Aucun souvenir de Césarée – Marie Ange Guillaume

cesaree

 

Le livre est posé devant moi sur la table, couverture cachée. Au bord de chaque page il y a la mort, des souvenirs qui sont les siens mais écrits par une autre, des larmes. Au bord de chaque page il y a une intimité parfois dérangeante, parfois touchante, parfois folle et drôle. De la beauté transparait dans ses mots, qui tend à faire croire que cette intimité à sa raison, qu’elle nous l’offre. Elle se l’offre à elle-même pourtant, et nous ne sommes là que par hasard. J’ouvre des portes, des fenêtres, je visite son enfance et je ne sais plus pourquoi je suis là à ouvrir ouvrir ouvrir. Et puis une phrase me fait sourire, une autre me plonge dans un deuil qui m’appartient, une autre me ramène au deuil de l’auteur et seulement elle.

Ce livre est un enchainement de « qu’est-ce que je fais là » et de (re)connaissance douloureuse.
Toute à sa douleur d’avoir perdu sa mère, elle plonge corps et larmes dans les mots qu’elle a écrit années après années, dans sa mémoire, dans une réparation de mots et d’amour. Dans son enfance.

Terrible enfance.

[su_quote]Dans ma mémoire, ils hurlent encore au-dessus de ma tête, au-dessus de mon lit d’enfant, au premier étage de la maison où nous avons emménagé pour mes six ans, et le plafond est une guerre dont je ne sortirai pas vivante. [/su_quote]

Elle a une belle écriture, qui se noie parfois dans sa douleur et devient plus brouillonne, inquiète, décalée. Je m’y suis perdue de temps à autre, j’ai du relire pour cerner ce qu’elle disait, replacer l’époque : la danse du deuil.
Un deuil dans lequel on se retrouve très facilement, mais en pointillé : il lui appartient pleinement, je n’ai jamais eu cette sensation de lui voler ses émotions, de vivre trop les miennes.

[su_quote]Certaines personnes s’y connaissent en « travail de deuil ». Quel travail ? On subit jusqu’à ce que le temps arrive à arrondir un peu les contours de la violence, à atténuer la saloperie du « plus jamais », avec, de temps en temps, un petit électrochoc de revenez-y, avant d’installer une tristesse de bon aloi – le genre de tristesse « normale », pas trop longuette, que les autres attendent de vous. [/su_quote]

Un livre qui doit être lu d’une traite, un témoignage parfois terrible souvent beau, mais dérangeant par son intimité. Maintenant que j’ai découvert sa plume, je vais chercher à lire ses livres, j’ai la certitude qu’elle doit être lue.

** Le début de la critique est une redit d’un autre post. Il en fait pleinement partie, je l’ai remis **
 
 
 

Une fois encore !

Titre : Emily Gravett
 

Cédric le dragon n’est plus rouge. Cédric… le dragon… endormi… dans …son…lit…zzzzzzz zzzzzzzzz
ENCORE ! ENCORE ! ENCORE !

dragonencore

 

Sur l’impulsion, caractéristiquement soudaine, d’un besoin pourtant évident et dont nous n’avions pas pris grand soin, j’ai acheté des livres aux enfants. Ils en avaient un peu, nous comptions beaucoup sur la médiathèque. Ils ont toujours peu de livres, mais davantage depuis que j’ai fouiné sur internet à la recherche de perles.
Je vais en partager une avec vous, dans le même temps le coup de cœur parental et le coup de cœur enfantin.

Des dragons sont bien sûr l’histoire, et l’histoire de dragons est racontée par un papa (ou une maman ?) dragon à son petit dragon.

dragonencore2C’est le soir, ce temps de fin de journée que les parents peuvent chérir quand la fatigue se fait bien sentir. Sur la page de garde, nous découvrons les activités du petit dragon, avant qu’il ne se couche, une sorte d’histoire avant l’histoire qui déjà fait sourire, tout mignon dans sa baignoire.
Il était une fois un dragon bébé, prêt à se coucher, prêt à écouter l’histoire du soir, prêt à d..
Mais l’histoire s’éternise, le dragon veut encore son histoire, et puis encore son histoire et puis encore son h..

dragonencore1Il ne se lasse pas, il veut son histoire, la réentendre encore et encore ! Et l’on sent arriver la fatigue du papa. L’histoire que nous lisons en même temps que le dragon, change. Le papa va au plus simple, page après page. Il n’en peux plus, il fatigue, il veut dormir, il.. s’endort.

L’histoire se raconte toute seule, le dessin parle de lui-même, s’exprime mieux que les mots. Tout le talent réside dans ce dessin qui prend vie, et ce dragon, rouge de colère de voir que son papa s’est endormi, et qui hurle encore encore encore ! et qui.. met le feu au livre dans sa colère.
Un gros trou dans le livre.
On passe le doigt dans le trou.

L’histoire se raconte seule, l’histoire se vit dans la lecture de la lecture de l’histoire. Et par le trou du livre, s’échappent les dragons et princesses de l’histoire.. 😉

Une lecture simplement unique (que j’ai du lire, et relire, et encore relire.. !)

