Avignon – 1/2

Je n’ai pas photographié Avignon. Il y avait cette pluie, collante, elle lavait les sols, les vêtements, les idées, elle empêchait l’appareil et je me suis servie de mes seuls yeux pour me souvenir. Dans la chambre d’hôtel nous dégoulinions comme une rivière déborde de son lit, c’était un trop incroyable. Dans le miroir, mes cheveux trempés et le visage rouge, quelque chose clochait et c’était ce rouge, voilà : un coup de soleil. Sous la pluie. Sous les nuages sombres. Un coup de soleil. Je me suis penchée hors de la salle de bain – dans les hôtels, tout ce qu’on peut faire c’est se pencher pour trouver l’autre, là, tout de suite, jamais perdu – et je n’étais pas seule avec cette incongruité : LeChat avait son visage aussi rouge que le mien. Cela nous a laissés rêveur, cette pluie cinglante, ces nuages si noirs et ce soleil impossible autant que ses coups. Nous avons été illuminés, il semble.

Nous avons marché, donc. Sous l’eau qui tombait d’un ciel qui cachait un soleil. Et c’était merveilleux malgré les chaussettes qui splashaient dans les chaussures, la Cité est splendide. La vieille pierre parlait à certains endroits, elle était lourde d’une présence intense parfois ; comme dans la rue des teinturiers, aux abords du couvent des cordeliers, où je me suis retournée à deux reprises, croyant qu’une personne se tenait collée à moi et non, personne. Cette rue, c’est la plus belle du monde avec ses vieux platanes, ses pavés, ses roues à aubes et sa rivière (la Sorgue). Ne pas en avoir de photo m’attriste, je suis certaine que j’aurais su en montrer l’essence, l’énergie. Les fantômes. C’est ainsi.

J’avais découvert avant notre départ, le seul endroit où vraiment je voulais bien m’enfermer une heure ou deux : un salon de thé anglais. La pluie nous y a poussés sans délicatesse, et cette chaleur des lieux – les livres, la pierre, le toit au-dessus de notre tête, la Dame – nous a soulagés tant nous étions frigorifiés. Si le thé fut un grand classique – je ne m’étendrai pas sur les sachets – j’ai en revanche adoré le libre accès à la bouilloire pour me resservir en eau chaude. La Dame a rentré pour nous une table et nous nous sommes assis au milieu des livres. L’un d’eux m’a attirée et je me suis retrouvée à lire le Tao de Lao Tseu, le 47mais en anglais bien évidemment.

Sans sortir de ma maison, je connais l’univers ;
sans regarder par ma fenêtre, Je découvre les voies du ciel.
Plus l’on s’éloigne et moins l’on apprend.
C’est pourquoi le sage arrive (où il veut) sans marcher ;
il nomme les objets sans les voir ; sans agir, il accomplit de grandes choses.


J’ai réalisé que je comprenais ce que je lisais. J’ai eu un sursaut, j’ai demandé à la Dame un livre pour la débutante que je suis. Elle a hésité, cela dépendait de mon niveau. Je lui ai expliqué que j’étais nulle en anglais, que j’avais commencé à lire Le trône de fer, que j’y arrivais mais que c’était long, je l’ai vue changer de tête et j’ai tenté de me justifier en expliquant que je trouvais cette lecture vraiment trop longue et laborieuse et que cela me décourageait, elle a continué à me regarder de travers et j’ai songé que peut-être, il fallait que je repense mon niveau. Je suis repartie avec un roman de Roal Dahl – j’ai reposé ses nouvelles, je me serais découragée comme avec Martin – et j’ai eu une pensée pour Lizly qui m’avait parlé de ce livre qu’elle lisait justement et que je tenais désormais dans mes mains : Witches. Et je ne sais plus où j’en suis, l’anglais m’a tourné la tête je me sens tout aussi nulle qu’avant, avec juste un peu plus de compréhension peut-être.
Lorsque nous sommes repartis nous avons laissé derrière nous de larges flaques, et un espace léger sur une étagère c’était creusé.

