Ce que le chocolat réveille de sang en moi

Ce matin je suis sous oxygène, je l’ai gardé de ma nuit, avec les rêves j’ai tiré tous les fils jusqu’à ouvrir les yeux et je bois mon thé avec l’air soufflé et des bribes de pensées étoilées toute mon autre immense et terrible famille mourrait, j’héritais une fortune folle et je le donnais aux réfugiés, j’ai l’humour grinçant jusque dans mon sommeil vu le racisme de cette famille, et je leur disais qu’ils ne devaient pas acheter de chocolat s’il vous plait.
Voilà. Pas de chocolat jusque dans mes rêves.
J’ai les yeux en larmes depuis deux jours parce que jusque là j’habitais sur une autre planète, jusque là le chocolat était encore noir ou alors au lait et que je ne fais plus que le voir rouge sang. Mon estomac s’est soulevé et finalement ce qui est sorti, ce sont mes larmes et toute mon angoisse s’écoulait sans rien aider en quoi que ce soit ces enfants. Le saviez-vous et c’est possible parce que ce n’est pas nouveau c’est simplement moi qui ouvre les yeux sur ce scandale, je vous mets cet article et je vous laisse fouiller pour le reste parce que moi je suis malade de ces enlèvements et de cet esclavage, malade de ce trafic humain et de toute cette souffrance pour qu’on puisse satisfaire notre gourmandise.

« Les pays d’Afrique de l’Ouest sont les principaux producteurs de cacao : plus de 70 % de la production mondiale y est cultivée. »
C’est aussi là qu’ils sont exploités, revendus, enlevés à leur famille. Combien de victimes encore, pour du nutella sur sa tartine, un mars dans la poche ?

Je vous laisse tout de même cet article-là, il parle du chocolat équitable, seule alternative à notre portée pour contrer cet enfer vécu par d’autres.

Je ne peux plus manger de chocolat depuis quelques années, l’allergie au lait m’en empêche. De même je n’achète pratiquement plus rien qui soit industriel (il y a la sauce tomate, et c’est un autre scandale intéressant), tout est d’occasion chez nous, je fabrique nos éponges et tout ce que je peux. Je ne suis pas soulagée pour autant, je suis en réalité épuisée des horreurs mises en place par les humains. J’ai soudain compris pourquoi personne ne pouvait accueillir les réfugiés dignement, notre société entière est basée sur l’esclavage – et si je dis entière je veux dire la totalité de ce que nous possédons ou mangeons. Les réfugiés viennent de tous ces pays où l’exploitation humaine est toujours en place, on ne peut pas laisser entrer sur son territoire un homme fuyant ce que nous les blancs en bas de toutes ces chaines qui nous dépassent ne voulons surtout pas voir, les gouvernements ne peuvent pas laisser entrer ou donner des papiers à un homme qu’ils exploitaient volontairement hier encore ; ils sont une main-d’œuvre à renvoyer. A nier. Ils ne valent même pas un dixième de ce tee-shirt à 2€ ou ces chaussures à 8€, ils ne valent pas même un carré de chocolat. Nous pouvons continuer à fermer les yeux, l’esclavage a de beaux jours dans nos assiettes, nos vêtements, notre technologie. L’humanité est un scandale à elle seule.

Ainsi risquez-le ! ce que vous avez hérité, ce que vous avez acquis, ce que la bouche de vos pères vous a raconté, enseigné, lois et usages, noms des anciens dieux, oubliez-les audacieusement.
– Empédocle dans Cézanne, de Straub

Il reste l’équitable, le jardinage, l’occasion, le fait maison.
Il reste la porte ouverte, les sourires, les dons, l’action.
Il reste à ouvrir les yeux – les miens pour l’instant, pleurent.
 


