Aujourd’hui toujours vieux – Le lac Montcineyre, Auvergne


Ils se sont posés autour de nous vers la fin du paléozoïque. Ils étirent le paysage d’une dune à l’autre, d’une rivière à un lac, s’admirent dans les flaques inattendues qu’ils ont fait émerger. Que sommes nous donc face à soixante-cinq millions d’années. Les sombres petits cailloux bordent leurs eaux dans le silence des volcans, le vent balaye l’humanité. Elle n’existe pas ici, elle se présente dans un sursaut et s’en repart, vaincue par la beauté.

D’après l’exercice 366 réels à prises rapides – Aujourd’hui toujours vieux


C’est parce qu’à ce moment-là je me suis sentie libre que j’ai compris, en contrecoup, le mot “opprimé”.
(..) La tyrannie, c’est ne pas faire exister l’autre.

Jeanne Benameur – Pas assez pour faire une femme

Montcineyre maison lac
Maison du Garde des lieux

Montcineyre arbre Aujourd'hui toujours vieux

Montcineyre arbres lac Aujourd'hui toujours vieux

Montcineyre forêt arbres Aujourd'hui toujours vieux

Montcineyre lac paysage

Montcineyre lac vent
Le vent nous glaçait de toutes ses forces

Montcineyre lac eau roche noire
La roche noire des anciens volcans

Montcineyre lac buisson

 
 

7 avril 2017 – Océan Atlantique côté Biarritz – Jour 2

J’ai dormi sur une nuit apaisée et bien au chaud ; à peine quelques petits accrocs dûs à des mini-réveils – raisons non identifiées, LeChat bougeait peut-être ? -, un sommeil bien profond m’a ancrée dans mes songes. Nous nous sommes réveillés à 8h16, un peu étonnés par l’heure tout de même : on dort tellement bien dehors, nous ne nous y attendions pas ! J’avais même réussi, la veille en me couchant, à positionner un rebord de couette de manière à ce que ce soit entre la toile et ma tête et j’ai ainsi pu conserver mon visage au chaud ; adieu nez glacé et mal de tête.
C’est que ça n’a pas l’air, mais il fait 2°C. Nous avons froid c’est certain, mais pourtant bien moins que la veille : aucun vent pour nous traverser jusqu’aux os. Les pins nous ont bien protégés, et comme nous ne sommes qu’au début des Landes il n’y a aucune humidité.

Cette fois-ci, nous prenons le temps d’un petit déjeuner. Le thé bien chaud – acheté la veille à Montauban – est la juste boisson qui magnifie mon regard de bon matin et non accessoirement me réchauffe les mains. Et cerise, une toilette matinale est prévue ! Et j’ai oublié de prendre des photos ! Je suis une boulette, oui, j’assume. Vous ne verrez donc pas la toute petite tente : pas de quoi tendre les bras mais de l’espace pour se changer à l’abri du froid et de vent, c’est un régal. Nous avons fait chauffer l’eau pour une petite bassine et la toilette de chat fut bien agréable. On tient debout juste ce qu’il faut pour se déshabiller, se laver rapidement, passer des vêtements propres. LeChat a été surpris par la chaleur générée, lorsqu’il est passé après moi – l’injustice, en somme, puisqu’il n’a jamais froid nous aurions dû faire l’inverse ! En vérité, moi qui suis frileuse je n’avais pas froid du tout.

J’ai oublié de parler du lavage des dents, très simple : la brosse à dents et un peu d’eau. Quant aux toilettes, un petit trou et c’est terminé. Pour les épluchures de tous les légumes et fruits que nous mangeons, pour elles aussi nous les enterrons pour faire un compost – une exception pour le poulailler de la veille qui les a bien sûr avalées. C’est la vie la plus simple, la plus économe de gestes que je connaisse.

J’aime beaucoup, partout où je passe, nettoyer l’espace. Il n’y avait, et c’était sur le chemin, qu’une vieille cannette aplatie et ancienne que j’ai ramassée dans notre sac-poubelle. Depuis le départ, nous avons la chance de tomber sur des coins très propres, ce qui est fort agréable pour le moral. Nous nous sentons accueillis par la terre elle-même, la vie, la nature, comme si nous étions les seuls ou alors les premiers à être là.