Dans la chambre, nous avons lancé le chauffage et essoré ma cape qui portait le poids des nuages. Nos chaussettes avaient une triste mine, celle de nos chaussures. J’ai craint si fort que nous ne puissions pas ressortir le lendemain, que notre vie reste trempée dans un hôtel durant des jours. Et puis il y a eu la nuit, il ne faut surtout pas mésestimer la force d’un chauffage et de mon appareil à oxygène – il hyperventile. Tout était sec, comme si jamais nous n’avions rencontré l’océan d’Avignon.

Il pleuvait toujours le second jour et nous avions un parapluie cette fois, un rouge sombre un peu bordeaux qui nous a manifestement sauvé de la pluie autant que du soleil derrière – pas de coup de soleil, cette fois. Nous avons arpenté la Cité, et puis acheté des vêtements dans une friperie. Au détour d’une rue je suis retombée en enfance, il y avait cet Opéra comme dans mon souvenir j’ai six ans et mes grands-parents m’emmènent voir Les contes d’Hoffmann de Jacques Offenbach, il pleut et pour la première (et unique fois) ils me font monter sur ce très vieux manège je me souviens j’ai l’impression d’y être encore c’est fou comme c’est maintenant et si loin, aussi. Cette même pluie, ce même bâtiment, ce presque même manège, simplement plus neuf depuis son aspect vieillot qui ne l’est pas..

À Nature et découvertes – je résiste rarement à cette boutique – je suis retombée sur le Tao, j’ai vérifié ma traduction et donc mon anglais et puis je me suis dit que deux fois en deux jours, ce livre, il tentait vraiment fortement de rentrer dans ma maison. Je me le suis donc offert avec mon budget activité – j’ai décidé que puisque je ne pouvais pas, comme tous les autres habitants de ma maison, avoir une activité par la faute de la maladie qui me fiche un peu tout en l’air dès fois, que j’allais avoir un budget activité : environ 150 euros par an, donc, à dépenser en livres ou magazine. Alors donc, j’ai craqué sur deux livres et puis Open Mide, et cela m’a fait du bien. Je suis enfin à l’aise avec l’idée d’acheter quelque chose pour moi.

livre tao

livre arbres

Le jour d’encore après – ce temps, qui passe, sans cesse.. – nous avons frôlé le Palais des Papes, nous sommes rentrés juste le temps de réaliser que ce que nous souhaitions en réalité, c’était vivre dehors. Même la pluie, plus disparate cette fois, n’a pas su nous pousser vers un abri. Nous étions si bien, à l’air libre.. Alors nous nous sommes dirigés vers les hauteurs où s’étendaient des arbres sublimes et une plaque, immense, de tous les noms juifs avignonnais, morts durant la seconde guerre. Je lisais depuis la veille Les messagers du désastre et c’était un écho insupportable, ces noms, les âges des enfants – et celui-ci il avait trois mois, bordel. Je me suis réfugiée, de l’eau coincée dans la gorge, sous un arbre qui en avait autant de coincé en lui – je n’ai pas su démêler, alors quand je me suis apaisée je lui ai offert ce que je pouvais de douceur ; et puis je m’en suis allée, sous la pluie et sous le soleil caché sous la pluie. Nous avons déambulé jusqu’à la fatigue, et nous sommes rentrés essorer nos chaussettes. Sur le lit je me suis effondrée, heureuse de ce séjour en ville qui n’en est pas vraiment un, qui retourne à la nature, encore, toujours.


A un souffle de la glace

A un souffle de la glace

20 mars

LeChat, de par son métier, est sur la route. Il sillonne la région. Il croise yeux dans les yeux des écureuils, des rapaces, des renards, dans la nuit ou tôt le matin, des virages aussi – et parfois il est malade.
Hier il est rentré à la maison en nous demandant de nous préparer, il avait vu du givre. Des étendues de givre, des arbres blanchis et des éclats de soleil sur chacun, c’était magnifique, il fallait qu’on voit ça. On s’est habillé, très chaudement : -7° tout de même. Seulement, si le matin il faisait essentiellement très gris, le soleil s’est installé durablement quelques heures l’après-midi : le ciel bleu promettait un réchauffement malvenu.

Et effectivement, lorsque nous sommes arrivés pratiquement toute la région avait perdu sa blancheur. Nous sommes donc allés plus dans les hauteurs, à Super Besse – station de ski très appréciée par ici. L’endroit est désolé – peut-être qu’il s’excuse – il n’y avait pas un arbre juste le blanc de la neige. Je me suis confrontée à ce vide comme à me tenir au bord d’une falaise, c’est impressionnant, dans ma tête il n’y avait plus rien.

