La légendaire courtoisie Québécoise

La légendaire courtoisie Québécoise

Nous n’avions pas sous les yeux ce que je pensais être un lac, mais une rivière. La rivière Ottawa comme je l’avais traduite, bien mal, au départ : Ottawa river en anglais, la rivière des Outaouais en français. Les Outaouais sont une nation amérindienne du Canada. Cette rivière est le principal affluent du fleuve Saint-Laurent, qui traverse Montréal.

Ottawa River, Quebec
au milieu, on voit la ligne de glace

Mais je vous ferai visiter ce petit paradis plus tard, j’ai envie de partager avec vous mon étonnement et mon émerveillement sur.. le code de la route (pardon d’avance à ceux venus chercher des photos de paysage, tout viendra en son temps) !

Je suis passée sur le fleuve Saint Laurent, par hasard, par erreur et jamais je n’avais vu de fleuve si large, de pont si angoissant (à ma décharge, les conditions de traversée étaient compliquées par un GPS qui me mentait dès que nous passions des embranchements qui se chevauchaient).

Saint Laurent montreal, Québec
depuis la voiture, sur le pont Jacques-Cartier, Montréal sur la droite qui s’éloigne involontairement

Sur cette photo, ce n’est rien, juste deux routes. A certains endroits il y en a plus que cela, et à Toronto je verrai encore bien pire.

trois routes, Montréal

Les yeux qui ne se décrochaient plus du GPS-menteur, je n’ai pas songé tout de suite à photographier le pont Jacques-Cartier, si impressionnant, je ne pensais pas une minute que nous irions rouler dessus deux minutes après. Nous ne voyons ici que peu de son architecture, mais ici on le voit bien.

pont Montreal Saint Laurent

pont Jacques-Cartier Montreal

Que l’on ne me demande pas ce que nous faisions là. Sachez simplement, que nous sommes partis vers New York et qu’on ne le refera plus, promis. Nous avons changé par la suite de logiciel GPS, ce qui fut vital pour les nerfs de tout le monde. Enfin surtout les miens, LeChat est resté très zen malgré le fait que le plus souvent lorsqu’on se trompe là-bas c’est pour un minimum de trente kilomètres. Avec un gentil logiciel qui n’efface pas le nom des routes sous le prétexte fallacieux qu’il indique par-dessus le chemin à suivre, on ne se perd plus !

Mon premier conseil dans un pays étranger : avoir un logiciel GPS parfait (pour soi).
Mon deuxième conseil : connaître le code de la route du pays.

Chaque pays à ces spécificités, sa relation à la route est différente, la météo à l’année jouant son rôle également. Nous avons parfois eu quelques flottements, quelques rares incompréhensions et nous avons dû demander des précisions à nos hôtes deux fois. Hormis ces deux moments, tout est très clair, exprimé, précis, écrit en toute lettre.

Les Québécois sont des personnes courtoises, et si dans un magasin les vendeurs sont souriants, sur la route aussi, cela se ressent : conduire est un monde de politesse. Les routes sont très larges, quand une voiture double je ne me sentais écrasée ou en danger : il y a toute la place, vraiment toute la place. Si j’étais québécoise, je passerais mon permis : cela vous donne toute la mesure de ce que j’ai pu ressentir, de la sécurité qui m’a enveloppée. Je voyais les voitures arriver lentement aux carrefours, à leur vitesse réelle je suppose, et non comme des boulets de canon (j’ai un petit souci dans le cerveau qui fait que tout arrive trop vite pour moi et me terrifie facilement). J’ai été surprise et puis heureuse de me sentir si bien, si tranquille, si calme, sur la route. Merci à cette province pour son calme et sa courtoisie, ce fut inestimable pour moi.

