Je ne sais pas, c’est un lien une lumière un filament, je tisse, je tisse sur le mot soin un peu comme s’il était le seul à exister. Elle m’a demandé si à un moment, plus tard, quand je le voudrais, je pourrais et cela fonctionne ainsi que déjà j’étais là, à prendre soin à le donner à l’envoyer. Et puis j’ai parlé d’Elle, cette maman en train de mourir dans ma ville dont le fils, plus jeune, porte le même prénom que le mien et d’en parler je me suis sentie pleurer, le soin l’a englobée parce que je travaille sur elle depuis une dizaine de jours, parce que je ne sais pas quoi faire d’autre que l’accompagner sur son chemin, quel que soit celui qu’elle empruntera finalement – est-ce que je peux savoir ce que je fais.

Vent d’Est, vent d’Ouest

nuages

Titre : Pearl Buck
 
Je puis vous raconter ces choses, à vous, ma sœur. Je ne saurais en parler avec l’un des miens, car il ne se ferait aucune idée de ces contrées lointaines où mon mari a passé douze ans, et je ne me sentirais pas libre non plus auprès de ces étrangères qui ne connaissent ni mon peuple ni notre manière de vivre depuis l’Ancien Empire. Mais vous ? Vous avez passé votre existence entière parmi nous. Même si vous appartenez au pays où mon mari a étudié dans ses livres occidentaux, vous comprendrez, je ne vous cacherai rien. Je vous ai appelée ma sœur, je vous dirai tout.
(..)
Quant à moi, je veux suivre les voies nouvelles.

 

Something For Myself by Dark Dark Dark on Grooveshark

 

J’ai rêvé de Vous.
J’habitais un endroit perdu et magnifique, en pleine montagne. J’appelais l’une de Vous dans mon immense bibliothèque, entourée par des hauteurs de livres inimaginables, ne sachant l’accueil. Je disais j’ai besoin de rire et à défaut je souriais. Tu raccrochais en me disant je te rappelle tout de suite. Et quand le téléphone s’est mis à sonner, c’était une autre toi amie de toi, qui me disait C’est Audrey. Tu ne t’appelles pas Audrey mais un rêve ne se maitrise pas. Et nous parlions, nous parlions.. je t’écoutais.

Toute ma relation avec les gens se tient dans cette conversation. J’écoute. Je suis si rarement écoutée, je m’efface pour raconter ce que j’ai pu vivre dans le passé et vous aider, mais où est l’écoute de l’instant ? J’écoute. Et ensuite vient à moi le manque de confiance dans mon amitié. L’humanité entière a besoin d’être écoutée. Je fatigue d’écouter sans retour, et c’est pourtant ce qu’on m’offre. Ai-je oublié comment demander l’aide, le retour, l’écoute ?

Je crois que mon plus gros travail est sur ma confiance dans ma relation à l’autre.

J’ai besoin de partager rires mots silence thé regards. Intimité. Je manque de confiance dans celle que je suis par le manque d’intérêt commun avec les autres, ce que je ne suis pas et que vous êtes, cet étendard de féminité de débats de culture. Je me voudrais dans un cercle qui ne me convient absolument pas. Je vous ai rêvées sur deux nuits, pourtant vous n’êtes que le symbole, pas la clé.

Je savoure la sérénité intense après chacun de ses rêves.

J’avance sur les mots, je glisse et m’évade sur les arbres, je suis mon monde et mon monde est moi.
Je tourne la feuille et la laisse s’envoler.

Entendez-vous les rires dans le vent ?

La confiance en soi

Titre : Ralph Waldo Emerson
 
Pour elles le temps n’est point. Il y a simplement la rose ; elle est parfaite à chaque instant de son existence. Avant qu’un bourgeon de feuille ne soit ouvert, toute sa vie est à l’œuvre ; dans la fleur épanouie il n’y a rien de plus ; dans la racine sans feuille il n’y a rien de moins. Sa nature est satisfaite et elle satisfait la nature à chaque instant de la même manière. Mais l’homme renvoie à plus tard ou se souvient ; il ne vit pas dans le présent mais le regard tourné en arrière, regrette le passé ou, sans prêter attention aux richesses qui l’entourent, se dresse sur la pointe des pieds pour apercevoir l’avenir. Il ne pourra pas être heureux et fort tant qu’il ne vivra pas lui aussi, en accord avec la nature, au présent et au-dessus du temps.