Le vent soufflait sur toutes les idées, les sombres les géniales tout s’envolait il n’y avait plus de place pour rien sinon résister au vent, tenir, ne pas se faire balayer comme un fétu de paille. J’ai bien tenté une photo ou deux sur les branches, c’était utopique c’était flou c’était raté, je me suis obstinée et j’en ai réussi deux ou trois presque par hasard et je suis vite rentrée à l’abri.


et quelques glaçons au vol

Sous les pieds la terre durcie, absolument indomptable, inattrapable, un simple bloc de béton glacé. Au loin les remontes-pentes, quelques traces sombres pour les sensations fortes. Je ne sais pas skier, sans doute je ne saurai jamais. Cela ne serait pas raisonnable, cette évidence-là ne me retient pas souvent mais là je ne sais pas, je ne suis guère tentée.

Dans le lointain des hurlements de chiens nous font relever la tête, la cacophonie est incroyable et le ciel est devenu noir. Le vent est de plus en plus violent, de la neige dure comme des cailloux nous frappe le visage ; je prends mes photos depuis la voiture, au chaud. Les enfants s’envolent un-peu-beaucoup et ça les amuse follement. La vie ploie, je me sens comme ses herbes folles complètement couchées, balayée et résistante, toujours, tellement.


On voit bien en bas, la neige (dure) soulevée

La tempête devenant difficilement gérable, nous fuyons avec le sourire et les doigts congelés collés sur le chauffage qui souffle aussi fort qu’il peut. A quelques minutes de là se tient le lac Pavin – je l’avais photographié un automne – et nous pensons, à raison, que les arbres nous protégerons. Le vent souffle si fort nous devons parler comme lui, à forcer sur nos cordes vocales ; les arbres renvoient un écho bruyant – il y a comme une certaine joie en eux.
Le lac gelé est d’une telle splendeur je plonge mon regard sur sa surface gelée, je m’attends à tout instant à y trouver un animal, le traversant avec majesté. Nous sommes seuls, incroyablement seuls.

La luminosité change sans cesse, des apparitions de soleil bouleversent le paysage depuis des hauteurs invisibles pour nous. Depuis le tour du lac, le soleil n’est pas perceptible sinon par la lumière qui accroche ou non les lentilles de mon appareil. Qu’il soit présent ou non, la température est fort basse : -5°C. Nous faisons attention où nous posons nos pieds, avec le stress continu que nos enfants glissent jusqu’au lac. Le froid a raison de nous et nous faisons demi-tour, avec tristesse tout de même : j’aurais tant aimé continuer à photographier ce monde empli de magie..

Je fais quelques pas, je lève le bras pour en prendre une dernière et je glisse.
Je ne saisis pas comment c’est possible, le sol n’est ni plus ni moins gelé à cet endroit qu’ailleurs, je n’ai rien senti sous les pieds et pourtant.
Je glisse.
En arrière.
Je tombe, un bras en l’air pour protéger l’appareil, l’autre vers le bas pour me réceptionner et je m’explose le poignet sur la roche. La douleur est si violente, impossible de me relever, je ne sens rien d’autre que ce poignet qui continue d’exploser. LeChat m’aide à me relever et nous rentrons rapidement jusqu’à la voiture, sous les rafales d’une intensité folle – les arbres ne nous protègent plus, nous crions pour nous entendre tant le bruit du vent couvre nos paroles.

21mars

De la chute, je conserve des douleurs comme si une voiture m’avait renversée – je ne bougeais plus que pour gémir. Mon huile miraculeuse a sauvé ma soirée puis ma nuit, et si j’allais mieux ce matin c’est bien plus difficile ce soir. Quelques jours sans doute encore, pour que je sorte de ces douleurs aussi folles que le vent qui nous a secoué.
La promenade elle, me reste sous les yeux comme si j’y étais encore. J’ai été bouleversée par la violence des vents et la beauté qui nous entourait..

Une merveilleuse parenthèse que ces quelques heures.. !

