Le projet maison, d’un rêve à un autre

J’avais commencé à raconter, il y a quelques jours, ce projet maison un peu mouvant.
Je reprends.

Nous avons ce projet de maison, dans le Sud ensoleillé, possible par le cadeau de mes beaux-parents : il nous offre 400 m² de leur terrain.
Nous acceptons pour plusieurs raisons – ordre aléatoire, liste non exhaustive :

. L’accès à la propriété dans le Sud nous serait impossible sans ce don
. La chaleur, mon corps en a besoin pour vivre et arrêter de survivre en pleurant sous le froid et les douleurs
. Retourner dans le sud, c’est se retrouver proche de personnes que nous aimons, notamment Reno. L’amitié manque, à distance
. Nos enfants verraient vraiment leurs grands-parents
. Je pourrais parfois bénéficier d’une relève
. Le grand-père a des milliards de choses à leur apprendre, dans des milliers de domaines (dont : comment gérer sa surdouance)
. Nous aurions un jardin très grand – tentative d’autosuffisance

Nous sommes passés par beaucoup d’étapes, dans notre tête et sur le papier. Nous avons songé à une Earthship et les différentes déclinaisons de cette maison de hobbits. Nous avons pensé paille, pneus, bouteilles dans les murs. J’aurais bien vu une maison dans un arbre, mais cette fois j’avais poussé un peu le rêve trop loin et je suis revenue sur terre. Nous avons envisagé le toit végétal, la récupération d’eau de pluie, le chauffe-eau solaire, des matériaux de récupération.
Du temps a passé.
Les différents plans aussi.
On a dévié, sans s’en rendre-compte.
Je me suis sortie du projet.
J’étais fatiguée.
Je n’ai pas vu exactement ce qu’il est passé pour que je m’éloigne. J’ai recommencé à avoir de mauvais rapports avec mes beaux-parents, j’en ai déduis que je craignais d’habiter à 10 mètres de chez eux, et le projet je ne me suis plus investie. J’ai fui. J’ai dit un peu oui à tout, j’ai insisté tout de même sur la pièce dont j’avais besoin pour me retirer, je ne l’ai pas vraiment eue et je suis partie encore plus loin du projet. Je ne voulais plus déménager, construire, habiter là-bas. L’angoisse est arrivée, au détour d’un plan. C’est une belle maison, vraiment. Avec une verrière et deux salles de bain. J’avais obtenu un puits de lumière dans l’une d’elle, parce que j’étouffais à l’idée d’être dans le noir, mais LeChat avait rechigné bien qu’accepté : plus de frais. Mes exigences sur cette maison avait pourtant été raisonnable : un coin à moi et un puits de lumière. Je n’avais pas été pénible. Je ne comprenais pas la cuisine au milieu de la maison, j’avais bien tenté de dire que tout de même cela me faisait étrange, mais j’aimais bien aussi les murs en verre qu’il projetait et puis il s’agissait finalement d’une grande envie de LeChat et je la lui ai laissée.

projet maison plan

J’avais lâché la maison et récupéré toutes les angoisses de la terre : je ne voulais plus y aller. Considérant les soucis relationnels que je peux avoir de temps à autre avec ma belle-famille, la cause m’a semblé très facilement identifiable..

Après des mois et des mois de travail –une année, exactement -, les plans ont été envoyé à une entreprise d’ossature bois et à un électricien. Nous avons attendu les devis. Il aura fallu trois mois et demi pour obtenir celui de l’entreprise : 125 000 euros (35 000 de trop pour la banque), et nous attendons toujours celui de l’électricien –nous en sommes à 5 mois, nous n’attendons plus, évidemment.

Au départ mon mari s’est agacé, il a tourné un peu en rond. Il avait besoin que ça avance. Il a relancé. Une fois, deux fois. Cinq fois. Par mail, par téléphone. Aucune réponse. Il a lâché, il a décidé de chercher quelqu’un d’autre et il s’est apaisé. Il est reparti, assez tranquille.

Et là, j’ai tout mis par terre.

