Art journal du jour – se chercher

 

C’était il y a si longtemps, un peu hier aussi, il y a eu ce carnet un jour. Il est si extraordinairement parfait comme journal créatif.. Ce que j’ai fait je ne crois pas que ce soit joli, et pourtant j’aime profondément mon travail d’aujourd’hui – car c’est un travail c’est une évidence.
J’ai eu ce besoin de me m’y replonger ce soir, j’attendais l’enfant et le temps ne passait pas.. j’aime cet instant avec mes crayons, la colle. Une libellule est venue sous mes doigts, je l’aime beaucoup, elle rend parfaitement.. ce qui est étonnant c’est que si je ferme les yeux ce que je vois, ce sont des fleurs de cerisier, je ne sais pas la signification – ni pourquoi je ne les ai pas crayonnées.

Dans l’après-midi je me suis dessinée les yeux, un peu de noir pour raviver les couleurs du visage, me penser autrement, je crois. J’ai aimé, je me suis fait traverser par la pensée qu’il serait bien que je le fasse plus souvent, finalement, que je me fasse croire à moi que je ne suis pas si fatiguée. Leurrer mon regard, je suppose. Cela ne peut qu’être doux.
Je me suis demandé aussi si je savais ce que je faisais là.
Je me cherche, c’est considérable ce que je me cherche, ce que je ne sais rien de ce que je suis..

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Les photos sont ce qu’elles sont, absolument moches, ne rendent rien de cet art journal. Je crois, ce n’est pas d’une grande importance..

Art journal

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Quelques mots sur l’anglais


À l’école, j’avais des notes à résultats aléatoires. Je me suis trainée une réputation de nulle en maths et en sciences de manière générale – justifiée par une moyenne de 4 – jusqu’à la Seconde. Cette année-là, je me suis élevée jusqu’à un 15 ou 18 de moyenne, selon le trimestre et selon que nous parlions de chimie, de mathématiques ou de biologie. C’est cette année-là précisément que j’ai compris que je fonctionnais “au prof”. Ils m’ont proposé de partir en Bac S et j’ai refusé, j’ai eu peur. Personne ne m’a parlé du bas L, j’y étais inexistante, la prof me détestait et il y avait longtemps que je haïssais cette matière. J’ai raté la voie parfaite pour mes études sur cette conclusion. On se rate facilement.

J’ai raté l’anglais aussi comme ça, pour une raison un peu différente et pourtant. Je l’ai raté sur un professeur et beaucoup de violence, sur un collège qui a lâché son enseignant comme ses élèves – parce que vraiment après ça, on grandit comment ? On ne grandit pas droit, on se tort le ventre pour regarder ce passé-là et on ne peut pas grandir droit.

En sixième, j’ai demandé expressément à faire de l’anglais. Ma tante était bilingue, elle habitait avec nous, il y avait sans doute derrière une motivation à lui plaire que je ne renierai pas. J’y suis allée avec un enthousiasme si débordant…
J’ai oublié son nom, à cette dame. J’en suis assez mortifiée, mais j’ai oublié son nom. Son visage lui, je l’ai imprimé devant mes yeux pour le reste de ma vie, cette femme si maigre qu’elle aurait pu s’envoler. Si maigre.

Je ne me suis jamais fait d’ami.e.s, pas facilement je veux dire. Lorsque j’en avais une, je pensais à une erreur, c’était si étrange, quelqu’un qui me parlait et ne me frappait pas ou ne se moquait pas – de mes cheveux, mes vêtements, de mots prononcés, de ce que je savais, de ce que je ne savais pas. Je n’étais pas invitée aux fêtes d’anniversaire, et lorsque je l’étais je restais seule. Et donc cette amie lorsque j’en avais une, était toujours la première de la classe et moi la dernière. Nous formions un duo étonnant.
Cette année-là, j’étais sans ami.e, complètement seule à moins de compter les quelques problèmes avec deux enfants qui me frappaient – pour s’amuser, ils avaient un tel sens de l’humour. Dans ma classe, c’était donc un peu compliqué pour moi.