Nous repartons et cette fois nous ne nous arrêtons pas. Les heures passent, les mains sur le tableau de bord brûlant pour apaiser les douleurs qui me vrillent. Nous sommes submergés de pins et encore de pins, rien qui n’arrête notre œil, rien qui ne réveille notre envie de découvrir. C’est fatigués que nous arrivons aux abords de la véritable civilisation : les agglomérations. Le paysage change alors brutalement : une large route à plusieurs voies, une vitesse plus grande, beaucoup de voitures, beaucoup de bruit. Nous suivons Bayonne et je découvre, étonnée, le nombre de magasins bio de la région. Nous en croisons tellement que j’arrête de les noter mentalement dans ma tête, nous trouverons forcément lorsque nous en aurons besoin – et ce fut le cas.

L’arrivée à Biarritz est spectaculairement compliquée par des sens uniques de tout bord, surtout les plus improbables. Le GPS nous aide énormément à nous diriger, sans lui je crois qu’on s’arracherait les cheveux. Je le pointe sur un parking proche de l’océan, et nous mettons un temps fou pour y arriver, un temps sous le soleil avec le moteur éteint pendant qu’un camion décharge – ne pas s’y méprendre, j’adore ce genre de temps qui ralenti la ville, force à s’apaiser, à regarder autour de soi – un temps à savourer la chaleur ambiante et le côté petite ville toute petite de Biarritz auquel je ne m’attendais pas une seconde – ben non je n’ai pas fait de photos, humm. Quand nous arrivons enfin à l’embranchement pour ensuite descendre dans le parking sous-terrain, une camionnette garée un peu en plein milieu ouvre sa porte arrière, bloquant l’accès. Nous pouvons attendre bien sûr mais je préfère y voir un signe, qu’il ne faut pas que nous descendions et je fais continuer mon mari. Nous nous égarons sur une place compliquée de sens interdits hallucinants et nous finissons par repartir, un peu sonnés. Nous commençons à quitter vaguement le centre-ville en longeant la côte quand nous trouvons ce parking, en plein air, surplombant l’océan.. grandiose.. avec une place juste pour nous. La seule, par contre. Nous ressentons fortement que malgré un mois tout jeune mois d’avril, le tourisme fonctionne vraiment fort. Je n’aimerais pas y être en été, ce doit être impraticable.

Biarritz océan hauteur
On ne les voit pas, il y a des rochers juste avant le sable.

Biarritz océan hauteur rochers

Biarritz océan hauteur surfeur

Nous descendons des marches et des marches et puis des tonnes de marches avant de toucher le sable fin. Plus nous descendons plus nous entendons l’océan, un grondement intense, incessant, impressionnant. La vue plate et lointaine est trompeuse, il y a là une force superbe.
Il est 12h36. L’endroit est parfait pour pique-niquer. Nous nous posons sur les rochers, avec une inquiétude légère pour ma part : il me semble que l’eau monte. LeChat fait la moue, il n’est pas convaincu.

12h38. Petite vidéo pour le son, même si cela ne rend pas justice une seconde à ce qu’on entend réellement :

12h40. J’insiste un peu, tout de même, pour cette histoire d’eau qui monte, il ne me croit pas toujours pas vraiment et de toute façon nous avons faim : la marée attendra. Je mange, je prends des photos, je m’extasie sur des surfeurs et j’admire en douce les jolies fesses des messieurs – en douce des messieurs bien sûr, pas de mon homme : il admire avec moi.