Reno était à la maison, nous discutions. Et j’ai essayé d’expliquer que je ne me sentais pas à l’aise. Je n’y suis pas arrivée, parce que dans ma tête rien n’était clair. J’ai commencé à parler de la maison j’ai dérivé toute seule sur notre pagaille ils ont réussi à débroussailler un besoin de “moins de choses quoi !”. C’était parti pour le moins-de-choses-quoi, et on a viré toutes nos assiettes, verres, tasses. On a gardé quatre de chaque, couverts compris. Je me suis sentie mieux, c’était ce dont j’avais besoin, me disais-je. Reno est parti et nous avons continué un peu. Juste un peu. Cela me convenait, je n’étais pas pressée. Je ressentais toujours ce stress, en moins fort.

LeChat a reparlé de la maison, des plans, de l’agacement de l’électricien et de sa réflexion sur le sujet : il tenait l’idée du siècle, il allait construire la maison lui-même et pour ça nous allions d’abord construire une cabane de 20m², on allait y dormir/manger/vivre le temps de la construction. Et ensuite, on détruirait le cabanon.
Mes mots sont allés plus vite que ma pensée.
Je lui ai répondu “mais moi je veux bien y vivre tout le temps, dans la maison de 20m², je n’ai pas besoin de la grande”.

Voilà.
C’était dit.
C’était enfin dit.
Je tenais le bout de mon angoisse depuis une année : je ne souhaite pas une grande maison. Ce dont j’ai besoin, c’est de retirer 75% de nos possessions. Épurer. L’espace, l’air, la visibilité. Et si je retire tout, quel besoin d’une grande maison ? Ce qu’il me faut c’est une toute petite maison, avec un tout petit peu des choses dedans.

LeChat, qui avait passé une année à faire des plans sur ordinateur comme un architecte professionnel, à voir comment agencer chaque pièce pour que l’ensemble soit bien spacieux, à glisser une deuxième salle de bain dans notre chambre, à réfléchir comment nous allions nous sentir bien dans tout cet espace, à prendre rendez-vous avec une entreprise d’ossature bois sur notre temps de vacances en Espagne, à attendre les devis et à s’agacer de leur lenteur, ce même homme m’a regardé avec de grands grands yeux durant une minute. Et puis il a dit : ok.

Voilà. C’était tout. C’était grandiose.
Je me suis remise à respirer.
Dans l’après-midi, il avait refait tous les plans à la main.

maison dessin projet maison
Avec un espace couvert sur le côté gauche, un étage, le prunus désormais sauvé
et du coup, on ne fait pas ça non plus

Il a commencé par une mezzazine, pour les enfants. Trois heures plus tard nous avions tout refait, c’était un étage. Huit heures et du sommeil entre et nous avions tout mis au rez de chausséeje ne pourrai pas monter les escaliers toute ma vie. Et ce qui m’a tout de suite sauté aux yeux, c’est que j’avais l’envie de m’investir vraiment, j’étais bien là, dans l’instant présent, à vouloir cette maison, à vouloir déjà y être, à avoir mille idées.

Oui, voilà. Nous avons une nouvelle maison à présenter, à construire. Ce ne sera pas une tinyhouse – sur roues, 15m² – mais une petite maison passive, tout de même, avec un système de récupération d’eau – fini les bidons à porter. Au sol, 35m² environ. Les trois chambres vont être les plus grandes, elles se partagent 9m² chacune. D’abord parce que nous avons un futon immense et que nous voulons le conserver, ensuite pour que les enfants ne se sentent pas trop à l’étroit, que ce ne soit pas uniquement un espace pour dormir, :mais aussi pour y dormir, pour que ce soit “leur” pièce.

Cela ne semble pas comme ça, mais nous avons aussi calculé la possibilité de recevoir pour manger : à l’intérieur deux personnes de plus et dehors autant que nous le souhaiterons.

Et en attendant, nous vidons notre appartement. Le vélo d’appartement a été vendu, le lave-vaisselle donné. Dans notre entrée s’entasse tout ce que nous avons retiré de la cuisine, et ce sera déposé lors du vide-grenier de dimanche, pour que les personnes intéressées se servent. Nous avons un travail immense en chantier, et sincèrement, entre vous et moi, j’adore ça !