Tout d’abord, la vitesse est à trente en ville, sur l’île Pincourt en tout cas. Montréal, en tant que grand métropole, à ses propres spécificités par rapport au reste du Québec, il y a quelques subtilités, on y roule à cinquante la plupart du temps, et les feux tricolores n’ont pas le feu pour tourner.

panneau vitesse Québec

Le trente kilomètres/heure s’explique par une autre particularité. En France, lorsqu’on arrive à une intersection, nous avons la priorité à droite. Ce qui implique quelques soucis d’impatience, lorsque la route est bondée : on ne passe pas, sauf gentillesse rare d’un automobiliste, les autres étant pressés. Au Québec, on doit marquer toute intersection par un arrêt du véhicule, cela ne sert donc à rien de rouler vite, vous devrez comme tout le monde, vous arrêtez dans vingt secondes à un passage clouté sans aucun piéton pour justifier l’arrêt : c’est comme ça. D’ailleurs, leur panneau STOP s’appelle ARRÊT (ils font tout pour conserver la langue française prioritairement). Le premier arrivé est celui qui redémarre. Et si l’on n’est un peu perdu, comme nous le premier jour, tout se passe bien : courtoisie, on vous a dit.
De toute façon, tout est expliqué. Ils n’ont pas peur d’écrire, de mettre plein de panneaux, d’être explicites. En France, on doit connaître des panneaux triangulaires, ronds, bleus, verts, jaunes, rouges, entourés, barrés, décoder en permanence. Au Québec, ils t’expliquent, tout. C’est clair, précis. Au Québec, je les aime.

panneau lentement Montréal

panneau arrêt Montréal

panneau neige Montréal

J’ai aimé la tranquillité sur l’autoroute, également, le rappel très très fréquent de la vitesse autorisée. Ils roulent à 70mk/h quand il y a des feux (oui, des feux sur l’autoroute ^^), 100km/h quand l’autoroute est sans arrêts. Même Montréal, pourtant avec plus de voitures, plus de trafic, plus de punch, je l’ai trouvée plus tranquille qu’en France. Ils ne sont que calme.

60 min 100 km/h max, Québec

Au Québec, les distances ne sont pas les mêmes qu’ici. Il faut pour l’appréhender, avoir en tête ceci : le Québec, c’est trois fois la France. Huit millions de québécois, soixante six millions de français.. le rapport au territoire n’est absolument pas le même. Peut-être à tort, je crois que là s’explique une partie de leur zénitude, de leur courtoisie : ils ne sont pas entassés les uns sur les autres.

Et puis une spécificité, encore : les feux tricolores. Ici, les feux sont AVANT l’intersection, à côté du véhicule. Souvent il est caché par la tôle de la voiture et on doit se pencher pour bien voir, quand ce n’est pas un vélo qui s’est mis en plein devant. Au Québec, les feux sont en hauteur, APRES l’intersection, au niveau des voitures arrêtées en face. Je n’ai pas pensé à les prendre en photo (ou plus exactement, je pensais l’avoir fait..), mais on voit tout de même sur celle-ci, que le feu est juste à côté des voitures d’en face.

feu tricolore sous la neige, Montreal Quebec

J’ai aimé également les passages piétons qui signalent le temps qu’il reste pour traverser, les noms des rues qui sont indiquées pour sortir de l’autoroute (en France nous verrions plutôt des noms de village, ou au mieux « centre-ville » ).

passage pietons Quebec

noms des rues, Quebec

Et puis parce que le nombre de feux !

feux tricolores, Montreal Quebec

Personnellement, j’ai adoré leur manière de faire, de présenter le code de la route, leur tranquillité, leur courtoisie, la lenteur des véhicules.
Personne ne se presse.
Le Québec, c’est un instant hors du temps avec le sourire.

Québec, zoo écomuséum, 27 décembre 2014

Québec, zoo écomuséum, 27 décembre 2014

Je suis réveillée depuis quelques heures et je me sens bien. Le décalage horaire se ressent légèrement, à peine en vérité. Après une journée de 24h sans avoir dormi, le rythme canadien est accessible sans à-coups. Assise à la fenêtre, les yeux sur le lac gelé à vingt pas devant la maison, je savoure la douceur de l’instant. Je sais déjà que si j’avais habité là, j’aurais installé coussins et couverture, et je vivrais là, contre la vitre, les sapins et le lac.

