Écriture : Mémoires d’un métier, Stephen King

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Maïm m’a encouragée à lire Écriture : Mémoires d’un métier, de Stephen King (titre original : On Writing: A Memoir of the Craft, publié en 2000). Il y raconte son enfance – et nombre de ces évènements se retrouvent dans ses livres -, ses premières nouvelles, ses encouragements, sa honte tenace d’écrire, l’alcool.  Nous le voyons progresser, avancer, épingler au mur ses innombrables refus, persévérer… Je me suis passionnée, honnêtement. Ensuite vient le succès avec Carry, les romans s’enchainent… tous ces livres que j’ai lu et aimé, j’ai été heureuse de voir comment ils avaient été écrit.

Vient la deuxième partie de ce livre, pleine de conseils pour les écrivains en herbe que nous sommes : « la boite à outil ». Je me suis retrouvée très perplexe du changement de ton. Il était à la fois juste et incisif, très hargneux, en colère lorsqu’il est question des adverbes. Comme s’il disait « je ne vous laisserai rien passer ». Ce n’est qu’à la fin du livre, lors de la troisième partie, que j’ai compris : il avait écrit sous la douleur – des suites d’un grave accident. D’une certaine manière, le livre m’est devenu encore plus précieux. Il le dit et je le sais, écrire éloigne la douleur – j’y mets un bémol : sauf lorsque les mains et les doigts sont concernés.

Sur internet circulent les conseils de Stephen King, et ce qui m’a le plus étonnée c’est de voir que pas une seule page n’a retenu la même chose même si la note finale se rejoint globalement. C’est incroyable. J’en déduis que le livre parle à notre partie d’écrivain et que nous en retirons ce qui nous est propre, ce qui nous parle. Ce dont on a besoin de travailler, peut-être.

Ces conseils pourraient plus ou moins tenir en cette seule phrase : « L’essentiel, pour tout écrivain, est d’écrire sur ce qu’il connaît« . Cela serait succins, mais je crois que c’est le plus important des conseils qu’il donne : écrire vrai. Et s’entraîner, s’entraîner, s’entraîner.

Voici ce que moi, j’ai retenu de ces propos.
 

1- Écrire et lire beaucoup : quatre à six heures par jour, et plus important encore, avec plaisir. On entre ainsi dans l’intimité du processus d’écriture.
« Il n’existe aucun moyen de ne pas en passer par là, aucun raccourci.(…) On apprend avec bien plus de clarté ce qu’il ne faut pas faire en lisant de la mauvaise prose.(…) Les textes bien écrit, de leur côté, sont pour le débutant des leçons de style, de narration élégante, de scénarios astucieusement développés, de personnages crédibles, et leur enseigne comment dire la vérité.(…) La lecture est au centre de l’activité créatrice d’un écrivain. »
Et ce passage, savoureux : « Lire pendant les repas passe pour grossier dans la bonne société, mais si vous voulez réussir comme écrivain, la grossièreté devrait être l’avant-dernier de vos soucis. Le dernier étant la bonne société et ses exigences formelles. Et si vous avez l’intention d’écrire avec autant de sincérité que vous pouvez, vos jours au sein de la bonne société sont de toutes les façons comptés. »

2- Écrire 1000 mots par jour à heure fixe. Il parlait même de trois mille mots, il concède que mille est déjà une bonne chose. Il proscrit toute forme de laissé aller : « Si Dieu vous a accordé un certain talent pour faire quelque chose, pourquoi ne pas le faire, au nom du ciel ?(…) Je considère néanmoins que le premier jet d’un livre, même long, ne devrait pas prendre plus de trois mois. » Et pour cela, il insiste sur l’environnement serein.

Il explique également que l’ont doit écrire pour soi. Pas pour ses amis, pas pour l’entourage proche, pas pour l’argent (pas pour un blog, ajouterai-je). Le plaisir d’écrire est le seul à prendre en compte.

3-  Avoir une pièce qui ferme. Un bureau mais surtout une porte qui isole l’écrivain. « La porte fermée est le moyen de dire au monde comme à vous-même que vous ne plaisantez pas ; que vous êtes sérieusement décidé à écrire, que vous avez l’intention d’aller jusqu’au bout et de faire tout ce qu’il faudra pour ça. » Pas de téléphone, de tv, de jeu : « Quand on écrit, on crée son propre univers.(…) Vous pouvez donner l’habitude à votre esprit éveillé de dormir créativement et d’élaborer ces rêves éveillés, imaginés avec de vives couleurs, que sont les œuvres de fiction réussies. ». Aucune distraction, donc – et l’auteur a une dent certaine contre la télévision.