C’est dans ce contexte que c’est arrivé, que l’anglais est arrivé avec ses cris, ses hurlements, sa maltraitance. Elle était maigre si maigre ses lunettes tenaient par erreur sur son visage encadré de cheveux jamais tout à fait parfaitement propres. Tout n’était qu’erreur. Sa tenue un peu sale, sa voix enrayée, sa présence morte, sa solitude, ses enfants-là, la classe, tout n’était qu’erreurs accumulées. Elle se terrait. Elle a essayé, vraiment. De nous demander de nous taire, de nous faire répondre aux questions, de parler anglais, de crier, de trembler. De pleurer.
Celle qui était maltraitée, c’était elle, la prof. Ce qu’elle a subit n’aurait jamais dû être.

Qu’elle demande de répéter une phrase et la classe la hurlait. Qu’elle demande le silence et un bruit d’abeille survenait. Quelle demande qu’on lise et le silence se faisait. Des papiers volaient, des chaises et des tables changeaient de place si un enfant le décidait. Il y avait un chef sans doute derrière tout cela, parce que l’ensemble était toujours parfait, nulle fausse note. Personne n’est jamais venu me dire de faire ou dire quoi que ce soit, alors je n’ai jamais su, l’organisation, celle si parfaite que la classe était en osmose.
Elle avait perdu d’avance, nous étions son cauchemar.
Comprenez.. Les hurlements stridents, d’eux, d’elle. Le silence insoutenable, d’eux, d’elle. Les objets qui volaient. La tension. Sa terreur. Leur joie malsaine. Ses larmes, leurs rires.

J’ai détesté l’anglais. J’ai détesté ma classe. Je me suis détestée.
Je ne participais pas.
Je ne faisais pas taire non plus.
L’aurais-je fait que cela aurait été ma fête pour les quatre années qui venaient.

Tout ce qu’elle a pleuré, devant et hors de nous, m’a hanté longtemps, j’en ai encore au creux du ventre cette sensation dévorante de tristesse et de souffrance. Les cris de la classe, je les entends encore. Et leur rire. Et leur regard, si fier d’eux. Personne ne nous a jamais rien dit, jamais – et mon dieu mais que faisaient-ils pour l’aider ses collègues ? – juste un jour elle est partie en tremblant de l’école, elle n’est jamais revenue. Bien plus tard j’ai appris qu’elle était en dépression bien avant nous, déjà, qu’elle avait perdu un enfant, un jeune enfant. Il est certain que ce n’est pas nous, notre classe, ses élèves, qui lui avons donné de quoi se raccrocher à quoi que ce soit. Je n’ai jamais su ce qu’elle était devenue et cela aussi, ça me hante.

Il se trouve que cette année-là, j’ai redoublé. Je mettais beaucoup d’effort à rater, je ne le conscientisais pas pourtant j’y ai mis un certain entrain et forcément à un moment les notes s’en sont rendu-compte et quelqu’un a cafté avec un bulletin terriblement mauvais, un martinet a tenté de corriger mes fautes et moi j’ai gardé ma ligne bien droite et j’ai redoublé. Quelque part sans doute, avec le recul je m’en aperçois là, maintenant, j’ai tout fait pour perdre ma classe. Une classe se perd facilement, finalement, je l’ai laissée partir et j’ai changé de têtes autour de moi, j’étais soudain la plus âgée, on ne se connaissait pas, il y a eu cette fille qui savait tout sur tout et avec moi qui ne savait rien sur rien nous avons été de grandes amies, longtemps.
Cette nouvelle année de sixième donc, nous avons eu un professeur d’anglais absolument formidable, que personne n’a jamais songé à chahuter ni violenter. Pour moi, elle est arrivée une année trop tard, je n’ai pas pu. L’anglais est devenu un traumatisme que je n’évacue pas, je n’ai jamais réussi à l’apprendre.

Et puis ma mère un jour, m’en a rajouté un autre sur cet anglais déjà très violenté, qui découle directement de cette histoire. C’est une autre histoire, une autre encore un peu longue surtout alors un autre jour peut-être.

