La face cachée des tables de multiplication

Ce matin une personne m’a fait découvrir cette vidéo et je me suis étonnée. Je veux dire, vraiment. J’ai compris ce qu’il disait, je l’ai compris chaque fois avec un peu d’avance sur ses propos, et comme ce n’était pas exactement le thème de la vidéo LeChat a cherché le fonctionnement du modulo ; et je l’ai saisi immédiatement. Voilà. Je l’ai saisi – et accessoirement Prince a compris également. Toute ma vie on m’a dit que j’étais nulle en mathématiques, et que je n’y comprendrais jamais rien. Et bien voilà. Je viens de faire mentir ma mère et plus largement ma famille. La victoire est pétillante – oui pétillante, même si mon fils de 10 ans l’a compris aussi et que c’était donc accessible j’imagine ? -. Fondamentalement, je me sens tout simplement moins idiote (j’ai encore du chemin à parcourir pour me sentir intelligente, ah).

Table 201 modulo 286

Vous pouvez jouer vous aussi ici, en gardant le doigt appuyé sur une flèche pour voir une table en mouvement !

De l’eau dans les mots du monde

Il y a de l’eau dans les mots du monde, dans les mots des autres. Des larmes. Je n’entends pas très bien je fais répéter, toute cette eau est si insupportable elle clapote la nuit, je peine à endormir mes pensées noyées évidemment. J’essaye bien de l’attraper cette goutte coincée comme dans une gorge mais elle est bien trop loin, peut-être même est-elle derrière le tympan et alors forcément elle échappe à tout contrôle, à toute tentative de maitrise, et je n’arrive à rien, je noie les sons du monde depuis trois jours et je dois m’y faire peut-être, accepter le vague à l’âme jusque là.
Je me sens enfermée dans l’acouphène, repliée sur moi depuis que je n’entends plus que par distraction, je ne saisis ce qui m’entoure qu’avec parcimonie. Pourtant l’autre oreille n’a rien, n’est pas affectée par cette eau du bain où j’ai plongé la tête sous l’eau, c’est fou vraiment comme une seule oreille touchée par la perte de l’audition rend le monde complètement hors de portée, trouble. Lointain.
Je ne me sens plus reliée, j’ai la sensation d’un fétu de paille entre la vie à moi. De la ouate, un peu.
Aussi passager que soit la chose, je n’aime pas beaucoup étouffer la vie.

Un bout de vie, de la vie d’hier

Depuis quelques soirs nous poursuivons les vacances – j’ai cette sensation – une fois le repas terminé : nous partons marcher avec les enfants. Le plus souvent, une heure passe avant d’être de retour chez nous. Je me souviens petite et puis adolescente, comme j’aimais les soirs d’été, marcher avec ma grand-mère par les petits chemins. J’en ai conservé cet amour du soleil couchant, des rires.. une complicité immense avec cette mère de remplacement.
Alors le soir, nous marchons et hier nous étions à quelque chose comme dix minutes de la maison lorsqu’il y a eu une pluie soudaine, une eau tombant du ciel semblant n’être là que pour nos jolies têtes puisque le ciel bleu nous narguait à quelques mètres d’oiseau. Elle glissait sur les feuilles des arbres nous protégeant du ciel rageux, et nous nous ne faisions que rire sous le regard des automobilistes un peu consternés – ils allaient tellement trop vite, aussi, LeChat disait que dès les premières gouttes les gens accélèrent, cela doit être animal – et notre rire dépassait la pluie, nous n’étions juste plus aux urgences-pas-si-urgentes, c’était cela un peu le rire.