Le passage le plus important : « N’attendez pas monsieur Muse.(…) Votre boulot est de faire en sorte que votre monsieur Muse sache où vous vous trouverez tous les jours entre neuf et treize heures(…). S’il le sait je vous garantis que tôt ou tard il pointera le bout de son nez ».

4- Parler de ce qu’on connait. Parler vrai. « De quoi allez-vous parler ?(…) De ce qui vous chante. De n’importe quoi – mais à une seule condition, dire la vérité.(…) Écrivez ce que vous avez envie d’écrire, insufflez-y de la vie et rendez votre texte unique en y mêlant ce que vous savez de l’existence, de l’amitié, des relations humaines, du sexe, du travail. »

5- La phrase d’écriture : placer un personnage dans une situation et voir comment il s’en sort. Il ne s’agit pas d’avoir une trame, mais de laisser la trame venir. « Je me méfie des intrigues pour deux raisons d’abord parce que nos vies en sont essentiellement dépourvues(…) ensuite parce que je considère qu’il y a incompatibilité entre la construction d’une intrigue et la spontanéité de la véritable création.(…) La situation vient en premier. Les personnages qui, au début, sont toujours sans relief et sans traits définis, viennent ensuite.(…) Je veux qu’ils fassent les choses à leur façon. »
Attention, ne pas faire lire en cours d’écriture : on doit rester concentré, avoir confiance en soi.

6- Décrire sans en faire trop, quelques détails. Garder en tête l’histoire, c’est elle qui est importante. « Bien décrire est un savoir-faire qui s’apprend et ceci est l’une des premières raisons pour lesquelles on ne peut réussir sans avoir beaucoup lu et écrit. Ce n’est d’ailleurs pas seulement une question de savoir-faire, mais aussi de savoir comment ne pas trop en faire. »

7- Les dialogues : « ne jamais expliquer quelque chose que l’on peut montrer ». Les dialogues sont (aussi) là pour éviter une longue description ennuyeuse, et ce « de manière beaucoup plus vivante ».

8- Les personnages : même chose. Les garder crédibles, et pour cela il n’y a que l’honnêteté et la vérité (point 4).

9- User de symbolisme « Tous les procédés sont à votre disposition et vous devez utiliser tout ce qui améliorera la qualité de votre texte sans se mettre en travers de l’histoire. » C’est l’ensemble de l’histoire qui semble signifier quelque chose, que l’on doit faire resurgir lors de la deuxième version (et les suivantes).

10- Le thème. La question peut se poser lorsqu’on est coincé et à la recherche d’une idée. « se lancer dans l’écriture en partant de grandes questions et de problèmes thématiques est la meilleure recette pour faire de la mauvaise fiction. La bonne fiction part toujours d’une histoire et progresse vers son thème. » Lors de la relecture, il est temps d’y réfléchir afin d’enrichir la version 2.

11- La ré-écriture : attendre six semaines après avoir fini d’écrire, avant de s’y replonger, afin de mettre de la distance et de repartir avec un oeil neuf.

C’est le moment de bannir les adverbes – qui le rendent dingue, il en parle tout du long. On est dans la deuxième version de l’histoire écrite : « Tout le monde a une histoire, et elle est pour essentiel sans intérêt. Tenez-vous-en aux parties intéressantes ». Sur ce principe, il considère que c’est le moment d’enlever 10% de ce qui a été écrit. V2=V1-10%. Cela évite à l’histoire, un rythme qui se fatigue.

Il mentionne Kurt Vonnegut qui « réécrivait chacune des pages de ses romans jusqu’à ce qu’elle ait atteint le degré de perfection qu’il en attendait ». J’ai une tendresse toute particulière pour cet écrivain, soudain ! Stephen King lui, préconise de tout jeter sur le papier et de réécrire ensuite, conseil qui me parait judicieux si n veut avancer, j’en ai fait l’expérience.