L’anglais et moi, nous patinons, beaucoup. Avec le temps j’ai fini par regarder tous les films, toutes les séries, dans cette langue avec des sous-titres dans la mienne. Avec encore plus de temps j’ai pu constater que je suis capable de comprendre un peu, et surtout d’entendre lorsque la traduction n’est pas complète. Je ressens une certaine fierté de cela, vraiment, parce que je reviens d’assez loin.

J’ai tenté les sites internet pour apprendre (Duolingo, entre autres), j’ai essayé de lire plusieurs livres, je me suis mise la tête à l’envers, j’ai travaillé sur cette histoire difficile pour moi, ça fait des années que j’essaye et c’est insupportable ce que je continue d’échouer.

Et puis, il a ce jeu de carte, de Sorcière. Si beau, si magnifique, si féminin, si.. anglais. Je me suis décidée à le traduire. Et alors, ce qui est beau, c’est que cela vient me chercher très loin, il y a ce plaisir que jamais je n’ai ressenti avant.

Alors je pars sur ce nouveau projet, d’une si grande importance pour moi.
Réussir à traduire ces cartes.
J’en ai besoin, je ne saurais même pas comment l’exprimer tellement c’est d’une puissance qui me dépasse.
Alors, à chaque carte que je vais traduire, je l’écrirai ici.
Si je me trompe, si je ne suis pas suffisamment précise, je vous demande la plus grande gentillesse pour me le dire. J’ai besoin de ces corrections, j’ai besoin de votre douceur.

jeu cartes anglais

Un tipi de la forêt

J’ai eu l’envie soudaine, légèrement irréfléchie et follement enthousiaste de vouloir fabriquer un tipi aux enfants pour Noël. Nos finances étant déjà un peu creusées par des cadeaux achetés pour une fois en avance – non et puis vraiment, ça se fabrique c’est une évidence – j’ai proposé à LeChat de nous emmener en forêt. C’est donc sous les yeux des enfants que nous avons récolté de longues branches d’1,80 m, sans leur dire pourquoi. Les branches tenaient toutes encore sur les arbres, et ont été choisies parce qu’elles étaient déjà mortes.
Je me suis tout de même excusée, on ne coupe pas des branches sans s’excuser auprès de toute une forêt.

J’ai bien dix mille autres photos dans la boite – peut-être un peu moins, c’est certain en réalité, mais cela rendait joli à l’écriture – mais Lechat m’attend, alors plus tard, ou alors dans les articles suivants, pour illustrer.. ?

