• SED

    La nuit, les nœuds

    La douleur m’avait tirée du sommeil avant même que mon fils franchisse la porte – l’heure était donc vraiment exagérée – le muscle faisait un nœud. C’est ma hantise. Le nœud, ma plus grande peur. Parfois il me semble que je suis étrange parce que vraiment la déchirure je devrais l’appréhender davantage mais non, le muscle qui se contracte et se met en boule – pourquoi d’ailleurs, serait-il en colère ? – cela me terrifie. Je suppose, le fait d’être tirée du sommeil joue.. Et alors cette boule se forme pour trois raisons : j’ai trop forcé récemment, je n’ai pas bu suffisamment, il y a une immobilisation longue –…

  • SED

    Combien as-tu marché

    J’avance sur les mots que je ne prononce pas, ou alors pas à la bonne personne – il faut dire, elle a su me plier de mille manière. Je reprends consistance – il s’agit tellement de cela – je reprends sans forme, aussi. La nuit est insaisissable ou alors tourmentée, j’improvise un repos oscillant, libéré d’une fixité trash – on ne meurt pas la nuit. Au petit matin trop sombre pour moi, Hibou a collé ses jambes si froides contre ma peau brûlante de sommeil, il a peur des maisons toutes endormies – elles vivent une vie effrayante. Alors il se réfugie là chaque matin sans son papa, et maintenant…

  • SED

    J’ai fermé les yeux et alors.. j’ai dormi

      J’en suis venue à songer que ma vie ne valait rien. Je me suis mise à déterrer des complexes d’infériorité vieux comme ma naissance – comme le monde, donc. J’ai arrêté de créer. J’ai arrêté de bouger. La vie s’est accumulée de tous les côtés, je n’ai pas pu m’y fixer. L’idée m’a traversée qu’il n’y avait qu’un intérêt limité à ma présence dans le coin. Le blog, les réseaux, ma respiration. J’avais perdu le mouvement, le mien, celui du monde, il y avait ce vertige terrible à se sentir tout au bord de tomber et n’avoir aucune envie de se retenir, je me dérobais à moi-même. Je n’ai…

  • SED

    Tu t’es pas vue t’es même pas là

      J’avais fait quatre lessives une tarte un repas, chassé des araignées des puces des recoins, je boitais des deux pieds – on pourrait croire, avec les deux qui ne se posent pas exactement on pourrait croire qu’on marcherait droit mais non, on marche bizarrement avec la souffrance sous le talon gauche sous la plante droite, on marche juste bizarrement – j’avais trié plié rangé le linge les peluches la literie, empêché la chatte de rentrer quinze fois, remis la chatte dehors cinq fois, fait habiller les enfants, houspillé les enfants qui ne s’habillaient pas, habillé les enfants moi-même. J’ai passé la porte de chez moi et traversé le parking,…