Défi lecture 2018 ou #100défislecture2018

Comme je n’ai pas trouvé grand chose pour un défi lecture, j’ai lancé l’idée : créons des listes ! Comme ça on peut choisir ce qui nous parle le plus. En voici déjà une autre :
. L’autrecôtédeslivres (twitter) en a créé une pour la SFF sur son blog avec une lecture thématique par mois.

Voici ma participation, avec 100 défis à relever ou non :

Quelques règles :
. En dehors du point 03, vous devez lire ces livres pour la première fois.
. vous pouvez cumuler plusieurs défis pour un seul livre.
. vous pouvez en parler sur votre blog, les réseaux, un fichier excel à partager.. pour qu’on suive ensemble la progression du défi.
. à suivre avec le #100défislecture2018 sur twitter, Instagram, etc.. pour ceux qui souhaitent
. sauf mention contraire, le genre littéraire est à votre convenance
. le but n’est pas d’aller vite, juste de s’amuser et d’aller au bout de ce qu’on s’est fixé
. on peut remplir soit 50 soit 100 points du défi, avant le 31 décembre 2018
. le 31 décembre on compte les points et les livres (si c’est 2 points et 3 livres, et bien bravo c’est chouette, vous avez lu 3 livres 😀 )

Le défi ! Lire un livre…

01. avec un animal pour personnage
02. écrit pas une femme d’un autre continent
03. déjà lu (le relire)
04. de plus de 600 pages
05. écrit par un duo d’auteurs
06. le titre contient 1 mot
07. emprunté à un·e ami·e
08. dont l’auteur a vos initiales
09. au titre abracadabrant
10. auto-édité
11. écrit par un homme de moins de trente ans
12. de moins de 100 pages
13. d’un genre que vous ne lisez jamais d’habitude
14. paru votre année de naissance
15. choisi uniquement pour sa couverture
16. dans votre bibliothèque depuis des années, jamais lu
17. dont le personnage principal exerce ton métier
18. épistolaire
19. la couverture est bizarre
20. le héros principal porte des lunettes de vue
21. qui vous a surpris (agréablement ou non)
22. qui fait entre 270 et 290 pages
23. qui vous a fait vraiment beaucoup rire
24. avec un personnage LGBT
25. se déroule en Asie
26. l’auteur porte votre prénom
27. avec un personnage féministe
28. avec un élément (eau, feu, ..) sur la couverture
29. lu en une journée
30. qui vous a été offert
31. qui vous a fait pleurer
32. avec une couverture moche
33. publié en 2018
34. le livre est abimé (interdiction de l’abimer soi-même !)
35. un livre trouvé (dans la rue, dans une boite à livres, ..)
36. une trilogie
37. qui donne envie de (écrire, voyager, ..)
38. de 1,6 cm d’épaisseur
39. qui se déroule dans un pays que vous souhaitez visiter
40. interdit dans un pays
41. avec trois « i » dans le titre
42. les premières lignes sont un dialogue
43. aucune image sur la couverture
44. dont un ami vous a dit du mal
45. auteur japonais
46. par un auteur d’une nationalité autre que française, américaine, anglaise ou japonaise
47. auteur complètement inconnu de tous
48. avec un renard sur la couverture ou dans le titre
49. le titre contient un mot inventé
50. le premier chapitre est ennuyeux
51. le nom de l’auteur est composé
52. avec une bonne critique littéraire
53. avec une mauvaise critique littéraire
54. l’histoire se déroule en France
55. avec un visage sur la couverture
56. le titre est une phrase (sujet, verbe, ..)
57. l’auteur a pour prénom Terry
58. l’histoire commence par la fin
59. impossible à poser
60. le titre contient le mot silence
61. contient 24 chapitres
62. un animal dans le titre
63. avec un titre de 7 mots
64. avec un titre de plus de 8 mots
65. la couverture est une peinture (connue ou non)
66. l’auteur n’est plus en vie
67. une plante sur la couverture
68. publié au XXe siècle
69. difficile à lire
70. le titre contient une couleur
71. le titre est énigmatique
72. couverture en noir et blanc
73. écrit par un auteur exilé, voire qui ne peut pas rentrer dans son pays
74. un livre que vous allez offrir
75. un livre que vous avez offert (sans l’avoir lu avant)
76. imprimé sur du papier recyclé
77. impossible à terminer (lu au moins à moitié)
78. l’auteur n’a publié qu’un seul livre
79. dont vous avez d’abord lu la dernière page ^^
80. la couverture n’a rien à voir avec le sujet
81. qui allie plusieurs genres (policier, sf, fantastique, anticipation,..)
82. le monde est imaginaire
83. sélectionné pour un Prix (finaliste ou non)
84. un personnage a un handicap
85. la première phrase est improbable (étonnante, ne veut rien dire, magnifique de poésie,..)
86. est dans la liste de lecture féministe d’Emma Watson (à lire en français)
87. a pour thème la musique
88. l’éditeur est une femme
89. un·e ami·e doit choisir un livre pour vous
90. l’histoire fait voyager
91. l’auteur a un parent ou enfant lui aussi écrivain (vous avez donc lu les deux)
92. la solitude est au cœur du récit
93. un ado vous a proposé de le lire
94. un auteur connu a publié sous un pseudonyme
95. a été publié après la mort de l’auteur
96. choisi uniquement pour son titre
97. le personnage principal est une personne âgée
98. auteur né à l’étranger et écrivant en français
99. le titre comporte l’un des 5 sens (vue, odorat, ..)
100. qui donne envie de lire tout l’auteur