Aujourd’hui toujours vieux – Le lac Montcineyre, Auvergne

Aujourd’hui toujours vieux – Le lac Montcineyre, Auvergne


Ils se sont posés autour de nous vers la fin du paléozoïque. Ils étirent le paysage d’une dune à l’autre, d’une rivière à un lac, s’admirent dans les flaques inattendues qu’ils ont fait émerger. Que sommes nous donc face à soixante-cinq millions d’années. Les sombres petits cailloux bordent leurs eaux dans le silence des volcans, le vent balaye l’humanité. Elle n’existe pas ici, elle se présente dans un sursaut et s’en repart, vaincue par la beauté.

D’après l’exercice 366 réels à prises rapides – Aujourd’hui toujours vieux


C’est parce qu’à ce moment-là je me suis sentie libre que j’ai compris, en contrecoup, le mot « opprimé ».
(..) La tyrannie, c’est ne pas faire exister l’autre.

Jeanne Benameur – Pas assez pour faire une femme

Montcineyre maison lac
Maison du Garde des lieux

Montcineyre arbre Aujourd'hui toujours vieux

Montcineyre arbres lac Aujourd'hui toujours vieux

Montcineyre forêt arbres Aujourd'hui toujours vieux

Montcineyre lac paysage

Montcineyre lac vent
Le vent nous glaçait de toutes ses forces

Montcineyre lac eau roche noire
La roche noire des anciens volcans

Montcineyre lac buisson

 
 

7 avril 2017 – Océan Atlantique côté Biarritz – Jour 2

7 avril 2017 – Océan Atlantique côté Biarritz – Jour 2

J’ai dormi sur une nuit apaisée et bien au chaud ; à peine quelques petits accrocs dûs à des mini-réveils – raisons non identifiées, LeChat bougeait peut-être ? -, un sommeil bien profond m’a ancrée dans mes songes. Nous nous sommes réveillés à 8h16, un peu étonnés par l’heure tout de même : on dort tellement bien dehors, nous ne nous y attendions pas ! J’avais même réussi, la veille en me couchant, à positionner un rebord de couette de manière à ce que ce soit entre la toile et ma tête et j’ai ainsi pu conserver mon visage au chaud ; adieu nez glacé et mal de tête.
C’est que ça n’a pas l’air, mais il fait 2°C. Nous avons froid c’est certain, mais pourtant bien moins que la veille : aucun vent pour nous traverser jusqu’aux os. Les pins nous ont bien protégés, et comme nous ne sommes qu’au début des Landes il n’y a aucune humidité.

Cette fois-ci, nous prenons le temps d’un petit déjeuner. Le thé bien chaud – acheté la veille à Montauban – est la juste boisson qui magnifie mon regard de bon matin et non accessoirement me réchauffe les mains. Et cerise, une toilette matinale est prévue ! Et j’ai oublié de prendre des photos ! Je suis une boulette, oui, j’assume. Vous ne verrez donc pas la toute petite tente : pas de quoi tendre les bras mais de l’espace pour se changer à l’abri du froid et de vent, c’est un régal. Nous avons fait chauffer l’eau pour une petite bassine et la toilette de chat fut bien agréable. On tient debout juste ce qu’il faut pour se déshabiller, se laver rapidement, passer des vêtements propres. LeChat a été surpris par la chaleur générée, lorsqu’il est passé après moi – l’injustice, en somme, puisqu’il n’a jamais froid nous aurions dû faire l’inverse ! En vérité, moi qui suis frileuse je n’avais pas froid du tout.

J’ai oublié de parler du lavage des dents, très simple : la brosse à dents et un peu d’eau. Quant aux toilettes, un petit trou et c’est terminé. Pour les épluchures de tous les légumes et fruits que nous mangeons, pour elles aussi nous les enterrons pour faire un compost – une exception pour le poulailler de la veille qui les a bien sûr avalées. C’est la vie la plus simple, la plus économe de gestes que je connaisse.

J’aime beaucoup, partout où je passe, nettoyer l’espace. Il n’y avait, et c’était sur le chemin, qu’une vieille cannette aplatie et ancienne que j’ai ramassée dans notre sac-poubelle. Depuis le départ, nous avons la chance de tomber sur des coins très propres, ce qui est fort agréable pour le moral. Nous nous sentons accueillis par la terre elle-même, la vie, la nature, comme si nous étions les seuls ou alors les premiers à être là.

