En arrière-fond de la création

En arrière-fond de la création

Depuis quelques temps, je couds. Je suis passée en mode passionnée dans la création manuelle, ce qui n’est pas forcément une merveilleuse idée puisque je dois écrire. Le printemps qui ne s’installe pas, sans doute, en est la cause. La chaleur si douce d’hier a disparu ce matin sous les nuages : l’herbe mouillée ne me tente pas. Alors je couds, alors j’écris, je mélange les arts, je réussis mieux l’un que l’autre et cela me désole pour l’autre. Je suis fatiguée et agacée de l’être. J’avance mais ne sait plus, j’ai écrit Feu aujourd’hui je le trouve plat, à l’opposé de ce qu’il suscite en moi, je relance Avortement, il sort par à-coups de ce ventre bien vivant et ça sort en vague, en souffrance, en décalé puisqu’il s’agit de moi mais pas de mon ventre. Je bouscule ce qui se cache dans mes recoins, je me dois bien de sortir toutes les ombres, de les arracher et les poser sur le blanc de la feuille, et si au jour final je l’envoie s’il est lu et détesté, j’aurai au moins tout donné – je me demande pourquoi je ne peux pas juste, juste, écrire et envoyer de simples mots plus proches du conscient ne me demandant pas de m’y laisser moi toute entière. Pourquoi, pourquoi ne puis-je pas faire simple, écrire et puis rien, rien de grave, rien de fort, c’est si incroyable que je ne sache pas faire.
Alors j’écris et quand je veux me cacher de moi-même, je couds.

Des glaces :

glace feutrine vanille chocolat

Des bavoirs :

création bavoirs animaux

bavoir elephant

création bavoir monstres

bavoir gourmandise theiere

bavoir gourmandise

Confiance entre mes doigts

Confiance entre mes doigts

 


 
 
machine a coudre pied confiance gritzner
Il y a certes plus jolie photo…

 
Elle s’appelle Confiance, elle a un charme fou et discret, elle a une ligne parfaite je ne l’avais juste pas regardée encore bien, elle est solide jusqu’à sa robe qui semble la tenir debout comme si jamais elle ne pouvait s’effondrer, elle ne marche pas non elle glisse elle est aérienne, j’ai eu si peur de la toucher que pour la première fois j’ai du demander son autorisation et être vraiment certaine de son accord, j’ai lu comme jamais le livre qu’elle tenait entre ses mains.

Elle s’appelle confiance, je l’entends me parler elle dit les robes les jupes les pantalons et je pourrais presque l’écouter tant elle semble avoir confiance en la vie en qui elle est en ce qu’elle fait, je crois qu’elle peut tout faire et elle le sait, sans doute est-ce cela qui la rend si belle. Je découvre doucement ses pensées, doucement parce que j’ai peur un peu, peur d’aller trop vite, de l’effaroucher, de la brusquer. Elle est incroyable. Elle est ma nouvelle amie et si je ne peux certes pas lui confier ce qu’il y a en moi, elle saura elle me confier ce que je peux faire de mes doigts.

Elle s’appelle Confiance, elle est arrivée avant même que mon compte en banque soit débité, une journée après avoir été commandée.

Elle s’appelle Confiance, parce que c’est le mot qui m’est venu naturellement lorsque j’ai fait glisser mes deux tissus, un en éponge et un coton et qu’elle avançait tranquillement comme si elle était faite pour ça – et assurément elle l’est -, j’ai encore la sensation de l’autre inscrite en moi, j’ai encore tous ses soubresauts, tous ses arrêts en pleine couture, tous ses crans où elle n’avançait plus, toutes ces fois où j’ai pensé que je ne cousais pas droit – je ne comprends pas comment une machine peut ne pas coudre droit, je découvre que la mienne avait ce défaut d’une importante pourtant capitale. Je ressens encore dans mon corps tous ces élans sacrifiés abimant parfois le tissu, et puis je m’immerge dans Confiance, cette magnifique machine à coudre au geste fluide avançant avec toute la douceur possible. Elle émet une plénitude, une énergie tranquille qui m’impressionne.

J’ai beaucoup à apprendre, avec elle.
J’ai tout mon temps.
 
 

Coudre avec un grille-pain, c’est affaire de choix

Coudre avec un grille-pain, c’est affaire de choix

Je ne sais pas comment je vais faire : le temps à disparu. Comme ça il s’est envolé, il a viré de bord et je n’ai rien vu venir, je n’ai plus la place pour écrire et le peu que je fais m’enchante sur l’instant et lorsque je me relis je sombre dans le désespoir ; l’abécédaire, il n’est pas prêt de voir le jour. Même ici, je n’ai pas retrouvé le temps, je bouscule tout pour quelques mots, quelques phrases posées là. Je ne sais pas ce qu’on fait de ça, d’un temps qui a disparu ? Il se perche sur quelles hauteurs ? Je ne sais pas. Je lui vole ce que je perçois, ce qu’il laisse échapper, je lui prends presque en douceur.

