Indéfiniment

HaBanot Nechama- Ya

A tousser le choc, je n’avais pas vu. Il y a une certaine liberté dans le silence, une joie, un peu, à ne plus exister dans la parole.
Je vis pour moi.
Est-ce que je peux vivre indéfiniment pour moi ?

Je ne me dis plus à voix haute.
A voix basse, non plus.
Je n’esquisse pas la pensée non plus.

Je crois, je ne reconnaitrai plus ma voix. Je l’aurai perdue. Égarée.
Je ne peux plus dire c’est moi.
Je suis.
Pas de réponse ni questions.



Ils se taisent, lorsque j’essaye de communiquer. Je ne dis pas beaucoup, mais ils se taisent, à leur tour ils créent le silence pour m’écouter plus bas que le murmure, la maison s’apaise sur ces quelques secondes.
L’équilibre est fragile.

J’ai un million d’âge.

Mais. Si je fais un cauchemar, comment je crie ?
Le silence dans les rêves.


Je ne dis pas beaucoup.
Je ris silencieusement, c’est un rire absent, il faut prêter l’oreille et entendre le souffle. Je suis traversée par l’air.
Je ne peux chanter. J’écoute la musique depuis les doigts, un envol d’oiseaux dans le ciel.
Je voudrais voyager.


Je cuisine. Gratin de chou-fleur, tarte à l’oignon, couscous, muffins amande et noix de pécan.. Ils aident, découpent, épluchent. Hibou s’est mis à faire la vaisselle soudain, hier il passait l’aspirateur, tout à l’heure il a appelé son grand-frère pour qu’il essuie, je n’ai jamais eu autant d’aide et surtout, non demandée.

Sur mon bureau, des fleurs. Elles égayent mon travail, mes journées, mes dessins, le soleil entre comme une invitation, il me semble qu’il faudrait toujours des fleurs pour embellir cet espace.. est-ce que j’habite là, vraiment, est-ce que je suis là.

la rose tient-elle ses promesses lorsqu’elle sourit






Le deuxième sens

Copper Wimmin – Bleeding rivers


Je suis revenue par le train de 17h57, secouée un peu – beaucoup passionnément à la folie secouée, de toute part secouée – les lumières s’éteignaient brutalement un quart de seconde toutes les quinze minutes trente et je clignotais avec elles, de la lumière et soudainement la nuit, j’étais surprise chaque fois.
Le samedi je m’étais levée dans la douleur, à en hurler pleurer, à me shooter de cannabis pour y survivre en pleine nuit.
Il y avait eu ce garçon-connaissance d’une vie précédente et tout ce qui avait été remué dans le silence, ces mots qu’on ne peut prononcer parce que l’autre ne sait pas ne sait rien et pose les pieds pile sur le fil qu’on ne veut pas tirer avec lui même s’il est adorable. Il m’a dit avec cette franchise tranquille qui le caractérise « toi t’es pas un gros gabarit » ou c’était quelque chose comme ça et comme j’ai ralenti un peu il a répété en me montrant que bon, là, c’était pas épais tout ça, regard appuyé. Et j’ai réalisé que la dernière fois qu’on s’est vu, deux années d’une autre vie où je croyais encore à la puissance des amitiés, j’avais ces fameux 8kg de plus, j’oublie facilement que j’ai perdu deux tailles, j’ai dit je n’ai pas fait exprès de perdre et ce n’était pas des kilos que je parlais même si, je suis comme devenue petite sous ses yeux maintenant, est-ce que je m’efface socialement, est-ce que vous avez idée de ce qu’on peut dire et du sens caché sous les mots qu’on balance ? Je n’ai pas fait exprès de perdre.
J’ai appris la séparation d’un couple, la tenue d’un autre, la vie des autres qui avait continué pendant que nous avions le dos tourné.
J’ai entendu sa surprise de me savoir en lien avec deux personnes communes – ça me surprend souvent, aussi.
J’ai senti comme j’étais au milieu, dans ce salon. De trop. Sans savoir où me mettre plus loin. Sans que ce soit dit.
Le matin sur la chaise à leur côté, je gérais la douleur de l’épaule qui partait, restée collée au matelas à se déboiter pour être raccord, je gérais la nuit la fatigue la douleur et sa présence gentille et moi toujours de trop.
En partant il m’a dit avec le regard pétillant alors à bientôt on se reverra sans doute à un anniversaire de. J’ai entendu mon silence, je me suis demandé ce qu’il entendait, lui, de ça, à quel point c’était assourdissant, cette fatigue sans mots. J’ai souri dans le silence et je suis partie.

