Ce souffle-là

Thylacine – Murga

Je me suis échappée de la maison, des enfants, de ma vie arrêtée, j’ai fui comme on s’évade de prison, en les sentant dans mon dos. Dès fois qu’ils me suivent, peut-être, que leur regard perce les murs, que j’entende un mamaaan. Qu’est-ce que j’en sais. Un peu de crainte était encore accrochée aux semelles quand le ciel bleu a empli tout mon regard – est-ce que je peux rêver de cette fin du monde, plus personne, juste moi ? à ne plus vouloir même les autres, les inconnus – l’infini dans les yeux j’ai senti que ça bougeait, à l’intérieur. J’étais là à

sentir

ce qui était mort, ce qui était vivant ?
Ce qui restait vide, aussi.

Alors j’ai pris le temps. De m’installer, d’ouvrir mon livre et puis finalement de prendre mon carnet à écrire, aussi. Je l’avais emporté seulement comme ça, au cas, comme j’ai eu raison.

Réapprendre à vivre.


Lorsqu’il a fait faim je suis partie en quête d’un restaurant – la prochaine fois avec les beaux jours je prévoirai un pique-nique – et sincèrement si j’avais été critique j’aurais eu quelques choses à dire, le verre tâché de tomate, mes voisins servis avant moi alors qu’arrivé plus tard, la carte que j’ai attendue, le petit regard de haut parce que je suis seule. Je n’étais pas critique. Heureusement parce que la salade manquait .. je ne sais pas, elle manquait et c’était trop.
Mais j’étais sous le soleil et le ciel bleu c’était merveilleux, je mangeais sans avoir à rentrer chez moi, et puis j’ai lézardé avec Annie Ernaux et j’avais oublié sa puissance.
Au téléphone devant la médiathèque, je me suis mise à dessiner le clocher de l’abbatiale et puis mon crayon m’a lâchée, je n’avais plus de mine, j’étais dépitée. Je ne sais pas ci cela a joué ? Je l’ai oublié. Il est resté là-bas, mon formidable – et unique cela va sans dire, onéreux aussi – critérium 0.2. Je tenterai mardi d’y retourner.. en attendant je dessine comment, je ne sais pas. Avec un crayon de papier on pourrait me répondre, oui mais non, je crayonne extrêmement fin et celui-ci s’efface si facilement.. tristesse.. je ne voudrais pas avoir à le racheter, et ça ne serait pas avant le mois prochain parce que je l’avais trouvé à Paris..

Prunus


J’écrivais et une femme est passée proche de moi ça m’a arrêtée, elle sentait tellement la cannelle c’était improbable. Son merveilleux parfum m’a accompagnée longtemps, c’était comme écrire du pain d’épices.
Il me semble que je vais associer Annie Ernaux définitivement à la cannelle, je continue de la lire et la senteur s’est comme invitée entre les pages.



La médiathèque m’a finalement mise dehors – ils ferment tôt, seize heures c’est bien tôt, vraiment – je me suis donc résolue à rentrer chez moi, j’étais partie depuis six heures, je marchais sur un nuage absent du ciel.

Depuis, j’ai retrouvé mon équilibre, je respire, je vis, j’ai perdu ce regard vague depuis lequel je regardais la vie à la maison. Je manque de dehors, je manque de personnes avec qui le partager, je manque de mots autour de tasses de thé, pour autant j’ai découvert hier comme je pouvais le vivre seule, aussi.




Alors peut-être

Nous avons dessiné sur l’immense bureau noir, l’une à côté de l’autre. Il y avait cet encouragement à ne pas me disperser, me lever, partir faire autre chose, sa présence me posait. J’existais juste au bout du crayon, du feutre, du paysage, j’étais là et elle à mes côtés.
J’ai visité la solitude depuis la neige, celle quand elle repart. Je fais un reproche au monde, celui qui maintient les distances comme une épée entre deux personnes. Qui meurt, alors ?

paysage enneigé


Il me semble, je pose le dessin comme un anti-dépresseur, pour ne pas sombrer, pour pousser les angoisses plus loin sur le papier. Je dessine au lieu de me dire.

Je porte des mots c’est un peu perdu, un peu lointain-triste, égaré. Il manque le papier spécial sans doute, pour inventer, poser, dire ce qui grippe. Il dit, syndrome de stress post-traumatique. D’accord. Il dit, plusieurs, il dit s’il n’y avait que. J’ai dit non longtemps, j’entends, un peu maintenant, il me semble cerner ce qu’il dit. Je réalise doucement.



