Je papillonne de-ci de-là vers la douceur

La sensation d’un lien. Une sensation comme ça qui me traverse, je me sens reliée à, quelque chose quelqu’un quelque vie, ou alors il s’agit d’un chemin sous mes pieds plus certain, je vois là en cet instant mes pas se poser sur une surface solide, un peu transparente et solide. Comme je ne trouve plus le temps j’écris comme je peux sur des bouts de carnets, je commande des scotchs magnifiques qui arriveront un jour entre la fin du monde et la fin du mois, j’envoie une sucette au caramel et je trouve juste ce que je voulais de bonbons bio à la citrouille à la carotte et mandarine pomme citron pour mes jolis colis – non mais vraiment, à la citrouille ! -, je regarde Prince qui prend soudain une place de grand-frère et pousse son frère comme ça sur l’immense balançoire du parc – oh mais il grandit, il grandit -, j’ai une liste plus grande que celle d’un père-noël je m’emmêle les crayons, je voudrais offrir tant de douceur autour de moi, je ne fais plus que croiser cet homme merveilleux il part si tôt, je lis trois livres en même temps et il y en a deux tellement énormes je ne sais pas je me demande est-ce qu’on peut arriver au bout, j’envie j’ai envie je souhaite une liberté de vie, je m’apprends je papillonne.


et la photo, juste après, évidemment juste après

 

Aujourd’hui j’ai fait de mes mains

La journée était là depuis longtemps, un peu tiède de ses cris obsédants des enfants, juste à côté oh si proche avec la fenêtre ouverte. Je me suis décidée pour l’atelier les aiguilles les tissus, les coloris. J’ai fait danser les ciseaux sur les tissus tendus et j’ai épinglé toute la douceur de cet instant, la musique suivait mes gestes, je me demandais si j’ouvre le carnet, je lui dis qu’elle est tout au bord ?, la machine tirait la mousseline tirait le velours tirait et comme ça, de mes mains soigneuses, est née une écharpe-je-tourne-autour-du-cou, un snood dandelion comme amoureux.

D’après l’exercice 366 réels à prises rapides – Aujourd’hui j’ai fait de mes mains

atelier ambre dandelion Aujourd'hui j'ai fait de mes mains

dandelion Aujourd'hui j'ai fait de mes mains

dandelion Aujourd'hui j'ai fait de mes mains

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C’était ce bonheur-là, tellement, j’écrivais entre les fils je cousais sur les mots et dans mon dos, la rumeur enfantine..

Demain je m’occuperai de le poser à la vente, sur Etsy, j’essayerai de faire d’autres photos pour le mettre davantage en valeur – la fatigue a eu raison de moi et alors, surtout, de la lumière. Je suis à la moitié du quart d’un millimètre de m’en faire un pour moi, tant je le trouve magnifique ! Il a une légèreté et une douceur incomparable, je suis en amour de la mousseline.. cette matière est juste merveilleuse.

 
 

Aujourd’hui un meuble a des formes

Sur son bois fatigué, des visages. Ce meuble superbe retient son souffle, se fait escalader de mille griffes. Le temps s’arrête, pour lui et la boule de poils ambitieuse qui le façonne avec l’intensité de sa folle énergie. Il observe. Écoute le monde, ses exigences. Ce meuble ne tient sa place dans notre salon que par ses formes, je ne peux m’en défaire, je l’aime pour tout ce qu’il me dit de l’être l’ayant sculpté, j’ai la sensation de le saisir dans son essence, bien mieux que je ne comprendrai jamais les hommes, les femmes. Les êtres.

D’après l’exercice 366 réels à prises rapides – Aujourd’hui un meuble a des formes
 

La patine du temps ne peut suffire à conférer de la valeur à tous nos usages.

Léonora Miano – Contours du jour qui vient

Aujourd'hui un meuble a des formes

Aujourd'hui un meuble a des formes

Aujourd'hui un meuble a des formes

Aujourd'hui un meuble a des formes

 
 

Aujourd’hui où étiez-vous entre 13h et 13h05. Que faisiez-vous ? Vous avez un alibi ?

J’écrivais, bien sûr.
Ou je lavais la vaisselle.