Enjoy 🙂

Edit :

Les blogs ou comptes participants :
. Delphine’s book
. L’autre côté des livres
. La bibliothèque plurielle
. Comment ça nombreuse

Écriture : Mémoires d’un métier, Stephen King

king

 

Maïm m’a encouragée à lire Écriture : Mémoires d’un métier, de Stephen King (titre original : On Writing: A Memoir of the Craft, publié en 2000). Il y raconte son enfance – et nombre de ces évènements se retrouvent dans ses livres -, ses premières nouvelles, ses encouragements, sa honte tenace d’écrire, l’alcool.  Nous le voyons progresser, avancer, épingler au mur ses innombrables refus, persévérer… Je me suis passionnée, honnêtement. Ensuite vient le succès avec Carry, les romans s’enchainent… tous ces livres que j’ai lu et aimé, j’ai été heureuse de voir comment ils avaient été écrit.

Vient la deuxième partie de ce livre, pleine de conseils pour les écrivains en herbe que nous sommes : « la boite à outil ». Je me suis retrouvée très perplexe du changement de ton. Il était à la fois juste et incisif, très hargneux, en colère lorsqu’il est question des adverbes. Comme s’il disait « je ne vous laisserai rien passer ». Ce n’est qu’à la fin du livre, lors de la troisième partie, que j’ai compris : il avait écrit sous la douleur – des suites d’un grave accident. D’une certaine manière, le livre m’est devenu encore plus précieux. Il le dit et je le sais, écrire éloigne la douleur – j’y mets un bémol : sauf lorsque les mains et les doigts sont concernés.

Sur internet circulent les conseils de Stephen King, et ce qui m’a le plus étonnée c’est de voir que pas une seule page n’a retenu la même chose même si la note finale se rejoint globalement. C’est incroyable. J’en déduis que le livre parle à notre partie d’écrivain et que nous en retirons ce qui nous est propre, ce qui nous parle. Ce dont on a besoin de travailler, peut-être.

Ces conseils pourraient plus ou moins tenir en cette seule phrase : « L’essentiel, pour tout écrivain, est d’écrire sur ce qu’il connaît« . Cela serait succins, mais je crois que c’est le plus important des conseils qu’il donne : écrire vrai. Et s’entraîner, s’entraîner, s’entraîner.

Voici ce que moi, j’ai retenu de ces propos.
 