J’ai rêvé que je le tuais. J’ai lu hier je ne sais plus où, elle avait rêvé qu’elle tuait une personne et je me suis dit que ah, je ne l’avais jamais rêvé, ça, que je le tuais. Mon inconscient a répondu, il me répond toujours. Il avait étendu du linge blanc et du rouge, tout avait déteint sur le blanc, il y avait du rouge tellement partout je me moquais, j’attendais le coup sa colère sur moi et alors je l’ai tué. J’ai fui, il fallait bien cela, la fuite pour survivre.
Est-ce que cela pouvait arriver, qu’il meurt sous mes doigts, depuis ce matin je me demande. Ou s’il pouvait être autre, je ne sais pas comment tu étais, après, quand tu existais sans la mort.


Sous les yeux, la tumeur grossit. Douloureuse. J’attends qu’elle dégonfle, j’ai l’impression d’attendre longtemps. Alors, il s’agit de quoi qui me gonfle et que j’ai sous les yeux ? Parce que je le sais, l’ief je fatigue, ma solitude je fatigue, l’enfermement je fatigue. Je cherche à me sortir de là. Je le sais. Alors. Quel besoin de me le montrer, de grossir, de s’énerver. Je tâtonne, ça peut s’entendre – ou enfin se voir – je tâtonne dans le faire au mieux.


Il m’a dit, ça ne sera pas une surprise ça te va ? Il m’emmène en Allemagne, si nous trouvons ensemble où nous rendre – j’aimerais la Bavière et la forêt noire, il pensait Berlin et je n’aime pas la froideur de la ville. Pour mon anniversaire j’aime voyager, découvrir des paysages, des arbres. Jamais des gens. Je veux dire, ça ne compte jamais. Les gens. Bien sûr, c’est là que j’en rencontre le plus, même quand j’oublie que ça ne compte pas, que ça fait peur, que je ne suis là que de passage. Il ne faudrait pas croire, j’aime les personnes de hasard, ce sont les plus belles de mes rencontres – je n’ai pas le temps de fouiller. Aucune n’est toi, mais aussi aucune n’est lui, c’est propre, net de déchirures. Je ne peux pas disparaitre, dans les voyages, je les aime pour ça, parce que ça ne se voit jamais tout de suite que je suis incapable de me lier – il faudrait le temps qu’il n’y a pas, en voyage.
Alors peut-être, l’Allemagne ?

La nuit en pleine lumière

The Mystery of the Bulgarian Voices ft. Lisa Gerrard – Pora Sotunda

J’ai trop de secrets.

J’ai toujours dit les choses à ce blog que je considère comme mon psy – il a ce visage-là. Il m’aide, je progresse, j’écris des choses que je ne sais pas à l’avance, ça vient sous les doigts, c’est ainsi. Je me suis découverte souvent dans cette écriture automatique, j’ai eu des révélations. Ce blog est un travail permanent sur moi-même.

Depuis.. lui.. je tais. J’ai tu pour ne pas le froisser, j’ai aussi mis sous clé, je l’ai empêché de lire d’une manière un peu bancale face à la technologie d’aujourd’hui et puis je l’ai finalement mis à la porte officiellement et gentiment – j’espère que tu t’y tiens mais ce n’est pas mon problème il faut dire. J’ai besoin de bien trop de liberté pour devoir faire attention de ne pas blesser l’égo d’une personne ne se remettant pas en question.

Et j’ai encore tu, et c’est encore lui. Parce que ce n’est pas disible en dehors d’un véritable cabinet de psy, cette histoire m’a couté ma voix – une voix que je ne récupère pas entièrement ; j’ai prouvé ainsi que mon blog avait ses limites. Je ne peux pas tout dire ici, je ne le savais pas. Ici il y a vous et je ne peux vous laissez en être dépositaire, dans un carnet il y a toujours la possibilité, le risque, d’être lue par un autre – ne serait-ce qu’à ma mort – et ça vraiment.. non.. Alors je tais et ma voix m’échappe. Je me suis remise mais je n’ai pu l’écrire nulle part, je le sais, ça reste coincé. Le chemin s’est perdu. Alors ici, je ne sais plus me dire puisqu’il y a des choses qui peuvent se perdre. Je passe comment, maintenant, je suis où ? Est-ce que je peux faire encore quelque chose de cet espace qui me ressemble ?

