Dame Ambre

Ambre fleur cheveux

 
Je m’appelle Ambre.
Je porte ce prénom. Je le porte, il me porte, il me fait voyager. Il est arrivé dans ma vie quand je n’avais que dix ans et il m’a marquée à tout jamais. Longtemps j’ai pensé que ce serait le nom de ma fille ; il m’a harcelée et je m’en suis baptisée, je n’ai pas eu de fille et tout fut à sa place.

Je suis née, entre deux femmes sœurs qui se sont voulues mères, avec un prénom de garçon qu’il a fallu vite rendre féminin dans la déception d’un sexe non désiré. Une année en sept, une année perplexe où un père et un frère se sont échappés et ne me savent pas, ne se disent rien de la vie qui a éclos et qui me fait être moi. Je suis restée unique, bancale, je me construis sur les mots.

Je m’appelle Ambre. J’en porte ses multiples facettes en moi, lumière, transparence et coulée des arbres. Du bout des doigts je repousse une limite après l’autre ou je reste bloquée sur une qui me parait immense. Je la contourne, plus tard, un jour de grand vent, parce que tout de même ce n’est pas possible l’inertie. Je suis parait-il surdouée – certains parlent de zèbre mais comme je suis loin d’être en noir et blanc, dans la vie, cela ne me parle pas vraiment -, surdouée donc, avec une personnalité de type multi-potentialiste. Je crée en permanence, je ne me pose pas, je réfléchis, je suis dans l’instant.

Sur l’une de mes facettes, il y a la maladie. Le syndrome d’Ehlers Danlos. Elle dit beaucoup de douleurs musculaires, articulaires et fantômes, elle dit les articulations qui se déplacent uniquement parce que je m’en sers ou uniquement parce que je ne m’en sers pas, elle parle d’une extrême fatigue qui cloue pour quelques heures/jours/semaines là où on s’est posé, elle expose des bleus qui virent au noir, elle parle beaucoup trop. Alors parfois je marche – avec un meuble pour m’appuyer parce que je n’aime pas les béquilles – et parfois je ne peux pas écrire parce que les tendons des doigts lâchent. La maladie ne me définit pas. Je ne peux pas grimper aux arbres, je suis par contre incapable de rester à ne rien faire. Alors je tente, comme je peux, de me dépasser – et je vais plus vite qu’elle.

Sur une autre, je crée. Je dessine, j’aquarellise, je me lance dans les couleurs et j’en ressors apaisée. Je couds lorsque les mains sont en accord avec mon désir de création, lorsqu’elles veulent bien tenir le tissu. J’ai l’écriture en défouloir, un roman proche de l’autobiographie mêlé d’une autre vie – en attente parce qu’il est douloureux – et un autre que j’ai arrêté pour pouvoir écrire le premier, des nouvelles éparpillées et des mots qui se posent entre les murs, dans les nuits noires et contre moi. Si je ne peux pas écrire, je crève – et il n’y a rien de plus à en dire. Hormis peut-être, que si un jour je m’en sors de cette écriture brouillonne qui me dévore l’existence, je serai publiée.

Parce qu’un auteur m’a dit « vous avez une écriture durassienne » je suis tombée en amour de Marguerite Duras – d’accord, pas tous ses textes – que je n’avais toujours pas découverte. A sa suite je me suis ouverte à toute la littérature, celle émotionnelle qui parle aux intérieurs abimés. J’admire depuis, l’écriture de Asli Erdogan, auteure turque, et celle de Hélène Cixous.

Trois personnes partagent ma vie, LeChat (mon formidable mari) Prince (8 ans) et Hibou (4 ans). Nous pratiquons l’IEF, Instruction en Famille.

C’est de ne plus partager que l’humanité se meurt. Je vous offre les mots à lire sur ce blog, et les dessins ou photos à regarder.

Dame Ambre