Biarritz océan vagues

Biarritz océan vagues

Biarritz océan vagues surfeurs

12h48. Et puis je regarde à nos pieds. L’eau a clairement monté et cette fois LeCHat ne peut pas contester. Tout de même, il veut bien remballer les affaires mais pas se presser. Quand je vois la vitesse avec laquelle la plage a disparu, je considère son peu d’empressement comme un appel à se faire chatouiller par une vague. Comme je n’ai nulle envie de me faire asperger même gentiment, je range rapidement quelques affaires et mon appareil photo. A cet instant précis l’eau est juste sous nos pieds, on a l’impression que tout s’accélère. Je commence à grimper sur les rochers, difficilement parce que j’ai mal un peu partout ; surtout, j’ai très peur de me blesser, qu’une cheville cède ou qu’un poignet se retourne, cela rend mes gestes peu sûrs. LeChat m’accompagne, par sécurité – et puis parce que c’est LeChat. 12h54. Il redescend à la vitesse d’un cabri, attrape les deux sacs et une vague éclabousse dans la foulée notre lieu de pique-nique : ce fou-rire, tout de même ^^

Biarritz océan rochers

Nous restons quelques temps à observer la marée monter, absorber la rampe d’accès puis quelques rochers ; et puis nous repartons tranquillement, laissant la place de parking à un autre chanceux – un qui voudrait bien se mouiller les pieds.. Nous abandonnons un peu tristement les panneaux indiquant des villes espagnoles, et nous nous dirigeons vers Lit-et-Mixe (prononcez litémixe) en passant par CapBreton. Nous avons l’envie de profiter de la belle vue atlantique autant que possible – cela nous change des pins. Nous marchons au bord du canal sous un ciel infini.


En toute sincérité, ni l’océan ni la mer ne sont vraiment mon idéal de vie. Je n’aime pas me baigner, je déteste profondément bronzer, je fais très vite une insolation… Aucun plaisir, vraiment. Me rendre à l’océan a par contre comblé mon désir de le voir, même si pour moi il a manqué d’intensité, j’en attendais quelque chose de plus majestueux, de plus fougueux. Une certaine hauteur. Très certainement pas la bonne journée ou la bonne saison. Pour autant, j’ai aimé cette rencontre entre lui et moi : je peux désormais dire que je le connais un peu, juste ce qu’il faut pour savoir à quoi il ressemble les jours calmes.

Nous repartons ; j’ai l’impression d’avoir un peu usé mon capital océanique, cette odeur qui m’a soudainement assailli m’a renvoyé en arrière : cette vague émotionnelle un peu salée et un peu lourde de l’iode me rappelle un homme que je tente de laisser dans le passé. Petite angoisse en marchant au bord du canal, que je tente d’apaiser. LeChat comprend mon stress et nous retournons à la voiture. Je laisse passer, doucement.
Nous roulons, toujours dans la pinède, les arbres droits, si droits.

A lit-et-Mixe (40), nous cherchons la Poste (fermée), l’office de tourisme (fermé), le loueur de vélo (ouvert). Nous avons deux envies : LeChat souhaite rouler en tandem, personnellement non pas du tout je préfère tenter le vélo électrique – seule solution que je vois pour pas mourir en chemin et sous les pins. Un monsieur avec des yeux bleus magnifiques c’est important, toujours et un gentil sourire nous renseigne et nous réservons finalement deux vélos électriques pour le lendemain. J’appréhende et en même temps j’ai hâte !


Petite minette adorable, chez le loueur de vélos. Attachée parce qu’elle suit pour adoption toute nouvelle personne !

Commence notre quête du lieu pour dormir. LeChat veut absolument longer la côte et avoir vu sur l’océan, je suis plutôt sceptique quant à la réalisation du projet : je doute fortement qu’une communauté ait laissé la chose possible. Nous pointons sur la carte une toute petite route de quelques kilomètres pour finalement arriver sur un lieu vraiment beau pour un coin aménager : sous les arbres, un parking, des poubelles, des tables et à quelques mètres, l’océan. Ce serait parfait s’il n’était pas spécifié “interdit de stationner la nuit” un peu partout. Je ne saurais pas dire pourquoi mais nous ne le sentons ni l’un ni l’autre et nous repartons, profondément déçus.
La route en sens inverse parait loooongue si looongue, aucun chemin de traverse, rien sinon les pins vous allez en entendre parler c’est sûr, 150 ans qu’ils sont là de la main de l’homme et qu’ils tiennent le sable.