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Illustrations d’ Une fois encore ! d’Emily Gravett,
© Kaléidoscope, 2011

La voleuse de livres

Titre : Markus Zusak
 
Les mots. Pourquoi fallait-il qu’ils existent ? Sans eux, il n’y aurait rien de tout cela. Sans les mots, le Fürher ne serait rien. Il n’y aurait pas de prisonniers boitillants. Il n’y aurait pas besoin de consolation et de subterfuges pour les réconforter. À quoi bon les mots ?

 

Il y a sept ans, j’ai lu un livre. Allongée dans la baignoire, je rajoutais de l’eau autour de moi par mes larmes sous l’œil particulièrement moqueur de LeChat. Ce livre magnifique et bouleversant, je l’avais emprunté à mon travail et je ne l’ai donc pas dans ma bibliothèque papier, mais un jour je réparerai ça. Oh oui un jour, je le tiendrai entre mes doigts à nouveau, et peut-être même dans ma baignoire.

Hier soir j’ai vu le film, sympathique et pourtant moins bon que le livre ; je n’imaginais pas Liesel ainsi, la maison des emprunts m’était différente, le film n’est pas complet.. et malgré tout il s’en sort bien, et c’est toute bouleversée que j’ai terminé la soirée, pleurant et pleurant et réfléchissant que ces larmes dépassaient, comme la première fois, ce que j’avais sous les yeux. Je soupçonne la souffrance ressentie de verser ses propres larmes sur la Mort elle-même, sur la mort des êtres que j’ai vécue ou ressentie, sur la mort de tous les êtres de tous les mondes. J’ai pleuré et j’ai dépassé les simples larmes d’un livre ou d’un film qui nous envoie des émotions. Je suis marquée par Liezel, marquée par les mots, marquée par la mort. La Mort dit être hantée par les humains, je suis hantée par le livre. Ou par la mort, celle qui passe, hantée par le monde.

Lire, c’est rester en vie.

Un livre qui change le regard, je ne pouvais que pleurer.
On ne ressort pas de ce livre.

Je vous l’offre. Parce que.

La voleuse de livre
en ebook.

Ne vous attendez pas à un livre à l’écriture transcendante.
Ce n’est pas ce livre là. C’est la Mort, qui l’est.

 

La-Voleuse-de-livres

Blood Song, tome 1 : La voix du sang

Titre : Anthony Ryan

Pour haïr quelqu’un, encore faut-il le connaitre.

 


 
Ce livre m’a fait l’effet d’un énorme coup de cœur, tant le thème, l’écriture et les personnages m’ont plu. Et puis de petites choses m’ont rendu la lecture moins douce, et même si j’ai passé un très agréable moment je n’ai pas non plus vécu cette histoire comme un enchantement vertigineux.

Le livre commence dans une écriture en italique, comme un aparté : un écrivain royal, le Seigneur Verniers Alishe Someren, va écrire l’histoire de Vaelin al Sorna, un prisonnier qu’il escorte jusque sur le lieu d’un tournoi présenté comme perdu d’avance. Ils veulent la mort de cet homme qui a tué l’héritier Impérial (ce qui lui vaut la haine de tout un pays, haine parfaitement bien rendue, très attachante), mais choisisse le prétexte d’une faute commise par son propre père (j’ai mis longtemps à comprendre le véritable chef d’inculpation) pour se donner le droit d’arranger un combat pour il est censé trouver la mort et ainsi satisfaire ses détracteurs.

Il ne m’a pas été particulièrement évident d’appréhender la présence de Verniers, le rapport entre ces deux hommes m’échappant complètement (même si j’ai bien saisi les liens l’unissant à l’héritier tué). On me le présente comme dangereux, « le prisonnier était accompagné d’un détachement entier de la Garde Impériale en escorte rapprochée ». Quelques pages plus loin, ledit prisonnier dangereux se voit offrir (rendre) son épée sans que personne ne soit choqué, et un simple homme de mots pour escorte sur un bateau.
Mais soit. L’écrivain écoute, le prisonnier parle.
On entre alors dans l’histoire de Vaelin al Sorna, racontée par l’écrivain. C’est rendue à la moitié du livre, que j’ai réalisé qu’en réalité nous n’avions pas la version de Verniers (auquel Vaelin sert quelques mensonges) mais la version réelle des faits. J’ai encore moins compris le prétexte de l’écrivain, sa présence, cette histoire qu’il écrit. Je ne suis au final par certaine de ce que Verniers apprend et ce que je sais personnellement, ni donc pourquoi il prends note de son histoire (qu’est-ce que cela apporte à l’intrigue ?).