Et je tais encore. Autre chose encore. Parce que les mots ne trouvent plus leur chemin, parce que c’est d’ordre très privé, parce que allez savoir. Je ne sais pas encore le cerner dans son entièreté, mais je crois, ça ira. C’est cela, ça va. C’est à sa place, un équilibre naturel, c’est étonnant, décalé et naturel.

Il me semble avoir modifié le regard que je porte sur mes mots. Leur importance, leur possibilité. Je crois, je ne sais plus, et il n’y a pas forcément de réponse.

Je vais prendre le temps, sonder la fragilité de la glace sous mes pieds.

Et. Alors.
Je suis amusée.
Il y a quelques jours j’étais en colère, de celle qui balaye et m’a empêchée de dormir les premières heures de la nuit.
C’est passé. L’humain est ainsi qu’il ne communique pas ce qui me parait à moi essentiel pour ne pas basculer dans l’irrespect. Et il faut bien dire qu’en ce moment, je baigne beaucoup dedans.
Et donc la maison d’édition qui prévoyait de me publier dans un livre contenant l’abécédaire pour lequel j’avais été sélectionnée, cette maison à qui j’ai dû arracher des mails pour obtenir des réponses succinctes et avec qui j’avais signé un contrat, cette maison donc a fermé ses portes sans me le dire. J’en reparlerai, de cette histoire incroyable.
Ce qui m’amuse pour l’instant, c’est le silence dans lequel je suis depuis des mois, partout, autour, en moi, c’est incroyable.
Il va être vraiment intéressant d’en sortir..

dessin de guêpe
dessin de guêpe

L’indistincte


Ma voix se promène, elle se place et se déplace au gré de mes phrases comme une limite une frontière à ne pas dépasser. Quinze journées de silence et une semaine d’un son présent et limité, vacillant, j’éprouve dans la gorge toute ma retenue au monde.
J’ai conscience de ne pas le saisir. Le Monde. De l’observer depuis un déraillement. Ma voix se suicide, elle se brise sur l’incompréhension, je sais bien moi pourquoi j’en suis là. Je prends comme c’est.
Il me semble, j’aurais aimé me taire à jamais.
Alors elle me suit, sans doute, elle se dérègle pour me signaler qu’elle est là, qu’elle lâche parce que je ne suis pas certaine de vouloir faire partie de ce tout. Pas folle, ma gorge, compétente.


Je travaille à mon détachement, je travaille à me détacher d’un passé avec lequel je ne peux faire corps, je travaille à mourir l’instinct depuis une situation indistincte dans sa menace. C’est cela, ma voix, un travail lent sur l’humanité qui est en vous, qui fait de vous des êtres que je côtoie, une humanité parfois étonnamment bancale sur laquelle vous chapeautez et qu’il m’a fallu entendre.
Le plus intéressant dans l’histoire, c’est qu’il semble que depuis, je n’ai plus d’eczéma dans les oreilles. Il faut croire, j’ai fini par entendre ce qui n’allait pas. Trois semaines sans démangeaisons après des années à vouloir m’arracher le conduit auditif, le sujet était d’importance.


J’entends et ne parle plus qu’en grésillant. Je dénoue. Je me demande si c’est ainsi qu’on finit par s’entendre, au milieu de son silence, si c’est cela précisément qui fait disparaitre la détresse et découvrir sa place dans le monde quand le-dit monde s’effondre sur ses bases.

Je ne peux ignorer la menace, et pourtant je ne peux que la taire.. l’impasse est une prise de pouvoir. Je voudrais des liens entre humains, entre vous et moi, des liens où il n’y aurait pas la place pour le secret, le rejet, la destruction. Pas de place pour · l’illusion. C’est que. Il manque un matin à cette histoire, il manque les mots de l’intéressé, il manque la confiance, il manque cette chose pour vieillir l’histoire ensemble, peut-être, il manque · l’amitié. Pas à moi. Ce manque n’est pas mien.


Je dors mes nuits. Je souffle sur des rêves fragiles, j’accroche quelques ombres aux étoiles de mes mains – les étoiles sont des mots et je meurs pour que ces non-silences traversent l’immensité – et je me réveille au matin avec des envies de dessiner, de savoir, vraiment, dessiner, la connaissance tu sais, et c’est une éclaircie dans mes journées, ces envies.
Une lumière aveuglante dans un ciel bleu.