J’ai retiré l’écharpe de mes cheveux, j’ai écouté

 
J’ai frôlé le monde épuré de ses habitants, frôlé puisque j’ai finalement croisé ce chien et puis cet homme au bout du chien, un grand sourire chaleureux nous nous sommes dit bonjour il m’a signalé une autre dame prenant des photographies plus haut sur le pont et je me suis imaginée en n’en voyant que ses pas dans la neige, reprendre exactement les mêmes, elle et moi les mêmes angles de vue les mêmes, c’était incroyable c’était les mêmes et je me suis demandé vraiment si cela était possible.



J’avais dessiné un trait sur mes yeux, un peu de noir un peu de bleu, j’avais déguisé le visage et puis je m’étais enfouie sous tellement de vêtements je ne sais pas si j’étais reconnaissable, à peine visible peut-être, mais j’étais tout en dessous de la chaleur c’est certain. Mes pas dans la neige m’ont éloignée des cris réjouis des enfants, il montaient un bonhomme absolument gigantesque et j’ai promis lorsque je reviens je photographie j’ai promis – et il s’est effondré avant mon retour. Je suis partie et à peine quelques pas esquissés le silence arrivait, je l’ai senti arriver avec l’impression qu’il courait vers moi c’était particulier. Les sons ont cette caractéristique d’être à l’envers sous la neige, comme s’il venait d’en dessous, de la terre, étouffés.

La neige tombait en douceur, j’ai finalement retiré l’écharpe de mes cheveux, elle isolait mes oreilles je n’entendais pas la neige froisser le sol depuis les arbres. Il arrivait d’une manière complètement irrégulière que les feuilles lâchent un amas et alors un son incroyable s’effondrait jusqu’à moi – et jusque sur mon appareil, schplaf, j’ai éparpillé si vite de peur que.

Je suis partie au bout du monde j’étais tellement seule tellement il m’a semblé appartenir à ce tout, il y avait une certaine violence et en même temps de la douceur dans cette perception, c’était d’une telle intensité je suis partie près de deux heures à m’étonner de cette solitude incroyable. Depuis combien de vies je n’avais pas vécu cela ? Cette intensité de vivre, entre moi et moi, en profondeur avec mes pensées et mon regard sur la vie.. Tout m’apparaissait dans une beauté frôlant l’extraordinaire, et vraiment ça l’était.

neige

neige fleurs rouge



 

 

En écoute :



 

Peluche, le chinchilla

Je ne rentre jamais dans une animalerie, jamais, je libérerais les animaux sans même vouloir y réfléchir, je souffre de les savoir en cage, je souffre de leur stress, je suis au désespoir. Alors, je n’entre jamais. Nous avons une ou deux fois fait une exception à ce jamais pour les deux enfants qui le demandaient, ils voulaient voir les poissons – Prince a développé une passion pour les aquariums. Ils aiment y passer un peu de leur temps, parfois, lorsque nous acceptons – chose rare. Ils savent pourquoi jamais nous ne prendrons d’animal dans notre maison. La cage dans la boutique n’est pas davantage acceptable chez nous, nous ne souhaitons aucune exploitation d’aucune sorte.

L’ironie de la situation étant Mignonette, adorable chatte de la voisine qui vit chez nous – je lui ai rouvert la porte ce matin, je me sentais triste de ne plus la voir – et les chatons qui sont nés dans le salon puis dans la chambre, deux années consécutives. Pas d’animaux, donc, on y tient, sérieusement, vraiment – toussote.

Nous cherchions des petites fioles, pour faire des potions – nous inventons cette année un drôle de calendrier de l’Avent. Dans le second magasin on nous a conseillé le magasin Gamm Vert, et pour en finir tout de suite avec le suspens, nous n’avons pas trouvé de fioles. LeChat s’est rendu entre les rayons pendant que j’accompagnais les enfants du côté animal. Je suis passée devant une cage en verre, Prince m’a demandé ce que c’était ce gros animal tout gris avec une grande queue et je n’ai pas eu le temps de répondre que la grande queue en question se précipitait sur nous, museau en avant collé contre une petite grille : elle nous a senti, senti encore, ne décollait plus et moi j’ai été scotchée, complètement. Je ne me l’explique pas. Je ne sais pas ce qui m’est arrivé. Si je sais ce qu’est un chinchilla, mes connaissances de l’animal s’arrêtent à sa physionomie. Je les ai toujours vu endormis, d’ailleurs, il me semble. Et lui, il m’empêchait de partir. Voilà. Il m’empêchait. Une vendeuse avec un gentil sourire est arrivé – et je pense qu’elle nous a observé en réalité, avant, m’a dit « Vous voulez le prendre ? » et je n’ai pas eu le temps de dire oui, elle avait ouvert la cage, j’ai tendu les mains et je me suis retrouvée avec une boule de poils contre moi, complètement collée à moi, et qui n’en bougeait plus sauf pour lever son museau et me chatouiller de ses immenses moustaches – mais d’où tu as des moustaches longues comme ma main, toi ?

