4/52 photo project – flou

projet 52 flou neige hiver floconCe que le flou en dit


A quoi penses-tu quand ton regard se plisse. Que sais-tu de la lumière attrapée dans le froid, quand tu es plongé dans la fumée que tu tiens entre les doigts. Ta voix s’éteint dans l’émotion de ta proche disparition et maintenant que tu sais à quoi penses-tu ?


Il dit que tout est dans la simplicité du mouvement, dans cet instant infime où il ne touche pas encore le sol. Il le frôle et puis le traverse, s’enfonce et n’en reviendra pas. Il est passé dans cet autre et tu as suivi. La neige les feuilles le vent. Je glisse la main vers les flocons et tout ce froid, capture l’instant fantomatique. J’effleure ce qui t’éloigne.


Ce sont des choses simples que les cotons qui t’effleurent, c’est comme une convocation du monde et ta voix qui tremble parce que non. Tu ne sais pas. Et ta voix tremble dans le ciel vide, ta voix. Tremble.


Mes doigts finissent par effleurer une mèche de cheveux glacée et je ne peux pas faire davantage, je ne peux pas toucher ta peau il y a cette vague de froid qui m’assaille, se jette sur ma main, me broie le cœur. Je sais pourtant que c’est ma dernière fois, que je regretterai ce dernier geste impossible. Un regret de solitude sur ce mouvement qui vient trop tard, le poids de la main qui s’enfonce dans mes pensées, le poids et puis plus rien. Le froid est ma barrière, je ne peux pas te rejoindre.


L’entre-monde se tient là dans le flou des pensées, tellement proche que nous le traversons sans le voir. Nous sommes posés là dans le flou profond de la neige qui sombre sur deux mondes, c’est le jour c’est le soir sur ta voix tremblante qui ne s’entend plus. Dans le reflet du ciel, l’étrangeté de l’écho. On se tait on se tait tellement, le temps d’avancer on avance lentement. Je photographie avec précaution ta voix, ce réel qui s’impose.


Toute l’incapacité à dire.
Le souvenir de ce qui a été perdu.

3/52 photo project – shoes

Shoes…
Il y a certaines choses qui ne me passionnent pas, et les chaussures en font partie. Pour ce projet je vous encourage à (re)lire cet article là, où il y a deux photos parfaites pour ce thème : de vraies chaussures avec du bleu turquoise, de vraies chaussures que j’ai finalement porté une seule fois parce qu’elles m’ont fait mal au pied et que je les ai abandonnées à une association.

Les chaussures sont devenues un sujet terriblement difficile.
Notre quotidien est devenu un sujet terriblement difficile.

Je rêve, je ne fais plus que rêver. Que la vie se déroule, qu’un vêtement passe l’épreuve du bras sans heurt, qu’une chaussette ne se replie pas, qu’une chaussure reste au pied, qu’il n’y ai plus de cris, que les visages ne se chiffonnent plus dans les larmes. Je suis surprise, chaque fois surprise quand les beaux moments s’effondrent, quand une sortie devient un calvaire, quand mon enfant me hurle son mal-être, sa souffrance, son désespoir. C’est qui c’est quoi pourquoi ça vient d’où ? J’ai toujours su voir, j’ai toujours su comprendre, j’ai toujours su démêler. Je ne démêle plus rien je pleure. La psy dit que Prince non plus, ne sait pas. Moi je vois que la tonalité est la même, le son est le même, la couleur est la même quand il s’énerve sur une chaussette et quand il panique sur un exercice de mathématiques. C’est la même chose, la même colère, la même angoisse. Il a une peur de l’échec qui le grignote. Je me souviens qu’à deux ans, lorsqu’il gribouillait des dessins avec ses feutres, il se mettait soudain à hurler, froissait sa feuille, la jetait le plus loin possible : ce n’était pas ce qu’il avait voulu faire. Il a sept ans et demi, il continue de jeter loin, froisser, hurler. Il jette ses pulls, ses chaussettes, ses chaussures, ses mathématiques. Il jette loin, il hurle et nous sommes au bout de nos idées, de notre patience. On a acheté des feutres qui s’effacent et il ne froisse plus ses dessins, on l’aide à s’habiller mais il hurle tout de même comme si nous n’étions pas là devant lui et pour lui, il hurle que nous refusons de l’aider alors que nos bras sont tendus vers lui. Nous ne nous comprenons pas. Il nous hurle plusieurs fois par jour qu’on ne l’écoute pas et que nous sommes méchants, que nous ne voulons pas l’aider. Nous écoutons et pourtant j’ai l’impression que nous ne communiquons pas, que nous n’arrivons pas à comprendre ce qu’il cherche à dire, que nous sommes, peut-être, bêtes de ne pas comprendre ses évidences.

