Blessures

J’étais au téléphone, ces choses arrivent alors qu’on est en train de raconter ce qu’on encaisse si mal – que je, que moi j’encaisse si mal évidemment le « je » n’est pas si simple – je disais comme je suis capable de rompre un lien, comme c’est facile, trop facile, comme c’est désespérant ce que c’est facile quel que soit le degré d’amitié si la personne me blesse je peux fermer la porte comme ça, je disais ce que ça avait pour moi d’inquiétude d’être ainsi capable de ça et l’enfant est arrivé en hurlant, se tenant la main rouge de sang. Je m’en fichais bien soudain, de la blessure, la mienne. C’est étrange, je suis frappée soudain des mots que je mettais sur une blessure et l’enfant blessé qui ne mettait plus de mots, le sang qui disait tout, le couteau qu’il tenait encore. Le pouce séparé en deux. C’est ce qu’il semblait, le pouce en deux et le sang partout, ça ne s’arrêtait plus de couler. J’avais beau appuyer, l’enfant avait beau hurler que je ne devais pas appuyer, la blessure n’en finissait plus de se répandre sur lui, sur moi, sur le sol.
Et puis rien. Lorsque la volonté de tout arrêter a pris le dessus, il y avait une blessure plus petite que ce qu’il semblait, toute aussi profonde mais moins longue, moins étendue. LeChat qui est arrivé au milieu du carnage a pris la relève, a pansementé serré pour tenir les deux bords, on a nettoyé les mains le sol les émotions, on a posé les mots sur les larmes, on a câliné.
Quand le drame a été terminé j’ai repris le téléphone que j’avais lâché, et je me suis assise toute en nausée.

Faites des enfants.

Aujourd’hui ce petit coin de nature

Aujourd’hui ce petit coin de nature


Il fait trop de fatigue – ou alors de chaleur – pour sortir. J’attends l’ami pour quelques jours, dans les cris de Prince . je suis sur ce bout de corde élimé – peut-on faire taire cet enfant. J’ai fui. De la cuisine tout d’abord puis de la maison : écrasée de moiteur, j’ai étendu le linge sous un soleil violent. Et je l’ai savouré, je me suis baignée de silence, je levais les bras lentement, mes pieds dans l’herbe sèche et ma tête à l’instant . je ne souhaitais pas rentrer dans la tiédeur douce de notre appartement.
Peut-on fuir avec une bassine vide ?

D’après l’exercice 366 réels à prises rapides – Aujourd’hui ce petit coin de nature
 


Oh vous savez, je crois que c’est une chose bien courante que d’avancer ainsi dans la vie, sans savoir du tout pourquoi.

Marguerite Duras – Le square

paysage sombre
Périgord, avril 2017 – cliquer pour agrandir

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Je réalise à quel point nous sommes une famille en crise, tout se crée sur ce point . précis. Lui sur ses cris et moi sur mes non-cris, ses crises de colère et mes crises de douleurs. Elles ne vivent pas les mêmes instants, elles se décalent ou s’enchaînent, s’agressent rarement mutuellement parce que lorsque j’ai mal je n’y suis pas, je m’échappe. Je reste perplexe par ce que nous vivons, nous épuise. Cela changera-t-il un jour ?

Maintenant que j’ai découvert qu’un courrier simple du médecin généraliste pouvait ouvrir les portes du CRA, nous avons une petite chance d’avancer sur le chemin de l’asperger. Je ne me précipite pas pour être heureuse de ce pas, je lis partout la difficulté d’être diagnostiqué, je lis et je sais de notre parcours déjà, comme cela peut prendre des années avant de trouver le bon interlocuteur qui voit.

Sur les conseils d’une twitteuse qui m’a fait découvrir cet objet qui me semble miraculeux, j’en ai acheté un pour Prince. Ceci afin qu’il morde un objet prévu pour, plutôt que l’intérieur de ses joues, ses cols ou bas de tee-shirt, un tissu… Je suis arrivée à ce point de rupture fou, je ne supporte plus de le voir avec un tissu dans la bouche . et alors il y a cette puanteur qui l’accompagne. J’ai un odorat bien trop développé pour mon bien-être, je deviens folle comme un chat a qui on présenterait une huile essentielle.

