Mac Barnett, l’auteur jeunesse qui rend la magie plus vraie que le réel

Ceci est ma première contribution à un site que j’affectionne particulièrement depuis longtemps. Je ne pensais pas y participer un jour – le complexe de la fille qui pense ne pas valoir le niveau – mais MajorMarmotte m’y a beaucoup encouragée. Merci à toi 🙂

J‘ai découvert un auteur pour enfants, Mac Barnett, d’une manière un peu atypique : par une vidéo. Le titre « Pourquoi une bonne histoire est comme une porte secrète », a parlé autant à ma part enfantine qu’à l’adulte que je suis, et je me suis retrouvée époustouflée par l’homme puis par l’écrivain.

Je vais vous parler d’un auteur jeunesse, sans avoir ses livres chez moi (une simple question de timing avec mon banquier). Je vais même vous conseiller de les acheter, de réparer ce manque dans votre bibliothèque. Je vous encourage avant toute chose, à regarder la vidéo linkée plus haut (sous-titres possibles en français). Pour ceux qui le souhaitent, l’intégralité de ce qu’il y dit est accessible en format texte, en cliquant sur « View interactive transcript ».

Pour une lecture uniquement visuelle, la voici (j’insiste auprès de vous : regardez-la entièrement) :


 
 
Il commence ainsi.

Bonjour à tous. Mon nom est Mac. Je gagne ma vie en mentant aux enfants. Mais ce sont des mensonges honnêtes. J‘écris des livres pour enfants. Voici ce que dit Pablo Picasso sur l’Art : « Nous savons tous que l’Art n’est pas la vérité. L’Art est un mensonge qui nous fait saisir la vérité, ou celle qui nous est visible. L’artiste doit savoir comment convaincre autrui de la sincérité de ses mensonges. »

Mac Barnett sait convaincre. Il pousse à l’extrême l’art du mensonge, à le faire devenir vérité, à la dépasser complètement. A ce point, vérité et mensonge n’existe plus : ce qu’il en reste, ce sont des étoiles dans les yeux, dans le cœur, et l’envie profonde de croire en la magie, l’envie profonde de croire qu’une baleine peut nous attendre quelque part.

En tant que maman, je me suis posée la question de ce mensonge pratiquement universel : devais-je leur faire croire au Père-Noël ? Une question qui m’a traversé à laquelle j’ai répondu dans l’immédiateté intense de ma propre douleur enfantine : non. Je ne pouvais pas faire cela à mes enfants, mentir puis blesser. J’ai expliqué : « C’est une légende. » et « Nous sommes tous le Père-Noël de quelqu’un ». J’ai tellement bien réussi mon message (parfaitement clair pourtant, je vous assure), que mon fils de trois ans a décidé que le Père-Noël existait.

La magie existe, quel que soit le discours parental.

Mac Barnett (extrait de la vidéo) :

A Londres, les gens visitent Baker Street, l’appartement de Sherlock Holmes. Alors que le 221B a été peint à cet effet sur une maison qui n’a jamais eu ce numéro. On sait que les personnages sont fictifs. Mais on a des sentiments réels pour eux. C’est notre don : on sait que les personnages ne sont pas réels, tout en sachant qu’ils le sont aussi. C’est plus facile pour les enfants que pour les adultes. J’adore écrire des histoires pour les enfants, parce qu’ils sont les meilleurs lecteurs de fiction littéraire sérieuse.

C’est cela pour moi, un livre : croire en la réalité d’un monde qui n’existe pas, c’est le faire exister.

C’est cela, la foi de l’auteur en l’enfance. Il est en admiration devant la capacité des enfants à mêler le monde réel et le monde imaginaire, accepter la magie comme elle vient, vivre pleinement une histoire. Il suit ce fil imaginaire de l’enfant, il le nourrit, puis il invite l’enfant à aller encore plus loin dans l’imagination. C’est cela qui m’a séduite, chez Mac Barnett, cette puissance incroyable, cette volonté de faire venir la fiction dans le monde réel.

 

*
 
 

Pour l’instant, seuls deux de ces livres ont été traduit en français (pour enfants de 3/4 ans). Je vais vous les présenter :

Sam et Tom sam-et-tom1

Résumé : « Lundi matin, en quête d’un trésor, Sam et Tom creusent un trou dans le jardin. Mais ils ne trouvent rien. Ils continuent, bifurquent, se séparent : sans résultat. Visiblement, sous terre, il n’y a vraiment rien d’intéressant ! En tombant sur un os, leur parcours prend un tournant surprenant. La folle aventure n’est pas toujours là où on l’attend… Un texte empreint d’ironie et des illustrations pleines de drôlerie : c’est la clé du succès de ce nouvel album illustré par Jon Klassen. »

C’est lundi. Sam et Tom sont en mission : ils creuseront jusqu’à trouver quelque chose de spectaculaire !