Dimanche, Prince nous a maintenu une heure à la maison : il a jeté tous ses pulls et puis il a jeté ses chaussettes, et enfin ses bottes parce que les chaussettes – neuves. Et quand enfin nous sommes arrivés à partir puis à trouver un lieu de promenade, tous les trois pas il s’asseyait dans la neige, enlevait sa botte, tirait sur sa chaussette, remettait sa botte. Tous. Les. Trois. Pas. Parfois deux. Il ne criait pas et c’était bien la première fois que cela se passait aussi bien. Mais à ne pas avancer j’avais froid, si froid. J’ai commencé à bleuir, j’avais beau essayer de bouger, de marcher devant – sous les cris de Hibou paniqué que je parte sans lui – j’ai fini par laisser tout le monde et rentrer à la voiture pour me réchauffer. Et ce fut le meilleur moment pour moi. J’étais dans le silence, j’étais sans enfants, j’étais sans conflits et j’avais un livre.

Dans la forêt et uniquement pour les oreilles de LeChat, j’ai proposé de jouer au petit Poucet pour quelques heures. Il a suggéré à son tour de leur laisser un périmètre, une consigne de ne pas en bouger, et nous serions revenus deux ou trois heures après. C’était horrible, c’était les larmes, c’était l’épuisement. On en est là, à déconner avec ce qu’on ne devrait pas, des mots qui ne devraient pas être sur nos lèvres, des pensées qui ne devraient pas nous traverser. Elles nous traversent de très rares fois alors je les pose là, qu’elles y restent – il me faudrait plus de tirets derrière lesquels me retrancher, les créer dans mes journées et m’y cacher. Je suis fatiguée de ne pas comprendre sa souffrance, fatiguée que tout prenne une ampleur folle, fatiguée que mon énergie m’échappe dans ses problèmes.

Les chaussures sont devenues compliquées à gérer, comme trop de choses. Alors j’ai pensé que finalement pour ce projet, j’allais les photographier pour me prouver qu’elles n’avaient rien de dangereux, qu’elles pouvaient rester au pied des gens, que parfois ça ne volait pas dans les pièces.
 

shoes chaussure neige
Un peu de contraste, sur la neige qui n’a pas d’importance.
Mes chaussures du Canada

 
 

2/52 photo project – bois

avion en bois
La petite hélice tourne, les roues roulent… il ne lui manque que le vent pour s’envoler

 

C’est un homme aux cheveux gris et blancs, un homme dont les mains ridées peignent depuis des années des tableaux impressionnants, fabriquent des objets de décoration ou des chevalets de peinture sur des envies soudaines et fulgurantes dont il ne parle pas. Il dit que ça ne vaut rien, qu’il n’a jamais appris, qu’il fait ça juste comme ça. Il y a longtemps dans les familles où l’argent ne débordait pas des poches, c’était le frère ainé qui faisait des études. Les parents pouvaient payer pour un, pas pour deux. Alors il n’a pas fait d’études et son frère a fait de grandes écoles pour terminer derrière un bureau avec un travail ennuyeux. Il n’a pas étudié le dessin, il n’a pas étudié le bois, il n’a pas étudié ce violon adoré, il en a développé une injustice terrible. Il est allé travailler comme tout le monde, il s’est marié, il est devenu gérant d’un magasin, il a eu des enfants qui sont nés, il en a perdu aussi et puis un jour il a pris un crayon, il a pris un couteau et un morceau de bois, il a pris sa magie dans les mains et il a tout caché.

Il a caché, il a jeté, nous avons récupéré parfois. J’ai deux peintures de lui, qui allaient partir à la poubelle et que j’ai sauvé, avec son accord, du moment que je ne le vois plus, ça ne vaut rien, petite. C’était magnifique.

Un jour comme ça, un avion est apparu sur le buffet de la salle à manger. Je me suis extasiée – j’ai l’extase facile sans excuse de jeunesse – tant il avait cette aura de merveilleux et de voyage : j’avais l’impression qu’il avait vécu mille vies, mille tempêtes, mille soleil. Quand je le regarde je le sens qui vibre, toujours, après toutes ces années cet avion miniature continue d’étinceler. Il m’a dit je te le donne mais ça ne vaut rien et je savais qu’au contraire il valait tout et qu’il ne pouvait pas le voir, trop pris dans sa détresse de n’avoir jamais rien pu étudier.

Je conserve précieusement ce petit avion de bois que m’a un jour offert mon grand-père.
 