12- La re-lecture : 4 à 8 bêta-lecteurs. Mais un lecteur idéal. Il insiste sur son importance cruciale, cette première personne à qui on fait lire, qui fait des remarques. Elle est celle qui est un peu par-dessus notre épaule lorsqu’on écrit porte fermée.
Les avis des BT sont subjectifs, mais « si tous vos premiers lecteurs vous disent qu’il y a un problème (…) c’est que problème il y a et que vous seriez bien inspiré de vous en occuper. ».

13- Les recherches : « le contexte n’est pas le texte, l’histoire est prioritaire. » Les recherches sont certes importantes, mais il ne faut pas y mettre trop de détails : « L’histoire vient toujours en premier. »

14- Les ateliers d’écriture peuvent être une perte de temps : « c’est écrire avec une porte ouverte », ce qui donc ralenti l’avancée de l’histoire.

15- L’agent littéraire : Le système des  » agents littéraires  » n’existe pas en France, pas davantage le fait de vendre son histoire à un journal. Ce que j’en retiens, en le transposant à notre pays, c’est qu’il ne faut pas envoyer son manuscrit à n’importe quelle maison d’édition les yeux fermés, on doit se renseigner en amont. Il n’est pas nécessaire de connaitre du monde dans le milieu, mais de viser avec justesse.

16- Prendre du plaisir à écrire « Si c’est pour la pure joie de la chose qu’on écrit, on peut continuer toute sa vie. (…) L’écriture n’est pas la vie, mais je crois qu’elle peut être parfois le moyen de revenir à la vie. »
 
 
Je l’ai trouvé très… proche, proche de l’auteur débutant. Nous entrons dans une très grande intimité de l’auteur et c’est tout simplement passionnant. Les conseils sont certes ce qui fonctionne pour lui mais d’une manière beaucoup plus générale je pense que cela fonctionne pour pratiquement tout le monde.
Alors je vais tenter – et il grincerait des dents c’est certain, je ne dois pas tenter je dois poser ce temps – de mettre ces conseils à profit.

Et bientôt je lirai le livre de Orson Scott Card, Comment écrire de la Fantasy et de la Science Fiction. Pour le plaisir.
Je vous dirai ?
 
 

Le chat aux yeux d’or de Silvana de Mari


 
 
Un silence. C’est un silence qui me parle quand je tombe sur les livres. Tout commence par ce silence, il donne la place aux mots pour me parvenir. C’est qu’ils viennent de loin, ils ont voyagé entre beaucoup de mains et parfois ils sont épuisés de ne pas avoir été entendu, insaisissables – des pensées incomplètes. Il leur faut bien ce silence là pour retrouver la confiance, il leur faut bien ce silence là pour que je les entende. Pour que je les comprenne.

Un livre, je le savoure dès la couverture et celui-là avec sa photo superbe je voulais m’y plonger. Oh parfois elles trompent ses photos, comme là où il n’y a pas de lien entre l’enfant rondouillette de l’histoire et cette petite toute en finesse au regard terrible. C’est pour cela, le silence – si nécessaire. Il y a ces quelques mots qui viennent susurrer : son titre offre tout le voyage, il nous fait entrer un peu, avant même de l’avoir ouvert il parle de mystère. Je les écoute tous, ces secrets qui sortent des livres et cette poésie incroyable sur les couvertures des livres – parfois plus que dans leur intérieur. Le plus petit de mes enfants doit y être sensible lui aussi, il nous disait en partant ce matin qu’il était triste, qu’il voulait vivre là, dans la bibliothèque[1] et moi je voulais bien mais pas celle-ci alors. Les mots là-bas, ils se perdent. Un étage, un autre, une moitié d’escalier et puis une autre, cinq rayons disparates et trois étages différents rien que pour les bandes-dessinées, on s’essouffle. Je ne sais jamais où je dois me rendre lorsque je cherche un titre, il ne faudrait pas que ce soit organisé ils risqueraient d’avoir des lecteurs.

