Handicap, parlons-en

Handicap, parlons-en

De mauvaise humeur ce matin ? Très certainement. Incapable de me faire mon thé, ni la bouillotte qui doit m’aider, la dépendance pèse. Ne rien pouvoir porter, pas même une cuillère, parfois ça met en colère et l’espoir d’une meilleure journée on ne le voit plus.
Fatiguée, en colère, nerveuse. C’est dans cet état que j’ai lu la lettre envoyée à Madame Roselyne Bachelot (Ministre des Solidarités et de la cohésion sociale), de la sœur d’une amie. Qui m’a mise encore plus en colère, un bouillonnement d’émotions contradictoires.
Cette lettre est surtout un besoin d’expliquer sa vie, d’exprimer ses problèmes (passés essentiellement, dans son discours choisi), mais rien de concrêt, pour moi, n’en ressort, sinon qu’elle veut une prime de noël en tant que bénéficiaire de l’AAH. Cela frise l’indécence.

Je me penche donc sur l’AAH, pour comprendre, parce que quand je lis qu’elle doit vivre avec 1760 euros par mois (à 5 personnes dans le foyer) quand personnellement je peine avec mes 600 euros + caf (à 3 bientôt 4 personnes), et qu’elle dit qu’en se mariant l’AAH saute, et qu’il vaudrait mieux être au RSA (bordel, j’y suis et je m’étrangle avec !) je veux comprendre, j’ai besoin de comprendre.
Donc résumons. En couple, (chiffres ici) elle ne doit pas dépasser le plafond à l’année de 17 846 euros (le mien avec enfant est à 10200 à peu près), soit 1487 euros par mois dans son foyer : « Ce plafond est majoré de 4.461,72 € par enfant à charge.  » => Soit 2602 euros par mois qui ne doit pas être dépassé pour elle..
Nous, on ne doit pas dépasser 800 et quelques euros dans le foyer, CAF comprise. Du coup, je touche 150 euros par mois. Quand Le Chat aura un travail cet argent va s’envoler, nous serons à peine à flot (dans les faits, il n’y aura plus de perte d’argent chaque mois, mais on aura pas pour autant de quoi aller au resto ou au cinéma ; simplement et c’est déjà beau, nous ne perdrons plus d’argent si et seulement si on arrive à se débrouiller pour qu’il aille à son boulot sans voiture. Si on a besoin d’une voiture.. on recommencera à perdre de l’argent).

Grâce à cette demoiselle, j’ai appris que j’allais bénéficier de la prime de Noël. Dans les 270 euros (pour couple + 1 enfant) qui vont venir combler un trou noir, pas de quoi acheter un seul cadeau. Mais quel bonheur de savoir cela, croyez-moi..
Mais cette différence de regard m’assomme et me blesse. Elle veut cette prime pour faire des achats à ses enfants (ce que je conçois), j’ai besoin de cette prime pour manger.

Elle a un statut de handicapé à 90%, une pension d’invalidité donc et la dite allocation d’AAH, un droit de travail aménagé (je ne dis pas que c’est le paradis, mais elle l’a), une aide ménagère possible.
Je n’ai rien.
Ma maladie est royalement ignorée. Je dois mentir aux Assedics sur une recherche d’emploi que je ne peux ni faire ni honorer si je trouvais, tout ça pour avoir 150 euros par mois. C’est une prostitution vérolée, consentie et volontaire pour tenter de vivre.

Je ne peux plus marcher sans m’appuyer aux choses. Je ne peux pas couper ma viande. Je ne peux pas faire mon thé, la casserole d’eau est trop lourde. Je ne peux pas faire le ménage chez moi. Je ne peux pas sortir mon fils. Je ne peux pas sortir prendre l’air. Toute position (assise, allongée, debout) est douloureuse. Malgré tout je m’obstine à lancer un lave-vaisselle chaque jour et/ou une machine de linge (que je ne pourrai pas étendre), j’essaye de faire un peu de couture parce que sinon mes nerfs craque de ne pas être utile.
Noël approche : pas d’argent à dépenser, pas les moyens physiques de faire les boutiques, pas la possibilité de créer de mes mains.

Serais-je à bout de nerfs ? Sans doute.
Oui à moi aussi on m’a fait comprendre que je simulais, que ça ne se voyait pas, que j’avais l’air bien, que je ne semblais pas avoir besoin d’aide. Oui à moi aussi on m’a dit « mais pourquoi faire un 2èm enfant dans cet état ? ». Soit je n’ai rien, soit je n’ai pas le droit d’avoir une vie.

Pour autant.. je ne vois pas cette prime comme un dû. Elle va merveilleusement bien tomber, nous maintenir la tête hors de l’eau.
Jamais je ne pourrai reprendre un travail, et pour l’instant je vois clignoter un « jamais » tu ne seras reconnue handicapée.
Elle veut être au RSA ? On échange quand elle veut..