Au téléphone ma belle-mère me proposait des rideaux pour mes futures fenêtres – mais je suis une femme sans rideaux, je n’arrive pas à y trouver un attrait autre que pour se cacher et là-bas nous n’aurons pas besoin – et entre les tringles et les couleurs Prince a hurlé de douleur, la faute au genou du petit frère hyperactif dans le nez. Après une demi-heure de câlins – trente minutes où sa tête se pose contre moi et son corps s’échappe -, il a accepté de repartir jouer, le nez et le genou allaient merveilleusement bien. Moins de deux heures plus tard, Hibou hurlait nettement avec une différence – ce cri, là, qui arrache les tripes – et j’ai lâché ce que je faisais mille fois plus vite, il était en sang, les mains la bouche le pantalon. Tombé de son lit pourtant au sol, tombé depuis toute sa hauteur sur le visage. Ce n’était pas si terrifiant, c’était seulement le sang et la lèvre fendue en deux loin en profondeur et les dents lui faisaient mal et surtout cet enfant qui ne pleure jamais plus de la moitié d’une minute les jours de grandes douleurs, il hurlait hurlait et vingt minutes plus il était toujours en crise de larmes accroché à moi, avec sa lèvre fendue et immensément imposante. On ne sait plus exactement ce qu’on a craint, ses larmes inhabituelles ses dents la lèvre qui s’ouvrait de plus en plus large dans le mauvais sens, nous avons finalement filé aux urgences avec la peur au ventre un peu, parce que cet enfant et les soins, se sont deux histoires qui se terminent toujours mal. Le premier miracle fut qu’il n’y a pas eu trop à batailler pour qu’il se laisse observer par les deux médecins – je crois qu’il y en avait un mignon, mais je n’étais pas suffisamment moi-même pour m’en rendre-compte vraiment, et le second fut qu’il n’y avait rien à y faire, les dents avaient l’air de tenir – évidemment il s’agit d’humour un peu sombre, mais ils ont vérifié – et nous nous étions inquiétés pour rien. Dans la voiture je me disais – pour la millième fois ces dernières années – comme je dois profiter de tout à chaque instant, parce que la vie bascule si vite on ne sait jamais ce qui va se fracasser.


contre-jour au petit matin,
alors
contre-matin

Ce silence, de grandir

Je me sens comme grandie,
la sensation est si forte je pourrais me mesurer juste
vérifier la chose.

Une nuit d’ombres tombées
– vingt centimètres – ne suis pas certaine du prodige,
laisse s’envoler l’émotion.

Peut-être j’avais le poids de cette allure-là, toute petite, écrasée. Suis-je vue depuis ces années toute ratatinée et maintenant toute droite, qu’est-ce qui se redresse dans la sensation de grandir ? Comment peut-on être si loin de soi depuis le miroir, et se découvrir enfin en rejetant l’image. Qu’est-ce qui sépare un instant d’un autre, à quel moment la bascule devient réelle. Quel bruit cela fait, de grandir.

Je me sens libre depuis une prise de silence ou une prise de mot ou alors seulement depuis le réveil brutal d’un regard comme éclairci, je ne pèse plus cette absence et c’est d’importance je m’élève juste ce qu’il faut. Ce qu’il advient finalement, c’est un ancrage à la Terre et une élévation. Le plus étonnant, c’est le silence dans lequel ça se produit. Le bruit, c’est tout ce silence autour, parce que c’est un peu terrifiant, je ne suis plus certaine de ma tonalité.
Et peut-être.
J’aime.

Et certes, tout dans ce monde est fait pour nous distraire de ce qui est là, tout proche. Le «quotidien» est par prédisposition le lieu qu’une certaine ankylose voudrait préserver des conflits et des affects trop intenses. C’est justement cette lâcheté-là qui laisse tout filer et finit par rendre le quotidien si poisseux et les relations si gluantes. Si nous étions plus sereins, plus sûrs de nous, si nous redoutions moins le conflit et ce qu’une rencontre vient bouleverser, certainement leurs conséquences seraient-elles moins fâcheuses. Et même peut-être pas fâcheuses du tout. »
Comité invisible, Maintenant, « À mort la politique »

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