Plus j’observe la carte plus je suis persuadée qu’il ne faut pas chercher du côté océan mais plutôt du côté terre. Nous retournons un peu du côté de Lit-et-Mixe et soudain, sur la droite côté océan un chemin s’enfonce. LeChat s’engage et je ne le sens pas, je l’arrête et descend pour aller voir plus loin, à pied. C’est très beau, une superbe luminosité sous les arbres, il y a un petit coin où garer la voiture pour la nuit. La route trop proche est envahissante de bruits, je fais malgré tout un geste à mon mari pour qu’il s’engage quelque peu vers moi puis lui fais signe de s’arrêter pour qu’il se mette sur la petite place, il est impossible de se rendre plus loin : ensuite la terre semble vouloir jouer aux sables mouvants et je sens en moi un violent désir de faire marcher arrière, de repartir. LeChat confirme, ne le sent pas non plus et commence à faire demi-tour, loin de cet amas sableux. Et patine. Impossible de bouger. Première sueur froide. La place trouvée cachait du sable, beaucoup, une quantité impressionnante et.. mouvante. Seconde tentative, il recule, avance un peu pour tourner et s’embourbe de nouveau. Seconde sueur froide, la voiture cale. On tente avec la cale en bois, la voiture s’enfonce un peu plus et le stress monte un peu – nous gardons la tête froide. LeChat part alors à reculons sur un chemin étroit, raye la voiture allègrement de tous les épineux –il n’y a pas que des pins tiens, s’inquiète de s’embourber à chaque seconde et soudain nous retrouvons un sol légèrement herbeux, bien plus stable. Nous prenons une minute pour respirer et puis nous repartons, il est 19 heures et nous avons grande faim.

C’est finalement du côté terre que nous nous engageons, une petite route et puis une autre bordée de maisons nous mènent à une presque impasse : à notre droite, un chemin de pompier s’engage. Nous le prenons, notons un emplacement parfait mais trop proche des habitations, et quelques mètres plus loin 3 autres chemins de pompiers, une croisée d’emblée rébarbative, trop de sable, de bosses, de trous : il sera impossible de trouver une autre encoche comme précédemment sans épuiser les amortisseurs. Nous revenons en arrière et nous plaçons le plus en retrait possible pour ne surtout pas gêner le moindre passage : la perfection.

Alors que nous mangeons, un vélo arrive depuis le village. Un vieux monsieur qui nous décroche un regard un peu hargneux et un vague signe de tête. Je ne sais pas pourquoi je fais ça, je lâche le couteau dans la foulée pour montrer patte blanche.. parfois je ne saisis pas bien mes réactions. Il passe et nous le regardons, un peu inquiets, nos légumes à nos pieds avec le silence. Nous rions un peu tout de même, nous l’avons vraiment surpris, cachés du chemin comme nous sommes.

Nous rangeons toutes nos affaires et partons marcher vers le village. Et là cela me saute enfin aux yeux : tout est parfait. Partout. Dans toutes les Landes. Une perfection épuisante. C’est joli bien sûr, mais je fonctionne au brouillon, mon jardin est une pagaille folle, j’aime la nature vivante. Ici tout est taillé : les buissons sont carrés, l’herbe fait 5 millimètres, aucune feuille sèche ou morte ou vivante sur le sol, les arbres sont inexistants ou carrés et s’ils ont le tort d’être des platanes ils ont des boules à la place des branches et sont reliés les uns autres – je n’ai pas eu le courage de photographier cette horreur-là mais vous pouvez le voir ici. D’accord, ensuite cela donnera ça, mais c’est trop pour moi, cette souffrance je ne peux pas.
En ce qui concerne les terrains des maisons parfaitement propres et irréprochables, même pour les maisons clairement saisonnières et donc vacancières, je suppose qu’il faut y voir une directive régionale ou départementale pour empêcher la propagation des incendies. Je le conçois, même si je pense sincèrement que le côté carré des buissons n’a pas grand-chose à y voir.