J’ai finalement compris ce matin que dans cette bibliothèque là, il faut fouiller dans toutes les profondeurs, chercher à l’opposé de la logique. Vous cherchez un livre sur l’aquarelle ? Allez donc voir en tricot et elle a raison tout y est : tricot, peinture, couture, carton au milieu de la broderie mais pas de DIY – ils ne connaissent pas le mot, alors les livres… – l’origami non ça c’est en jeunesse, pour les bijoux deux étages les séparent, dans les deux cas on doit descendre puis remonter : en fimo c’est en jeunesse et en pierres avec le tricot. Les pires sont sans doute les noms composés de syllabes. Si le nom français se trouve à M, celui italien se trouve à D, c’est ainsi c’est comme ça mais vous n’auriez pas le titre plutôt ? et je l’avais oublié, les yeux d’or peut-être ou le chat au regard d’or je ne me souviens plus et cela ne l’aide pas, elle n’a rien rien rien . Elle n’a rien la dame-des-livres, comme moi elle se casse les dents sur le vide de leurs rayons Non je ne vois pas, ça s’écrit comme Marie ? et non ça s’écrit sans le e et c’est un peu comme cette histoire de particule qui compte pour rien autant qu’on l’enlève tout de suite Ah mais il n’y a pas de e ! C’est que l’ordinateur ne corrige pas vous savez, j’étais bien ignare je suis désolée, j’ai tendance à croire que tout le monde connait Silvana. Elle a trouvé mais elle est navrée elle n’a pas ce que je cherche, le dernier elfe est sorti et elle n’a rien d’autre – et ce n’est pas comme si j’avais tenté de lui donner le titre, un peu bosselé il est vrai. Car la voilà qui ajoute agacée Je n’ai rien d’autre, enfin il y a Le chat aux yeux d’or mais c’est un roman jeunesse par contre, je saisis de son regard sévère et fermé que je dois lire les livres pour les grands, les sérieux, ceux qui se trouvent sans la particule qui ne compte pas sauf si c’est étranger mais seulement parfois. Un nom à particule, on n’a pas idée, dit-elle dans le silence de ses yeux à elle et elle ne sait pas le nom duquel je suis née ce qui n’est pas plus mal.

Je ne dirai donc plus jamais de mal de ma bibliothèque – ou alors pas tout de suite – ils ont dans leur rayon l’essentiel, avec Silvana de Mari et Christian Bobin.

Il était là ce chat aux yeux d’or, qui m’attendait.
Je suis dans le silence.
Celui des enfants.

Extrait du livre :
[su_quote]« Il n’y aura pas cours aujourd’hui car personne n’a sa tenue de sport le premier jour, ça va de soi. On commence donc la prochaine fois. Ceux qui se présenteront sans le nécessaire auront un avertissement, souvenez-vous en. A propos, le nécessaire comprend… ils prennent des notes ? Bien… un survêtement bleu foncé ou éventuellement noir, un T-shirt à manches courtes, blanc, sans rien d’écrit, de dessiné ou de gribouillé dessus, une paire de chaussettes avec talon renforcé, une paire de chaussures de sport…

Leila a pris son stylo, mais elle le repose sans rien écrire. Elle se dit que si elle avait ces affaires ou les moyens de les acheter, elle ne se baladerait pas attifée comme quelqu’un qui s’est échappé d’un camp de réfugiés ou a volé ses vêtements à un épouvantail. (…) Elle sait déjà qu’elle oubliera ses affaires pendant tout le reste de l’année scolaire. »[/su_quote]

Le chat aux yeux d'or
Le chat aux yeux d’or, Silvana De Mari

 

 
[1] Et pourtant il venait de vivre sa première expérience terrible de tout lecteur de normalement plus de quatre ans : il a pleuré sur un livre.
 

 

Livre – Pas assez pour faire une femme de Jeanne Benameur

Pas assez pour faire une femme de Jeanne Benameur

Je me suis faite traverser. Je l’ai senti aux premiers mots ; j’ai la terrible habitude de me donner envie ou non, en commençant les premières pages des livres pour voir si je me laisse happer, si cela vaut le coup de me plonger corps et âme dans un livre. C’est ainsi que sans le décider réellement, je fais le tri : si j’oublie de retourner lire un livre c’est que je dois me tourner vers d’autres. La multitude qui existe sur cette planète me permet ce caprice. Alors j’ai commencé ces quelques lignes et j’ai su que j’allais me faire traverser, que je n’en ressortirais pas indemne. Et je m’y suis plongée, de l’intérieur. Sans rien connaitre à mai 68 et ses répercussions puisque j’ai quelque « retard » d’une dizaine d’années, j’ai vécu son drame en revivant le mien. Toute la force de ce livre est là, dans la libération de la parole – la sienne, la mienne, sans doute, souvent, les vôtres. Je me suis tenue au bord de ses gouffres, de ces cauchemars, de ce voile. J’y suis toujours, je ne l’ai jamais levé. Je reste sur ce rideau noir qui tombe dans la chambre, petite, si petite avec ce géant. En la lisant, je nous revoyais avec S., ses lectures et ses luttes, son lac noir et le mien, et cette même séparation dans ce même silence, cette incapacité de paroles qui éloigne chacun sur sa rive. La force de l’auteur, c’est de m’avoir poussée à y retourner, de m’avoir poussée là où je fais en sorte de ne pas replonger, dans ce lac sombre et angoissant, de m’y avoir poussée sans la présence de l’angoisse. Et Judith lutte effroyablement et merveilleusement, dans les livres et sur les tables de la fac elle lutte. Dans l’amour. Je m’y suis retrouvée et il y aurait tant à dire, tant à libérer. Elle prend confiance en elle, page après page, elle accède à la connaissance, littéraire et d’elle-même, elle pousse à la connaissance de soi.

