Coudre avec un grille-pain, c’est affaire de choix

Je ne sais pas comment je vais faire : le temps à disparu. Comme ça il s’est envolé, il a viré de bord et je n’ai rien vu venir, je n’ai plus la place pour écrire et le peu que je fais m’enchante sur l’instant et lorsque je me relis je sombre dans le désespoir ; l’abécédaire, il n’est pas prêt de voir le jour. Même ici, je n’ai pas retrouvé le temps, je bouscule tout pour quelques mots, quelques phrases posées là. Je ne sais pas ce qu’on fait de ça, d’un temps qui a disparu ? Il se perche sur quelles hauteurs ? Je ne sais pas. Je lui vole ce que je perçois, ce qu’il laisse échapper, je lui prends presque en douceur.

Je me suis acheté une nouvelle machine à coudre, elle arrivera, bientôt.
L’ancienne a décidé de changer de fonction, elle tente le grille-pain parce que coudre, elle avait un peu fait ça toute sa vie. Elle s’est lassée. De toute façon, depuis quelque temps elle alignait le fil soit tout ensemble soit très espacé, comme ça : elle devenait poète. Personnellement, la poésie sur mon tissu si je n’en suis pas à l’origine, je refuse – chacun son domaine. Je n’ai réalisé ça qu’après avoir envoyé une couverture, je suis la tristesse incarnée et j’ai peut-être, un peu, eu un vocabulaire non adapté aux oreilles mécaniques. Elle a boudé, elle a continué à coudre tout serré et puis soudain tout relâché et entre deux traits elle a trouvé sa nouvelle vocation : en l’allumant, elle grésille, chante avec l’électricité et attend patiemment que ça toast en surchauffant sur sa base.
Si quelqu’un la veut, elle est à lui.

Je lui ai donc cherché une remplaçante – d’autant que j’ai une commande en attente -, et je l’ai trouvée chez une ancienne filiale de Pfaff. Relativement moche – très sincèrement, je ne le lui dirai pas pour pas la vexer, mais comme elle n’est pas encore arrivée je le confie ici – un peu moche donc, mais entièrement fabriquée en Europe et de ce fait, solide – ce qui au passage, n’est plus le cas des Pfaff et Singer, fabriquées en Chine et dont la qualité est en train de chuter, attention à une réputation qui n’est plus d’actualité. Ma petite merveille, en accord complet avec son origine, est également plus chère.
Elle coute 599 euros, j’en avais 183 en ma possession, il me manque donc 416 euros pour la payer – car il va me falloir rembourser.
Une amie m’a gentiment aiguillé vers un système de don, mais après une très grande réflexion, je ne me suis pas sentie légitime pour ce projet. Je couds doucement, je fatigue, je n’ai pas la moindre idée de contre-parties possibles pour les gens qui donneraient de l’argent pour ma machine, c’est la misère : j’ai fui (je suis lâche).

Là où vous pouvez m’aider, c’est en me passant des commandes, en me faisant de la publicité, en achetant là-bas : je pourrais rembourser plus vite, et vous, vous aurez quelque chose dont vous avez utilité. La boutique n’est pas très remplie, parce que je vais lentement, parce qu’il y a l’IEF, parce que je cherche à écrire, parce qu’il y a les commandes qu’on me passe, mais au fur et à mesure j’y arriverai 😉

machine à coudre
La nouvelle machine à coudre, bientôt

L’inattendu, ce merveilleux là

 


 
 

couverture orange oursons velours commande
Couverture d’été, une commande

 