Nous repartons et cette fois nous ne nous arrêtons pas. Les heures passent, les mains sur le tableau de bord brûlant pour apaiser les douleurs qui me vrillent. Nous sommes submergés de pins et encore de pins, rien qui n’arrête notre œil, rien qui ne réveille notre envie de découvrir. C’est fatigués que nous arrivons aux abords de la véritable civilisation : les agglomérations. Le paysage change alors brutalement : une large route à plusieurs voies, une vitesse plus grande, beaucoup de voitures, beaucoup de bruit. Nous suivons Bayonne et je découvre, étonnée, le nombre de magasins bio de la région. Nous en croisons tellement que j’arrête de les noter mentalement dans ma tête, nous trouverons forcément lorsque nous en aurons besoin – et ce fut le cas.

L’arrivée à Biarritz est spectaculairement compliquée par des sens uniques de tout bord, surtout les plus improbables. Le GPS nous aide énormément à nous diriger, sans lui je crois qu’on s’arracherait les cheveux. Je le pointe sur un parking proche de l’océan, et nous mettons un temps fou pour y arriver, un temps sous le soleil avec le moteur éteint pendant qu’un camion décharge – ne pas s’y méprendre, j’adore ce genre de temps qui ralenti la ville, force à s’apaiser, à regarder autour de soi – un temps à savourer la chaleur ambiante et le côté petite ville toute petite de Biarritz auquel je ne m’attendais pas une seconde – ben non je n’ai pas fait de photos, humm. Quand nous arrivons enfin à l’embranchement pour ensuite descendre dans le parking sous-terrain, une camionnette garée un peu en plein milieu ouvre sa porte arrière, bloquant l’accès. Nous pouvons attendre bien sûr mais je préfère y voir un signe, qu’il ne faut pas que nous descendions et je fais continuer mon mari. Nous nous égarons sur une place compliquée de sens interdits hallucinants et nous finissons par repartir, un peu sonnés. Nous commençons à quitter vaguement le centre-ville en longeant la côte quand nous trouvons ce parking, en plein air, surplombant l’océan.. grandiose.. avec une place juste pour nous. La seule, par contre. Nous ressentons fortement que malgré un mois tout jeune mois d’avril, le tourisme fonctionne vraiment fort. Je n’aimerais pas y être en été, ce doit être impraticable.

Biarritz océan hauteur
On ne les voit pas, il y a des rochers juste avant le sable.

Biarritz océan hauteur rochers

Biarritz océan hauteur surfeur

Nous descendons des marches et des marches et puis des tonnes de marches avant de toucher le sable fin. Plus nous descendons plus nous entendons l’océan, un grondement intense, incessant, impressionnant. La vue plate et lointaine est trompeuse, il y a là une force superbe.
Il est 12h36. L’endroit est parfait pour pique-niquer. Nous nous posons sur les rochers, avec une inquiétude légère pour ma part : il me semble que l’eau monte. LeChat fait la moue, il n’est pas convaincu.

12h38. Petite vidéo pour le son, même si cela ne rend pas justice une seconde à ce qu’on entend réellement :

12h40. J’insiste un peu, tout de même, pour cette histoire d’eau qui monte, il ne me croit pas toujours pas vraiment et de toute façon nous avons faim : la marée attendra. Je mange, je prends des photos, je m’extasie sur des surfeurs et j’admire en douce les jolies fesses des messieurs – en douce des messieurs bien sûr, pas de mon homme : il admire avec moi.

Biarritz océan vagues

Biarritz océan vagues

Biarritz océan vagues surfeurs

12h48. Et puis je regarde à nos pieds. L’eau a clairement monté et cette fois LeCHat ne peut pas contester. Tout de même, il veut bien remballer les affaires mais pas se presser. Quand je vois la vitesse avec laquelle la plage a disparu, je considère son peu d’empressement comme un appel à se faire chatouiller par une vague. Comme je n’ai nulle envie de me faire asperger même gentiment, je range rapidement quelques affaires et mon appareil photo. A cet instant précis l’eau est juste sous nos pieds, on a l’impression que tout s’accélère. Je commence à grimper sur les rochers, difficilement parce que j’ai mal un peu partout ; surtout, j’ai très peur de me blesser, qu’une cheville cède ou qu’un poignet se retourne, cela rend mes gestes peu sûrs. LeChat m’accompagne, par sécurité – et puis parce que c’est LeChat. 12h54. Il redescend à la vitesse d’un cabri, attrape les deux sacs et une vague éclabousse dans la foulée notre lieu de pique-nique : ce fou-rire, tout de même ^^