Dans la première partie, de loin celle qui fut la plus intéressante, j’ai assisté à l’éducation militaire du jeune garçon Vaelin.
J’ai regretté profondément le peu d’attachement aux jeunes qui partagent son quotidien, les quelques morts qui l’entourent m’ont du coup laissée assez sereine : je ne me suis pas sentie impliquée dans leur perte. D’ailleurs, une fois deux ou trois morts de jeunes gens (que j’ai peiné à identifier) lors d’examens en pleine nature, et bien qu’on apprenne que dans d’autres groupes il y a des départs et/ou des morts, le groupe soudé (tout est relatif.. j’ai trouvé, justement, que cela manquait de liens, dans le ressenti) qu’ils forment ne craindra plus rien tout au long de leur « scolarité militaire ».
Sincèrement, j’avoue être pleinement masochiste quand je lis un livre : j’aime craindre pour la vie des personnages, j’aime pleurer sur la mort de l’un deux, j’aime me plonger et souffrir avec eux. Ce ne fut pas le cas sur ces lignes là.
Le personnage secondaire qui m’a le plus charmée viendra plus tard, gamin des rues formidable au caractère le plus attachant. Les autres, bien qu’avec chacun un caractère particulier et très bien rendu, manque un peu de profondeur à mon sens.

Je me suis passionnée pour les Aspects, les Ordres et cette grande spiritualité propre aux personnages, passionnée à en regretter de ne pas en savoir davantage.

Et si j’ai préféré, et de loin, cette partie du livre, j’ai regretté un manque de magie certain que je pensais trouver plus rapidement. Celle-ci, sous le nom de « la ténèbre » intervient plus tard dans le livre, d’une manière souvent très intéressante mais le plus souvent dans trop de directions ; et malheureusement au milieu de guerres, batailles et tueries qui m’ont rapidement lassées. J’aurais aimé approfondir bien davantage ce chant permettant par exemple de forger une épée, m’en imprégner, le vivre pleinement.

Petit spoiler :
Je n’ai jamais été particulièrement attirée par les chantages (« sinon ta famille que tu n’as pas vu depuis 11 ans (et que tu ne connaitras de toute façon jamais) va y passer.. ») obligeant un héros à faire ce qu’il ne veut pas faire. L’accord passé avec le Roi m’a paru bancal, pas en accord avec la personnalité de Vaelin. Mais soit.

Il y a eu quelques autres évènements de cet ordre là, qui m’ont fait sortir de ma lecture parce que je ne comprenais pas.
(Attention spoiler)Comme par exemple, Balafre, le chien que l’ont nous dit si dangereux, le chien dont on a l’impression qu’il s’occupe si peu, ce chien élever pour tuer qui devient si doux et qui finalement tue pour son maître et se fait tuer, après 500 pages à penser que finalement ce chien, l’auteur n’en fait rien. J’ai toujours détesté les sacrifices, surtout des animaux ; ils sont prévisibles et au final inutiles.

Le dévoilement de l’intrigue pour le deuxième tome, un peu tirée par les cheveux, de Barkus qui se trouve ne plus être ce personnage là mais un sombre esprit maléfique.. ne m’a pas convaincue. Je n’ai jamais été portée sur la possession, et n’ai donc pas accroché.

*

L’auteur a cette plume agréable qui fait qu’on aime y revenir, poser le livre n’est pas forcément évident. Il a un style qui lui est propre (je ne saisis toujours pas l’allusion à Robin Hobb à moins de n’y voir que l’analogie des marchés passés avec le Roi comme dans « l’assassin royal »). Mais qu’importe. Passé les maladresses et le manque de profondeur de certains éléments, il s’agit d’un bon livre, vraiment bien écrit. J’ai envie de parier sur la suite, et le travail de l’auteur pour son talent indéniable. Même s’il est clairement évident que les batailles et autres tueries ne sont pas à mon goût, j’ai passé de bons moments en la compagnie de ce livre.

Je citerai pour finir, cette dédicace de Anthony Ryan qui dès l’ouverture du livre m’a touchée comme si elle me parlait directement : « Pour mon père, qui m’a interdit de baisser les bras. »

Babelio – critique du livre « Nourrir la vie », de Patricia Duchateau

C’est un livre tout mince et pourtant il m’a semblé particulièrement complet et intéressant. Je ne suis plus enceinte et aucun projet futur en perspective, mais j’ai aimé ce livre, simple et accessible. Et bien qu’il soit orienté grossesse (et également allaitement), je le trouve passionnant pour l’orientale que je suis.

L’auteur, sage-femme, s’est appliquée à nous faire connaitre les fondements de la tradition chinoise, par son essence, les éléments, le lien que la Chine depuis des millénaires, à développer entre l’alimentation et la santé. Elle nous explique, avec cette évidence que la société a oublié en ces temps où tout doit être rapide et déjà cuisiné, que les aliments se doivent d’avoir été fraîchement récoltés, proches de chez soit, en saison adéquate.
Mois après mois, la tradition chinoise privilégie pour le petit être qui grandit dans le ventre tels aliments ou au contraire les évitent, et l’auteur s’applique à nous expliquer pourquoi.
Le tout est ponctué de recettes bien intéressantes, mois après mois.

Le lire est évidence, le retenir bien moins, peu habitués que nous sommes à consommer de cette façon là.. ce livre est à conserver sous le coude, et pas seulement pour les femmes enceintes.

Si une personne est intéressée, quand j’aurai fait mes notes, je peux le lui envoyer 🙂

Nourrir la vie - Patricia Duchateau