Les dessins sont subtiles dans leur simplicité, quelques clins d’œil pour faire sourire, la chute pertinente demande un peu d’attention de la part du lecteur, une relecture sans aucun doute, les yeux plus grands ouverts. Le dénouement inattendu suffit aux deux frères pour transformer cette journée en « spectaculaire ».

sam et tom Trou - Mac Barnett

Et un petit bonus des deux auteur (Mac Barnett)/dessinateur (Jon Klassen), qui ont creusés aussi :

 
 
 
 

Le second livre a reçu de nombreux prix littéraires et est un best-seller aux États-Unis :

Extra doux extra doux - Mac Barnett

Résumé : « Annabelle trouve un jour une boite remplie de fil multicolore. Cette boîte de fil paraît tout à fait banale. Mais en réalité elle est très spéciale. »

 

C’est l’histoire d’une petite fille qui offre généreusement la vie autour d’elle. De gris et blanc, de ce morne paysage hivernal, Annabelle redonne vie aux habitants, au village, aux maisons, à ce qui l’entoure : elle distribue la joie. Dans un large mouvement de partage, le livre montre la possibilité de changer les choses, que l’on peut prendre soin de son entourage. Que nos gestes comptent.
 
Caroline en a fait une belle analyse sur son blog :

Cette histoire est une magnifique métaphore de la joie de vivre et de la générosité : le fil est en fait le symbole de l’altruisme et de la joie que la petite fille partage avec tout son entourage, remettant des couleurs au milieu de la tristesse ambiante. Et comme la générosité est infinie, il restera toujours du fil pour les autres. Mais pour les gens jaloux au cœur sec, la boîte sera à jamais vide : la joie appelle la joie, le partage appelle le partage, la noirceur appelle la noirceur.

 
 
 
extra doux NB - Mac Barnett

 

 

extra doux - Mac Barnett
 
 

Elle rentra donc chez elle et se tricota un pull.
Quand Annabelle eut terminé, il lui restait du fil.

 

La petite ville se mit à changer.

Ce que j’aime avec ces deux livres, c’est qu’un enfant peut en tourner les pages seul, il comprendra l’histoire. Ils sont emplis de trésors, de douceur, de délicatesse : ils parlent directement aux enfants.

L’auteur est à découvrir. Vous pouvez lire son blog, lui écrire sur twitter, ou acheter ces livres (en anglais pour tous les autres pour l’instant. Je ne vous les présente pas, mon anglais étant basique). Si d’aventure vous deviez lire les autres, j’espère lire votre expérience à mon tour. Vous l’aurez sans doute compris, Mac Barnett m’a enthousiasmée au plus haut point !

Aucun souvenir de Césarée – Marie Ange Guillaume

cesaree

 

Le livre est posé devant moi sur la table, couverture cachée. Au bord de chaque page il y a la mort, des souvenirs qui sont les siens mais écrits par une autre, des larmes. Au bord de chaque page il y a une intimité parfois dérangeante, parfois touchante, parfois folle et drôle. De la beauté transparait dans ses mots, qui tend à faire croire que cette intimité à sa raison, qu’elle nous l’offre. Elle se l’offre à elle-même pourtant, et nous ne sommes là que par hasard. J’ouvre des portes, des fenêtres, je visite son enfance et je ne sais plus pourquoi je suis là à ouvrir ouvrir ouvrir. Et puis une phrase me fait sourire, une autre me plonge dans un deuil qui m’appartient, une autre me ramène au deuil de l’auteur et seulement elle.

Ce livre est un enchainement de « qu’est-ce que je fais là » et de (re)connaissance douloureuse.
Toute à sa douleur d’avoir perdu sa mère, elle plonge corps et larmes dans les mots qu’elle a écrit années après années, dans sa mémoire, dans une réparation de mots et d’amour. Dans son enfance.

Terrible enfance.

[su_quote]Dans ma mémoire, ils hurlent encore au-dessus de ma tête, au-dessus de mon lit d’enfant, au premier étage de la maison où nous avons emménagé pour mes six ans, et le plafond est une guerre dont je ne sortirai pas vivante. [/su_quote]

Elle a une belle écriture, qui se noie parfois dans sa douleur et devient plus brouillonne, inquiète, décalée. Je m’y suis perdue de temps à autre, j’ai du relire pour cerner ce qu’elle disait, replacer l’époque : la danse du deuil.
Un deuil dans lequel on se retrouve très facilement, mais en pointillé : il lui appartient pleinement, je n’ai jamais eu cette sensation de lui voler ses émotions, de vivre trop les miennes.

[su_quote]Certaines personnes s’y connaissent en « travail de deuil ». Quel travail ? On subit jusqu’à ce que le temps arrive à arrondir un peu les contours de la violence, à atténuer la saloperie du « plus jamais », avec, de temps en temps, un petit électrochoc de revenez-y, avant d’installer une tristesse de bon aloi – le genre de tristesse « normale », pas trop longuette, que les autres attendent de vous. [/su_quote]

Un livre qui doit être lu d’une traite, un témoignage parfois terrible souvent beau, mais dérangeant par son intimité. Maintenant que j’ai découvert sa plume, je vais chercher à lire ses livres, j’ai la certitude qu’elle doit être lue.