Je me suis acheté une nouvelle machine à coudre, elle arrivera, bientôt.
L’ancienne a décidé de changer de fonction, elle tente le grille-pain parce que coudre, elle avait un peu fait ça toute sa vie. Elle s’est lassée. De toute façon, depuis quelque temps elle alignait le fil soit tout ensemble soit très espacé, comme ça : elle devenait poète. Personnellement, la poésie sur mon tissu si je n’en suis pas à l’origine, je refuse – chacun son domaine. Je n’ai réalisé ça qu’après avoir envoyé une couverture, je suis la tristesse incarnée et j’ai peut-être, un peu, eu un vocabulaire non adapté aux oreilles mécaniques. Elle a boudé, elle a continué à coudre tout serré et puis soudain tout relâché et entre deux traits elle a trouvé sa nouvelle vocation : en l’allumant, elle grésille, chante avec l’électricité et attend patiemment que ça toast en surchauffant sur sa base.
Si quelqu’un la veut, elle est à lui.

Je lui ai donc cherché une remplaçante – d’autant que j’ai une commande en attente -, et je l’ai trouvée chez une ancienne filiale de Pfaff. Relativement moche – très sincèrement, je ne le lui dirai pas pour pas la vexer, mais comme elle n’est pas encore arrivée je le confie ici – un peu moche donc, mais entièrement fabriquée en Europe et de ce fait, solide – ce qui au passage, n’est plus le cas des Pfaff et Singer, fabriquées en Chine et dont la qualité est en train de chuter, attention à une réputation qui n’est plus d’actualité. Ma petite merveille, en accord complet avec son origine, est également plus chère.
Elle coute 599 euros, j’en avais 183 en ma possession, il me manque donc 416 euros pour la payer – car il va me falloir rembourser.
Une amie m’a gentiment aiguillé vers un système de don, mais après une très grande réflexion, je ne me suis pas sentie légitime pour ce projet. Je couds doucement, je fatigue, je n’ai pas la moindre idée de contre-parties possibles pour les gens qui donneraient de l’argent pour ma machine, c’est la misère : j’ai fui (je suis lâche).

Là où vous pouvez m’aider, c’est en me passant des commandes, en me faisant de la publicité, en achetant là-bas : je pourrais rembourser plus vite, et vous, vous aurez quelque chose dont vous avez utilité. La boutique n’est pas très remplie, parce que je vais lentement, parce qu’il y a l’IEF, parce que je cherche à écrire, parce qu’il y a les commandes qu’on me passe, mais au fur et à mesure j’y arriverai 😉

machine à coudre
La nouvelle machine à coudre, bientôt

L’inattendu, ce merveilleux là

L’inattendu, ce merveilleux là

 


 
 

couverture orange oursons velours commande
Couverture d’été, une commande

 

Je voulais créer de la douceur et la partager, je voulais quelque argent, je comptais réussir, et tout ça c’était dans le Temps que je le voyais, comme quelque chose d’éloigné, de lointain – osai-je dire d’inaccessible bien que réel à un moment -, et pas un instant je n’ai imaginé poser les lingettes dans ma boutique et les avoir vendu dans un laps de temps compris entre la première minute et la trentième – ça, que je n’ai pas vraiment regardé et qu’il est fort possible que les trente minutes ne soient même pas passées.
Cela fait un effet incroyable au cœur, comme une envolée qui chatouille à l’intérieur ; une bulle, un peu, une bulle des bulles des étoiles qui révèlent quelque chose à la joie elle-même et les ailes dans le dos, ces ailes dont parle parfois mon tout petit, ces ailes qui grandissent, se réparent, emplissent le monde, laissant là, intacte et pourtant différente, tout qui me fait moi. C’est un effet qui se double et fait s’envoler encore plus haut lorsque la maman m’envoie un mot, très doux si doux, c’est son premier achat de grossesse – pour un peu j’en stresserais -, c’est un effet boule de neige incroyable lorsque des personnes me disent que oh, ils auraient voulu acheter, qu’ils passent commande de lingettes, de couverture, de bavoirs et que je me sens comme Alice dans son pays de merveilles, exaltée à ne plus savoir où poser mon regard.

Je suis une personne à m’extasier sur tout.

Alors je suis partie à coudre. Pour un moment sans doute, pour l’instant en tout cas. Au milieu il y a ce sentiment incroyable de se sentir utile, d’offrir dans le mouvement d’une autre personne des particules de joie, et dans le même temps voir mes mains qui créent c’est un tel bonheur que je ne touche plus terre.

Merci...