Elle a une maladie grave certes mais qui ne met pas sa vie en jeu, reconnue, qui évolue.
J’ai une maladie qui ne met pas ma vie en danger (sauf en cas de pensées morbides), qui est prononcée du bout des lèvres par des médecins dépassés, qui évolue.
Elle est handicapée, je suis handicapée et je souffre à parfois vouloir en mourir.
Ni l’une ni l’autre n’avons de traitements.
Ni l’une ni l’autre n’avons une vie facile.
L’une a des preuves médicales. L’autre pas.
L’une est soutenue. L’autre pas.

Fondamentalement, que la prime pour noël soit au cœur d’un débat dans une telle situation, cela me dépasse.

La nouvelle intéressante, que j’ai trouvée hier et qui ne remonte pas spécialement le moral mais qui ai un sacré pas en avant, c’est qu’ils ont identifié le gêne de certaines douleurs chroniques. Peut-être qu’un jour, cela fera aussi changé d’avis la sécurité sociale sur nos cas..

Marasme

Marasme

La confusion de tous les sens.
 
Je n’ai pas vraiment dormi. La crevette a décidé, cette nuit, de tester la sortie en appuyant de tout son petit corps. La douleur fut violente, m’a réveillée, ne m’a plus laissée me rendormir avant que 2 heures ne passent, puis enfin par à-coups. Et il continue ce matin, cela l’amuse d’être si bas quand je fais tout pour le faire remonter ; il s’en moque. Moi aussi, je veux accoucher, là, maintenant. Qu’est-ce que trois mois finalement ? Non ne répondez pas.
 

Mes mains gonflées sont engourdies, douloureuses ; une déchirure. J’ai peur, je ne suis pas prête pour accueillir un enfant dans cette souffrance, cet épuisement, pas prête pour faire un déménagement, des cartons, une recherche de maison, une décision vitale du lieu où nous allons nous poser : montagne ? garrigue ? quitter ma ville ? le tout sur les quelques semaines devant moi.
Non je n’ai pas commencé les cartons.
Non nous n’avons toujours pas décidé de notre point de chute.

 
Je n’ai toujours pas fait ce mail à ma banquière, celui dans lequel je compte bien l’envoyer promener, elle, sa commission et son prêt.
Je rêve d’hibernation.

 
*
 

Le temps a passé, 5 heures. Depuis que j’ai écrit tout ça, ce matin.
 

Gnome est parti dormir chez Blanche, merci à toi..
Ma cheville déconne, j’ai du mal à marcher, j’ai mal.
Mes mains ont dégonflées, mais j’ai mal.
Le bébé continue sa valse dans mon ventre, après avoir dormi quelques heures. J’ai apprécié, j’ai mal de nouveau. A en hurler.
Je suis épuisée.
J’ai pleuré, beaucoup. De douleur.
Je persiste, même si je sais le degré de culpabilité qui s’en suivrait si cela devait arriver : je veux accoucher, maintenant.
Je ne veux pas être dépendante de ma belle-maman, même si je l’aime énormément. Cela m’angoisse profondément. Un début d’explication peut-être, sur le pourquoi de mes cartons pas commencés.

 

Hormones..

Hormones..

Mon état émotionnel est une tempête non maitrisable. Parfois je suis calme, je ressens que mon bébé va bien, je suis d’une grande patience avec mon fils quand le papa a plus de mal.
Et puis soudain je me mets à pleurer, parce que j’ai oublié mon thé, parce que la maison est en pagaille, parce que je dois attendre pour savoir si mon bébé va bien, parce que je vais devoir payer un trajet censément remboursé, parce que ce trajet en car est mauvais pour mes contractions, parce que les douleurs à gérer, parce que parce que parce que.
Alors les tensions retombent, j’endors mon fils depuis une semaine à l’aide de la sophrologie, je lui fais des câlins du matin au soir, j’essaye d’apaiser un enfant angoissé par tout : le bébé, le déménagement, qu’il retourne à l’école, sa cousine, être laissé chez quelqu’un, que je disparaisse, que j’ai un accident, que je ne revienne pas.
Et cette nuit, j’ai retrouvé mon fils debout à côté de son lit, yeux ouverts, silencieux, que j’ai recouché et dont le corps s’est détendu dans la foulée. Il dormait debout. Somnambule. Je sais que ce n’est pas grave, mais je ne peux m’empêcher de me dire que son stress s’exprime.

Depuis ce matin, je suis comme un nuage de tempête, prête à lâcher sur le monde toute la pluie qui est en moi.

 
https://i1.wp.com/fc05.deviantart.net/fs71/i/2011/310/7/9/gold_by_dameambre-d4f9zgh.jpg?resize=600%2C399