1- Écrire et lire beaucoup : quatre à six heures par jour, et plus important encore, avec plaisir. On entre ainsi dans l’intimité du processus d’écriture.
« Il n’existe aucun moyen de ne pas en passer par là, aucun raccourci.(…) On apprend avec bien plus de clarté ce qu’il ne faut pas faire en lisant de la mauvaise prose.(…) Les textes bien écrit, de leur côté, sont pour le débutant des leçons de style, de narration élégante, de scénarios astucieusement développés, de personnages crédibles, et leur enseigne comment dire la vérité.(…) La lecture est au centre de l’activité créatrice d’un écrivain. »
Et ce passage, savoureux : « Lire pendant les repas passe pour grossier dans la bonne société, mais si vous voulez réussir comme écrivain, la grossièreté devrait être l’avant-dernier de vos soucis. Le dernier étant la bonne société et ses exigences formelles. Et si vous avez l’intention d’écrire avec autant de sincérité que vous pouvez, vos jours au sein de la bonne société sont de toutes les façons comptés. »

2- Écrire 1000 mots par jour à heure fixe. Il parlait même de trois mille mots, il concède que mille est déjà une bonne chose. Il proscrit toute forme de laissé aller : « Si Dieu vous a accordé un certain talent pour faire quelque chose, pourquoi ne pas le faire, au nom du ciel ?(…) Je considère néanmoins que le premier jet d’un livre, même long, ne devrait pas prendre plus de trois mois. » Et pour cela, il insiste sur l’environnement serein.

Il explique également que l’ont doit écrire pour soi. Pas pour ses amis, pas pour l’entourage proche, pas pour l’argent (pas pour un blog, ajouterai-je). Le plaisir d’écrire est le seul à prendre en compte.

3-  Avoir une pièce qui ferme. Un bureau mais surtout une porte qui isole l’écrivain. « La porte fermée est le moyen de dire au monde comme à vous-même que vous ne plaisantez pas ; que vous êtes sérieusement décidé à écrire, que vous avez l’intention d’aller jusqu’au bout et de faire tout ce qu’il faudra pour ça. » Pas de téléphone, de tv, de jeu : « Quand on écrit, on crée son propre univers.(…) Vous pouvez donner l’habitude à votre esprit éveillé de dormir créativement et d’élaborer ces rêves éveillés, imaginés avec de vives couleurs, que sont les œuvres de fiction réussies. ». Aucune distraction, donc – et l’auteur a une dent certaine contre la télévision.

Le passage le plus important : « N’attendez pas monsieur Muse.(…) Votre boulot est de faire en sorte que votre monsieur Muse sache où vous vous trouverez tous les jours entre neuf et treize heures(…). S’il le sait je vous garantis que tôt ou tard il pointera le bout de son nez ».

4- Parler de ce qu’on connait. Parler vrai. « De quoi allez-vous parler ?(…) De ce qui vous chante. De n’importe quoi – mais à une seule condition, dire la vérité.(…) Écrivez ce que vous avez envie d’écrire, insufflez-y de la vie et rendez votre texte unique en y mêlant ce que vous savez de l’existence, de l’amitié, des relations humaines, du sexe, du travail. »

5- La phrase d’écriture : placer un personnage dans une situation et voir comment il s’en sort. Il ne s’agit pas d’avoir une trame, mais de laisser la trame venir. « Je me méfie des intrigues pour deux raisons d’abord parce que nos vies en sont essentiellement dépourvues(…) ensuite parce que je considère qu’il y a incompatibilité entre la construction d’une intrigue et la spontanéité de la véritable création.(…) La situation vient en premier. Les personnages qui, au début, sont toujours sans relief et sans traits définis, viennent ensuite.(…) Je veux qu’ils fassent les choses à leur façon. »
Attention, ne pas faire lire en cours d’écriture : on doit rester concentré, avoir confiance en soi.

6- Décrire sans en faire trop, quelques détails. Garder en tête l’histoire, c’est elle qui est importante. « Bien décrire est un savoir-faire qui s’apprend et ceci est l’une des premières raisons pour lesquelles on ne peut réussir sans avoir beaucoup lu et écrit. Ce n’est d’ailleurs pas seulement une question de savoir-faire, mais aussi de savoir comment ne pas trop en faire. »

7- Les dialogues : « ne jamais expliquer quelque chose que l’on peut montrer ». Les dialogues sont (aussi) là pour éviter une longue description ennuyeuse, et ce « de manière beaucoup plus vivante ».

8- Les personnages : même chose. Les garder crédibles, et pour cela il n’y a que l’honnêteté et la vérité (point 4).

