Aujourd’hui prouve que j’ai aussi les pieds sur terre


(ou pas)
Je le vois sur le rebord de la fenêtre, droit, ses yeux plantés dans les miens. Je l’entends sauter dans la cuisine, grimper sur le plan de travail ; un objet tinte d’avoir été traversé. Il me suit. Dans chaque pièce. Je pense dans le désordre de la tristesse, je manque, il nous faut une bougie, il me faut les mots, je n’accède pas.
Pour un chat passé de l’autre côté, il est très présent, et moi je flotte la terre sur les pieds.

D’après l’exercice 366 réels à prises rapides – Aujourd’hui prouve que j’ai aussi les pieds sur terre


J’écris ces lignes sur la table devant les volumes couchés auxquels je tiens tellement que je crains sans cesse leur disparition ; on perd seulement l’irremplaçable, me dis-je.
Hélène Cixous – Hyperrêve

marguerite tige Aujourd'hui prouve que j’ai aussi les pieds

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Et je n’arrive rien à parler d’autre, je me sens enfermée, un peu. A détester si vous saviez, les gens. A me sentir mal de les détester autant, mal de ne pas savoir me sentir bien au milieu d’eux. Mal parfois d’être moi.
La tristesse ne me sied pas.

 
 

Message :)

Je me suis aperçue – honte à moi, je ne l’ai pas vu plus tôt – que le plugin permettant de vous envoyer les articles directement dans votre boite aux lettres n’était pas mis à jour et donc complètement obsolète. Il faisait certes très bien son travail, mais il est devenu avec le temps, un risque majeur pour mon blog. Je viens donc de le changer, en permutant vos adresses de contact sur le nouveau (sécurisé, lui).

J’en profite pour rappeler aux utilisateurs de WordPress.org de toujours vérifier régulièrement – plus régulièrement que moi donc, sur ce coup – les extensions que vous installez, les failles occasionnées peuvent faire disparaitre tout votre contenu – je n’ose imaginer perdre mon blog..

Vous avez bien sûr toute latitude pour vous désabonner, juste à droite.

Merci à vous de me suivre ♥

Aujourd’hui clés


Je me suis verrouillée intérieur extérieur, j’ai tombé les clés. Introuvables les mots s’échangent. Elles sont là quelque part, je soulève les peurs les muscles les rêves, j’écris naturellement j’écris les serrures les joliesses les dorures je ne trouve pas j’angoisse, sans mes clés où est-ce que je peux poser les pieds, est-ce que je peux me quitter m’absenter est-ce que je risque l’effraction est-ce que Tu va me trouver me briser me rassurer, puis-je exister enfermée.. je sais la vie la clé fracturée, je voudrais parfois cesser de me perdre.

D’après l’exercice 366 réels à prises rapides – Aujourd’hui clés
 


Il existe, paraît-il, de nombreux mondes. Autour du nôtre, entassés comme les cellules de notre cœur. Chacun a sa logique propre, sa physique, ses lunes et ses étoiles. Nous ne pouvons pas nous y rendre — on ne survivrait pas dans la plupart. Certains, pourtant, je l’ai constaté, sont très semblables au nôtre — à l’instar des mondes magiques dont ma tante s’amusait à nous parler. Si tu fais un vœu, un autre monde se forme dans lequel ce vœu se réalise, même si tu ne t’en rendras jamais compte. Et dans ces mondes il y a des endroits que tu aimes, des gens que tu aimes. Dans l’un d’eux, qui sait, tout s’inverse, le juste devient l’injuste et la vie est comme tu la souhaites. Que se passe-t-il si on trouve la porte ? Et que l’on possède la clé ? Car nous le savons tous : une fois au moins, il nous est arrivé l’impossible.
Andrew Sean Greer – Les Vies parallèles de Greta Wells


mouette falaise Aujourd'hui clés
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L’angoisse me dévaste. Littéralement. A des intervalles irréguliers qui me grignotent la pensée rationnelle. Un peu comme la canne qui me rentre dans la main, s’imprime, me blesse, il n’y a pas de raison, cela ne devrait pas être, tout le monde se sert d’une canne ou se fait serrer par une angoisse et survit. Je devrais je suppose, moi aussi. Je marche un peu avec, un peu sans, je ne marche pas trop sinon j’enfonce la canne l’angoisse et alors forcément je n’avance plus. Souvent je me lève, déjà j’ai traversé le continent – le salon – j’ai oublié le reposoir, la douleur appuie, je retourne chercher la canne avec la sensation envahissante que le monde entier me montre du doigt – est-ce lui encore ce regard sur moi, qu’est-ce ? – est-ce qu’on va me croire lorsque je dis que j’ai si mal qu’il me faut m’appuyer sur une extension de moi-même. Je me débats avec des résidus de passé, avec Lui avec Elle, tu as toujours mal quelque part, tu cinémas tais-toi, je prends la canne et je tais, je tais.
Je tais.

 
 

Aujourd’hui me manque peut-être


J’entends tout ce qui est tu. J’impacte les mots qui ne sont pas là pas écrits pas dits j’impacte comme un coup de poing ce qui est resté en attente, l’intensité me fait percuter le trottoir, je crève sous les coups suspendus, leur nuit me recouvre, je pleure. Je pleure de ce qui n’a pas été dit et que j’entends, je pleure de la blessure infligée par des pensées jamais prononcées, je pleure tout ce qui est en filigrane et si peu assumé.
Alors. Oui. Il me manque peut-être peut-être le sens de la mesure.
Mais c’est à voir.
Si vous parliez, je n’aurais pas besoin d’entendre.