Le soleil descend de plus en plus pendant que nous marchons, les oiseaux se déploient dans un chant de fin du monde, comme pour se donner du courage pour la nuit qui approche. Nous savourons…

Alors qu’il fait pratiquement nuit noire et que nous nous apprêtons à déplier la tente, le vieux monsieur à vélo repasse devant nous avec un vague regard suspicieux. Je le regarde un peu partir en me demandant à quelle sauce on va être mangés, tout de même..
La voiture parfaitement de niveau pour ne pas avoir la tête plus basse que le reste – oui nous avons un petit niveau pour ça, bien pratique – et une roue calée avec une planche pour aider à la chose, nous déployons la tente. Le lit est toujours fait de la veille, il ne reste qu’à border aux pieds – impossible sinon de fermer le coffre de la tente. Et pour la première fois – il s’agit de notre troisième nuit, j’ai froid et n’arrive pas à me réchauffer. Je ne comprends pas, me serre contre mon mari et m’endors avec ce corps à moitié gelé.

arbre nuit

 

 

6 avril 2017, Tarn et Tarn-et-Garonne – Jour 1 Nuit 2

Les yeux fermés, on ne peut pas croire que l’on soit ailleurs – dans une chambre, par exemple. Nous n’y sommes pas. Il y a le vent. Le silence particulier de la colline. Les insectes. Le soleil qui disparait – une certaine tonalité que le monde alentour exprime de milles manières. Les yeux fermés, nous y étions peut-être encore davantage.
Je m’attendais à tourner, à angoisser, à tout simplement m’accrocher à la première insomnie passant par là. Je me suis endormie, juste comme ça, la tête dans les étoiles que me cachaient la toile. L’insomnie angoissée de la nuit précédente ne m’avait rien laissé, j’étais épuisée. Malgré tout, la nuit fut agitée : je dormais dans un lieu inconnu, sur un matelas inconnu, et sans oxygène : dans la débâcle de notre départ, j’ai oublié le câble à brancher sur l’allume-cigare, réparé pourtant juste pour moi deux jours avant le départ. Je n’ai plus l’habitude de dormir sans être rattachée à un fil, il me manquait quelque chose de vital, je le cherchais involontairement.

En plein début de nuit, je me suis réveillée avec une vessie terriblement pleine. Mes beaux-parents ont prévu un système formidable pour ne pas se lever dans le froid et la nuit noire : un seau dans la tente, accroché en hauteur à une petite chaine, avec de la sciure. Des toilettes sèches, en somme. Peut-être que mes idées étaient à l’envers, je n’ai pas été capable de gérer ça ainsi. J’ai préféré sortir dans le froid et la nuit, éclairée par une puissante lune montante et rapidement rentrer au presque chaud de la tente – qui a son micro-climat, un peu.

Des pics de réveils me maintenaient en alerte légère, la toile bougeait un peu trop pour moi. Au petit matin et uniquement éclairés par la lune, j’ai constaté durement l’heure : 5h34. Je ne me suis plus rendormie. La tête me faisait mal de froid et de vent, je sentais jusqu’à la voiture bouger : je ne voulais plus que sortir de là – quand LeChat serait réveillé. Le principe d’une tente de toit c’est que c’est tout minuscule, même sans rien faire j’ai sans le vouloir réveillé mon mari. Si lui n’était pas dérangé par les mouvements très légers disait-il de la voiture et qu’il ne sentait pas vraiment lui, nous nous sommes vite accordés sur le fait qu’il faisait glacial, là, tout de suite. Vraiment glacial. Insupportablement glacial. Sous les couettes nous étions bien, mais nous ne pouvions décemment pas rester là : la faim et l’envie pressante, n’est-ce pas.

La luminosité dans le ciel indiquait vaguement la future journée sans que le soleil ne soit encore réellement perceptible. Le vent était tel que j’ai oublié de faire la seule chose intéressante à – pas encore – 7h du matin : prendre une photo de notre tente. C’est fou ce qu’on oublie certaines choses qu’on aime pourtant, dans l’urgence des gestes qui ne sont pas encore devenue une routine. Nous nous sommes habillés dans nos vêtements congelés – à peine réchauffés à la va-vite sous la chaleur de nos couettes et nous n’avons fait ni toilette rapide ni pris notre petit déjeuner : on a plié la tente et a on fuit en attendant que le soleil apparaisse. Dans la voiture, on riait de ce froid qui nous avait bien surpris : 4° – température qui ne tient pas compte du froid ressenti plus réaliste des conditions climatiques là-haut.