9- User de symbolisme « Tous les procédés sont à votre disposition et vous devez utiliser tout ce qui améliorera la qualité de votre texte sans se mettre en travers de l’histoire. » C’est l’ensemble de l’histoire qui semble signifier quelque chose, que l’on doit faire resurgir lors de la deuxième version (et les suivantes).

10- Le thème. La question peut se poser lorsqu’on est coincé et à la recherche d’une idée. « se lancer dans l’écriture en partant de grandes questions et de problèmes thématiques est la meilleure recette pour faire de la mauvaise fiction. La bonne fiction part toujours d’une histoire et progresse vers son thème. » Lors de la relecture, il est temps d’y réfléchir afin d’enrichir la version 2.

11- La ré-écriture : attendre six semaines après avoir fini d’écrire, avant de s’y replonger, afin de mettre de la distance et de repartir avec un oeil neuf.

C’est le moment de bannir les adverbes – qui le rendent dingue, il en parle tout du long. On est dans la deuxième version de l’histoire écrite : « Tout le monde a une histoire, et elle est pour essentiel sans intérêt. Tenez-vous-en aux parties intéressantes ». Sur ce principe, il considère que c’est le moment d’enlever 10% de ce qui a été écrit. V2=V1-10%. Cela évite à l’histoire, un rythme qui se fatigue.

Il mentionne Kurt Vonnegut qui « réécrivait chacune des pages de ses romans jusqu’à ce qu’elle ait atteint le degré de perfection qu’il en attendait ». J’ai une tendresse toute particulière pour cet écrivain, soudain ! Stephen King lui, préconise de tout jeter sur le papier et de réécrire ensuite, conseil qui me parait judicieux si n veut avancer, j’en ai fait l’expérience.

12- La re-lecture : 4 à 8 bêta-lecteurs. Mais un lecteur idéal. Il insiste sur son importance cruciale, cette première personne à qui on fait lire, qui fait des remarques. Elle est celle qui est un peu par-dessus notre épaule lorsqu’on écrit porte fermée.
Les avis des BT sont subjectifs, mais « si tous vos premiers lecteurs vous disent qu’il y a un problème (…) c’est que problème il y a et que vous seriez bien inspiré de vous en occuper. ».

13- Les recherches : « le contexte n’est pas le texte, l’histoire est prioritaire. » Les recherches sont certes importantes, mais il ne faut pas y mettre trop de détails : « L’histoire vient toujours en premier. »

14- Les ateliers d’écriture peuvent être une perte de temps : « c’est écrire avec une porte ouverte », ce qui donc ralenti l’avancée de l’histoire.

15- L’agent littéraire : Le système des  » agents littéraires  » n’existe pas en France, pas davantage le fait de vendre son histoire à un journal. Ce que j’en retiens, en le transposant à notre pays, c’est qu’il ne faut pas envoyer son manuscrit à n’importe quelle maison d’édition les yeux fermés, on doit se renseigner en amont. Il n’est pas nécessaire de connaitre du monde dans le milieu, mais de viser avec justesse.

16- Prendre du plaisir à écrire « Si c’est pour la pure joie de la chose qu’on écrit, on peut continuer toute sa vie. (…) L’écriture n’est pas la vie, mais je crois qu’elle peut être parfois le moyen de revenir à la vie. »
 
 
Je l’ai trouvé très… proche, proche de l’auteur débutant. Nous entrons dans une très grande intimité de l’auteur et c’est tout simplement passionnant. Les conseils sont certes ce qui fonctionne pour lui mais d’une manière beaucoup plus générale je pense que cela fonctionne pour pratiquement tout le monde.
Alors je vais tenter – et il grincerait des dents c’est certain, je ne dois pas tenter je dois poser ce temps – de mettre ces conseils à profit.

Et bientôt je lirai le livre de Orson Scott Card, Comment écrire de la Fantasy et de la Science Fiction. Pour le plaisir.
Je vous dirai ?
 
 

Le chat aux yeux d’or de Silvana de Mari


 
 
Un silence. C’est un silence qui me parle quand je tombe sur les livres. Tout commence par ce silence, il donne la place aux mots pour me parvenir. C’est qu’ils viennent de loin, ils ont voyagé entre beaucoup de mains et parfois ils sont épuisés de ne pas avoir été entendu, insaisissables – des pensées incomplètes. Il leur faut bien ce silence là pour retrouver la confiance, il leur faut bien ce silence là pour que je les entende. Pour que je les comprenne.