Je l’ai laissée partir avec ces larmes, j’ai remonté le train, je suis retournée à ma place avec tout ce qui avait été secoué ce jour-là, tous mes mots débordants dans une salle de restaurant, à dire trop du passé, à tirer sur des nœuds, à m’entendre dire dire dire – je me tais c’est définitif sinon ? – une urgence de dire parce qu’ensuite je repars et alors je le dis à qui, je bouleverse comment, je grandis de travers après ? C’était si urgent j’en avais les larmes parfois, de l’eau qui ne coulait pas et des mots qui tombaient dans nos tasses. Toute cette urgence vraiment, à ébranler ce qu’on savait de tout, à écouter réfléchir comprendre saisir bouleverser. La première fois, à trois personnes, toujours je l’avais fait à deux, c’était bouleversant et étonnant, ce trois et cet écho à trois et ces fils à trois. Magique, un peu.

Je suis arrivée proche de ma place et de toutes mes affaires posées en vrac comme ça parce qu’il y avait eu urgence à dire au revoir plus loin, sans gêner de nos corps et de ses larmes et de mon angoisse à la laisser seule comme ça, et il y avait cette femme aux yeux d’amande et son grand sourire, est-ce qu’elle s’est dit ça va être facile, elle m’a dit ah c’est vous, je vais chercher mes bagages alors et je me suis demandé pourquoi elle me parlait finalement, quel intérêt de le savoir, c’était quoi cette sociabilité encore, j’étais fatiguée et avec un tel besoin de me retrouver entre moi et moi, ça n’allait pas être possible tout ça. Quand elle est revenue, ce qu’elle voulait vraiment me dire c’était ma place, elle voulait ma place à la fenêtre. Comme ça. J’en ai répondu tout bas, j’avais trop parlé depuis trois jours je n’en pouvais plus de ma voix je crois, j’ai dit non et elle s’est fermée, je lui ai dit j’ai besoin d’être en retrait et je ne sais pas ce qu’elle en a compris. Elle voulait dormir contre le mur, je voulais être en sécurité, ce n’était pas compatible. J’ai besoin de ne pas être bousculée dans l’allée, de ne pas me prendre les petits coups des gens qui passent des manteaux qui volent des sacs qui dépassent, d’être à l’abri de ceux qui arrivent dans mon dos, aussi. J’ai besoin de défiler avec le paysage, je m’écris ainsi, je me dé-file je tire le fil. J’ai pensé je vais me disloquer dans l’allée. Je lui ai laissé ma place à une heure d’arriver peut-être, lorsqu’il faisait si nuit je ne tirais plus rien du dehors, je m’étais réunie, et que partir en morceaux, ça ne pouvait plus. J’ai compris comme c’était compliqué d’expliquer à un·e inconnu·e l’effondrement et le besoin d’être contenu, son corps tendu entre le mien et le reste du monde.

Depuis la fenêtre défilante d’émotions rentrées, j’ai écrit un début de roman à quatre mains que je dois maintenant mettre dans le bon sens parce que tout s’est posé à l’envers, dans l’urgence, et que je n’ai fait que ça finalement ce week-end, me poser en urgence, ça bruisse, tout a été bousculé. J’ai tout écrit sur un bout de papier, les mots sont pliés en quatre pour tenir sur la feuille pas si large, j’ai même écrit sur le côté de la marge dans l’autre sens, j’ai eu une pensée pour ma grand-mère et pour Blanche. J’écrivais et je lisais en même temps L’absence d’oiseaux d’eauje veux écrire d’oiseaux bleus, à chaque fois – je peux dire que trois heures trente suffisent à le lire en écrivant un roman à côté et en envoyant mille textos les yeux perdus dans le paysage à grande vitesse ; l’absence se lit toujours vite, c’est de la vivre qu’il y a cette longueur.
Le livre a cette odeur de train qui restera collée aux mots que j’ai écrit en urgence, et même collée à la fille aux yeux d’amande qui m’a vue lire-écrire-lire-écrire-lire-écrire comme si c’était la même chose – ça l’était – et sans la musique contenue dans mon téléphone je n’aurais pas survécu à toute l’agitation de ce week-end, aux douleurs et au train.