C’est un livre très dans la retenue, intime pourtant. Comme un journal mais sans heurts, avec une ponctuation des plus légères. Il se lit entièrement, d’un trait. Il plonge dans la poésie, l’amour des mots m’a submergée : Jeanne Benameur est une artiste pour m’avoir plongée dans mes cauchemars sans en être bouleversée de violence. Avec justesse, sensibilité. J’avais la sensation de me lire à travers Judith, l’expérience la plus marquante en littérature depuis bien (trop) longtemps : les émotions sont là, offertes. Depuis quand n’ai-je pas lu un auteur qui livrait les émotions ? Depuis vraiment bien (trop) longtemps.

Si je peux atteindre la moitié de la grâce de sa plume – bien plus légère que la mienne – alors je pourrais me dire que je sais écrire, retransmettre les émotions.
Ce livre est une confidence – et je le soupçonne de ne pas libérer exactement la même chose selon le vécu du lecteur. Pas assez pour faire une femme de Jeanne Benameur, je ne vous propose pas de le lire, juste de vous y plonger.
Je vous recommande de ne pas regarder ce lien, tant que vous n’aurez pas lu le livre. Pour qu’il ne vous en dévoile rien. Et puis d’y revenir, quand vous aurez eu le livre. Jeanne Benameur m’y a profondément touchée.

Bilan projet 3 : Lire un livre

Suite à mon projet de lire un livre dans ma semaine, le temps s’est étiré et j’en ai finalement lu deux (en vrai davantage mais je ne suis pas capable d’en parler des heures même si j’ai une tasse de thé entre les mains. Alors deux est un chiffre honorable pour faire oublier que cela fait une semaine que j’aurais du m’y atteler).
Ce projet m’a relancé dans la lecture, ce temps précieux de détente : c’était le but recherché, je suis heureuse d’y avoir réussi.
 

  • Les années, Annie Ernaux
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    les années annie ernaux

     
    Un livre qui se languit d’impersonnalité, rythmé sur le « on » qui met à distance émotions et personnages, qui met à distance ces photos qu’elle étale au rythme des années, du temps qui passe. Elle les décrit comme un paysage mort, et je me suis sentie incapable d’adhérer au style. Sans émotionnel, je ne sais pas être dans un livre. Ce « on » dépersonnalise à outrance jusqu’à l’envie de lire : c’est pesant.
    Au vu des autres critiques, il semblerait que je passe à côté de l’essentiel.. je répondrai simplement qu’on ne cherche pas tous la même chose dans une lecture.
    Je n’en retiens pratiquement rien, sinon quelques formules très plaisantes trop peu souvent parsemées entre les pages – car oui je me suis ennuyée :

    « Sauver quelque chose du temps où l’on ne sera plus jamais. »
     
    « Nous étions débordés par le temps des choses. »

    Navrée de n’avoir su adhérer au style, l’instant peut-être n’était pas là.

    Note : 2/5

     
     

  • Mille femmes blanches : Les Carnets de May Dodd, Jim Fergus
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    mille femmes blanches jim fergus

     
    J’ai entamé la lecture d’un autre livre de l’auteur, « La fille sauvage« , mais le style ne me plaisait pas. Je n’arrivais pas à m’intéresser – pourtant le sujet me parlait. Je l’ai mis de côté et j’ai entamé son livre le plus connu et encensé, « Mille femmes blanches ». J’y ai malheureusement retrouvé le même souci de style d’écriture. Je me suis cette fois obstinée, et j’ai commencé à accrocher quand l’asile fut quitté pour les grandes plaines : le véritable début de ce livre.