Origine de la photo

Le monstre en moi

Le monstre en moi

Je me sens monstre, celui que j’ai tenté de garder en moi pour ne pas éclater la tête d’un enfant contre le bitume de notre rue. J’en suis là de moi. Oh elle n’a rien fait, elle a juste ce sourire contre l’adulte, cette suffisance folle et sa toute puissance, elle parle juste des failles des autres et elle appuie si fort que chaque jour l’un ou l’autre de mes enfants rentre et pleure, elle se pense juste inattaquable puisqu’elle ne frappe personne. Elle me regarde de toute sa richesse – car il s’agit bien de cela, cela a toujours été cela, la rue bourgeoise de maisons contre les petits appartements, cette guerre qui existait avant notre arrivée et retombe sur les jeux des enfants.
Et depuis des mois transformés en années je me tais, je console, je demande à ce qu’ils ne jouent pas avec elle puisque toujours cela se termine de la même manière avec l’un des miens qui hoquete et elle qui jubile. Je le connais, ce regard supérieur. Elle qui a mis deux ans à nous dire bonjour alors que nous nous croisions chaque jour, ou qui ne répondait que parce que sa mère était avec elle – la politesse a deux vitesses.

Il y a cette différence, Prince peut être particulier. Alors elle l’attaque, sur sa plaque dans la bouche, sur ses jeux, sur ses tics, alors elle change toutes les règles pour les décaler là sur le côté et qu’ils ne fassent plus que regarder les autres jouer, alors elle exige qu’il balaye sa cour parce que de frustration il y a envoyé une poignée de terre.

J’ai complètement craqué. J’ai déjà un enfant qui peut criser pour rien, alors lorsqu’elle lui met la pression comme ça tout dérape à la maison. Tous les jours. A cause d’une merdeuse mon gamin pleure, se mord et panique. Et moi je tente de les laisser gérer entre eux depuis si longtemps, de leur donner des armes. Tout ça pour en arriver à cette seconde d’explosion.

Je me suis sentie déraper, comme ce qu’on lit dans les journaux sur ces faits si peu divers qu’ils en parlent avec incrédulité, quoi une voisine a frappé à mort une enfant de douze ans ? Je tenais sur un fil si mince que je le voyais entre elle et moi lorsque je lui ai demandé si elle savait ce qu’était le respect, si mince quand elle m’a répondu toute souriante qu’elle avait appris, si mince que je me voyais lui exploser son joli minois et ses grands yeux de biche.

Quel monstre suis-je donc, qu’est-elle venue chercher en moi, quels enfants de mes souvenirs a-t-elle réveillé ? Je ne saurais pas dire, ils ont été si nombreux à avoir cette suffisance brutale. Cette arrogance. Ce sourire parce qu’avec les mots il y a ce vide de preuve et que je n’ai rien à amener à ses parents, rien pour la faire taire sinon ces claques et ces coups que je lui assène pendant qu’elle me regarde bien droit en souriant.

Je sais bien, la petite fille en moi a montré les griffes pour ces milliers de fois où je me suis tassée, parce que je n’avais pas les épaules, parce qu’elles subissaient déjà la mère, parce qu’on ne peut pas survivre sur tous les fronts. Je reste effarée par la vague qui m’a balayé, par ses coups retenus, par un vocabulaire particulièrement coloré que j’ai conservé tout à l’intérieur pour ne pas me mettre en tort. La garce si ravie de m’expliquer le geste de Prince, un peu plus déboussolée lorsque j’ai parlé des humiliations.

Ce n’est qu’une gamine éduquée à la punition et qui le ressert dans tous leurs jeux, qu’une gamine élevée dans le jugement, peut-être même qu’une gamine jalouse de l’IEF – cela expliquerait certaines remarques violentes. Ce n’est qu’une gamine et j’ai réagi n’importe comment. J’ai disparu, ma bienveillance s’est envolée, je n’étais plus là, je voulais la blesser.
Maintenant, j’ai peur de moi.

passage du diable

Tristesse

Le choc est arrivé à rebours.
Il me semble, je voudrais noyer les mots, taire l’essentiel. Une logorrhée où je serais seule à m’entendre, je prendrais tout l’espace le son serait amplifié par le chagrin il y aurait ce remplissage du vide face à moi… Un besoin qui ne passe pas mes lèvres, tout n’est que mutisme alors j’ai rempli avec la musique j’ai mis si fort j’ai pu pleurer en secret, si fort, si bas. J’enroule les notes sur la souffrance, je la musèle sans instinct, cela se fait ainsi, le hurlement se silence dans le bruit qui m’entoure.