Biarritz océan rochers

Nous restons quelques temps à observer la marée monter, absorber la rampe d’accès puis quelques rochers ; et puis nous repartons tranquillement, laissant la place de parking à un autre chanceux – un qui voudrait bien se mouiller les pieds.. Nous abandonnons un peu tristement les panneaux indiquant des villes espagnoles, et nous nous dirigeons vers Lit-et-Mixe (prononcez litémixe) en passant par CapBreton. Nous avons l’envie de profiter de la belle vue atlantique autant que possible – cela nous change des pins. Nous marchons au bord du canal sous un ciel infini.


En toute sincérité, ni l’océan ni la mer ne sont vraiment mon idéal de vie. Je n’aime pas me baigner, je déteste profondément bronzer, je fais très vite une insolation… Aucun plaisir, vraiment. Me rendre à l’océan a par contre comblé mon désir de le voir, même si pour moi il a manqué d’intensité, j’en attendais quelque chose de plus majestueux, de plus fougueux. Une certaine hauteur. Très certainement pas la bonne journée ou la bonne saison. Pour autant, j’ai aimé cette rencontre entre lui et moi : je peux désormais dire que je le connais un peu, juste ce qu’il faut pour savoir à quoi il ressemble les jours calmes.

Nous repartons ; j’ai l’impression d’avoir un peu usé mon capital océanique, cette odeur qui m’a soudainement assailli m’a renvoyé en arrière : cette vague émotionnelle un peu salée et un peu lourde de l’iode me rappelle un homme que je tente de laisser dans le passé. Petite angoisse en marchant au bord du canal, que je tente d’apaiser. LeChat comprend mon stress et nous retournons à la voiture. Je laisse passer, doucement.
Nous roulons, toujours dans la pinède, les arbres droits, si droits.

A lit-et-Mixe (40), nous cherchons la Poste (fermée), l’office de tourisme (fermé), le loueur de vélo (ouvert). Nous avons deux envies : LeChat souhaite rouler en tandem, personnellement non pas du tout je préfère tenter le vélo électrique – seule solution que je vois pour pas mourir en chemin et sous les pins. Un monsieur avec des yeux bleus magnifiques c’est important, toujours et un gentil sourire nous renseigne et nous réservons finalement deux vélos électriques pour le lendemain. J’appréhende et en même temps j’ai hâte !


Petite minette adorable, chez le loueur de vélos. Attachée parce qu’elle suit pour adoption toute nouvelle personne !

Commence notre quête du lieu pour dormir. LeChat veut absolument longer la côte et avoir vu sur l’océan, je suis plutôt sceptique quant à la réalisation du projet : je doute fortement qu’une communauté ait laissé la chose possible. Nous pointons sur la carte une toute petite route de quelques kilomètres pour finalement arriver sur un lieu vraiment beau pour un coin aménager : sous les arbres, un parking, des poubelles, des tables et à quelques mètres, l’océan. Ce serait parfait s’il n’était pas spécifié « interdit de stationner la nuit » un peu partout. Je ne saurais pas dire pourquoi mais nous ne le sentons ni l’un ni l’autre et nous repartons, profondément déçus.
La route en sens inverse parait loooongue si looongue, aucun chemin de traverse, rien sinon les pins vous allez en entendre parler c’est sûr, 150 ans qu’ils sont là de la main de l’homme et qu’ils tiennent le sable.