Prince au Québec

Quelques mots écrit rapidement et jetés sur un carnet provisoire, tout en observant mon fils jouer dans un tas de neige rescapé : quelques jours avant que nous n’arrivions, le paysage était blanc, chargé de poudreuse et il y a par-ci par-là des amas de neige que les gens ont tassé pour déblayer routes et jardins. Prince y a passé des heures à jouer.

Nous sommes partis avec quatre autres familles (frère/sœur/cousines), au zoo écomuséum, une association qui a créé un lieu représentant la faune québécoise. Il ne faisait pas spécialement chaud.. d’accord, il faisait froid, mais c’était correct : -6° et sans vent. Nous avons mis de côté nos valeurs concernant ces lieux, et nous avons profité pleinement. J’ai globalement trouvé les cages trop petites, c’est ce qui m’a été le plus difficile à accepter d’autant que là-bas les espaces ne manquent pas comme en France.

La chouette Harfang, ou chouette des neiges, nous observait à peine, pas le moins du monde perturbée par notre présence. Elle bougeait la tête de temps à autre, avec douceur, mais pas davantage. J’ai été perplexe de constater, deux heures après lors de la fin de notre visite, qu’elle n’avait pas bougé d’une plume.

Leur site est très sympathique, et j’avoue purement adorer la petite loutre lorsque le site rame un petit peu quand on change de page (je m’amuse d’un rien, je sais).

chouette des neiges, chouette Harfang

chouette des neiges, Montréal

Le renard arctique, ou encore renard polaire, était seul dans sa tanière et faisait les cent pas dans ce qu’il m’a semblé être un grand stress. Aveugle, ce qu’on l’on voit à ses yeux, il a été recueilli par le zoo.

renard arctique, renard polaire, Montreal

renard arctique, zoo eco museum

On voit bien sur cette photo que la neige a perduré dans certains endroits. Ici il fait plus froid, lorsque nous parlons les mots se figent devant nos lèvres avant de disparaitre dans une petite rafale de vent.

cerf de Virginie, zoo éco muséum, Montréal

Dans l’enclos des corbeaux se tenaient des corneilles noires et immenses, la corneille d’Amérique, et comme pour nous montrer comme tout ceci n’était que farce, un petit visiteur supplémentaire se lovait à l’abri sans bouger. Je l’ai vu par hasard, ravie.

corneille d'amerique

ecureuil

La visite se poursuit, au bord de marécages. Nous marchons sur un pont posé sur l’eau. Lorsqu’on saute, on casse la glace ce qui est sincèrement amusant. De l’autre côté se terrent des renards bien planqués dans un très vaste enclos, il me sera impossible d’attendre qu’ils veuillent bien se montrer ou bouger : mes doigts gèlent malgré les gants.

renard roux

Et juste à côté des loutres, un écureuil surexcité s’échappe en courant d’arbres en arbres, dès fois que j’aurais voulu le manger en brochette à partir de mon appareil photo (la technologie parfois hein..)

ecureuil roux . ecureuil roux

loutre de rivière, Montréal, écomuséum

loutre de rivière, Montréal, écomuséum

Les caribous.. je me suis demandé comment un tel animal migrateur, gérait la captivité..

caribous des bois, Montréal, Ecomuséum

Ne parlons pas du lynx. Il avait l’air d’hiberner, voire d’être dans une profonde dépression. J’ai trouvé sa cage vraiment petite, pour une telle bête.

lynx du Canada, Montréal, écomuséum

Et puis le passage des oiseaux, avec leurs expressions douces ou impressionnantes (la chouette rayée s’est faite un peu réveiller par les enfants !). Dans l’ordre, chouette rayée, grand duc, buse à queue rousse :

chouette rayée, Montréal, écomuséum

grand duc d’Amérique, Montréal, écomuséum

buse à queue rousse, Montréal, écomuséum

Je n’ai pas pu visiter, mais il y avait en sous-sol des vivariums : reptiles, amphibiens et poissons. Hibou a choisi cet instant là pour piquer une crise de nerfs dans les règles de l’art, due à l’extrême fatigue générée par l’avion et le décalage horaire. Quand il a commencé à légèrement se calmer, je l’ai emmené vers la sortie mettant ainsi fin à la visite du zoo.
Prince ne s’est pas laissé démonter, et avec LeChat ils ont laissé une trace de leur passage :