    Jim Fergus part d’un très vague fait réel : la rencontre entre le président Grant et le chef de la tribu Cheyenne Little Wolf en 1873 (et non en 1874 comme il est dit dans le livre ; erreur du traducteur ou de l’auteur ?). De cette rencontre, l’on ne sait rien. L’histoire du roman débute donc là, fictive. Little Wolf propose l’échange de mille femmes blanches contre mille chevaux, afin d’assurer la survie de sa tribu, un moyen de mettre fin aux guerres incessantes entre les deux civilisations. Si la proposition est refusée au premier abord, elle est acceptée ensuite en secret. Ainsi partent une centaine de femmes (prostituées, prisonnières, aliénées,..) chez les « sauvages » : elles n’ont rien à perdre.

    May Dodd est donc celle que nous suivons de l’intérieur puisque nous lisons son journal. Ce style narratif ne m’a pas interpellée, voire même il m’a agacée. Les lettres qu’elle écrit soit-disant à son ancien amoureux, sa sœur ou ses enfants me semblent sans intérêt pour la lecture. Il semble qu’elle cherche à choquer sa sœur ou à faire culpabiliser son ex, et c’est fort peu agréable. Des invraisemblances ponctuent le discours : je doute qu’en 1875 une jeune femme catholique ait eu le cran de se mettre en ménage sans se marier, je reste perplexe sur le personnage de Martha qui par amitié va quitter son emploi et partir elle aussi en terre inconnue alors qu’elle a peur de tout (il manque l’essentiel de leur amitié, dans ces pages, pour expliquer et comprendre le geste). May passe plusieurs années dans un asile, placée par sa famille. Elle devrait être brisée par les traitements subis, elle n’a pas peur pourtant et tombe même en chemin, amoureuse d’un autre homme avant de choisir la voie du devoir : aller jusqu’au territoire des Indiens. Ses états d’âme m’ont parfois tiré des soupirs, elle s’adapte tellement vite que le choc des deux civilisations n’est pas exploité, ni les avantages ou les inconvénients : un regret qui me reste.

    Les personnages sont relativement caricaturaux et sans surprises : les soldats sont bêtes et méchants, les américains sont certes civilisés mais méchants, les Indiens sont sauvages mais sages, l’alcool rend les indiens sauvages, dépravés et violents, les femmes n’existent pas, n’ont pas le droit de parler ou de se battre (à part l’une d’elle.. ce qui m’a laissée perplexe quant à la possibilité véritable de tout ceci). C’est fort dommage, un mélange aurait gagné en saveur. Jim Fergus ne l’aura fait que sur un instant inconcevable d’une rare violence et ce passage m’a marquée plus que le livre dans son entier pour cette raison : rien jamais, n’est blanc ou noir.

    Les péripéties, parfois surréalistes enlevant une crédibilité bien dommageable à l’ouvrage, sont narrées d’une manière souvent brute et inintéressante, qui laissent le lecteur sur le bas-côté.
    Un exemple :

    Mais avant de retomber mort sur la jeune femme, il réussit dans un dernier souffle à l’égorger et toute vie disparut des yeux de ****. Terrible instant.

    Moi dans ce passage (« terrible instant » ?!), j’ai pris l’information mais n’ai ressenti aucune compassion : l’auteur, par ses mots froids, m’a retiré l’émotion de sa mort. Le livre est ainsi fait qu’il lui manque la dimension émotionnelle – 90% des auteurs oublient cette dimension là, ce n’est pas spécifique à Jim Fergus. J’ai besoin de vibrer pour aimer – ce qui dérange particulièrement vu le milieu différent, aux abords hostiles, chez les Indiens. Pas un mot sur le choc pourtant inévitable sur les différences dans la manière de vivre, d’être.

    Bien que particulièrement intéressant – allez savoir pourquoi les Indiens d’Amérique me passionnent – ma lecture a été parasitée par un mot revenant pratiquement à toutes les pages : les « sauvages ». May Dodd, mariée, enceinte, intégrée, continue de les appeler les sauvages au fil de ces pages d’écriture jusqu’à la fin, ce qui a eu le don de me crisper et donc de gâcher le livre.