Le projet 2018

Évidemment je me suis levée sur un rêve très parlant, ce matin. Il m’a parlé si fort, je l’ai encore devant les yeux. Je me tenais sur un escalator descendant, et je devais marcher sur les mains, en bas de cet escalator, sans me blesser les doigts, l’image est revenue encore et encore, je m’empêchais d’accéder au sol, d’accéder, j’avais peur de la descente qui arrivait si vite, peur de poser les mains et de ne pas y arriver, peur de marcher la tête en bas et de me faire mal, si mal. Je me suis réveillée sur ses mains non-posables et cet escalator en mouvement.


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Le projet 2018 : m’occuper l’année qui vient. Occuper mes mains, mon esprit créatif, ma plume.
Dans les premiers jours de janvier, j’aurai écrit durant une année sur les 366 réels. Et c’est une drôle d’aventure que celle-ci. Il y a quelques trousil y en aura d’autres -, je les comblerai peut-être. Pas forcément. Et je ne suis pas certaine d’avoir l’envie de recommencer à écrire ainsi sur une année, bien que cela m’apporte beaucoup. Et justement il m’oblige à venir écrire chaque jour et j’adore : alors je voudrais mettre en place un autre challenge, un peu fou sur les bords – à l’intérieur aussi. Le voici :
 

🌼 1 – Une couverture


Je souhaiterais créer une couverture en patchwork (pour une personne), avec des carrés que vous m’envoyez –dès à présent ou en partie avant la fin de cette année, que le projet puisse être viable -, 360 carrés pour tenir l’année, une couture par jour. Le chiffre n’est pas exact, ni 365 ni 366 ne donnait quelque chose de correct pour coudre, j’ai donc opté pour 360. Comme il me faudra ensuite l’assembler avec une doublure (un fond), les cinq jours restant seront de toute façon bien utiles.
Donc.

J’ai besoin de :
. carrés de 8*8 cm (soyez chouette, je ne souhaite pas redécouper 360 carrés pour bien ajuster, donc 8*8 pas plus pas moins)
. tissus en coton, solides (de préférence neuf)
. à la rigueur, tissus en velours si assez fin et non-extensibles
. tous les motifs possibles, toutes les couleurs que vous aimez

Ils ne doivent pas être transparents, extensibles, usés, trop épais (pour l’unité de la couverture).

Vous pouvez en envoyer plusieurs, ils peuvent être identiques (retrouver le motif dans la couverture sera très beau) ou non.

Quelques soucis ?
. Si vous souhaitez participer mais n’avez pas de tissus à envoyer, penser à demander à une personne couturière de votre entourage, peut-être ?
. Il y a l’option échantillons, à demander sur les sites de couture (trouvé par Lizly). Chez tissusnet ils fotn entre 8 et 9cm
. Si le nombre de carrés devait, pas extraordinaire, dépasser les 360 reçus, je n’utiliserai pas tous les tissus envoyés par les personnes en ayant offert le plus, ceci afin d’équilibrer –mais il y a bien trop de marge pour que ça arrive je pense.
. Si, encore plus extraordinaire, le nombre de carrés reçus devait atteindre 720 (soit le double), je ferai alors soit une couverture pour deux personnes, soit deux couvertures – vous déciderez le moment venu.

 

🌼 2 – Un mot


Dans votre enveloppe, vous m’envoyez un mot par carré de tissu.
J’utiliserai un de ces mots pour le broder sur l’un des carrés envoyés. La couverture aura donc, disséminée un peu partout, un début d’histoire, un mot choisi par vous et moi, brodé sur votre carré de tissu.

S’il devait y avoir des doublons – et il y en aura, forcément – je choisirai parmi les mots reçus pour que chaque mot brodé soit unique.

J’ai besoin de :
. un mot par carré
. un mot doux, agréable, bienveillant

Les mots ne doivent pas être neutres comme par exemple un objet (ex : table), le but est de créer une couverture joyeuse, bienveillante, douce. Le monde manque de tous ces gestes, je souhaite participer, à ma mesure.

 

🌼 Ce que cela va m’apporter


. Avec le mot brodé, j’écrirai une histoire. Si je suis inspirée et surtout s’ils s’y prêtent, j’inclurai également les autres mots contenus dans votre enveloppe.
Un envoi de tissu équivaudra donc à une histoire.
. Si le résultat s’y prête – comprendre, si l’auteur que je suis est satisfaite, ou si mes relecteurs me martèlent qu’ils sont parfaits – j’irai jusqu’à l’auto-publication de ces histoires, que vous pourrez vous procurer en livre papier – joli prétexte pour tester ce côté de l’édition.