Je suis en incapacité de décrocher mon téléphone, paradoxalement je n’ai rien à en dire.
Absolument rien.
Je souhaite simplement remplir ma tête, ne plus voir sa blondeur son prénom, effacer ce que je sais.

Et puis ça redescend, la vague de tristesse reflue, le vide se présente peut-être un peu plus, il enfle de rien, il s’étale à même le sol et la chute est lente.

Les soins ont-ils aidé.. ? Ai-je fait la bonne chose ?
Je le savais, évidemment, que cela finirait ainsi avec elle dans une boite, dans le noir de la boite, dans l’infini voyage du noir de la boite.. il n’y avait rien à faire, rien pour la sortir de là, le chemin se prenait avec ou sans moi je le savais seulement voilà, j’avais espéré, les fêtes tout de même il y avait les fêtes, vous savez cette chose qui fait qu’ensuite plus jamais un noël n’a la même joie tant il goute la mort de la mère. Je pense à cet enfant il a sept ans il s’appelle Prince lui aussi il refusait niait la mort imminente et j’ai tenté d’accompagner sa maman, d’alléger la souffrance de la maladie, et là nous sommes dans ce vide, noël est là et il est seul.

Il y a cette intensité de la douleur face au vide, l’intensité et le rien.

C’est une histoire, elle se répète, la mort a ceci de terrible qu’elle se répète.
Une routine que la chute de l’humanité.
Un petit vient de perdre sa mère. Ma belle-sœur a perdu son troisième enfant il y a deux semaines.
Une chute lente c’est cela, comme amortie, assourdie.
Elle est là, tout le temps, partout, si naturelle et si mal vécue, aussi. Comment se fait-il avec notre âge avancé que nous ne sachions toujours pas prendre la mort par la main ? Une douceur, un passage, une autre vie.. le secret le mieux gardé..

Je supporte assez mal Noël, il s’est inscrit dans mon histoire comme étant le pire qu’une mère, la mienne cette fois, puisse faire à son enfant. Je viens dans ses réunions familiales avec ce bagage lourd, sans envie.. Je voudrais bien le poser, cette année. Et offrir un peu de joie, offrir quelque chose au monde qui n’ait pas ce goût-là. Il me faut il nous faut une petite bulle, une respiration.. une douceur, un passage, une autre vie un sourire, pour remonter de là. La vie me semble un peu trop courte pour en souffrir autant.

[Alors, j’ai aussi de belles nouvelles qui me sont parvenues, de vraiment très belles, et vraiment, merci parce que si j’ai déposé le choc ici c’est parce que j’avais besoin de ne pas le garder trop en moi, de le pleurer il le fallait. Ces bonnes nouvelles me font sourire, rire même, il y a une joie intense à les savoir là – oui je pense à toi tout particulièrement, merci Dame pour le partage – et c’est sur ces mots que je vais m’appuyer pour ce noël, pour cette joie, ces joies que nous partageons. Il est temps n’est-ce pas, de parler de belles choses, et de rire.
Nous pourrions faire cela, ne parler en cette fin d’année que de la beauté, la joie, la douceur, éteindre les télévisions et sortir de chez soi, offrir un café chaud, une couverture, un toit.. relever le niveau de misère, affective et matérielle. Ne pas rester seul, ne pas laisser l’autre dans sa solitude..]

Solitude – à prendre avec des pincettes (ou des paillettes)

Solitude – à prendre avec des pincettes (ou des paillettes)

J’ouvre les yeux tous les matins. Je crois, j’ouvre les yeux sur ma solitude, la plus grande, la plus vaste, celle qui ne peut répondre à aucune question. Je pleure intensément tout au bord de mes yeux, tout au bord de l’âme je pleure, je déborde de tout ce qui ne se dit pas et je ne laisse rien couler. Je suis traversée d’émotions jusqu’au monde réel traversée et alors je me garde-là, vidée de tout puisqu’à l’intérieur tout s’effondre. Je me tiens sur tous les bords du monde et je survis encore.

