

 
Elle s’appelle Confiance, elle a un charme fou et discret, elle a une ligne parfaite je ne l’avais juste pas regardée encore bien, elle est solide jusqu’à sa robe qui semble la tenir debout comme si jamais elle ne pouvait s’effondrer, elle ne marche pas non elle glisse elle est aérienne, j’ai eu si peur de la toucher que pour la première fois j’ai du demander son autorisation et être vraiment certaine de son accord, j’ai lu comme jamais le livre qu’elle tenait entre ses mains.

Elle s’appelle confiance, je l’entends me parler elle dit les robes les jupes les pantalons et je pourrais presque l’écouter tant elle semble avoir confiance en la vie en qui elle est en ce qu’elle fait, je crois qu’elle peut tout faire et elle le sait, sans doute est-ce cela qui la rend si belle. Je découvre doucement ses pensées, doucement parce que j’ai peur un peu, peur d’aller trop vite, de l’effaroucher, de la brusquer. Elle est incroyable. Elle est ma nouvelle amie et si je ne peux certes pas lui confier ce qu’il y a en moi, elle saura elle me confier ce que je peux faire de mes doigts.

Elle s’appelle Confiance, elle est arrivée avant même que mon compte en banque soit débité, une journée après avoir été commandée.

Elle s’appelle Confiance, parce que c’est le mot qui m’est venu naturellement lorsque j’ai fait glisser mes deux tissus, un en éponge et un coton et qu’elle avançait tranquillement comme si elle était faite pour ça – et assurément elle l’est -, j’ai encore la sensation de l’autre inscrite en moi, j’ai encore tous ses soubresauts, tous ses arrêts en pleine couture, tous ses crans où elle n’avançait plus, toutes ces fois où j’ai pensé que je ne cousais pas droit – je ne comprends pas comment une machine peut ne pas coudre droit, je découvre que la mienne avait ce défaut d’une importante pourtant capitale. Je ressens encore dans mon corps tous ces élans sacrifiés abimant parfois le tissu, et puis je m’immerge dans Confiance, cette magnifique machine à coudre au geste fluide avançant avec toute la douceur possible. Elle émet une plénitude, une énergie tranquille qui m’impressionne.

J’ai beaucoup à apprendre, avec elle.
J’ai tout mon temps.
 
 

Coudre avec un grille-pain, c’est affaire de choix

Je ne sais pas comment je vais faire : le temps à disparu. Comme ça il s’est envolé, il a viré de bord et je n’ai rien vu venir, je n’ai plus la place pour écrire et le peu que je fais m’enchante sur l’instant et lorsque je me relis je sombre dans le désespoir ; l’abécédaire, il n’est pas prêt de voir le jour. Même ici, je n’ai pas retrouvé le temps, je bouscule tout pour quelques mots, quelques phrases posées là. Je ne sais pas ce qu’on fait de ça, d’un temps qui a disparu ? Il se perche sur quelles hauteurs ? Je ne sais pas. Je lui vole ce que je perçois, ce qu’il laisse échapper, je lui prends presque en douceur.

Je me suis acheté une nouvelle machine à coudre, elle arrivera, bientôt.
L’ancienne a décidé de changer de fonction, elle tente le grille-pain parce que coudre, elle avait un peu fait ça toute sa vie. Elle s’est lassée. De toute façon, depuis quelque temps elle alignait le fil soit tout ensemble soit très espacé, comme ça : elle devenait poète. Personnellement, la poésie sur mon tissu si je n’en suis pas à l’origine, je refuse – chacun son domaine. Je n’ai réalisé ça qu’après avoir envoyé une couverture, je suis la tristesse incarnée et j’ai peut-être, un peu, eu un vocabulaire non adapté aux oreilles mécaniques. Elle a boudé, elle a continué à coudre tout serré et puis soudain tout relâché et entre deux traits elle a trouvé sa nouvelle vocation : en l’allumant, elle grésille, chante avec l’électricité et attend patiemment que ça toast en surchauffant sur sa base.
Si quelqu’un la veut, elle est à lui.

Je lui ai donc cherché une remplaçante – d’autant que j’ai une commande en attente -, et je l’ai trouvée chez une ancienne filiale de Pfaff. Relativement moche – très sincèrement, je ne le lui dirai pas pour pas la vexer, mais comme elle n’est pas encore arrivée je le confie ici – un peu moche donc, mais entièrement fabriquée en Europe et de ce fait, solide – ce qui au passage, n’est plus le cas des Pfaff et Singer, fabriquées en Chine et dont la qualité est en train de chuter, attention à une réputation qui n’est plus d’actualité. Ma petite merveille, en accord complet avec son origine, est également plus chère.
Elle coute 599 euros, j’en avais 183 en ma possession, il me manque donc 416 euros pour la payer – car il va me falloir rembourser.
Une amie m’a gentiment aiguillé vers un système de don, mais après une très grande réflexion, je ne me suis pas sentie légitime pour ce projet. Je couds doucement, je fatigue, je n’ai pas la moindre idée de contre-parties possibles pour les gens qui donneraient de l’argent pour ma machine, c’est la misère : j’ai fui (je suis lâche).

Là où vous pouvez m’aider, c’est en me passant des commandes, en me faisant de la publicité, en achetant là-bas : je pourrais rembourser plus vite, et vous, vous aurez quelque chose dont vous avez utilité. La boutique n’est pas très remplie, parce que je vais lentement, parce qu’il y a l’IEF, parce que je cherche à écrire, parce qu’il y a les commandes qu’on me passe, mais au fur et à mesure j’y arriverai 😉

machine à coudre
La nouvelle machine à coudre, bientôt