Aujourd’hui option a ou option b


Je me serrais de fatigue et de douceur, ne voulais rien. Ce fut un choix peut-être, ne rien faire ou regarder la poussière d’étoiles dans l’air. Alors,
a) je n’ai rien fait, puis
b) j’ai regardé les rayons de soleil à travers les volets
Je me suis souvenue, le journal créatif, les listes bullées, je n’y arrive jamais vraiment mais entre le rien et les étoiles,
c) j’ai tenté de buller
Toute ma oisive journée y est passée. Il reste l’option diablement bien cochée
d) stresser de la soirée artificielle qui s’annonce et l’envie de fuir greffée sur la foule

D’après l’exercice 366 réels à prises rapides – Aujourd’hui option a ou option b


– J’observe mon existence sous un angle différent, déclara-t-il gravement.
– Voyez-vous cela ! Et qu’en déduisez-vous ?
– Qu’à l’endroit ou à l’envers, elle est absolument vide de sens.

Christelle Dabos – La passe-miroir, tome 1 : Les fiancés de l’hiver

 

journal créatif ara
Essai de bullet journal – journal créatif


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Le thème ne m’a pas inspirée, ma journée ne l’a pas vraiment fait non plus : que voulez-vous que j’écrive à partir de rien ? Vraiment. La grande faute aux corrections faites hier, qui m’ont lessivé les pensées. Je sèche, alors. Je sèche d’hier – ceci dit, j’ai bien avancé sur le manuscrit. J’essaye d’être satisfaite, ne le suis pas encore. Demain, je finaliserai ce premier envoi, je verrai bien alors si l’on se dispute ou non pour deux phrases longues et un texte intouchable – évidemment, j’exagère le trait.

Hier soir, Prince a demandé à changer de chambre. Il a initié sans que nous le voyions venir, le mouvement également chez son frère qui a soudain désiré lui aussi, avoir sa chambre. Ce si petit bonhomme. Sa chambre. Ce fut un évènement. Nous étions étonnés de pouvoir le soir, après notre soirée, rentrer dans notre chambre en parlant sans avoir à baisser la voix, allumer le plafonnier.. nous camouflions sous nos rires et nos regards, la solitude soudaine. Hibou également. Il camouflait sous un encore un câlin maman son envie de ne plus être petit, ou alors juste encore un peu. Je n’ai pu quitter sa nouvelle chambre qu’après sa première respiration souple d’endormi, ses petits bras légèrement potelés autour de mon cou. Il n’est pas si simple d’être un grand.

 
 