Chinchilla

La vendeuse, adorable et pleine d’amour pour ce chinchilla, m’a expliqué qu’il était particulier, il ne dort pas spécialement la journée alors qu’il est un animal nocturne, il préfère regarder, observer. Elle le sort une fois par jour et il reste sur son épaule durant trente minutes pendant qu’elle travaille, elle disait « je n’ai jamais vu ça ». Elle a un ami qui insttalé des arbres dans sa maison, et qui jamais ne les attrape, les chinchillas vivent leur vie.. mais celui-ci, il recherche la compagnie humaine. Je me suis assise, par terre, j’étais à même le sol et il était contre moi, lové vraiment tout contre, sous ma cape ou à marcher sur mes bras, il me chatouillait les mains, le visage, me regardait dans les yeux ou s’apaisait juste contre moi.. Nous sommes restés deux heures, avec lui sur mes genoux qui refusait de partir. Les enfant tentaient bien de le prendre, il revenait dans la foulée, contre moi, tout contre, je n’y ai rien compris.. Il y avait un échange d’énergie très intense entre lui et moi. Mes douleurs sont parties. J’étais par terre, ce que je ne peux pas faire normalement sans déclencher de grosses crises et là, non seulement rien ne s’est déclenché mais ma crise initiale s’est apaisée.. Qu’est-ce que je fais de ça, moi ?

La vendeuse a été vraiment merveilleuse, elle n’a pas poussé à la vente, elle a compris que nous ne voulions pas, nous avons pu discuter avec une grande liberté. Elle m’a dit qu’il est très rare qu’elle le laisse entre les mains des clients, pour lui éviter tout stress. Il était si détendu, elle nous a laissé vivre ces instants, ensemble, c’était extraordinaire.. deux heures avec ce petit animal contre moi.. deux heures à sentir sa présence dans ma tête, comme une communication entre lui et moi..
Lorsque je l’ai déposé j’ai pleuré, et je l’ai senti contrarié, si fortement contrarié..

Je n’ai pas compris ce qu’il s’est passé..
Il me manque, et je n’ai pas su convaincre mon mari. Il n’avait qu’un mot à dire et dans ma maison, il y avait une immense cage pour un merveilleux animal qui aurait été beaucoup, beaucoup en liberté.

[Peluche est le nom donné par Prince, au moment de partir. La vendeuse a dit qu’elle mettrait un petit panneau, pour dire qu’il se nommait Peluche ^^]

chinchilla

chinchilla

chinchilla
Photos du téléphone, moches moches..

Solitude – à prendre avec des pincettes (ou des paillettes)

J’ouvre les yeux tous les matins. Je crois, j’ouvre les yeux sur ma solitude, la plus grande, la plus vaste, celle qui ne peut répondre à aucune question. Je pleure intensément tout au bord de mes yeux, tout au bord de l’âme je pleure, je déborde de tout ce qui ne se dit pas et je ne laisse rien couler. Je suis traversée d’émotions jusqu’au monde réel traversée et alors je me garde-là, vidée de tout puisqu’à l’intérieur tout s’effondre. Je me tiens sur tous les bords du monde et je survis encore.

Je ne suis pourtant pas seule, c’est beau comme elle le dit, cette solitude alors qu’elle n’est pas seule. Je ne le suis pas, je ne le suis jamais. Je me sens désespérément seule parce que je ne le suis jamais, parce que toutes mes pensées s’accompagnent de leurs cris, ou alors des siens, de cet enfant qui crie si souvent, pour tout, à tout instant, qui explose. La solitude extrême au milieu des autres, c’est la plus grande, la plus désespérée. Je perds, à ce jeu-là. Je perds. Il y a ce besoin intense de m’isoler violemment bousculé par un désir intellectuel qui ne peut être comblé. J’ai la très grande chance d’avoir quelques amis avec qui je correspond – oh cette chance j’en ai conscience – elle ne me suffit pourtant pas, je suis comme en manque, il me faudrait des tasses de thés échangées, il me faudrait je ne sais pas penser respirer d’autres idées, croire qu’il y a encore quelqu’un à l’intérieur qui ne s’est pas étiolé.