 

🌼 Ce que cela va vous apporter


. Un mot choisi par vous, brodé sur la couverture
. Une histoire : je ne souhaite pas vous prendre en otage avec cette histoire de publication. Votre histoire vous sera envoyée (par mail très certainement).
. Un livre à acheter pour ceux qui le souhaitent (ou toutes les histoires publiées ici, selon)
. Vos noms en remerciements, dans le livre (si vous acceptez)
. La couverture, pour l’un d’entre vous tiré au sort

Je vous demanderai de la patience, d’abord parce qu’il me faudra bien une année pour venir à bout de ce projet – l’écriture, cela demande du temps, ensuite parce que je vais devoir composer, vous le savez, avec ma santé et les particularités de Prince. Entre les crises de cet enfant, le fait de toute façon d’en avoir deux (ça occupe bien aussi), les luxations et les déchirures musculaires, j’ai de quoi faire régulièrement pour occuper mes journées. Il arrivera peut-être que je doive repousser un peu dans le temps, la finalisation de ce challenge. Dans tous les cas, il verra le jour !

 

🌼Je récapitule ce dont j’ai besoin :

. un envoi par foyer

. un carré de 8*8 au minimum (pas de maximum), identiques ou non
. un mot par carré envoyé, obligatoirement bienveillant ou doux (pensez vous comme une marraine-fée/parrain-fée)
. votre adresse mail (servira uniquement à l’envoi de la nouvelle ou micro-nouvelle, et au tirage au sort)
 

Alors, tenté par ce “projet 2018” ? 🙂

couverture patchwork projet 2018
Couverture patchwork de poupée, pour ma filleule

 
 

(Bleu à l’âme, alors) 5/52 photo project – bleu


bleu

 

tasse de thé carte théière bleu


 
C’est une couleur timide, elle se noie sans le dire. Elle a une tonalité particulière, absente et céleste. Délicate. C’est l’évasion par le fond. On entre dans le dialogue hésitant entre invisibilité et méditation, le vide apparent s’ouvre dans le bleu de l’âme et on y sombre sans saveur. Il ne m’inspire rien, je pense bleu et je ne vois que mes lunettes d’enfant qui m’avaient valu en 5èm un surnom dépressif à souhait : Schtroumphette. Je m’habillais de bleu, mes lunettes étaient bleues, mes yeux étaient bleus… les surnoms proviennent souvent d’une médiocre observation. Mes vêtements m’étaient donnés, mes lunettes étaient choisies par ma mère, ce n’était pas par plaisir, par choix, par envie. Un gamin m’a dit Toi tu aimes beaucoup cette couleur, c’est ta préférée non ? et j’ai découvert qu’il était possible d’avoir une préférence pour une couleur, que je les aimais toutes à l’exception du rose et que le bleu pouvait bien faire l’affaire.
_ Quelle est ta couleur préférée ?
_ Le bleu.
J’aurais même pu y glisser une note condescendante ça se voit tout de même.
Le sommeil m’y a attrapée. Je crois que le bleu me tuait, creusait mes cernes, il coulait sur mes joues : le chagrin est bleu, ne le saviez-vous pas, il a ce reflet invisible et tenace de la dépression – cet inachevé là qui se noie sans le dire, sans le moindre bruit.
Il m’a fallu attendre d’avoir vingt-quatre ans pour m’apercevoir que j’aimais le rouge dans toutes ces profondeurs, que j’entrais dans ma préférence véritable, que j’existais, que le bleu gelait mes pensées.

Il y a sans doute trop de bleu dans ma vie, pour que je ne sache plus écrire des histoires. J’en suis d’une tristesse infinie.

Je me demande. Y a-t-il du bleu en toi ?
 