Je ne suis pourtant pas seule, c’est beau comme elle le dit, cette solitude alors qu’elle n’est pas seule. Je ne le suis pas, je ne le suis jamais. Je me sens désespérément seule parce que je ne le suis jamais, parce que toutes mes pensées s’accompagnent de leurs cris, ou alors des siens, de cet enfant qui crie si souvent, pour tout, à tout instant, qui explose. La solitude extrême au milieu des autres, c’est la plus grande, la plus désespérée. Je perds, à ce jeu-là. Je perds. Il y a ce besoin intense de m’isoler violemment bousculé par un désir intellectuel qui ne peut être comblé. J’ai la très grande chance d’avoir quelques amis avec qui je correspond – oh cette chance j’en ai conscience – elle ne me suffit pourtant pas, je suis comme en manque, il me faudrait des tasses de thés échangées, il me faudrait je ne sais pas penser respirer d’autres idées, croire qu’il y a encore quelqu’un à l’intérieur qui ne s’est pas étiolé.

Il me semble, je n’ai pas eu de coup de foudre depuis Elle. Je l’ai sous les yeux, encore, celle que j’ai raté. Peut-être que c’est elle, qui m’a ratée, elle ne le sait pas comme on s’est ratées, comme on s’est ramassées, comme j’ai souffert durant deux années avant de remonter, très doucement. Oh, nous nous sommes parlées, nous nous sommes rencontrées, je suis tombée dans son regard le sourire dans son regard les paillettes dans son regard je suis tombée et je me suis fait si mal de cette non-réciprocité. Elle est là, cette solitude, dans l’incompréhension de ce que je ne réussis pas. Suis-je donc si complexe ou si peu intéressante que je ne puisse pas déclencher une reconnaissance partagée, les paillettes ça se vit à deux n’est-ce pas?. Parfois elle revient, sans les paillettes sans le regard, nous parlons un peu et puis elle repart, sans nouvelles, je n’espère plus rien, je suis guérie de ce coup, la foudre n’est plus ; lorsqu’elle me parle il y a un vide entre nous je m’assois juste devant et je la regarde. Il y a tous ces Elle potentiels mourant aux pieds, incohérence hasardeuse. Je ne suis venue à ce monde que pour vivre la nuit, l’obscurité des nuits, dans l’ombre. Il fait si sombre que j’effleure les monstres, les mots ne se voient pas, je parle seule.
Tant de vides, devant moi. Il me faudrait une activité où je ne meure pas.

Je suis vrillée par une douleur, elle est un peu à droite, juste là, à droite de la colonne vertébrale. Un peu comme si je ne me tenais pas droite, comme si je m’étais mise bancale sur un chemin unique dans ma vie, unique, un rail tout seul comme dans mon rêve, un bateau qui sortait de l’eau et prenait un rail et s’enfonçait dans un monde apocalyptique est-ce que je vais mourir là, avec tous ces vides.

Ce corps m’enferme, c’est une solitude qui n’en finit pas. Si j’osais je le jetterais, c’est à dire contre un mur, c’est à dire vraiment contre un mur. Il n’est pas correct de le dire, ça ne se dit pas, on ne dit pas « je veux jeter mon corps contre un mur », s’il y avait quelqu’un, pour entendre, il crierait au suicide. Je ne me suicide pas, je jette ce qui ne fonctionne pas, ne peut se réparer, je jette une douleur – la tâche sur le mur – je jette un corps contre un mur, ou alors s’il faut de l’élégance dans la souffrance je pourrais dire qu’un mur s’est mis sur mon chemin et que j’en souffre. On souffre toujours des accidents, ils arrivent dans la solitude, les yeux droit dans les matins trop vastes.

Elle m’a proposé jeudi et j’ai dit oui, j’ai accepté qu’elle vienne manger avec ses enfants avec une amie avec tout le bruit du monde j’ai accepté et je le regrette, cette ambivalence, je le sais je vais agrandir la solitude, cela fera tellement trop. Oh, ce sera chouette, sans doute même ce sera doux. Pourtant elle vient avec une inconnue et j’en suis comme pétrifiée, est-ce que je vais savoir quoi dire, quoi écouter, est-ce que je saurai où se trouvent nos silences ? Et puis surtout finalement, surtout parce que je dois bien y penser parce que tout ce bruit va augmenter le mien, parce que toutes ces paroles volantes vont me briser, combien de temps pour m’en remettre, il m’en faudra combien des matins trop vastes, pour revenir dans mon corps à ne plus vouloir le jeter accidentellement contre un mur ?