    Une dernière incohérence – dont je parlerai, mais il y en a d’autres – je n’arrive pas à admettre comment May a pu écrire la fin de son journal. Je ne veux pas spoiler aussi j’en dirai peu, je reste simplement sur une impossible qualité littéraire telle qu’elle a été rendue par l’auteur.

    Malgré tout j’ai aimé lire ce livre. Plus que tout, ce sont ces paysages, la beauté de cette nature aride, cette terre ancienne offerte à mes yeux qui m’a emmenée et agrippée, page après page. Cette vie simple en accord avec la nature m’a parlé en profondeur. Le rythme est relativement lent, réveillant en moi l’envie de voyage.

    Nous sommes dans la confrontation de deux mondes, la perte d’une identité, la disparition de la liberté.. nous assistons dans ce livre, aux derniers jours d’un Peuple. Et quels que soient les défauts, nombreux, de ce livre, cela fait mal.

     

    Les Cheyennes croient que toute chose ayant eu lieu quelque part – chaque naissance, chaque vie, chaque mort – s’y trouve toujours, de sorte que le passé, le présent et l’avenir cohabitent éternellement sur terre.

    Note : 3,5/5
     
     
     
     

    Mac Barnett, l’auteur jeunesse qui rend la magie plus vraie que le réel

    Ceci est ma première contribution à un site que j’affectionne particulièrement depuis longtemps. Je ne pensais pas y participer un jour – le complexe de la fille qui pense ne pas valoir le niveau – mais MajorMarmotte m’y a beaucoup encouragée. Merci à toi

    J‘ai découvert un auteur pour enfants, Mac Barnett, d’une manière un peu atypique : par une vidéo. Le titre « Pourquoi une bonne histoire est comme une porte secrète », a parlé autant à ma part enfantine qu’à l’adulte que je suis, et je me suis retrouvée époustouflée par l’homme puis par l’écrivain.

    Je vais vous parler d’un auteur jeunesse, sans avoir ses livres chez moi (une simple question de timing avec mon banquier). Je vais même vous conseiller de les acheter, de réparer ce manque dans votre bibliothèque. Je vous encourage avant toute chose, à regarder la vidéo linkée plus haut (sous-titres possibles en français). Pour ceux qui le souhaitent, l’intégralité de ce qu’il y dit est accessible en format texte, en cliquant sur « View interactive transcript ».

    Pour une lecture uniquement visuelle, la voici (j’insiste auprès de vous : regardez-la entièrement) :


     
     
    Il commence ainsi.

    Bonjour à tous. Mon nom est Mac. Je gagne ma vie en mentant aux enfants. Mais ce sont des mensonges honnêtes. J‘écris des livres pour enfants. Voici ce que dit Pablo Picasso sur l’Art : « Nous savons tous que l’Art n’est pas la vérité. L’Art est un mensonge qui nous fait saisir la vérité, ou celle qui nous est visible. L’artiste doit savoir comment convaincre autrui de la sincérité de ses mensonges. »

    Mac Barnett sait convaincre. Il pousse à l’extrême l’art du mensonge, à le faire devenir vérité, à la dépasser complètement. A ce point, vérité et mensonge n’existe plus : ce qu’il en reste, ce sont des étoiles dans les yeux, dans le cœur, et l’envie profonde de croire en la magie, l’envie profonde de croire qu’une baleine peut nous attendre quelque part.

    En tant que maman, je me suis posée la question de ce mensonge pratiquement universel : devais-je leur faire croire au Père-Noël ? Une question qui m’a traversé à laquelle j’ai répondu dans l’immédiateté intense de ma propre douleur enfantine : non. Je ne pouvais pas faire cela à mes enfants, mentir puis blesser. J’ai expliqué : « C’est une légende. » et « Nous sommes tous le Père-Noël de quelqu’un ». J’ai tellement bien réussi mon message (parfaitement clair pourtant, je vous assure), que mon fils de trois ans a décidé que le Père-Noël existait.

    La magie existe, quel que soit le discours parental.

    Mac Barnett (extrait de la vidéo) :

    A Londres, les gens visitent Baker Street, l’appartement de Sherlock Holmes. Alors que le 221B a été peint à cet effet sur une maison qui n’a jamais eu ce numéro. On sait que les personnages sont fictifs. Mais on a des sentiments réels pour eux. C’est notre don : on sait que les personnages ne sont pas réels, tout en sachant qu’ils le sont aussi. C’est plus facile pour les enfants que pour les adultes. J’adore écrire des histoires pour les enfants, parce qu’ils sont les meilleurs lecteurs de fiction littéraire sérieuse.