Inspection : délaisser ce qu’ils attendent

bougie

La vulnérabilité.
Elle s’est installée. Toute petite au commencement, prenant de plus en plus de place les heures, les jours passant. Et puis nous avons quitté novembre et les voyages, la route, les obligations et les douceurs, l’inspection est passée. Celle-ci n’a pas été des plus évidentes, s’est à priori bien déroulée pourtant – dans le sens, ils ne demandent pas de second rendez-vous. Pourtant, ils n’ont fait que pointer ce qui n’allait pas, ce qu’il ne savait pas. Comme le vocabulaire précis, déterminants et pronoms étant passé à la trappe d’un « et cela servira à quoi de connaitre par cœur », il connait la structure de la phrase sans se pencher sur leur nom, tout notre informel passant dans une joie d’apprendre où la grammaire n’a pas une grande place. Prince a stressé, a commis des erreurs dingues comme écrire « Les » Lest et s’obstiner avec le t – hors quand j’ai revu avec lui, il savait parfaitement bien l’écrire, ou comme des additions de trois lignes qu’il n’a pas réussi à calculer – on parle d’un enfant qui calcule avec 9 chiffres sans frémir ; j’ai vérifié, il savait parfaitement le faire. Ils sont persuadés qu’il ne sait pratiquement rien, il a essentiellement stressé. Pour d’autres choses, nous ne l’avions effectivement pas vu ; parallèlement attendre d’un enfant qu’il connaisse le programme de l’année alors que nous sommes au mois de novembre, cela me parait utopique. Mais pas à eux. L’idée ne les a pas frôlés et puis surtout l’informel, l’informel ne les frôle pas, c’est un crime un peu que laisser l’enfant aller vers son désir d’apprendre. Et alors le déterminant, l’enfant le croise s’en sourciller, s’il ne veut pas être linguiste dans sa vie il ne s’y attache pas, pas encore, dans une vie future par contre tout est possible. Ils ne savent pas qu’il a tout le temps pour apprendre le déterminant, les écoles sont pleines d’enfants qui avaient tout leur temps pour aimer apprendre ce qu’est un déterminant. L’année dernière nous avions eu une remarque sur le fait qu’il ne connaissait pas de table de multiplication. Il y a trois semaines, il a soudain eu envie, terriblement, d’apprendre à multiplier et lundi il savait répondre aux questions sans se tromper : nous lui avons simplement laissé le temps.
Malgré tout, cela s’est bien déroulé, dans un certain respect parce que tous nous avions la volonté de deux heures calmes dans cette journée contrôlée. Et lorsque Prince après une heure et dix minutes de test, s’est retrouvé épuisé et en détresse et qu’il est venu me chercher pour être à ses côtés, le conseiller pédagogique s’est tout simplement arrêté. De ma présence ou du respect du rythme, l’un ou l’autre a signifié l’arrêt, je penche pour ma présence parce qu’il y a eu un regard vers moi, placée derrière Prince pour l’apaiser. L’inspectrice m’a dit que nous ne faisions pas suffisamment de formel, j’ai répondu que d’accord je ne faisais pas assez de formel et maintenant je me demande comment équilibrer leur attente folle et la volonté de suivre le rythme de Prince.

Ce qu’il ressort de ces tests – qui ne sont pas censés en être – c’est que Prince et Hibou, les deux alors qu’un seul a été testé, les deux enfants sont tendus, nerveux, lorsqu’on s’assoit au bureau. Prince s’énerve sur notre travail et je dois reprendre, recommencer, aplanir, discuter encore et encore. Comme si sa phobie s’était réveillée, et c’est un peu cela qui se joue finalement.

L’année prochaine, nous serons mieux préparés concernant nos droits, ce que l’on souhaite faire, ce que nous allons mettre en place pour les recevoir. Je me suis trop reposée sur la réussite de l’année dernière, où la conseillère pédagogique avait passé une heure trente à rire avec lui. La tension de lundi était palpable, il n’est pas possible de laisser détruire ce que j’arrive à mettre en place juste comme ça. Même s’il était tranquille, respectueux, le gamin a trop mal vécu ce passage de test. J’ai pris la décision de nous séparer : un parent avec l’inspecteur/trice, un autre avec le conseiller et l’enfant. Même si ça ne leur plaira pas.

Le compte-rendu ne sera pas bon, ce qui ne portera à priori pas à conséquence, il s’est fait dans un certain respect, et surtout il est passé.
Pourtant, nous restons comme suspendus dans un espace-temps où des personnes peuvent dire ce qu’un enfant doit savoir, quel que soit l’enfant, quelle que soit sa personnalité, son être, ce qu’il est et souhaite devenir, on place sur un socle commun un savoir qu’on oublie à peine l’examen passé parce qu’il n’est pas en lien avec la soif d’apprendre.
Je me sens nerveuse, je voudrais déposer, ne plus porter les attentes des uns et des autres.
C’est cela.
Je suis nerveuse. Perdue dans ce que je voudrais dire.
Agacée.
Fatiguée.
Débordée.
 