visage de neige sur un arbre

Nous avions le soir, la réunion familiale pour fêter l’anniversaire de la grand-mère de LeChat, but premier de notre voyage. Hibou s’est endormi dans la voiture, et une des cousines de LeChat nous a adorablement prêté une poussette pour y coucher le petit et nous l’avons installé loin des baffles diffusant la musique, dans un angle. Je suis restée, accrochée à la poussette, mon mari s’éloignant dire bonjour aux uns et aux autres et la panique m’a submergée. La foule inconnue, angoissante, m’a avalée. Petit à petit des visages que je ne connaissais pas sont venus se présenter, mon mari est revenu vers moi, et je me suis détendue avec la gentillesse de chacun.

J’ai rencontré notre famille québécoise.

Aéroport, 26 décembre 2014

Aéroport, 26 décembre 2014

Se lever en pleine nuit, avec à peine trois heures de sommeil fut le plus difficile. Les gestes, mécaniques, nous ont permis de nous préparer et de monter en voiture, la voie libre devant nous. Trois voitures croisées, égarées dans la nuit, nous ont ouvert la route en toute tranquillité jusqu’à l’aéroport.

Une dame assise sur un engin de nettoyage m’a criée dessus pour que Hibou ne se jette pas sous son appareil qui le terrorisait de toute façon et j’ai pensé qu’elle n’aimait pas son travail ou que sa nuit écourtée était peut-être compliquée à gérer. Je n’apprécie pas sa manière de nous crier dessus, son visage fermé et en colère. Nous attendons de pouvoir embarquer notre valise dans la soute, les guichets étant fermés. C’est tellement petit ici, qu’il n’est pas possible de se perdre. D’un bout à l’autre, on se fait de grands signes et si on crie on s’entend sans problème dans le calme ambiant.
Le guichet pour l’embarquement des valises ouvre enfin. Notre grosse valise rouge sur le tapis affichait scrupuleusement 23.800 kgs, et dans un sourire il nous a dit que ça allait, ce n’était pas grave. On m’avait pourtant vanté comme une lourde et méchante épée les douanes, et je m’attendais à devoir la vider. Elle est partie, avalée par une bouche sombre, avec ses huit cent grammes de trop. Le monsieur fort agréable, nous a expliqué que nous récupérerions notre valise à Montréal, destination finale, que nous n’avions plus à nous préoccuper de rien.

La douane, qui est un passage unique et particulièrement petit, a regardé nos cinq bouteilles de lait d’avoine sans commentaire, testé un lait et les médicaments, observé de proche mon téléphone, le netbook des enfants, ma liseuse, la tablette de LeChat, l’appareil photo, l’objectif, la batterie supplémentaire, nos chaussures, les clés.. toute notre vie déballée dans des bacs en plastique. Leurs agréables sourires m’ont apaisée, le stress étant monté rapidement entre hibou qui partait dans tous les sens et notre vie ainsi exposée. J’ai fait sonner et une dame m’a palpée et laissée passer. Nous avons tout remis en place, avancés dans la salle d’embarquement relativement fraîche mais agréable et accueillante.

Et le temps s’est arrêté.
Soudainement. Plus de vie, plus de bruits, juste des passagers en attente d’un avion affalés dans des sièges froids et durs et mes enfants intenables qui couraient au milieu. J’ai allumé mon téléphone, connecté le wifi, pris une photo de notre avion en attente à la porte 3 sur les quatre existantes (à quoi sert-il d’avoir quatre portes d’embarquement quand un seul avion peut décoller sur l’unique piste.. ?), et constaté un problème avec mon téléphone. Incapable de comprendre le souci, complètement endormie, j’ai coupé le wifi, éteint le tout et attendu de ne plus avoir envie de dormir. L’heure est arrivée de monter dans l’avion, les portes se sont ouvertes et nous avons affronté ce que je pensais naïvement être le froid : dans cet aéroport à trente minutes de chez moi la nuit quand il n’y a personne sur les routes, nous affrontons pluie, neige ou vent et devons grimper un escalier pour atteindre l’intérieur de l’habitacle ailé. D’ailleurs, il pleuviote légèrement et je dois empêcher Hibou de se précipiter sous l’avion, vers les immenses roues passionnantes.