Le chauffage nous a rapidement réchauffé, et c’est ainsi que nous avons repris la route vers l’océan. Derrière nous le soleil se levait, mes douleurs commençaient à s’étendre et j’ai demandé à mon corps une trêve ; j’avais des choses à vivre pendant trois jours. Essentiellement, j’ai été assez entendue. J’ai laissé venir les vagues, douces d’abord puis de plus en plus élevées à mesure que les nuits ont passé sans l’oxygène. Compte-tenu de tout ce que j’ai fait, je considère que j’ai eu de la chance, les crises ont pris le dessus tout en me laissant exister – ou peut-être que l’on peut dire, aussi, que je les ai acceptées sans les combattre, sans me laisser pour autant dominer.

A travers les forêts, les rayons rosis jouaient jusqu’à se soulever au-dessus des arbres pour nous offrir un spectacle absolument éblouissant où se mêlaient le soleil et les nappes de brouillard. Le temps de quelques photos, nous petit-déjeunons sans prendre le temps de se faire un thé, il fait trop humide.

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aveyron soleil levant

aveyron soleil levant
Rha ces fils..

Voici une petite vidéo qui ne vaut absolument rien essentiellement parce que ce n’est pas mon domaine de prédilection : les photographies je me débrouille, mais les vidéos ce n’est pas encore ça, je bouge vraiment trop ^^ Elle sert surtout à montrer la beauté du lieu magnifié par le soleil montant et la couleur exceptionnelle qui nous entourait. Vous m’excuserez, je pense ? 🙂

Nous quittons l’Aveyron pour le Tarn, dont nous longeons les gorges. Toute à la découverte, je ne pense à faire aucune photo. Aucune, sérieusement. Je ne m’en suis pas remise, dites. Quelque part au milieu des gorges, une déviation nous force à les quitter et nous nous retrouvons sur d’autres routes, bien éloignés de la rivière. Les Avalats nous accueillent le temps d’un repas, avec à nos pieds d’insistants volatiles qui cherchent à voler notre nourriture :

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Le coq au plus mauvais caractère du monde, qui fait même fuir les poules pour manger en premier !

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Il fait particulièrement frais et l’envie nous prend de boire ce thé que nous n’avons pas bu le matin.. pas de boite de thé. Rien. Je l’ai semble-t-il laissée dans le sac des enfants – mais que faisait-elle donc là ? LeChat, qui a décidément très envie ou besoin de boire quelque chose de chaud cherche des orties – et il n’en manque pas – fait bouillir l’eau et jette les feuilles dentelées dans la casserole. Je tente la boisson mais je ne suis définitivement pas thé vert et ceci en a trop le goût. Ceci mis à part, je conçois que la tisane puisse être bonne ^^

Nous abandonnons la famille à côté de nous aux gallinacés et aux poissons – elle pêche – et nous repartons toujours très tranquillement, en nous arrêtant un peu partout dès que l’envie se fait sentir. Nous remontons un peu pour éviter les trop grandes agglomérations et rester sur les petits chemins, sans éviter la belle Montauban. Nous profitons d’un grand centre commercial pour faire le plein, acheter quelques légumes et profiter des toilettes publiques – le plus étonnant est que j’ai préféré être dans la nature pour ça. Nous suivons un panneau, jardin des plantes qui s’avère finalement être surtout un grand parc sympathique, doux, agréable où se promener, mais je m’attendais à autre chose.