 

Duet For Ghosts by Lidwine on Grooveshark

 

Il est fort étrange de se pencher sur mes rêves quand d’habitude ils m’échappent sans même que j’ai eu le temps d’ouvrir un œil.
C’est la seconde nuit que je rêve de ma confiance.
La première nuit, se mêlaient ma mère et l’amitié protectrice. Cette nuit j’étais sage-femme dans un temps ancien, enceinte m’occupant d’une femme enceinte. Et la nuit entière je restais jusqu’au matin, à rendre la confiance à toute une famille. Le matin, mon téléphone sonnait, anachronisme parfaitement ressenti, et j’étais renvoyée : je n’étais pas retournée sur mon lieu de travail, alors que j’avais justement fait mon travail d’humaine ce qui n’était pas entendu. Parfait refus de l’écoute..

J’y ai senti ce lien avec ma désormais très ancienne patronne, sans l’expliquer autrement qu’avec ce simple ressenti.

Je suis le fil qui me relie, deux nuits sur ma confiance, obstiné est mon inconscient à délivrer son message.

J’attends ma troisième nuit, un trépignement d’enfant en moi et toute mon indulgence pour celle que je suis qui n’entend pas. Parce que je ne suis pas certaine d’en comprendre la volonté, d’autant qu’il semble bien important ce thème pour qu’il revienne.
Il me faut une piste. Je me propose de dormir.
En toute innocence.

Et puis cette phrase, qui me percute de plein fouet : « Et vous ? Êtes-vous confortablement installé en vous ? »
Ma clé.

Bonheur de la méditation

Titre : Yongey Mingyour Rinpoché
 
(..) j’ai commencé à comprendre pourquoi, d’un point de vue objectif et scientifique, les pratiques bouddhistes sont efficaces : parce que les sentiments de limitation, d’angoisse, etc., ne sont que du bavardage entre neurones. Ce ne sont essentiellement que des habitudes. Et les habitudes peuvent être désapprises.

 

Trapèze by Les Elles on Grooveshark

 

Entre deux crises, j’ai l’habitude de faire tornade, les tâches sur les doigts et la maison qui se range. Entre deux crises, je me précipite pour la balayer et faire comme si. Elle n’avait pas été là.
Je rattrape tout le temps qui a disparu. J’épuise mon crédit d’entre-deux, et je replonge dans une crise aussi facilement que le vent dans la plaine.
Je n’ai pas de nounou, pas d’aide à domicile pour m’aider à gérer autrement. Et puis en toute honnêteté, j’ai testé de ne rien faire entre deux.
L’entre-deux se comprime tout autant.

Je suis sur un après-crise. Après. Pas entre.
Je joue avec moi, je joue à faire disparaitre la douleur. J’ai l’impression de clignoter.

Ce matin au réveil, une douleur au coude. Je m’y suis envoyée (faute de pouvoir l’exprimer mieux).
J’ai l’impression de clignoter oui. De m’occuper d’une douleur puis d’une autre, d’en éteindre une quand une autre s’allume ailleurs. Je suis une guirlande à moi seule et ce doit être beau à voir de là haut, ce rouge-douleur qui s’allume et s’éteint et s’allume ailleurs.
Nous travaillons.

J’apprends par la méditation, à travailler avec un dragon.
Je ne tornade pas. Je fais avec parcimonie, ce qui demande à avancer. Je me concentre sur moi, égoïsme re-centré où je m’apprends. Il y a une certaine douceur à se voir être, prendre conscience de soi en oubliant la colère, l’autre, l’inutile, le vide, la lutte, l’excuse, la larme, le mot, l’existence même. De l’autre.
M’ouvrir à moi avant de m’ouvrir à l’autre. N’est-ce pas cela la possible compassion ?

Je pensais exister.
Fermez les yeux, ouvrez les à l’intérieur. Ouvrez-les sur la richesse de votre monde, celui que vous portez en vous, qui dépend de vous.
Il y a des mondes, des peuples, des êtres. Dans le creux d’une seule main.

Je ne suis pas seule.
Je suis complète, légère, tout est sens. Tout mon être avance, travaille, médite, et oh oui prend sens.

Et quand je ne clignoterai plus, ou que clignoter ne me prendra plus toute mon attention..
Méditation de mots.

Je n’ai pas le besoin de tornade, et c’est peut-être ce qui m’impressionne le plus. Oui, le plus, dans tout ce ça.
Vous l’entendez l’espoir dans mes doigts ?
Je m’éveille.

Ce n’est que le début de moi.