L’avion est minuscule, nous sommes un peu serrés. C’est mon premier avion et je lui trouve malgré tout un léger gout de vieillesse. Je fais l’apprentissage du décollage dans un appareil qui me semble prêt à lâcher, le bruit est infernal et me terrifie. Je tiens l’accoudoir, désespérée et prête à la crise de nerfs.. je me retiens, pour Prince assis à côté de moi. Nous avons devant nous deux autres avions pour arriver à destination, ce ne serait pas judicieux de l’effrayer avec des peurs qui sont personnelles.

Comprenez bien. Un elfe n’a rien à faire dans un avion.

Le vol lui-même ne m’a pas fait peur, l’atterrissage assez doux non plus. J’ai pu boire un jus d’orange et grignoter un mini-croissant bienvenu à cette heure fort matinale.
Nous arrivons à Paris et nous descendons là encore un escalier, sous une pluie forte, désagréable, avec un personnel au sol qui fait la gueule. Je sens dans mes os que je commence à souper des gens qui font la gueule alors que je n’ai pas trois heures de sommeil, que je viens d’affronter une grosse peur et que j’envoie malgré tout des sourires. Ce n’est pourtant que les seconds, mais un peu de chaleur humaine me serait bien nécessaire en retrouvant la terre ferme.
Le terminal est glacial, sombre, inhospitalier : un simple hangar que je n’ai pas vraiment le temps d’observer : nous sommes largués dans l’inconnu et il nous faut trouver deux navettes différentes pour rejoindre notre terminal, celui qui est international. Les indications sont minimales et déversées sans sourire est-ce que tout le monde ici fait la gueule ?, on demande régulièrement notre chemin et on finit par arriver dans un véritable, immense, chaleureux et lumineux aéroport : je réalise enfin que nous sommes à Paris. Perdus, mais à Paris. Il s’agit de mon premier véritable aéroport (pardon, je ne voudrais pas vexer GrandeVille près de chez moi, vous êtes adorables mais fort petits), et je prends conscience d’être une fourmi dans l’immensité d’un monde qui me dépasse. Je n’ai pas encore vu Toronto, qu’on me pardonne.

Nous recommençons l’interminable balai. La douane à Paris est étalée sur des mètres et des mètres de fil d’attente avec plusieurs portes-passages et une longue attente en proportion. Une porte est particulièrement consacrée aux prémiums et privilégiés ayant payé leur billet à prix d’or.. et aux familles. Nous passerons à chaque fois, avec seulement une ou deux personnes devant nous, évitant ainsi l’angoisse de monter et le stress de s’exprimer. Nous nous déshabillons j’ai une pensée sur la possibilité de se mettre nu là tout de suite, posons nos affaires casiers après casiers, je n’ai cette fois pas fait sonner et de nouveau nous avons tout remis en place. Trois heures d’attente nous avalent de l’autre côté de la douane, interminables. Je tente de rallumer mon portable, qui refuse catégoriquement de se lancer sur un wifi quelconque, il semble complètement hors service.. je l’éteins, fataliste. Nous trouvons à nous asseoir dans un endroit agréable, avec moquette et fauteuils. Un piano rouge trône dans un coin, et j’assiste à un concert magnifique : un jeune homme qui parfois cherche ses notes. Il m’envoûte et fait passer le temps dans un autre monde, celui qui me fait flotter. Quand il part, je ressens une grande gratitude pour lui qui m’a rendue à l’état méditatif qui permet de tout gérer calmement.