Nous repartons, laissant cette place que nous avions eue tant de peine à trouver, à un autre chanceux. Marcher nous a fait beaucoup de bien, nous nous sentons avec une telle joie en nous que parfois nous éclatons de rire, comme ça. Juste comme ça.

tarn et garonne route colza

tarn et garonne panneau colza
Le colza a tellement avancé qu’il avale le panneau ^^

C’est arrivé d’une manière soudaine, un peu brutale : nous avions du colza et soudain nous avons eu des pins. Beaucoup de pins. Une forêt de pins. Une pinède, j’aurais pu dire une pinède mais l’impact n’aurait pas été le même. A perte de vue, des pins et seulement des pins. Nous sommes dans les Landes, et il commence à se faire bien tard : le jour décline. Nous partons à la recherche de notre second coin pour dormir, éloigné de toute civilisation. Au détour d’une petite route, un chemin de terre apparaît, traversant la pinède : nous nous lançons sur la terre sableuse et alors que nous n’y croyons plus – et comment donc faire demi-tour ? – les arbres disparaissent, laissant apparaître une forêt en devenir, replantée, toute petite, ainsi qu’un espace parfait pour notre voiture ; le coin est tout trouvé. Du fait des arbres coupés nous entendons de temps à autre une voiture dans le lointain, pas davantage.


D’où nous venons…

pinede chemin lande
…et qui continue plus loin

pinede soleil landes

pinede soleil couchant landes

pinede soleil couchant landes

Et puis tout de même, parce que cette fois j’y ai pensé :

voiture tente de toit

soeil couchant pinede landes
La dernière photo, lors de notre petite marche quotidienne avant de dormir

5 avril, départ pour l’Océan en passant par l’Aveyron – Nuit 1


Le contre-jour fait croire à un temps maussade, ce n’était pas le cas, vaguement trois nuages autour du soleil.

 

Nous avons laissé les enfants à leurs grands-parents – qui ont accepté malgré la crise en pleine nuit, qui ont ACCEPTE – après avoir passé des heures à déplacer la tente de toit, depuis leur voiture à la nôtre. Nous avons la même voiture, elle diffère juste de quelques années et a subi quelques modifications qui nous ont fait craindre l’impossibilité. Ils nous ont fait profiter de leur check-list de voyage et nous ont prêté tout leur matériel – je réalise que j’aurais dû le prendre en photo – et nous sommes partis avec tente sur le toit, la petite pelle-râteau, la tente de douche – sans douche, une simple tente pour s’habiller, le petit réchaud, … et sans enfants, donc. Dans la voiture, nous n’avons rien dit tout de suite. Nous savourions. Le silence, le grand silence, l’immense silence.

Nous avons pris la décision de partir vers l’océan, en direction de Biarritz, sans autoroute d’aucune sorte. Village après village, nous avons roulé tranquillement, avec une liberté pas encore réellement ressentie. Ce que nous savions intellectuellement n’entrait pas encore dans l’émotionnel et j’avais ces sanglots de respiration qui m’arrachait régulièrement la poitrine : le stress.

Je n’ai fait que très peu de photos durant le séjour et particulièrement au début du voyage : en jolie boulette que je suis j’ai oublié de recharger mon appareil – nos conditions difficiles de départ expliquent cela – et je n’ai qu’une seule batterie, la faute à son prix excessif – 70 euros aux dernières nouvelles, à ce prix-là je préfère me payer des vacances. Toujours est-il que j’ai été particulièrement frustrée du peu de photos que j’ai pu faire, je n’ai pas pu lâcher-prise sur ce point précis.

Les kilomètres ont défilé. Je ne me rappelle de rien, sinon ce silence, au fond, là, dans la voiture. Ce rien. je me sens aussi vide que ce silence, épuisée par une nuit d’insomnie et la terreur que mes beaux-parents aient trop peur de garder nos enfants, que nous repartions avec, que ma bulle d’air explose. J’en suis encore là, à ne pas y croire, à être parti(e)s sans eux en les sachant entre de bonnes mains. Je m’échappe du Gard, je refuse de m’arrêter tant que nous n’avons pas quitté le département.

Nous sommes dans l’Aveyron. Vers 18h15, voyant le jour décliner un peu nous nous sommes mis en quête de notre premier lieu pour passer la nuit. Nous le voulions loin des regards – le camping sauvage est interdit, bien que la tente de toit passe entre les mailles pour l’instant – et loin de tout bruit de civilisation. En quinze minutes le lieu fut trouvé. De petits chemins en petits chemins, nous avons grimpé une colline jusqu’à arriver au pied d’un immense château d’eau bien rond – château d’eau de Lauras, proche de Saint-Affrique (12). La vue imprenable sur la vallée et le soleil déclinant m’ont convaincue de rester là. Nous étions inquiets un peu du vent intense qui prenait le lieu, mais là où nous étions garés, nous ne ressentions quasiment rien.

