Presque derrière nous

Presque derrière nous

J’ai manqué de temps pour repasser sur le blog, du coup tout ce que j’aurais eu besoin d’exprimer sur l’instant est parti quelque part, sans doute dans les larmes qui coulaient toutes seules de temps en temps.. Cela va bien mieux, je suis même soulagée que cette entreprise ne soit pas d’actualité pour notre vie.

Les patrons de LeChat ont posé un préavis de 48h obligatoire, qu’ils ont transformés dans les faits en.. 24h. Son emploi du temps était posé pour le mois, il a été licencié lundi, et mardi/mercredi il devait bosser (8h/20h) puis jeudi être en repos. Dans les faits, ils ont tout changé quand ils lui ont dit qu’ils ne le gardaient pas, et ne l’ont fait venir qu’à 14h. Au lieu de travailler deux fois 12h, il a travailler deux fois 6h. Pas la même.. Quant à leur en vouloir.. j’ai dépassé le stade de la colère comme de la tristesse.

Et puis avec le recul, nous avons compris quelque chose de fondamental : cela ne pouvait pas fonctionner. Ces deux patrons sont voleurs et menteurs, et avoir sous le nez toute la journée une personne comme mon mari, très droite, respectueuse, qui ne ment pas, ne vole pas.. pas assez fourbe donc, comment cela aurait-il pu marcher ? Ils volent les draps des hôpitaux et les jettent à la poubelle (plutôt que d’avoir des frais de blanchisserie)..
S’ils savent qu’ils vont avoir du retard, ils prennent la course tout de même mais ne préviennent pas ; ou alors 10 minutes après l’heure où ils auraient du arriver, ils appellent pour dire qu’ils auront 20 minutes de retard.. et arrivent avec 1h à 1h30 de retard dans les faits. C’est gênant pour les patients qui attendent en fauteuil au lieu d’être dans leur lit, gênant pour le personnel médical.. mais grave quand un patient prend un médicament contre la douleur spécifiquement à cause du voyage et que lorsqu’ils arrivent enfin.. le médicament n’agit plus : cela leur est arrivé il y a quelques jours. Il leur aurait suffit de prévenir, et la personne n’aurait pas souffert.
Les excuses de retard sont presque drôle, étant donné qu’en réalité ils acceptent parfois 3 patients pour la même heure. Ils ont tout un panel : « un patient a vomi, il a fallu nettoyer l’ambulance », « oui oui on est chez la personne, dans l’ascenseur » alors qu’ils sont encore à 15 minutes, etc.
Mon mari lui, ne ment pas.
Et j’ai osé m’étonner que ça clash..

Ils ont refusé de faire une lettre légale, censée contenir tout un tas d’informations, comme le jour où il doit venir chercher sa paye.. je ne suis donc pas tellement rassurée. Je respirerai réellement quand on aura les papiers et le chèque, pas avant.

Nous avions besoin qu’il trouve un boulot extrêmement rapidement, ce fut chose faite. Nous avons de quoi tenir le mois qui est devant nous, ce qui est plus que ce que nous avions en décembre. Ce qui nous permet, non pas d’aller en Haute-Loire comme j’aurais aimé (notre marge financière est bien trop courte), mais par contre, la petite ville d’à côté a des loyers superbes pour les maisons avec terrain.. Donc.. ce fut finalement positif, cette histoire 😉 Car s’il trouve une entreprise là-bas qui embauche, nous l’aurons, notre maison 😀

Dépassée

Dépassée

Pourquoi suis-je donc si différente de ce qu’ils sont, de ce qu’ils font ? Ces valeurs qui ne sont pas les miennes, comment ai-je donc fait pour qu’elles ne me traversent pas..

Je n’aime pas leurs manières bourgeoises, ce regard un peu supérieur que la richesse confère. Je suis leur épine. La brebis égarée qu’il faut ramener, parce qu’elle ne sait pas ce qui est bon pour elle. Eux, ils savent. Ils savent revenir, frapper, mentir, cacher, manipuler, soutirer, payer, taire, dire, brûler, imposer, étouffer, prier.
Je suis l’épine.

Quand S. est mort, je me suis bien gardée de le leur dire, je comptais bien rester en vie. Ils sont pourtant venus au second enterrement, l’un pour me regarder de haut (on était en trêve, je ne l’avais pas davantage compris que toi Blanche) tout en me faisant la bise avec mépris, et ma mère venue pleurer un fils et se faire plaindre. Après sa mort, ma grand-mère m’a dit « tu es si fragile, si seulement tu n’étais pas si loin, comment vas-tu t’en sortir ? ». La fragile brebis avait pourtant réussi à survivre 4 mois sans leur aide.
C’est là aussi qu’elle m’a annoncé la mort d’un ami, Jean-Pierre. Je l’avais si souvent tenu à bout de bras, si souvent recollé les morceaux, écouté sa détresse.. régulièrement nous devenions silence et puis nous reprenions nos correspondances, je maintenais les ficelles quand il sombrait, écoutait son amour pour cette jeune femme encore plus handicapée que lui. Et puis elle m’a annoncé sa mort. Suicidé. Depuis deux ans. Je ne connais même pas la date de sa mort.
Deux ans que ma grand-mère me cachait ce départ, je ne pouvais plus le recoller à rien. J’étais en plein deuil de mon fiancé, j’en ai ajouté un autre. Mis de côté.
Elle a toujours su taire ce qu’il fallait dire, et exprimer ce qu’il fallait taire.

C’est la dernière fois que je les ai vus. Ils m’ont trahi une dernière fois également. J’ai changé mon numéro de portable, déménagé, coupé les liens. Que d’autres ont reformés, parce qu’ils ne veulent pas comprendre, accepter, et qu’ils m’ont traquée jusque sur mon lieu de travail.

Je plonge de manière récurrente dans la difficulté de cette distance que j’ai mise. Récurrente, parce qu’à leur rythme. Ils trouvent toujours un moyen de me faire parvenir des informations dont je ne voudrais pas, de joindre quelqu’un que je connais, de tenter la culpabilité.
M’y voici de nouveau, confrontée, perturbée, inquiétée. Une grand-mère mourante, qui ne l’est pas.. comment peuvent-ils ? Quelle espèce de justification trouvent-ils donc dans le fait d’impliquer des amies qui n’ont rien demandé, quand ils ont encore un moyen de me joindre ?! Moyen qui va disparaitre bientôt, quand enfin nous partirons d’ici..
Couper les ponts n’est pas le plus difficile en réalité, c’est faire respecter ce choix qui l’est.

Je me sens dépassée.
Je le sais bien, qu’ils vont mourir un jour. Sans doute bientôt. Que je ne les reverrai pas. Que petits enfants et arrières-grands-parents ne feront pas connaissance.
Je me le suis repris de plein fouet, ce choix et ses conséquences.
J’ai repris les choses, une par une.
J’en suis arrivée à la même conclusion.
Personne n’a protégé ma mère. Personne ne m’a protégé. Chacun a trahi à différents degrés d’importance. Je suis là pour protéger mes enfants.

Je n’ai aucune idée du choix que j’aurais fait, si j’avais été célibataire.. Mais en l’instance, le danger pour mes enfants est trop grand. Je n’oublie pas les couteaux dans les livres. Je n’oublie rien.
Je protège.
 
Fleur