** Le début de la critique est une redit d’un autre post. Il en fait pleinement partie, je l’ai remis **
 
 
 

Une fois encore !

Titre : Emily Gravett
 

Cédric le dragon n’est plus rouge. Cédric… le dragon… endormi… dans …son…lit…zzzzzzz zzzzzzzzz
ENCORE ! ENCORE ! ENCORE !

dragonencore

 

Sur l’impulsion, caractéristiquement soudaine, d’un besoin pourtant évident et dont nous n’avions pas pris grand soin, j’ai acheté des livres aux enfants. Ils en avaient un peu, nous comptions beaucoup sur la médiathèque. Ils ont toujours peu de livres, mais davantage depuis que j’ai fouiné sur internet à la recherche de perles.
Je vais en partager une avec vous, dans le même temps le coup de cœur parental et le coup de cœur enfantin.

Des dragons sont bien sûr l’histoire, et l’histoire de dragons est racontée par un papa (ou une maman ?) dragon à son petit dragon.

dragonencore2C’est le soir, ce temps de fin de journée que les parents peuvent chérir quand la fatigue se fait bien sentir. Sur la page de garde, nous découvrons les activités du petit dragon, avant qu’il ne se couche, une sorte d’histoire avant l’histoire qui déjà fait sourire, tout mignon dans sa baignoire.
Il était une fois un dragon bébé, prêt à se coucher, prêt à écouter l’histoire du soir, prêt à d..
Mais l’histoire s’éternise, le dragon veut encore son histoire, et puis encore son histoire et puis encore son h..

dragonencore1Il ne se lasse pas, il veut son histoire, la réentendre encore et encore ! Et l’on sent arriver la fatigue du papa. L’histoire que nous lisons en même temps que le dragon, change. Le papa va au plus simple, page après page. Il n’en peux plus, il fatigue, il veut dormir, il.. s’endort.

L’histoire se raconte toute seule, le dessin parle de lui-même, s’exprime mieux que les mots. Tout le talent réside dans ce dessin qui prend vie, et ce dragon, rouge de colère de voir que son papa s’est endormi, et qui hurle encore encore encore ! et qui.. met le feu au livre dans sa colère.
Un gros trou dans le livre.
On passe le doigt dans le trou.

L’histoire se raconte seule, l’histoire se vit dans la lecture de la lecture de l’histoire. Et par le trou du livre, s’échappent les dragons et princesses de l’histoire.. 😉

Une lecture simplement unique (que j’ai du lire, et relire, et encore relire.. !)

dragonencore3

 

Illustrations d’ Une fois encore ! d’Emily Gravett,
© Kaléidoscope, 2011

La voleuse de livres

Titre : Markus Zusak
 
Les mots. Pourquoi fallait-il qu’ils existent ? Sans eux, il n’y aurait rien de tout cela. Sans les mots, le Fürher ne serait rien. Il n’y aurait pas de prisonniers boitillants. Il n’y aurait pas besoin de consolation et de subterfuges pour les réconforter. À quoi bon les mots ?

 

Il y a sept ans, j’ai lu un livre. Allongée dans la baignoire, je rajoutais de l’eau autour de moi par mes larmes sous l’œil particulièrement moqueur de LeChat. Ce livre magnifique et bouleversant, je l’avais emprunté à mon travail et je ne l’ai donc pas dans ma bibliothèque papier, mais un jour je réparerai ça. Oh oui un jour, je le tiendrai entre mes doigts à nouveau, et peut-être même dans ma baignoire.

Hier soir j’ai vu le film, sympathique et pourtant moins bon que le livre ; je n’imaginais pas Liesel ainsi, la maison des emprunts m’était différente, le film n’est pas complet.. et malgré tout il s’en sort bien, et c’est toute bouleversée que j’ai terminé la soirée, pleurant et pleurant et réfléchissant que ces larmes dépassaient, comme la première fois, ce que j’avais sous les yeux. Je soupçonne la souffrance ressentie de verser ses propres larmes sur la Mort elle-même, sur la mort des êtres que j’ai vécue ou ressentie, sur la mort de tous les êtres de tous les mondes. J’ai pleuré et j’ai dépassé les simples larmes d’un livre ou d’un film qui nous envoie des émotions. Je suis marquée par Liezel, marquée par les mots, marquée par la mort. La Mort dit être hantée par les humains, je suis hantée par le livre. Ou par la mort, celle qui passe, hantée par le monde.

Lire, c’est rester en vie.

Un livre qui change le regard, je ne pouvais que pleurer.
On ne ressort pas de ce livre.

Je vous l’offre. Parce que.

La voleuse de livre
en ebook.

Ne vous attendez pas à un livre à l’écriture transcendante.
Ce n’est pas ce livre là. C’est la Mort, qui l’est.

 

La-Voleuse-de-livres