Il me semble, je n’ai pas eu de coup de foudre depuis Elle. Je l’ai sous les yeux, encore, celle que j’ai raté. Peut-être que c’est elle, qui m’a ratée, elle ne le sait pas comme on s’est ratées, comme on s’est ramassées, comme j’ai souffert durant deux années avant de remonter, très doucement. Oh, nous nous sommes parlées, nous nous sommes rencontrées, je suis tombée dans son regard le sourire dans son regard les paillettes dans son regard je suis tombée et je me suis fait si mal de cette non-réciprocité. Elle est là, cette solitude, dans l’incompréhension de ce que je ne réussis pas. Suis-je donc si complexe ou si peu intéressante que je ne puisse pas déclencher une reconnaissance partagée, les paillettes ça se vit à deux n’est-ce pas?. Parfois elle revient, sans les paillettes sans le regard, nous parlons un peu et puis elle repart, sans nouvelles, je n’espère plus rien, je suis guérie de ce coup, la foudre n’est plus ; lorsqu’elle me parle il y a un vide entre nous je m’assois juste devant et je la regarde. Il y a tous ces Elle potentiels mourant aux pieds, incohérence hasardeuse. Je ne suis venue à ce monde que pour vivre la nuit, l’obscurité des nuits, dans l’ombre. Il fait si sombre que j’effleure les monstres, les mots ne se voient pas, je parle seule.
Tant de vides, devant moi. Il me faudrait une activité où je ne meure pas.

Je suis vrillée par une douleur, elle est un peu à droite, juste là, à droite de la colonne vertébrale. Un peu comme si je ne me tenais pas droite, comme si je m’étais mise bancale sur un chemin unique dans ma vie, unique, un rail tout seul comme dans mon rêve, un bateau qui sortait de l’eau et prenait un rail et s’enfonçait dans un monde apocalyptique est-ce que je vais mourir là, avec tous ces vides.

Ce corps m’enferme, c’est une solitude qui n’en finit pas. Si j’osais je le jetterais, c’est à dire contre un mur, c’est à dire vraiment contre un mur. Il n’est pas correct de le dire, ça ne se dit pas, on ne dit pas « je veux jeter mon corps contre un mur », s’il y avait quelqu’un, pour entendre, il crierait au suicide. Je ne me suicide pas, je jette ce qui ne fonctionne pas, ne peut se réparer, je jette une douleur – la tâche sur le mur – je jette un corps contre un mur, ou alors s’il faut de l’élégance dans la souffrance je pourrais dire qu’un mur s’est mis sur mon chemin et que j’en souffre. On souffre toujours des accidents, ils arrivent dans la solitude, les yeux droit dans les matins trop vastes.

Elle m’a proposé jeudi et j’ai dit oui, j’ai accepté qu’elle vienne manger avec ses enfants avec une amie avec tout le bruit du monde j’ai accepté et je le regrette, cette ambivalence, je le sais je vais agrandir la solitude, cela fera tellement trop. Oh, ce sera chouette, sans doute même ce sera doux. Pourtant elle vient avec une inconnue et j’en suis comme pétrifiée, est-ce que je vais savoir quoi dire, quoi écouter, est-ce que je saurai où se trouvent nos silences ? Et puis surtout finalement, surtout parce que je dois bien y penser parce que tout ce bruit va augmenter le mien, parce que toutes ces paroles volantes vont me briser, combien de temps pour m’en remettre, il m’en faudra combien des matins trop vastes, pour revenir dans mon corps à ne plus vouloir le jeter accidentellement contre un mur ?

Je ne sais pas, c’est un lien une lumière un filament, je tisse, je tisse sur le mot soin un peu comme s’il était le seul à exister. Elle m’a demandé si à un moment, plus tard, quand je le voudrais, je pourrais et cela fonctionne ainsi que déjà j’étais là, à prendre soin à le donner à l’envoyer. Et puis j’ai parlé d’Elle, cette maman en train de mourir dans ma ville dont le fils, plus jeune, porte le même prénom que le mien et d’en parler je me suis sentie pleurer, le soin l’a englobée parce que je travaille sur elle depuis une dizaine de jours, parce que je ne sais pas quoi faire d’autre que l’accompagner sur son chemin, quel que soit celui qu’elle empruntera finalement – est-ce que je peux savoir ce que je fais.