branches pour le tipi

branches pour le tipi

C’est une danse, les journées ne sont qu’une danse

chaton gris

Je cours, juste un peu, juste assez pour perdre le souffle. Je ne sais pas exactement pourquoi, quelle urgence il y a, dans ma vie, comme ça, soudainement. Je dessine des colis, je griffonne leurs emballages, je laisse quelques mots et la Poste avale un paquet que je n’ai jamais le temps de photographier juste avant – et c’est dommage, je les aime bien. J’aide une personne et puis une autre à choisir un tissu une matière une texture. J’allume la machine et elle lance ces fils, c’est miraculeux de la voir faire, j’ai deux tissus de plusieurs mètres et soudain entre les mains j’ai un objet ou un vêtement. A la médiathèque je récupère le livre qu’ils viennent d’acheter et qu’ils m’ont mis de côté – il est très demandé, je suis la première à l’avoir entre les mains – je vais l’emporter samedi. Samedi j’attrape un train – et un peu je vole – avec un chaton gris foncé dans une cage qui va le terroriser, je crois samedi je vais avoir les oreilles qui sifflent encore plus fort. J’ai dû courir à la gare pour avoir un billet pas trop excessif, le site internet refusant de me délivrer mon laissez-passer comme si je ne devais pas m’y rendre, j’étais retenue. Je réponds à mille textos et neuf cent quatre-vingt-dix-neuf concernent les chatons – je vais leur installer une ligne privée. Je les observe chahuter dans les rideaux, décrocher une tringle, fuir à toutes pattes devant un classeur qui s’est effondré. Ils escaladent notre vie, je m’épuise de tous ces mouvements, fond sous leurs câlins. J’affronte ce quotidien félin avec précaution lorsque Oasis, petit roux maladroit, s’effondre dans la cuvette des wc qui n’a pas été tirée, il émerge, trempé de pipi d’une autre espèce que la sienne et de panique en met dans toute la salle de bain, le couloir, l’entrée du salon. Prince trempe son pied et grimace, j’attrape le chaton et le lave – il me lacère le bras, je récure tous les sols en pleurant presque, j’envoie Prince dans la baignoire, “Mais maman je fais quoi de mes vêtements je suis habillé”.. est-ce qu’il y avait trop d’informations, trop d’émotion.. ? J’ai dû formuler qu’il devait les retirer, parce qu’une douche tout habillé, en effet.. Alors les larmes sont arrivées dans ma voix et j’ai tout ravalé, je dois faire avec les particularités de cet enfant qui ne saisit pas les essentiels. Je nettoie six, huit, neuf pipis sur le sol du salon, de la cuisine et de toute pièce dont la porte a mystérieusement été oubliée de fermer – ce n’est jamais personne, ce n’est jamais un enfant -, Brume délimitant son territoire avec quatre mois d’avance, l’agrandissant jusqu’à la couette de notre lit, un coussin, l’étagère de notre bibliothèque absolument bousillée et d’un livre absolument gondolé. Je lave, le sol les vêtements les objets, je lave à croire qu’il y a un bébé chez nous – mais non bien sûr, il n’y a pas de bébé, il y en a juste quatre. Je reçois avec une tasse de thé et sans silence, l’amie C. et ses enfants merveilleux, nous parlons féminité, journal créatif, Faber et Mazlish, elle me raconte ce qu’elle a découvert en pleine création, son propre héritage transgénérationnel et j’écoute grand j’écoute pour quatre personnes et bientôt je vais prendre le temps, le soir, de retransmettre à Blanche de retransmettre à LeChat, ce que je connais certes déjà mais qui là, étonnamment ou non – L’univers, toujours – correspond tellement au millimètre près de mille échos, et j’entends tout ce qui se met en place lorsque j’en parle avec l’un comme avec l’autre. Je gère la douleur, celle qui se déploie à tant d’endroit qu’elle devient presque unique. Dans le dos elle a pratiquement disparue, un muscle déchiré un bleu, je vois encore le bleu je vois encore la douleur. Le coude ne souffre plus mais ne ressemble à rien d’autre qu’une plaque, immense plaque qui se déleste de peaux dures et sèches, c’est si moche, je l’huile je l’huile je la nourris cette peau abimée et c’est grâce à DieuDesChats qui m’a envoyé un doux colis d’huiles essentielles adaptées. J’ouvre ma porte et M. vient chercher Nuage, angoissée tellement angoissée qu’elles vont se rendre chez le vétérinaire juste après, les enfants pleurent et Nuage déjà va me manquer, juste ce qu’il faut. Elle est adorable, si douce. Je ne me suis pas trop attachée, et puis un chaton de moins va nous faire tellement de bien dans cette atmosphère territoriale. Nous déposons Prince à son activité, à 19h je marche avec Hibou dans les rues effeuillées – je rate l’automne -, je discute avec une maman ou deux mamans, mon amie C. et puis une autre – j’ai encore oublié encore son prénom, c’est insupportable cette fatigue – et puis je rentre, je passe chez la voisine pour la boite de voyage prêtée si gentiment et vraiment il faut rentrer je n’ai pas eu le temps de préparer le repas et LeChat travaille ou alors il escalade des parois, le repas la douche les histoires les câlins, et lorsque vers 21h30 LeChat rentre enfin de l’un ou de l’autre les enfants se sont endormis et doucement je pleure ou juste je regarde droit par-dessus l’assiette qu’il m’a préparée parce que je n’ai pas eu le courage ni le temps de manger.

Je fatigue de tant courir, d’avoir tant à faire, et les larmes si proches, je suis dans le vide, le manque de sommeil et pourtant je puis l’assurer, je vais bien.

chaton gris

chaton gris
Nuage s’appelle Kira