Je voulais créer de la douceur et la partager, je voulais quelque argent, je comptais réussir, et tout ça c’était dans le Temps que je le voyais, comme quelque chose d’éloigné, de lointain – osai-je dire d’inaccessible bien que réel à un moment -, et pas un instant je n’ai imaginé poser les lingettes dans ma boutique et les avoir vendu dans un laps de temps compris entre la première minute et la trentième – ça, que je n’ai pas vraiment regardé et qu’il est fort possible que les trente minutes ne soient même pas passées.
Cela fait un effet incroyable au cœur, comme une envolée qui chatouille à l’intérieur ; une bulle, un peu, une bulle des bulles des étoiles qui révèlent quelque chose à la joie elle-même et les ailes dans le dos, ces ailes dont parle parfois mon tout petit, ces ailes qui grandissent, se réparent, emplissent le monde, laissant là, intacte et pourtant différente, tout qui me fait moi. C’est un effet qui se double et fait s’envoler encore plus haut lorsque la maman m’envoie un mot, très doux si doux, c’est son premier achat de grossesse – pour un peu j’en stresserais -, c’est un effet boule de neige incroyable lorsque des personnes me disent que oh, ils auraient voulu acheter, qu’ils passent commande de lingettes, de couverture, de bavoirs et que je me sens comme Alice dans son pays de merveilles, exaltée à ne plus savoir où poser mon regard.

Je suis une personne à m’extasier sur tout.

Alors je suis partie à coudre. Pour un moment sans doute, pour l’instant en tout cas. Au milieu il y a ce sentiment incroyable de se sentir utile, d’offrir dans le mouvement d’une autre personne des particules de joie, et dans le même temps voir mes mains qui créent c’est un tel bonheur que je ne touche plus terre.

Merci...
 
 

Le plaisir retrouvé de la couture

Je ne travaille plus. Il y a neuf ans, j’ai perdu un travail qui me plaisait mais dont l’ambiance tendue me pesait énormément. L’ambiance s’étant soudainement déplacée sur mes épaules, j’ai accepté le harcèlement dix minutes, le temps de prendre conscience de ce qu’il m’arrivait. Et j’ai démissionné. A la lueur de ce qui m’est revenu récemment, je comprends pourquoi j’ai stoppé net la chose. Trois jours après ma perte d’emploi, je me mariais avec une sensation de liberté intense, j’arrêtais ma pilule et deux mois après j’étais enceinte. J’ai enchainé mes deux congés parentaux, j’ai refusé de faire un troisième enfant – enfin c’est ma patience usée qui a refusé – et je me suis retrouvée au RSA (le désormais « prime d’activité »).
Mon mari travaille, et le salaire n’est pas des plus élevé. Nous vivons bien les rares mois où il fait une nuit au noir, c’est un petit supplément dans le mois qui permet des extras avec les enfants : une respiration dans le cordon serré de notre bourse.

Je ne peux pas vraiment travailler. Les enfants sont à la maison, on y fait l’école. Il y a la maladie qui m’empêche de faire ce que j’ai fait un temps (au prix d’arrêts maladie de trois mois et de béquilles). On peut le tourner comme on le souhaite, c’est compliqué. Et pourtant, cette envie de participer aux revenus de la maison, ce besoin de m’occuper les mains, d’être utile…

Cela doit faire huit ans que j’y pense, mais je manquais cruellement de confiance dans mes capacités, au point que je me suis blessée sur une commande qui m’était faite, certainement parce que j’angoissais de la faire. Après ça, j’ai mis un petit moment à oser retoucher à ma machine, et quatre années à oser repenser la vente. J’y suis de nouveau, avec toute la confiance en moi nécessaire pour de petits travaux. Comme des lingettes pour bébé, des écharpes, je commence à avoir des idées, des envies, je fourmille de joie avec les tissus entre mes doigts : c’est le bon moment. Cela m’est venu après avoir fait des lingettes, à la main (je ne referai pas ainsi), pour trois personnes. Et si je…

