Où irai-je lorsque l’air sera épuisé ?

Où irai-je lorsque l’air sera épuisé ?

.. Je marche sur ma tristesse, je ne suis pas là. J’ai la phrase un peu lente, je sens que je ne réfléchis plus de la bonne manière, je n’aboutis pas, je suis comme en état de choc, vide. Je suis sous l’ombre de la sidération. Je me vois, décalée, le corps devant la pensée en arrière. Nous ne nous rattrapons pas..

.. Il y a quelques heures je me suis assise, un fil jusqu’aux oreilles et un autre entre les doigts. Au téléphone j’ai réparé, j’ai cousu les mots dans la manche que j’avais arraché le jour de son dernier message, il y avait cette immense déchirure, je me souviens avoir pensé dans le hurlement du tissu qu’il y avait là une prémonition que je ne saisissais pas. Je n’avais pas encore lu. C’est étrange n’est-ce pas, ce qui se joue sans nous, en sourdine. Les tissus lâchent nos amitiés avant la conscience..

.. Je n’écoute plus, j’essaye. De temps en temps ça sursaute, l’enfant a répété je réalise alors que la première phrase me parvient là, décalée dans ces secondes qu’est-ce que j’ai fait au temps mon dieu..

.. peut-être je devrais me ranger dans une valise, elle saurait où je dois aller et il n’y aurait absolument personne pour m’attendre, je dirais le silence et je pourrais ne rien dire, ça serait l’ambivalence sans bruit..

.. j’ai reçu une lettre, merci, il y avait cet écho je répondrai..

.. Il y avait quoi de ce regard sur moi que j’ai détruit là, qu’est-ce que tu sais de ça dis-moi, est-ce qu’il y avait en lui de quoi m’attraper entière jusque dans la fissure ou aurait-il tapé afin d’agrandir parce que c’est cela le nœud, à quel moment j’apprends à dire que stop tu ne peux pas t’as pas le droit j’apprends quand avant l’immense blessure duelle ? J’ai laissé la permission de tuer. C’est cela. Toute ma vie. Et je m’étonne de la mort..

.. Où irai-je lorsque l’air sera épuisé ?

Retenez-moi je vais m’envoler

Pyrit – They are

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Il me semblait, je ne touchais pas terre. C’est cela, les yeux grands ouverts sur des pilules toujours aussi bleues j’ai marché sur la nuit et je ne suis arrivée nulle part. C’est un désastre sombre, l’attente. J’ouvre les yeux trop tôt il fait si noir, je ferme les yeux trop tard dans le même noir ou alors c’est un autre, il a changé, il s’est délité, je n’existe pas. Je me retiens à son corps, il a le souffle léger. Il ne s’inquiète de rien.

Le début d’été m’a perturbée, je suis mouvementée de solitude et je crois, cela me va bien. Pourtant je surveille les courbes – et les bosses et les bleus, sans doute – depuis que j’ai perdu 6kg d’amis, parce que dans le doute je n’ai pas envie de rire avec ma santé. C’était un peu rapide, quelques jours-semaine, je mange parfaitement bien cela ne pouvait venir de ce côté. Mon poids s’est stabilisé et je me suis rassurée, j’avais bien perdu 6kg de boulets blessants et manipulateurs. Je ne me suis pas remise de la perte portée, je suis impressionnée par la capacité du corps à se défendre d’un bouclier de graisse comme un preux chevalier. Je ne lui avais rien demandé.

Je surveille, disais-je. Une inquiétude sourde tout de même, malgré le mois entier passé à ne plus bouger, en équilibre sur une vieille balance à aiguille. Un mois, tout un mois indiquant 50 avec finesse.
J’ai eu un doute en rentrant, lundi. Il m’a semblé que le cinquante, je n’y étais plus vraiment, que j’avais bougé un peu, mais avec la vieillesse justement de la bête, pouvais-je être certaine ? Alors ce matin puisque deux jours ont passé, je suis remontée. J’avais été dévorée encore un peu durant mes nuits sans sommeil.
J’ai perdu un kilo d’angoisse et de désespoir. Ou un kilo de mots.
Je vais disparaitre.