Sur une idée de Yellow Cat

 
 
 

Les projets de l’année 2016 : l’écriture en son centre

coucher de soleil doré jaune

 

Je m’approche. Je m’approche de ces instants entre ciel et terre.
Je cherchais un sens à mes journées, un sens à ce que je suis, à ce que je peux offrir, des projets pour remplir ma vie à côté de mes enfants et je me suis retrouvée en l’espace de quelques heures avec deux projets importants que je n’ai pas vu venir. Ils complètent ceux déjà mis en place, et je suis profondément touchée de voir à quel point cela tourne autour des mots et de la photo, je suis fascinée. J’ai l’impression de bourdonner, je ressens cette sensation d’une nuit qui se dévoile, de formes qui apparaissent.

Un atelier d’écriture : au détour d’une phrase parfaitement anodine j’ai mis les pieds dans un atelier d’écriture. Je pensais le créer pour elle et puis pour moi peut-être, mais les mots ont tendance à s’échapper : l’écriture appelle les écrivains. Alors je rouvre cet espace, là-bas, et une fois par mois je vous proposerai une photo – et un thème ou un mot à ajouter au chalenge, pour ceux qui le souhaiterait.

Un livre : Un coup de téléphone et je me suis retrouvée avec un livre à écrire, avec un travail d’écrivain public, avec un travail. Oh le temps d’un livre. Et puis ce n’est pas encore fait parce que vous savez, parfois les gens se lancent, ils grimpent et puis soudain ils s’arrêtent. Alors peut-être que la personne va reculer, peut-être que moi je vais m’apercevoir que ce n’est pas possible, mais il y a là cette incroyable mouvement : un livre est venu à moi pour que je l’écrive. Un. Livre. Je rêve de vous écrire, vous savez. Je vous entends et je vous pose, parfois.

Mon livre : toujours ces mots qui s’échappent et refusent d’écrire autre chose. Je ne suis pas rapide mais j’y arrive. Il m’arrive de penser qu’il me faudrait trouver un mécène, afin de pouvoir vivre de mon écriture, Je survis comment sinon avec ce compte en banque ? à toutes ces cendres déposées…

52 Photos : un projet de photos, chaque jeudi un nouveau thème. J’aime beaucoup cette idée parce qu’elle m’oblige à sortir de ma zone de confort : je ne photographie pratiquement que la nature. C’est particulier, je ne suis pas autant à l’aise : cela me fait travailler la photo sous un autre angle.

366 jours créatifs : c’est une catastrophe, je crois que j’arrive à poster une photo par semaine, en moyenne. Je crée pourtant tous les jours, je n’ai simplement pas le réflexe de le prendre en photo, ou pas le temps. Je me dis que l’important c’est la création, pas la photo. C’est rassurant de rater un challenge en le réussissant autrement, ou peut-être que c’est rassurant de se rassurer et que je me leurre et ça n’a aucune importance.

Flow : un challenge de photos, jour après jour, pour le mois de février. J’espère réussir à être plus assidue que pour le précédent !

366 jours de mots : je voudrais essayer, lorsque je n’ai pas le temps d’écrire tout un article ou que je n’ai rien à dire – non vraiment, ça arrive – d’écrire tout de même. Je vais faire en sorte de poser même une phrase, ici. Juste une. Une intention d’éclat, une parole inachevée qui trouve sa place malgré tout.

L’anglais : je continue, jour après jour. Trente-et-unième jour sans interruption, je suis fière de ma persévérance.
 

Je ne peux pas m’ennuyer. Mais si j’avais le temps, si j’avais l’argent, je rajouterais une formation à mon arc : écrivain public.
Vous avez besoin qu’on vous écrive, si vous saviez.
 
 
 

3/52 photo project – shoes

Shoes…
Il y a certaines choses qui ne me passionnent pas, et les chaussures en font partie. Pour ce projet je vous encourage à (re)lire cet article là, où il y a deux photos parfaites pour ce thème : de vraies chaussures avec du bleu turquoise, de vraies chaussures que j’ai finalement porté une seule fois parce qu’elles m’ont fait mal au pied et que je les ai abandonnées à une association.

Les chaussures sont devenues un sujet terriblement difficile.
Notre quotidien est devenu un sujet terriblement difficile.