Alors je vous présente les deux lingettes faites aujourd’hui : coutures non-apparentes, en éponge et coton, un carré de 11 centimètres.
Bientôt, j’en ferai par lots, avec sa boite de rangement.
Je me lance dans ma vie de couturière 🙂

lingettes bebe-orange-tissu-eponge-coton

lingettes bebe-orange-tissu-eponge-coton-monstres

lingettes bebe-tissu-eponge-coton-monstres

Edit : je rajoute une lingette que je viens de terminer. Elle est d’un style très différent, davantage pour un goût parentale sans doute, elle est rouge elle est flash elle est très présente et c’est la préférée de mon mari quand je préfère des couleurs plus calmes, plus zen. Je me suis dit, en achetant ce tissu, qu’il plairait à d’autres que moi. Il m’a fait penser aux dessins que je vois dans le magazine Flow, alors il avait toutes les excuses du monde pour être acheté. Et vraiment, avec un tissu éponge rouge, cette lingette rend vraiment bien 🙂

lingette-bebe-rouge

Le patchwork, tout un travail

couverture patchwork berceu

 
Je passe par l’ombre. Troisième nuit où je regarde passer les secondes dans un demi-endormissement de surface après avoir vu la pendule passer les deux heures. Je me suis retournée, et elle était toujours là. Ça ne me repose pas, mes cernes s’agrandissent. J’ai ouvert les yeux sur l’obscurité, les draps m’ennuyaient, je m’étais encore retournée dans le mauvais sens et le tuyau me gênait autour du cou et cette noirceur me disait tu ne dors toujours pas. Ne pas dormir, c’est difficile mais ça m’a permis d’avoir l’idée qui me manquait pour le berceau de ma filleule. Je me suis posée la question, vraiment posée, à quoi ça ressemble une couverture ? Je ne sais pas pourquoi, la bonne réponse était un patchwork. De tout ma vie je n’en ai eu qu’une seule, j’étais petite et je me prenais les doigts dans les trous parce qu’elle avait été tricotée – qu’est-elle devenue ? Ce matin j’ai testé ma main et j’avais très peu mal, c’était donc l’occasion parfaite d’essayer cette toute nouvelle endurance et ce mieux. Ce soir, je suis drôlement moins sûre de moi – mais comme j’en suis responsable, considérez que nulle plainte n’a franchit ses doigts.

J’ai réfléchit dans tous les sens, ça ne m’a pas plu de m’ennuyer sur des virgules, j’ai arrondi pour avoir des carrés de 10×10 et la couverture fait 40×50 avant les coutures – je ne sais pas combien elle fait maintenant qu’elle est terminée et cela n’a pas d’importance : elle est faite. Comme c’était mon tout premier patchwork et que je n’ai pas pensé à regarder sur des sites de couture comment on assemblait les carrés entre eux, j’ai merdouillé, c’est parti bancal, ça m’a agacée et j’ai voulu défaire – mais pour défaire du surjet on peut s’accrocher – finalement j’ai coupé et j’ai compris que je devais les coudre par bandes – initiative soutenue par LeChat pour qui s’était visiblement l’évidence même. Effectivement, là, c’est parti tout seul et c’était joliment bien rendu.

J’ai cousu, je l’ai retournée, j’ai aplati les coins et là je me suis rendue compte que j’avais mis le tissu de dessous à l’envers, et donc que ce qui aurait dû être visible se retrouvait à l’intérieur. Cela m’agresse. J’ai les yeux qui retournent dessus sans arrêt. Ce n’est pas grave, Lutine ne le verra pas mais moi ça m’agresse les yeux. Je me dis que j’ai la grande chance d’envoyer cette couverture à bien des kilomètres de chez moi, que je n’habite pas Paris, que je ne vais pas les voir très souvent et donc que je ne verrai bientôt plus ce fichu tissu à l’envers. Le besoin de la juste place des choses ne passe pas que par les mots…

Malgré cette erreur capitale je suis fière de moi – dommage que ma main ne puisse pas en dire autant. Mais de toute façon cette main il va bien falloir qu’elle retrouve sa fonction de main, noël approche, le bébé de O. arrive bientôt et j’ai promis de lui faire des lingettes avant, j’ai un carnet à customiser et toute une vie à remplir.

Et demain ? Demain mon cadeau de noël arrive 🙂 – ne le dites pas à LeChat, mais le sien est arrivé, je l’ai planqué, et j’ai oublié où.

 
 


 
 

patchwork carrés pour la couverture

patchwork cousu couverture