 
 

D’une phrase à l’autre, la fuite

L’orthoptiste est sympathique mais avec des stéréotypes dans la tête, de ceux qui laissent mes enfants complètement perplexes. Parce que Prince annonçait tranquillement que non, il n’aimait pas le rose et qu’elle lui demandait pourquoi, Hibou a ajouté qu’il n’aimait pas non plus et que ce n’était pas négociable de lui faire apprécier cette couleur – fallait pas déconner avec ça, oh. Et alors elle a eu cette phrase incroyable « c’est parce que c’est pour les filles ? ». Consternation, froncement de sourcils et tentative de connexion des deux données, échec complet. Dans le silence installé durant lequel les enfants essayaient de comprendre ce qu’elle venait de dire, elle a ajouté au plus jeune « tu n’aimes pas le rose pour faire comme ton frère, c’est ça ? » Elle s’est fait envoyer gentiment promener par Hibou, il n’aimait pas, simplement, où donc était le problème ? Je me suis tue, il se débrouillait parfaitement sans mes mots d’adulte qui n’auraient eu aucune portée dans une conversion où je n’étais pas conviée ; je résonnais pourtant de fuite. Que dit-on, que peut-on lorsqu’un adulte s’adresse à un enfant et lui colle dans la tête des pensées qu’il n’avait pas l’instant d’avant parce qu’il parle à sa place, ne lui laisse pas le temps, que peut-on, vraiment sinon discuter ensuite avec lui de ce qu’il s’est passé.

Sur le chemin, nous épuisions mes réserves mais je tenais encore, nous avancions dans la grisaille des visages et des murs de la ville, j’écoutais à travers ma fatigue les mots des enfants et tout ce qu’ils ont toujours besoin de dire, de répéter, ils s’extasiaient sur une vitrine, sur un buisson, sur une fleur et je comatais depuis ma ouate bienheureuse et tranquille. Hibou a parlé d’une chose et je me suis fait la réflexion que ça serait beau à retranscrire à l’écrit, que je ne devais pas oublier, et je l’ai oublié bien sûr, je l’ai complètement avalé dans la marche et l’apaisement qu’elle procurait. Ils ramassaient des feuilles, tachées, rouges, vertes, et nous croisions quelques personnes immergées dans leurs pensées, ailleurs, un peu dans ce temps qui fait que nous sommes à côté de la réalité, dans un repli d’existence. Hibou s’est arrêté net en pleine phrase, en plein élan et de sa voix très forte d’enfant de quatre ans sûr de lui et sans entrave, il a bouleversé les mondes intérieurs dans lesquels nous étions tous plongés, et c’était brutal d’en sortir de s’extirper de ce tête à tête profond d’avec soi, et alors, donc, il a assené à une maman qui venait vers nous avec son enfant de deux ans qui suivait un peu péniblement, la cigarette c’est mauvais pour ton corps.
Les secondes se sont figées. Nous avons flotté dans un échange de regards et de sourires incertains, secouée elle a dit c’est vrai tu as raison et nous nous sommes tous échappés pour retrouver nos bulles aux destinations un peu égarées, parce qu’il n’y a que ça à faire après une vérité enfantine. Fuir lâchement.

fleur-blanche-rose-fuite

Ce que l’instinct bouscule

coquelicot épines fièvre

L’enfant qui ne perd pas sa dent parce qu’elle tient et qu’elle refuse de lâcher – sa vie peut-être – l’enfant qui a ce toc ou bien ce tic enfin ce truc de mettre ses mains à la bouche en permanence même s’il vient de jouer dans la terre, l’enfant enfin qui tire sur cette dent qui vraiment ne veut pas tomber mais tire et touche en permanence comme une obsession inévitable face à ce qui dérange dans cette bouche, a fini par faire une infection. La gencive a gonflé, rougi, foncé, est devenue douloureuse, et par un hasard extraordinaire où moi-même j’allais chez le médecin ce samedi, je lui ai montré l’enfant en plus de moi parce que je ne le sentais pas sans rendez-vous pour lui ce que je n’aime pas faire, je lui ai montré l’enfant fatigué et pâle, la gencive, la dent et la légère si légère fièvre, à peine une tiédure, elle a touché des ganglions un peu enflé et a préféré le mettre sous antibiotique en me disant « si lundi ça ne va pas mieux vous m’appelez« . Et alors samedi, une heure après la tiédure est montée, est devenue brûlure, est devenue insoutenable et il n’a plus bougé. Et pendant vingt-quatre heures, il s’est battu contre la fièvre.

Je ne me suis jamais autant félicitée d’avoir vu un médecin en ayant forcé le passage.