Nous continuons l’ief, et le papa a pris en charge les trois quart de l’enseignement. Et si je suis soulagée de pouvoir être autre chose que la mère enseignante qui barbe ses enfants, il y a surtout à prendre en compte tout ce que LeChat peut apporter à Prince. Le cours d’aujourd’hui en est un parfait exemple : ils ont parlé d’évolution, de dérives génétiques, de mutations des gênes, de la transmission de caractères acquis (au cours de la vie de l’individu), de l’évolution convergente, de la sélection artificielle (chiens, etc), de la loi de dollo, de la création de d’une espèce par symbiose… Cet enfant ne cesse de m’étonner. Il se passionne pour des sujets difficiles, sans avoir la capacité de se pencher sur le français niveau ce2 ou cm1. Que pouvais-je bien faire de ça ? Je m’occupe désormais du programme d’histoire, il est intéressé alors je complète avec des livres de la médiathèque et même des vidéos, nous lisons des extraits de livres et il arrive même que j’arrive à le faire lire à haute voix.
Nous progressons, forcément. Reste à savoir si cela suffira lors du contrôle prochain, alors que finalement le programme, nous sommes en incapacité de le suivre.

 
 

Aujourd’hui option a ou option b

Aujourd’hui option a ou option b


Je me serrais de fatigue et de douceur, ne voulais rien. Ce fut un choix peut-être, ne rien faire ou regarder la poussière d’étoiles dans l’air. Alors,
a) je n’ai rien fait, puis
b) j’ai regardé les rayons de soleil à travers les volets
Je me suis souvenue, le journal créatif, les listes bullées, je n’y arrive jamais vraiment mais entre le rien et les étoiles,
c) j’ai tenté de buller
Toute ma oisive journée y est passée. Il reste l’option diablement bien cochée
d) stresser de la soirée artificielle qui s’annonce et l’envie de fuir greffée sur la foule

D’après l’exercice 366 réels à prises rapides – Aujourd’hui option a ou option b


– J’observe mon existence sous un angle différent, déclara-t-il gravement.
– Voyez-vous cela ! Et qu’en déduisez-vous ?
– Qu’à l’endroit ou à l’envers, elle est absolument vide de sens.

Christelle Dabos – La passe-miroir, tome 1 : Les fiancés de l’hiver

 

journal créatif ara
Essai de bullet journal – journal créatif


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Le thème ne m’a pas inspirée, ma journée ne l’a pas vraiment fait non plus : que voulez-vous que j’écrive à partir de rien ? Vraiment. La grande faute aux corrections faites hier, qui m’ont lessivé les pensées. Je sèche, alors. Je sèche d’hier – ceci dit, j’ai bien avancé sur le manuscrit. J’essaye d’être satisfaite, ne le suis pas encore. Demain, je finaliserai ce premier envoi, je verrai bien alors si l’on se dispute ou non pour deux phrases longues et un texte intouchable – évidemment, j’exagère le trait.

Hier soir, Prince a demandé à changer de chambre. Il a initié sans que nous le voyions venir, le mouvement également chez son frère qui a soudain désiré lui aussi, avoir sa chambre. Ce si petit bonhomme. Sa chambre. Ce fut un évènement. Nous étions étonnés de pouvoir le soir, après notre soirée, rentrer dans notre chambre en parlant sans avoir à baisser la voix, allumer le plafonnier.. nous camouflions sous nos rires et nos regards, la solitude soudaine. Hibou également. Il camouflait sous un encore un câlin maman son envie de ne plus être petit, ou alors juste encore un peu. Je n’ai pu quitter sa nouvelle chambre qu’après sa première respiration souple d’endormi, ses petits bras légèrement potelés autour de mon cou. Il n’est pas si simple d’être un grand.