D’après l’exercice 366 réels à prises rapides – Aujourd’hui me manque peut-être
 


_ …Et une épée longue d’un mètre vingt, à la lame luisante !
La mère aspira un grand coup.
_ Vous n’allez pas lui donner ça ! Hurla-t-elle. C’est dangereux !
_ C’EST UNE EPEE, dit le Père Porcher. C’EST FAIT POUR.
_ C’est une enfant ! Cria Crassèque.
_ C’EST PEDAGOGIQUE.
_ Et si elle se coupe ?
_ CA LUI SERVIRA DE LECON.

Terr y Pratchett – Le Père Porcher

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Je me sens épuisée par l’hypocrisie sociale qui règne dans notre société, ce que l’on peut dire, ce que l’on ne peut pas dire, ce que l’on doit taire quitte à mentir et tromper l’autre. Tout n’est qu’effort permanent pour moi, afin de rester à la surface de ce qu’on attend d’une personne. Je suis mortifiée par le bruit que tout ça fait.

Un jour de fenêtre ouverte, nous avons entendu le voisin parler à sa copine. C’était moche, il n’y a pas d’autres mots c’était moche de domination agressive. Je me suis tendue, tellement, je me suis dit qu’ils allaient m’entendre penser, ce n’était pas possible qu’on ne m’entende pas. J’étais consternée, je les aime bien, je n’imaginais pas. Depuis, je tends un peu l’oreille – c’est involontaire – si ma fenêtre est ouverte et qu’ils sont dehors, je tends l’oreille le temps de confirmer la laideur et je ferme sur eux. Je ne veux pas être spectatrice – auditrice – je ne veux pas me souvenir, je ne veux rien qui me rattache au passé. Et alors je me demande maintenant pourquoi ils sont sur ma route. Je fais quoi de cette laideur occasionnelle – pour moi.
Je ne dis rien. J’entends ce qui ne m’est pas destiné et je ne dis rien. Comment font-ils pour ne pas m’entendre, c’est un mystère tant il y a de mot entre eux et moi. Tant moi, j’entends tout ce qui se bloque dans le couloir devant leur porte. Y a-t-il un souci de surdité ? Comment est-il possible de ne pas m’entendre. Il se voit pourtant, tout ce bruit entassé.

Sur une autre idée, il y a ma belle-mère. Et tout ce qu’elle tente de ne pas me dire mais que j’entends. Tout ce qu’elle échappe, aussi, sans le vouloir et avec la lèvre mordue parce qu’elle s’en veut d’avoir laissé échapper que c’est juste une question d’éducation. Comme mon beau-père, juste avant elle, l’avait aussi laissé échapper, il me semble pouvoir poser le fait qu’ils ont l’acte manqué facile, ces temps. Mais au moins, elle l’a dit. Cela fait des semaines des mois des années que je le vois venir, que je l’entends, que ce n’est pas dit, que les mots sont suspendus là entre nous c’était insupportable, voilà, elle l’a dit. Je l’avais juste entendu avec un peu d’avance. Il y a neuf ans. Chaque fois que nous nous voyons. C’était là. Maintenant ça n’y est plus, ce n’est plus entre nous, c’est prononcé et elle se mord les lèvres. Je crois que c’est resté là justement, sur ses lèvres, elle a manqué s’étrangler avec ce qui était entre nous. Vous devriez vous méfier des mots suspendus trop longtemps, ils étranglent.

Elle m’a écrit un mail et elle ne l’a pas dit mais c’est là, encore c’est là dans les quelques mots, la vidéo inadaptée et sensationnaliste. Je suis si épuisée par ma belle-mère. Elle bouillonne de jugements qu’elle tente de garder pour elle, elle bouillonne de jugements qu’elle lance-pierre, elle bouillonne d’agacements parce quelle sait. Elle sait ce qui doit être fait, elle sait comment cela doit être fait, elle sait jusqu’à l’heure à laquelle ça doit être fait. Elle déchire mon énergie chaque fois que je la rencontre ou que je reçois un mail, entre tout ce qu’elle ne dit pas et tout ce qu’elle balance de pierres à la place des mots. Elle les arrache soudainement du silence, elle les prononce et c’est juste une blessure plus grande que de les voir flotter devant nous, parce qu’elle finit par les extirper de cet entre-nous avec colère, sûre d’elle. Elle sait.

Je suis toute entière constituée de ce qu’elle n’aurait pas choisi pour belle-fille – comme elle me l’a dit un jour. Il m’est difficile depuis, de ne pas être moi. Avant cette phrase je faisais tout pour lui plaire, je ratais évidemment, nous parlions par téléphone, beaucoup. Après j’ai continué à rater nos échanges, mais il y avait cette fois une bague à mon doigt. Je suis fortement indisciplinée, je ne sais pas toujours ce qu’on doit dire, ne pas dire, j’ai appris à taire tout ce que j’entends mais qui est tu parce que je mettais mal à l’aise, je suis définitivement une personne à côté de ce qui est politiquement attendu. Je ne sais pas toujours ce que je dois dire encore moins taire, je ne sais pas être idéale, je ne sais pas être parfaite, je ne sais pas me plier, je ne sais pas éduquer mon enfant et c’est de notre faute s’il crie, je ne sais pas être l’amie malléable qu’elle aurait désirée, je ne sais pas m’effacer, je ne sais pas être une belle-fille, sans doute. Peut-être.