Nous avons mangé nos légumes crus et nos fruits, tout remballé et puis nous sommes partis marcher dans les rafales de vent. Les oiseaux chantent de tous les horizons, nous n’avons pas assez de nos oreilles pour différencier chaque son. Toute la colline les abrite on ne sait où, dans les herbes peut-être, c’est extraordinaire de beauté. J’ai tenté une vidéo pour avoir le son, le vent efface tout en crachotant un son dès plus laid, j’abandonne rapidement.

Aveyron paysage château d'eau de Lauras
En fait, il y avait pas mal de nuages.. ^^

Aveyron paysage château d'eau de Lauras

J’ai écrit quelques mots sur un carnet avant la tombée de la nuit.

Fatigue intense, je suis comme décalée de moi. Le silence est stupéfiant et bienvenu. Le soleil se couche, doucement, je m’apprête à passer ma première nuit en pleine nature, après la mauvaise expérience de Volvic, en 2006. Je ne suis pas encore, non, inquiète. Je m’interroge de la viabilité de ce projet : dormir sur le toit de notre voiture.

aveyron paysage soir arbre

aveyron paysage soleil nuages


Les nuages ont caché le soleil avant sa “chute” finale.


 

J’allais passer ma première nuit aux vents, je ne savais rien de ce qui m’attendait, je n’étais pas inquiète. Dubitative, sans aucun doute. Perplexe quant à ma capacité à dormir dehors, sans autre protection qu’un tissu malmené par les éléments s’il lui en prenait – et il lui en a pris. Perplexe aussi, devant ma non-peur. Je crois que c’est à cela, que je ne m’attendais pas.

Autour de nous, les oiseaux chantaient la nuit. A 21h il faisait sombre, le silence nous a entouré, et nous avons fermé les yeux.
 

 

Automne : quelques pas dans la campagne Clermontoise

 

Hibou, 4 ans, très sérieux, doutant de la réalité :
_ On est dans un rêve ?
_ Comment ça ?
_ Ben c’est un rêve ou c’est la réalité ? Ici.
_ La réalité. Pourquoi ?
_ Ah. On dirait un rêve. C’est pareil.

Il n’était pas convaincu.
Je vous présente son rêve.

 

automne is coming

automne arbre rouge orange

automne feuille grignotée

automne paysage multicolor

automne epines

punaise rayee

fleur aune abeille

automne-feuilles-rose

feuille et fruits parasite Sous la feuille, des milliers de petits vers

clematite-sauvage
Clématite sauvage

nid oiseau

chemin automnal campagne ClermontoiseC’est ici qu’il a demandé. Si nous étions en plein rêve.


 

Il ventait dans ce rêve, il ventait de plus en plus fort sur la campagne clermontoise et les photos étaient de plus en plus difficiles à prendre. Nous protégions nos oreilles comme nous pouvions, nous coincions les longs cheveux dans des capuches qui restaient presque en place et finalement Hibou a demandé à rentrer et j’ai plussoyé. Au loin nous avons entendu des chasseurs et les corbeaux dans le champ ont tous relevé la tête quelques instants c’était des secondes suspendues avant de reprendre la recherche des graines et quelques pas plus loin nous en croisions d’autres, ils nous ont souri et personne n’a eu le cœur de le leur rendre, aucun de nous quatre n’a pu sourire à leurs armes. Est-ce qu’ils savent comme c’est perturbant, aux abords des maisons, de les rencontrer, est-ce qu’ils savent. Ils verront sans doute, comme nous, les crottes de lapin par millier, les terriers, les passages d’animaux que nous avons dénichés au pied de buissons et les herbes couchées par endroit. J’espère – est-ce que cela fait de moi une personne horrible – qu’ils seront suffisamment cachés pour ne pas être dénichés.