Plus j’observe la carte plus je suis persuadée qu’il ne faut pas chercher du côté océan mais plutôt du côté terre. Nous retournons un peu du côté de Lit-et-Mixe et soudain, sur la droite côté océan un chemin s’enfonce. LeChat s’engage et je ne le sens pas, je l’arrête et descend pour aller voir plus loin, à pied. C’est très beau, une superbe luminosité sous les arbres, il y a un petit coin où garer la voiture pour la nuit. La route trop proche est envahissante de bruits, je fais malgré tout un geste à mon mari pour qu’il s’engage quelque peu vers moi puis lui fais signe de s’arrêter pour qu’il se mette sur la petite place, il est impossible de se rendre plus loin : ensuite la terre semble vouloir jouer aux sables mouvants et je sens en moi un violent désir de faire marcher arrière, de repartir. LeChat confirme, ne le sent pas non plus et commence à faire demi-tour, loin de cet amas sableux. Et patine. Impossible de bouger. Première sueur froide. La place trouvée cachait du sable, beaucoup, une quantité impressionnante et.. mouvante. Seconde tentative, il recule, avance un peu pour tourner et s’embourbe de nouveau. Seconde sueur froide, la voiture cale. On tente avec la cale en bois, la voiture s’enfonce un peu plus et le stress monte un peu – nous gardons la tête froide. LeChat part alors à reculons sur un chemin étroit, raye la voiture allègrement de tous les épineux –il n’y a pas que des pins tiens, s’inquiète de s’embourber à chaque seconde et soudain nous retrouvons un sol légèrement herbeux, bien plus stable. Nous prenons une minute pour respirer et puis nous repartons, il est 19 heures et nous avons grande faim.

C’est finalement du côté terre que nous nous engageons, une petite route et puis une autre bordée de maisons nous mènent à une presque impasse : à notre droite, un chemin de pompier s’engage. Nous le prenons, notons un emplacement parfait mais trop proche des habitations, et quelques mètres plus loin 3 autres chemins de pompiers, une croisée d’emblée rébarbative, trop de sable, de bosses, de trous : il sera impossible de trouver une autre encoche comme précédemment sans épuiser les amortisseurs. Nous revenons en arrière et nous plaçons le plus en retrait possible pour ne surtout pas gêner le moindre passage : la perfection.

Alors que nous mangeons, un vélo arrive depuis le village. Un vieux monsieur qui nous décroche un regard un peu hargneux et un vague signe de tête. Je ne sais pas pourquoi je fais ça, je lâche le couteau dans la foulée pour montrer patte blanche.. parfois je ne saisis pas bien mes réactions. Il passe et nous le regardons, un peu inquiets, nos légumes à nos pieds avec le silence. Nous rions un peu tout de même, nous l’avons vraiment surpris, cachés du chemin comme nous sommes.

Nous rangeons toutes nos affaires et partons marcher vers le village. Et là cela me saute enfin aux yeux : tout est parfait. Partout. Dans toutes les Landes. Une perfection épuisante. C’est joli bien sûr, mais je fonctionne au brouillon, mon jardin est une pagaille folle, j’aime la nature vivante. Ici tout est taillé : les buissons sont carrés, l’herbe fait 5 millimètres, aucune feuille sèche ou morte ou vivante sur le sol, les arbres sont inexistants ou carrés et s’ils ont le tort d’être des platanes ils ont des boules à la place des branches et sont reliés les uns autres – je n’ai pas eu le courage de photographier cette horreur-là mais vous pouvez le voir ici. D’accord, ensuite cela donnera ça, mais c’est trop pour moi, cette souffrance je ne peux pas.
En ce qui concerne les terrains des maisons parfaitement propres et irréprochables, même pour les maisons clairement saisonnières et donc vacancières, je suppose qu’il faut y voir une directive régionale ou départementale pour empêcher la propagation des incendies. Je le conçois, même si je pense sincèrement que le côté carré des buissons n’a pas grand-chose à y voir.

Le soleil descend de plus en plus pendant que nous marchons, les oiseaux se déploient dans un chant de fin du monde, comme pour se donner du courage pour la nuit qui approche. Nous savourons…

Alors qu’il fait pratiquement nuit noire et que nous nous apprêtons à déplier la tente, le vieux monsieur à vélo repasse devant nous avec un vague regard suspicieux. Je le regarde un peu partir en me demandant à quelle sauce on va être mangés, tout de même..
La voiture parfaitement de niveau pour ne pas avoir la tête plus basse que le reste – oui nous avons un petit niveau pour ça, bien pratique – et une roue calée avec une planche pour aider à la chose, nous déployons la tente. Le lit est toujours fait de la veille, il ne reste qu’à border aux pieds – impossible sinon de fermer le coffre de la tente. Et pour la première fois – il s’agit de notre troisième nuit, j’ai froid et n’arrive pas à me réchauffer. Je ne comprends pas, me serre contre mon mari et m’endors avec ce corps à moitié gelé.

arbre nuit