Je suis de retour à la maison, l’esprit libéré de ce qui me noyait depuis dix mois : je dors. Le sommeil m’est revenu d’un seul coup, une libération époustouflante, je suis depuis admirative de ce mécanisme fou où les yeux se ferment sans faire semblant. Je m’offre l’oubli. Je l’oublie. J’en ai terminé avec cette douleur-là – l’autre, celle de la colonne vertébrale, meurt sous le cannabis une heure après l’autre pour que je vive, moi. Je suis passablement épuisée, je m’apprends dans cette nouvelle manière d’être amie avec le monde, et le deuil, le véritable, se poursuit avec une douceur que je ne me connaissais pas. Il me semble avoir redéfini tout ce que j’étais et ce que j’attendais, essentiellement. Cette menace de froid intense n’est plus, je me répare sur un autre chemin, j’y emprunte d’autres sens.

Il va falloir que je me remette à la photo,
je n’ai plus rien à montrer..


La création, est-ce périssable

Frazey Ford – In My Time of Dying


lundi 7-mardi 8
Je m’entendais tellement pleurer depuis si loin dans les âges, peut-être je ne dormais pas pour ça, parce qu’au fond il fallait vraiment avoir les épaules pour soutenir autant de souffrance. Je ne sais pas si je vais dormir les prochaines nuits, je sais seulement, je ne m’entends plus dans les pleurs, il y a un doux silence, un apaisement, il y a un amour profond pour tous les Moi en larmes s’étant tu un par un depuis ce matin que je prends soin, depuis tous ces matins et toutes ces nuits où j’ai tenté de prendre soin.

Il y a un soupir léger.
Un étau desserré.

Et alors après des heures d’apaisement, l’angoisse est revenue, elle a rampé jusque sur mes idées avec un enthousiasme fort dérangeant, j’en souffre quelque part dans la poitrine – même pas vers le cœur. Il me semble, c’est le stress de voir revenir l’angoisse et d’envisager une nouvelle nuit fortement médicamentée où je garderai les yeux fermés pour me tromper, faire semblant, me faire croire que je le peux.

mardi 8
Tout de même cette nuit comme les autres, la petite chose un peu parme et sécable ne m’a pas assommée, je me suis endormie deux heures trente après l’anxiolytique – oui, il s’est endormi avant moi c’est évident, il fallait bien que l’un de nous deux succombe et ce n’était pas moi – et je me suis réveillée deux fois, malgré la petite chose avalée. Je résiste tellement, je me demande parfois s’il est raisonnable de m’acharner, si je ne devrais pas simplement vivre ma vie la nuit, j’aurais davantage d’heures que le monde pour lire ou créer.

mercredi 9
Justement je n’ai plus beaucoup de place pour la création, ni trop l’énergie.. J’ai repris l’IEF parce qu’à un moment les vacances s’arrêtent même si l’on n’est pas prêt. J’ai changé notre organisation et je ne sais pas si je verrai le bout de toutes mes journées. Hibou est un enfant insatiable.
Jusqu’à il y a peu nous travaillions le matin, les deux enfants en même temps, deux heures pour Prince et vingt minutes pour Hibou parce que ce dernier se lassait des interruptions et ne voulait très vite, plus rien faire. J’avais donc dans l’idée de tenter 45 minutes voire une heure avec lui, puis d’enchainer avec Prince, le tout avant le repas de midi.
Vaste blague.
Hibou travaille son CP et CE1 sans la moindre pause durant 2h30 – lecture, écriture, compréhension de texte, dessin sur le texte vu, calcul, géométrie, sciences, etc. Lorsque je crie grâce et souhaite manger il râle, puis fait carrément la tête parce que je ne vais pas reprendre avec lui après le repas, mais avec son frère. Alors il reste avec nous et travaille le programme de CM2 et 6è. J’ai eu la surprise de constater qu’il sait parfaitement ce qu’est un angle droit et qu’il les a même repéré dans toute la maison – équerre à l’appui – et qu’il a très bien compris (depuis les cours de son frère) comment accorder un participe passé avec être et avoir – il n’a pas encore la subtilité de certains cas avec avoir, mais je sens, ça viendra bien vite. En résumé, j’ai intérêt à aller un peu plus vite encore, pour un peu tout. Il n’y a que l’écriture que nous reprenons doucement, et finalement ma nouvelle manière de faire lui plait particulièrement bien, il aime apprendre ce que durant une année il a refusé d’approcher. Je suppose, il se sent prêt..