pianoparis

L’avion de 13h30 pour Toronto n’avait prévu aucun retard quand nous avons embarqué, trompant efficacement les voyageurs. En réalité, il était arrivé d’une destination précédente en retard et n’était pas prêt pour redécoller : nous sommes partis avec 1h30 de retard et nous avons raté à Toronto, notre correspondance pour Montréal. Et la suivante également.
L’avion est grand mais je me sens un peu à l’étroit dans les sièges. Nous sommes en zone 3 ou 4 je ne sais plus j’en comprendrai l’importance au retour, et ce n’est pas évident. Il y a deux sièges, une allée, trois sièges, une allée, deux siège. Nous avons donc placé LeChat et les enfants au milieu et je suis à côté de l’allée, sans hublot donc. Le décollage me terrifie, le bruit est insupportable. Je ne me ferai pas à cet instant épouvantable où l’avion s’envole. Des turbulences très fortes sont proches de me faire paniquer.. et puis on s’habitue à tout. Durant le vol mouvementé, nous aurons huit heures de turbulences infernales où toute la carlingue bouge à se demander si cela ne va pas lâcher. Au bout d’une heure trente, les hôtesses passeront malgré tout : il faut bien nous nourrir. Nous nous levons régulièrement malgré l’interdiction dues aux turbulences, en faisant très attention : nous devons tous aller aux toilettes à un moment ou un autre. Avec LeChat, nous jouons aux fauteuils musicaux : Hibou épuisé et sans doute inquiet, veut un câlin de l’un ou de l’autre à intervalle régulier. Personne ne dormira hormis LeChat qui a réussi à caser trente minutes de sommeil. C’est ainsi que je me suis retrouvée dans l’allée centrale, avec Hibou sur mes genoux et la ceinture pour nous deux, avec un steward pas aimable qui passe pour nous désaltérer enfin (les turbulences gênent énormément le service). Et là, je ne sais pas. Il a décidé de nous servir, toute la famille, sa travée de gauche, plus nous au milieu, plus LeChat à l’autre bout. J’ai pris un jus d’orange pour Prince, un pour Hibou, un pour moi (et là, ça devient épique), il demande à LeChat qui prend également un jus de fruit.. je le lui passe (par-dessus la tête de Prince et l’allée qui nous sépare) et ne pouvant plus surveiller Hibou, celui renverse son verre sur lui, sur moi, la tablette, le sol, le siège. Tout y passe. Le steward nous a regardé comme si un vide intersidéral le traversait : aucune réaction. Il nous regardait, le jus renversé et nous et ne bougeait plus. J’ai du le secouer pour qu’il me donne des serviettes. Il m’en a donné quatre, toutes minces, et puis il est parti, me laissant en plan avec le jus et mes serviettes inutiles et trempées.
Je crois qu’il n’aime pas les enfants.

Dans l’avion, une jeune dame me demande où nous allons et nous rappelle de récupérer nos bagages avant de changer d’avion. Ceux-là mêmes qu’à GrandeVille, on nous a dit de ne pas nous préoccuper, que les valises suivraient toutes seules. Une grande discussion est lancée, le groupe de personnes s’agrandit, entre ceux qui disent qu’on doit récupérer, et ceux qui disent que non ça se fait tout seul. Angoisse. Nous avons déjà raté une correspondance mais qu’importe, il est plus important de vérifier où sont nos valises : je remercie fortement la jeune dame qui nous a mis le doute, et qui avait raison.
Nous voilà perdus dans Toronto, avec des valises imprévues à chercher, un terminal immense et tentaculaire, des enfants épuisés et une douane à passer au milieu d’une foule incroyable. Hibou s’étant endormi au moment de l’atterrissage, nous portons à tour de rôle l’enfant endormi plus un bagage à roulette (l’autre tirant les deux bagages plus Prince à surveiller), explosant au passage mes muscles. Nous sympathisons avec un couple juste derrière nous, qui ne sait pas non plus si on doit ou non récupérer les valises, et qui dans le doute, comme nous, va aller aux nouvelles. Au bord du craquage il est 15h et notre avion vient de s’envoler, dans une file d’attente interminable pour passer une douane au visage fermé à la limite de la porte de prison qui ne demande déjà qu’à nous voir repartir de son sol canadien, nous passons les formalités.