Je rêve, je ne fais plus que rêver. Que la vie se déroule, qu’un vêtement passe l’épreuve du bras sans heurt, qu’une chaussette ne se replie pas, qu’une chaussure reste au pied, qu’il n’y ai plus de cris, que les visages ne se chiffonnent plus dans les larmes. Je suis surprise, chaque fois surprise quand les beaux moments s’effondrent, quand une sortie devient un calvaire, quand mon enfant me hurle son mal-être, sa souffrance, son désespoir. C’est qui c’est quoi pourquoi ça vient d’où ? J’ai toujours su voir, j’ai toujours su comprendre, j’ai toujours su démêler. Je ne démêle plus rien je pleure. La psy dit que Prince non plus, ne sait pas. Moi je vois que la tonalité est la même, le son est le même, la couleur est la même quand il s’énerve sur une chaussette et quand il panique sur un exercice de mathématiques. C’est la même chose, la même colère, la même angoisse. Il a une peur de l’échec qui le grignote. Je me souviens qu’à deux ans, lorsqu’il gribouillait des dessins avec ses feutres, il se mettait soudain à hurler, froissait sa feuille, la jetait le plus loin possible : ce n’était pas ce qu’il avait voulu faire. Il a sept ans et demi, il continue de jeter loin, froisser, hurler. Il jette ses pulls, ses chaussettes, ses chaussures, ses mathématiques. Il jette loin, il hurle et nous sommes au bout de nos idées, de notre patience. On a acheté des feutres qui s’effacent et il ne froisse plus ses dessins, on l’aide à s’habiller mais il hurle tout de même comme si nous n’étions pas là devant lui et pour lui, il hurle que nous refusons de l’aider alors que nos bras sont tendus vers lui. Nous ne nous comprenons pas. Il nous hurle plusieurs fois par jour qu’on ne l’écoute pas et que nous sommes méchants, que nous ne voulons pas l’aider. Nous écoutons et pourtant j’ai l’impression que nous ne communiquons pas, que nous n’arrivons pas à comprendre ce qu’il cherche à dire, que nous sommes, peut-être, bêtes de ne pas comprendre ses évidences.

Dimanche, Prince nous a maintenu une heure à la maison : il a jeté tous ses pulls et puis il a jeté ses chaussettes, et enfin ses bottes parce que les chaussettes – neuves. Et quand enfin nous sommes arrivés à partir puis à trouver un lieu de promenade, tous les trois pas il s’asseyait dans la neige, enlevait sa botte, tirait sur sa chaussette, remettait sa botte. Tous. Les. Trois. Pas. Parfois deux. Il ne criait pas et c’était bien la première fois que cela se passait aussi bien. Mais à ne pas avancer j’avais froid, si froid. J’ai commencé à bleuir, j’avais beau essayer de bouger, de marcher devant – sous les cris de Hibou paniqué que je parte sans lui – j’ai fini par laisser tout le monde et rentrer à la voiture pour me réchauffer. Et ce fut le meilleur moment pour moi. J’étais dans le silence, j’étais sans enfants, j’étais sans conflits et j’avais un livre.

Dans la forêt et uniquement pour les oreilles de LeChat, j’ai proposé de jouer au petit Poucet pour quelques heures. Il a suggéré à son tour de leur laisser un périmètre, une consigne de ne pas en bouger, et nous serions revenus deux ou trois heures après. C’était horrible, c’était les larmes, c’était l’épuisement. On en est là, à déconner avec ce qu’on ne devrait pas, des mots qui ne devraient pas être sur nos lèvres, des pensées qui ne devraient pas nous traverser. Elles nous traversent de très rares fois alors je les pose là, qu’elles y restent – il me faudrait plus de tirets derrière lesquels me retrancher, les créer dans mes journées et m’y cacher. Je suis fatiguée de ne pas comprendre sa souffrance, fatiguée que tout prenne une ampleur folle, fatiguée que mon énergie m’échappe dans ses problèmes.

Les chaussures sont devenues compliquées à gérer, comme trop de choses. Alors j’ai pensé que finalement pour ce projet, j’allais les photographier pour me prouver qu’elles n’avaient rien de dangereux, qu’elles pouvaient rester au pied des gens, que parfois ça ne volait pas dans les pièces.
 

shoes chaussure neige
Un peu de contraste, sur la neige qui n’a pas d’importance.
Mes chaussures du Canada