Pour moi c’est plus délicat. Si je l’écoutais, il apprendrait depuis son réveil jusqu’à son coucher. Et moi je ne tiens pas la route, je fais une embardée bien avant. Il y a deux soirs de ça, il a demandé à faire des calculs plutôt que l’histoire du soir.. finalement il a fait tout de même l’histoire, mais cet enfant montre à quel point il est assoiffé de tout connaitre.
C’est merveilleux et fatiguant, c’est un même mouvement. Je serais bien mal avisée de me plaindre, puisque la difficulté je la connais avec Prince je peux être heureuse de cet engouement avec Hibou. Et je le suis, pleinement. La fatigue vient s’y disputer, simplement.
À six ans je dévorais les livres de ma bibliothèque de quartier, j’ai été indépendante très rapidement, je m’y rendais seule et j’empruntais plus que le maximum autorisé. Évidemment, ma mère y était pour beaucoup.. je ne pouvais pas compter sur elle pour m’apprendre. Est-ce à dire qu’il peut trop compter sur moi cet enfant ? Je suppose qu il doit y avoir un entre-deux.. mais voilà il a six ans, il apprivoise seulement l’écriture et la lecture, je ne peux pas lui demander d’être indépendant avant son heure.
Je suis simplement fatiguée. Mais honnêtement je suis également soulagée dans mon enseignement, je ne rate pas ça, et même son enthousiasme est doux et apaisant pour moi. J’ai, pour l’instant, la capacité de le suivre et je m’en réjouis. Mais honnêtement ce qu’il faudrait à cet enfant, c’est un professeur particulier, parce que moi si je n’obtiens pas du temps pour créer, vous allez me récupérer avec beaucoup plus de folie qu’il n’y en a déjà en moi – et ça ne va pas être joli.

Alors pour l’instant je dessine aux feutres à alcool depuis décembre – six fois durant 40 jours .. – , je mélange les textures, j’ai le temps un peu de ça, entre tous les « je m’ennuie » de Hibou. Mais mes autres envies – comme la feutrine – sont en attente, et c’est frustrant, vraiment. Choisir ce qu’on peut faire et ne pourra pas, en permanence.. je crois, je n’ai jamais aimé, j’ai toujours tout voulu, tout désiré, et surtout avant d’avoir mes petits-grands je n’avais pas cet épuisement.. il faut croire qu’en dix années, je n’ai toujours pas fait le deuil.
Alors.
Je ne peux pas tout faire.
C’est dit, je ne peux pas.
Je n’aurai jamais de toute une vie, jamais suffisamment d’énergie, la création se coince en moi sans voir le jour.
Loin en moi sommeille une créatrice et elle va dormir longtemps encore.









2018, une année bouleversante

À entendre l’amour et à faire le deuil, j’oublie d’écrire l’essentiel de ces jours. C’est dire l’importance de mon incapacité à me dire, ces temps. Cette année, ce furent beaucoup de silences, d’angoisses, de larmes. De débordements.

Il me semble que 2018 n’a contenu que cela, de l’importance et des larmes, comme si je n’avais rien traversé d’autre que cette histoire, cet effondrement de la base. Une tempête d’incompréhension, finalement. Avec Noël et cette confidence – des mots feutrés et les yeux écarquillés – , j’ai rouvert les possibles. Ce sens soudain qui recollait tout, je ne m’y attendais pas. J’avais des doutes, il n’en reste plus grand chose, ils ont fondu. L’année se termine là, sur cette conclusion collée au deuil, j’en suis si surprise et reconnaissante.. j’ai tant besoin de sens pour aller au fond de ce que je vis. Je garde une inquiétude de ce qui a été vécu, que suis-je à ses yeux, qui est-il, qu’y a-t-il eu de vrai, finalement, ces années.
Je saurai désormais l’accueillir, poursuivre, voir venir. Prendre soin de moi. Dire ce qui me blesse, si cela doit. Recadrer. L’amitié envolée attend la brise pour suivre sa route.. ou en changer. Cela ne m’appartient pas.

2018, l’année où j’ai refait toute ma garde-robe sur un amaigrissement involontaire.. Et je m’y plais, dans ce nouveau corps. Abandonner huit kilos de larmes, c’est autant qu’il n’y a plus à verser, ce n’est plus là, à peser.