Un livre, je le savoure dès la couverture et celui-là avec sa photo superbe je voulais m’y plonger. Oh parfois elles trompent ses photos, comme là où il n’y a pas de lien entre l’enfant rondouillette de l’histoire et cette petite toute en finesse au regard terrible. C’est pour cela, le silence – si nécessaire. Il y a ces quelques mots qui viennent susurrer : son titre offre tout le voyage, il nous fait entrer un peu, avant même de l’avoir ouvert il parle de mystère. Je les écoute tous, ces secrets qui sortent des livres et cette poésie incroyable sur les couvertures des livres – parfois plus que dans leur intérieur. Le plus petit de mes enfants doit y être sensible lui aussi, il nous disait en partant ce matin qu’il était triste, qu’il voulait vivre là, dans la bibliothèque[1] et moi je voulais bien mais pas celle-ci alors. Les mots là-bas, ils se perdent. Un étage, un autre, une moitié d’escalier et puis une autre, cinq rayons disparates et trois étages différents rien que pour les bandes-dessinées, on s’essouffle. Je ne sais jamais où je dois me rendre lorsque je cherche un titre, il ne faudrait pas que ce soit organisé ils risqueraient d’avoir des lecteurs.

J’ai finalement compris ce matin que dans cette bibliothèque là, il faut fouiller dans toutes les profondeurs, chercher à l’opposé de la logique. Vous cherchez un livre sur l’aquarelle ? Allez donc voir en tricot et elle a raison tout y est : tricot, peinture, couture, carton au milieu de la broderie mais pas de DIY – ils ne connaissent pas le mot, alors les livres… – l’origami non ça c’est en jeunesse, pour les bijoux deux étages les séparent, dans les deux cas on doit descendre puis remonter : en fimo c’est en jeunesse et en pierres avec le tricot. Les pires sont sans doute les noms composés de syllabes. Si le nom français se trouve à M, celui italien se trouve à D, c’est ainsi c’est comme ça mais vous n’auriez pas le titre plutôt ? et je l’avais oublié, les yeux d’or peut-être ou le chat au regard d’or je ne me souviens plus et cela ne l’aide pas, elle n’a rien rien rien . Elle n’a rien la dame-des-livres, comme moi elle se casse les dents sur le vide de leurs rayons Non je ne vois pas, ça s’écrit comme Marie ? et non ça s’écrit sans le e et c’est un peu comme cette histoire de particule qui compte pour rien autant qu’on l’enlève tout de suite Ah mais il n’y a pas de e ! C’est que l’ordinateur ne corrige pas vous savez, j’étais bien ignare je suis désolée, j’ai tendance à croire que tout le monde connait Silvana. Elle a trouvé mais elle est navrée elle n’a pas ce que je cherche, le dernier elfe est sorti et elle n’a rien d’autre – et ce n’est pas comme si j’avais tenté de lui donner le titre, un peu bosselé il est vrai. Car la voilà qui ajoute agacée Je n’ai rien d’autre, enfin il y a Le chat aux yeux d’or mais c’est un roman jeunesse par contre, je saisis de son regard sévère et fermé que je dois lire les livres pour les grands, les sérieux, ceux qui se trouvent sans la particule qui ne compte pas sauf si c’est étranger mais seulement parfois. Un nom à particule, on n’a pas idée, dit-elle dans le silence de ses yeux à elle et elle ne sait pas le nom duquel je suis née ce qui n’est pas plus mal.

Je ne dirai donc plus jamais de mal de ma bibliothèque – ou alors pas tout de suite – ils ont dans leur rayon l’essentiel, avec Silvana de Mari et Christian Bobin.

Il était là ce chat aux yeux d’or, qui m’attendait.
Je suis dans le silence.
Celui des enfants.