    C’est cela pour moi, un livre : croire en la réalité d’un monde qui n’existe pas, c’est le faire exister.

    C’est cela, la foi de l’auteur en l’enfance. Il est en admiration devant la capacité des enfants à mêler le monde réel et le monde imaginaire, accepter la magie comme elle vient, vivre pleinement une histoire. Il suit ce fil imaginaire de l’enfant, il le nourrit, puis il invite l’enfant à aller encore plus loin dans l’imagination. C’est cela qui m’a séduite, chez Mac Barnett, cette puissance incroyable, cette volonté de faire venir la fiction dans le monde réel.

     

    *
     
     

    Pour l’instant, seuls deux de ces livres ont été traduit en français (pour enfants de 3/4 ans). Je vais vous les présenter :

    Sam et Tom sam-et-tom1

    Résumé : « Lundi matin, en quête d’un trésor, Sam et Tom creusent un trou dans le jardin. Mais ils ne trouvent rien. Ils continuent, bifurquent, se séparent : sans résultat. Visiblement, sous terre, il n’y a vraiment rien d’intéressant ! En tombant sur un os, leur parcours prend un tournant surprenant. La folle aventure n’est pas toujours là où on l’attend… Un texte empreint d’ironie et des illustrations pleines de drôlerie : c’est la clé du succès de ce nouvel album illustré par Jon Klassen. »

    C’est lundi. Sam et Tom sont en mission : ils creuseront jusqu’à trouver quelque chose de spectaculaire !

    Les dessins sont subtiles dans leur simplicité, quelques clins d’œil pour faire sourire, la chute pertinente demande un peu d’attention de la part du lecteur, une relecture sans aucun doute, les yeux plus grands ouverts. Le dénouement inattendu suffit aux deux frères pour transformer cette journée en « spectaculaire ».

    sam et tom Trou - Mac Barnett

    Et un petit bonus des deux auteur (Mac Barnett)/dessinateur (Jon Klassen), qui ont creusés aussi :

     
     
     
     

    Le second livre a reçu de nombreux prix littéraires et est un best-seller aux États-Unis :

    Extra doux extra doux - Mac Barnett

    Résumé : « Annabelle trouve un jour une boite remplie de fil multicolore. Cette boîte de fil paraît tout à fait banale. Mais en réalité elle est très spéciale. »

     

    C’est l’histoire d’une petite fille qui offre généreusement la vie autour d’elle. De gris et blanc, de ce morne paysage hivernal, Annabelle redonne vie aux habitants, au village, aux maisons, à ce qui l’entoure : elle distribue la joie. Dans un large mouvement de partage, le livre montre la possibilité de changer les choses, que l’on peut prendre soin de son entourage. Que nos gestes comptent.
     
    Caroline en a fait une belle analyse sur son blog :

    Cette histoire est une magnifique métaphore de la joie de vivre et de la générosité : le fil est en fait le symbole de l’altruisme et de la joie que la petite fille partage avec tout son entourage, remettant des couleurs au milieu de la tristesse ambiante. Et comme la générosité est infinie, il restera toujours du fil pour les autres. Mais pour les gens jaloux au cœur sec, la boîte sera à jamais vide : la joie appelle la joie, le partage appelle le partage, la noirceur appelle la noirceur.

     
     
     
    extra doux NB - Mac Barnett

     

     

    extra doux - Mac Barnett
     
     

    Elle rentra donc chez elle et se tricota un pull.
    Quand Annabelle eut terminé, il lui restait du fil.

     

    La petite ville se mit à changer.

    Ce que j’aime avec ces deux livres, c’est qu’un enfant peut en tourner les pages seul, il comprendra l’histoire. Ils sont emplis de trésors, de douceur, de délicatesse : ils parlent directement aux enfants.

    L’auteur est à découvrir. Vous pouvez lire son blog, lui écrire sur twitter, ou acheter ces livres (en anglais pour tous les autres pour l’instant. Je ne vous les présente pas, mon anglais étant basique). Si d’aventure vous deviez lire les autres, j’espère lire votre expérience à mon tour. Vous l’aurez sans doute compris, Mac Barnett m’a enthousiasmée au plus haut point !