C’est une année bouleversante, 2018. Toute de douleurs, d’amitié perdue, d’amitié nouvelle, d’acceptation aussi. Elle restera l’année du fauteuil, grâce à Evoline et Blanche. Evoline m’ayant mise gentiment au défi, je suis allée à ce Salon DIY et je l’ai rencontré elle, cette douce personne. Elle m’a donné un but à atteindre avec ce fauteuil qui me faisait si peur, parce que se retrouver d’un coup avec une telle perte d’autonomie, c’est rude pour le moral – même si depuis chez moi l’autonomie est fortement relative aussi, elle s’illusionne sur les bons jours.
Ce qu’elle m’a offert ce jour-là n’a pas de prix. Merci Dame, tellement.

J’aurai découvert vers la fin de l’année d’autres manières de créer, la feutrine, les feutres à alcool, repris le dessin doucement. Je me sens comme à me mouvoir sur des lignes invisibles, à créer depuis ce moi fragile, brisé, à me reconstruire depuis chaque fil que je tire. J’ai beaucoup de tendresse pour la femme que je suis, deviens.

2018 c’était l’année d’un (seul) défi raté. Je m’étais fixé cette couverture et les histoires à écrire, j’ai complètement bloqué. J’espérais que cela m’aiderait à avancer avec les mots à poser, ce fut l’inverse. L’angoisse. La boite de lettres, de coupons et de mots est dans un coin de mon placard, pour plus tard. Je le repousse, j’en ferai forcément quelque chose, un jour. J’ai culpabilisé longtemps de n’en rien faire alors que j’y étais attendue, que je m’étais engagée. Je n’ai pas la capacité actuellement, j’ai fini par l’accepter. Ce n’était pas le bon moment. L’écriture le plus souvent, elle ne veut pas, elle va écrire ailleurs.

Ce fut aussi l’année d’un second défi réussi, celui de lecture. J’ai été heureuse d’arriver au bout vers la mi-septembre, soulagée aussi. Sur la longueur je me suis un peu fatiguée à remplir les critères, j’ai oublié de noter des livres. J’ai lu davantage que certaines années spécialement pour ce défi, 121 livres si je ne termine pas celui en cours ce soir – ou plus, puisque certains n’ont pas été notés. Je l’ai aimé particulièrement, ce challenge. Je le relancerai peut-être, une année future et lointaine.

Les enfants ont grandi, plus que d’autres années. Comme si elle avait compté double, celle-là.
Prince ne se jette plus sur les murs, continue de se blesser au sang, écrit enfin, apprend parfois dans le stress parfois dans la tranquillité, a su rester dix jours chez sa cousine pour la première fois.
Hibou s’ennuie follement même lorsqu’il joue, même à plusieurs. J’ai peur parfois, je ne sais pas comment l’aider, l’occuper, j’ai peur d’une dépression, je ne sais pas ce qu’on fait d’un enfant surdoué qui s’ennuie à 6 ans et qui refuse de lire alors qu’il sait, alors qu’il aime les livres, parce que ça ne va pas assez vite les lettres sous ses yeux.
Je suis la maman de deux enfants compliqués et merveilleux, rien n’est simple, rien ne le sera jamais. Notre maison est remplie d’Asperger et de surdoués, à un moment c’est à admettre.

J’ai été amoureuse, plus encore, comme à m’éveiller, m’émerveiller de nous voir ensemble encore et encore, de nous redécouvrir encore et encore, de nous aimer.. encore.. et encore..

2018 fut tout cela et tout ce que j’ai oublié, les insomnies de toutes mes nuits à regarder le monde mourir et mes amitiés s’effondrer, à en construire d’autres – des mondes, des amitiés – à pleurer, à avoir peur. Les nuits, j’ai peur. Je n’oublie pas, les nuits. Il va falloir que j’oublie un peu, maintenant, tout ce qui fait mal. L’année est pratiquement terminée, je vais pouvoir déposer, n’est-ce pas ?


Je me souhaite 2019 plus douce, plus apaisée. J’espère viser des buts plus tranquilles, n’avoir que des amitiés plus respectueuses. Il me semble, je vais me reposer un peu. De l’Ami, de la vie. Je voudrais m’échapper moins, dans ma tête, sur l’ordinateur, vivre davantage à compter les feuilles des arbres pourquoi pas, je rêve de liberté, de douceur, de nuits apaisées, de mots dans mes carnets, il me semble, je me dois bien cela, un peu de vie.