Nous sommes officiellement au Canada, à Toronto.
Le personnel ne parlant qu’en anglais, il est relativement compliqué de se diriger mais chaque personne croisée fait un énorme effort pour qu’on arrive à se comprendre et c’est un baume sur le cœur que de leur parler. Le couple de français adorable nous suit à moins que ce ne soit nous, qui nous voyant en galère est prêt à nous aider à tirer nos valises ou à porter Hibou ; nous déclinons, mais ils nous aideront tout le long à trouver notre chemin (nous allons tous à Montréal) et à nous soutenir moralement. et ensemble nous cherchons à quel étage à quel endroit récupérer des valises hypothétiques. Je me charge de demander, en anglais, et avec ses indications je suis fière de trouver le lieu puis de savoir en repartir pour notre correspondance : je peux me débrouiller dans un pays étranger. On change d’étage, on marche beaucoup et on trouve le tapis 5 dans une immense salle de tapis roulants. Elles sont là, sur le tapis, à nous attendre patiemment..

Le monsieur prend soudain un fou-rire à la vue de nos bagages : ils sont deux (avec quatre grosses valises) et ont plus de choses que nous qui sommes quatre (une grosse et deux petites valises). Je ne lui explique pas qu’il y a dans la valise rouge, l’intégralité de mes sous-vêtements, que nous tentons d’être minimalistes, que si cette valise est perdue je ne peux plus m’habiller ; j’ai conscience que ce ne sera pas compris.
Nous rebroussons chemin vers un autre couloir et nous marchons, encore et encore, avec cette fois un caddy pour les valises et les enfants par-dessus.
Notre valise rouge repart dans une grande bouche sombre, sans être pesée, et toujours en anglais on nous indique où repartir, de portes coulissantes en portes coulissantes, d’ascenseur en couloirs. Cela semble interminable.

Nous arrivons devant la porte d’embarquement douanière, celle qui nous fera passer de l’autre côté du miroir, vers les avions et les boutiques. Nous abandonnons le couple et passons dans la file familiale. Nous déballons de nouveau toute notre vie, avec le stress de ne pas savoir quand nous allons repartir d’ici, et sans aucun moyen de prévenir à Montréal, les personnes venues nous chercher qui ne nous trouverons pas. Et là, le drame.
En France, on peut circuler avec du lait et de l’eau quand les enfants ont moins de trois ans. Au Canada, il doit avoir moins de deux ans. Le lait d’avoine, qu’on ne trouvera jamais à acheter sur le sol québécois, nous est confisqué. J’arrive à batailler, très gentiment, pour que le biberon au moins, soit rempli malgré l’interdiction : 100ml sont autorisées, pas davantage normalement. Un supérieur se déplace, confirme la confiscation du lait, accepte de remplir le biberon entièrement. Ce sera le dernier biberon au lait végétal (ce qui nous vaudra à notre retour en France, de faire une découverte essentielle concernant l’allergie au lactose).

Nous fonçons à notre porte d’embarquement mais nous avons raté à une minute prêt l’avion suivant : deuxième raté. Nous refaisons les billets pour avoir une place dans le suivant, et nous retrouvons de nouveau le couple français, à qui nous expliquons que nous ne sommes pas prêts d’arriver (une heure d’attente encore). Nous arriverons à Montréal avec trois heures de retard, et c’est avec un soulagement immense que nous sommes enfin réceptionné par la famille de mon mari. On récupère notre valise avec joie, sans encombre.

Nous n’avons pas dormi depuis 22 heures, quand on arrive enfin à destination. Je suis accueillie par Su, les deux bras grands ouverts et le rire dans les yeux. Prince endormi dans la voiture, est couché dans la foulée et ne se réveille pas, Hibou trop inquiet court avec des yeux qui se ferment tout seul.
Le repas passé, la douche prise en express, 24 heures se sont écoulées sans dormir.
Je m’écroule dans un lit confortable et merveilleux.