 
 

1/52 photo project – Morning

boite de thé morning matin
Je découvre légèrement en retard via ce joli blog, le projet que voici. Je suis nulle pour tenir les projets sur le long terme mais je vais essayer tout de même. Pour la beauté des photos et pour changer de ce que je photographie habituellement.

Morning… Le matin je n’ouvre pas les yeux. Je commence par percevoir cette sensation étonnante de réveil. Parfois je suis dans le rêve, je le continue, ne lâche pas ces précieuses images, parfois je prends simplement conscience d’être là, présente, quand l’instant d’avant je n’y étais pas. Je peux rester ainsi très longtemps entre les deux mondes avant de m’apercevoir que tiens au fait, je pourrais me lever.

Le matin je bois du thé et ce n’est plus jamais le même, cela dépend de mes matins, cela dépend des mes nuits, cela dépend de mes envies ou de la main qui choisit sans réfléchir.
Il y a le thé des loups à l’orange châtaigne chocolat, qui me ravit souvent parce qu’il a ce gout et en même temps une certaine neutralité matinale – dans la journée il a cet autre gout de journée, ce n’est pas définissable. Juste avant c’était ce thé là, offert par Reno un jour qu’il était passé à la maison ; c’est à partir de ce thé que je me suis réouverte à l’idée du multi-thé, je n’ai plus cette manie de n’en boire qu’un jusqu’à finir la boite. J’ai ce faible certain matin mélancolique, pour Je reviendrai à Montréal, le meilleur thé au sirop d’érable que j’ai bu jusque là de ma longue vie d’intoxiquée. Et puis ce thé là, aux agrumes, qui me rend folle à l’odeur et à la dégustation – un peu comme celui à l’érable.

Le matin, je ne fais pas mon petit déjeuner. LeChat a l’extrême gentillesse de me préparer ce que j’appelle le budwig-sans-crème – ou le miam, mais ce nom je ne m’y fais pas. Il me serait impossible de couper tous ces fruits, particulièrement au lever alors il me le fait et il ajoute un ingrédient spécial, plein d’amour.

Le matin, je suis dans le silence. Je laisse à mon cerveau embrumé le temps de se réveiller, d’émerger, de sortir de ce brouillard. Je suis encore entre les songes et c’est dans ces instants là que je regrette le plus d’habiter en ville : j’aimais par-dessus tout déjeuner et boire un thé, les yeux dans les yeux de la montagne, des oiseaux et des biches. Cela me manque terriblement.

Le matin, je ne suis pas encore complètement moi dans la maison, il n’y a pas de lundi de mardi ou de dimanche. Je suis à l’intérieur de moi, je médite sur les sensations de mon corps, je ne suis pas dans ma journée : je suis encore un peu dans la poésie des nuits.
Et si un enfant me l’enlève, s’il crie s’énerve boucane dans ses jouets, je reste dans cet état jusqu’au soir.
Mon précieux moment.

[ Animaux] Patience sauvage

edwin kats herisson

edwin kats renard
 
Edwin Kats est un photographe néerlandais passionné et passionnant. Il se présente ainsi sur son blog :

My name is Edwin Kats and I was born in 1974 in the Netherlands. I am based in the middle of the Netherlands, surrounded by forest, plenty of water and heathland. This offers me lots of possibilities to capture the wonderful flora and fauna close to home.

Que je traduis plus ou moins ainsi (oui parfois je me risque) :

« Je m’appelle Edwin Kats et je suis né en 1974 aux Pays-Bas. J’habite au centre des Pays-Bas, entouré par la forêt, de beaucoup d’eau et de la lande. Cela m’offre beaucoup de possibilités pour capturer la flore et la faune merveilleuses proche de chez moi. »

Vous pouvez découvrir une infime partie de son travail sur cette page, sur son facebook, ou sur la galerie de son blog

Ce photographe a une approche très personnelle de son travail : il ne se contente pas de photographier des animaux à l’état sauvage, il va jusqu’à passer plusieurs mois avec eux pour qu’ils s’habituent à lui, se familiarisent avec sa présence, prennent confiance en lui.. et lui permettent de réaliser des photos sublimes.
Je suis sous le charme !
 
 
 
 


Roeselien Raimond renard neige
 
 
 
 
 
 
 
 
Roeselien Raimond est hollandaise. Son amour de la nature se sent dans chaque cliché, je suis subjuguée par ce qu’elle arrive à capter. Une photographe de talent, spécialisée dans les animaux, sauvages ou non. Sa galerie photo est d’une richesse exaltante.

Vous aurez un petit aperçu de son travail sur cette page. Je vous encourage à aller plus loin : vous pouvez la suivre sur :
. facebook
. twitter
. instagram
. et bien sûr via son superbe blog.