Extrait du livre :
[su_quote]« Il n’y aura pas cours aujourd’hui car personne n’a sa tenue de sport le premier jour, ça va de soi. On commence donc la prochaine fois. Ceux qui se présenteront sans le nécessaire auront un avertissement, souvenez-vous en. A propos, le nécessaire comprend… ils prennent des notes ? Bien… un survêtement bleu foncé ou éventuellement noir, un T-shirt à manches courtes, blanc, sans rien d’écrit, de dessiné ou de gribouillé dessus, une paire de chaussettes avec talon renforcé, une paire de chaussures de sport…

Leila a pris son stylo, mais elle le repose sans rien écrire. Elle se dit que si elle avait ces affaires ou les moyens de les acheter, elle ne se baladerait pas attifée comme quelqu’un qui s’est échappé d’un camp de réfugiés ou a volé ses vêtements à un épouvantail. (…) Elle sait déjà qu’elle oubliera ses affaires pendant tout le reste de l’année scolaire. »[/su_quote]

Le chat aux yeux d'or
Le chat aux yeux d’or, Silvana De Mari

 

 
[1] Et pourtant il venait de vivre sa première expérience terrible de tout lecteur de normalement plus de quatre ans : il a pleuré sur un livre.
 

 

Livre – Pas assez pour faire une femme de Jeanne Benameur

Pas assez pour faire une femme de Jeanne Benameur

Je me suis faite traverser. Je l’ai senti aux premiers mots ; j’ai la terrible habitude de me donner envie ou non, en commençant les premières pages des livres pour voir si je me laisse happer, si cela vaut le coup de me plonger corps et âme dans un livre. C’est ainsi que sans le décider réellement, je fais le tri : si j’oublie de retourner lire un livre c’est que je dois me tourner vers d’autres. La multitude qui existe sur cette planète me permet ce caprice. Alors j’ai commencé ces quelques lignes et j’ai su que j’allais me faire traverser, que je n’en ressortirais pas indemne. Et je m’y suis plongée, de l’intérieur. Sans rien connaitre à mai 68 et ses répercussions puisque j’ai quelque « retard » d’une dizaine d’années, j’ai vécu son drame en revivant le mien. Toute la force de ce livre est là, dans la libération de la parole – la sienne, la mienne, sans doute, souvent, les vôtres. Je me suis tenue au bord de ses gouffres, de ces cauchemars, de ce voile. J’y suis toujours, je ne l’ai jamais levé. Je reste sur ce rideau noir qui tombe dans la chambre, petite, si petite avec ce géant. En la lisant, je nous revoyais avec S., ses lectures et ses luttes, son lac noir et le mien, et cette même séparation dans ce même silence, cette incapacité de paroles qui éloigne chacun sur sa rive. La force de l’auteur, c’est de m’avoir poussée à y retourner, de m’avoir poussée là où je fais en sorte de ne pas replonger, dans ce lac sombre et angoissant, de m’y avoir poussée sans la présence de l’angoisse. Et Judith lutte effroyablement et merveilleusement, dans les livres et sur les tables de la fac elle lutte. Dans l’amour. Je m’y suis retrouvée et il y aurait tant à dire, tant à libérer. Elle prend confiance en elle, page après page, elle accède à la connaissance, littéraire et d’elle-même, elle pousse à la connaissance de soi.

C’est un livre très dans la retenue, intime pourtant. Comme un journal mais sans heurts, avec une ponctuation des plus légères. Il se lit entièrement, d’un trait. Il plonge dans la poésie, l’amour des mots m’a submergée : Jeanne Benameur est une artiste pour m’avoir plongée dans mes cauchemars sans en être bouleversée de violence. Avec justesse, sensibilité. J’avais la sensation de me lire à travers Judith, l’expérience la plus marquante en littérature depuis bien (trop) longtemps : les émotions sont là, offertes. Depuis quand n’ai-je pas lu un auteur qui livrait les émotions ? Depuis vraiment bien (trop) longtemps.

Si je peux atteindre la moitié de la grâce de sa plume – bien plus légère que la mienne – alors je pourrais me dire que je sais écrire, retransmettre les émotions.
Ce livre est une confidence – et je le soupçonne de ne pas libérer exactement la même chose selon le vécu du lecteur. Pas assez pour faire une femme de Jeanne Benameur, je ne vous propose pas de le lire, juste de vous y plonger.
Je vous recommande de ne pas regarder ce lien, tant que vous n’aurez pas lu le livre. Pour qu’il ne vous en dévoile rien. Et puis d’y revenir, quand vous aurez eu le livre. Jeanne Benameur m’y a profondément touchée.