Ah. Je ne sais plus. Mes enfants pourront vous le dire j’étais dans la maison c’est certain, il est même possible que ce soit le moment où j’ai proposé une activité, ils ont fait leur colle eux-même je supervisais j’étais juste derrière eux est-ce que ça compte ? j’ai bien dû laver la table vous pouvez vérifier elle est propre. Enfin elle l’était. Je veux dire, ils ont collé des bouts de papiers alors, après.. et puis il y a eu le gouter aussi, forcément, ce n’est peut-être plus tellement net..
Mais… Vous m’arrêtez ?


D’après l’exercice 366 réels à prises rapides – Aujourd’hui où étiez-vous entre 13h et 13h05. Que faisiez-vous ? Vous avez un alibi ?
 
 

Le projet maison, d’un rêve à un autre

J’avais commencé à raconter, il y a quelques jours, ce projet maison un peu mouvant.
Je reprends.

Nous avons ce projet de maison, dans le Sud ensoleillé, possible par le cadeau de mes beaux-parents : il nous offre 400 m² de leur terrain.
Nous acceptons pour plusieurs raisons – ordre aléatoire, liste non exhaustive :

. L’accès à la propriété dans le Sud nous serait impossible sans ce don
. La chaleur, mon corps en a besoin pour vivre et arrêter de survivre en pleurant sous le froid et les douleurs
. Retourner dans le sud, c’est se retrouver proche de personnes que nous aimons, notamment Reno. L’amitié manque, à distance
. Nos enfants verraient vraiment leurs grands-parents
. Je pourrais parfois bénéficier d’une relève
. Le grand-père a des milliards de choses à leur apprendre, dans des milliers de domaines (dont : comment gérer sa surdouance)
. Nous aurions un jardin très grand – tentative d’autosuffisance

Nous sommes passés par beaucoup d’étapes, dans notre tête et sur le papier. Nous avons songé à une Earthship et les différentes déclinaisons de cette maison de hobbits. Nous avons pensé paille, pneus, bouteilles dans les murs. J’aurais bien vu une maison dans un arbre, mais cette fois j’avais poussé un peu le rêve trop loin et je suis revenue sur terre. Nous avons envisagé le toit végétal, la récupération d’eau de pluie, le chauffe-eau solaire, des matériaux de récupération.
Du temps a passé.
Les différents plans aussi.
On a dévié, sans s’en rendre-compte.
Je me suis sortie du projet.
J’étais fatiguée.
Je n’ai pas vu exactement ce qu’il est passé pour que je m’éloigne. J’ai recommencé à avoir de mauvais rapports avec mes beaux-parents, j’en ai déduis que je craignais d’habiter à 10 mètres de chez eux, et le projet je ne me suis plus investie. J’ai fui. J’ai dit un peu oui à tout, j’ai insisté tout de même sur la pièce dont j’avais besoin pour me retirer, je ne l’ai pas vraiment eue et je suis partie encore plus loin du projet. Je ne voulais plus déménager, construire, habiter là-bas. L’angoisse est arrivée, au détour d’un plan. C’est une belle maison, vraiment. Avec une verrière et deux salles de bain. J’avais obtenu un puits de lumière dans l’une d’elle, parce que j’étouffais à l’idée d’être dans le noir, mais LeChat avait rechigné bien qu’accepté : plus de frais. Mes exigences sur cette maison avait pourtant été raisonnable : un coin à moi et un puits de lumière. Je n’avais pas été pénible. Je ne comprenais pas la cuisine au milieu de la maison, j’avais bien tenté de dire que tout de même cela me faisait étrange, mais j’aimais bien aussi les murs en verre qu’il projetait et puis il s’agissait finalement d’une grande envie de LeChat et je la lui ai laissée.

projet maison plan

J’avais lâché la maison et récupéré toutes les angoisses de la terre : je ne voulais plus y aller. Considérant les soucis relationnels que je peux avoir de temps à autre avec ma belle-famille, la cause m’a semblé très facilement identifiable..

Après des mois et des mois de travail –une année, exactement -, les plans ont été envoyé à une entreprise d’ossature bois et à un électricien. Nous avons attendu les devis. Il aura fallu trois mois et demi pour obtenir celui de l’entreprise : 125 000 euros (35 000 de trop pour la banque), et nous attendons toujours celui de l’électricien –nous en sommes à 5 mois, nous n’attendons plus, évidemment.

Au départ mon mari s’est agacé, il a tourné un peu en rond. Il avait besoin que ça avance. Il a relancé. Une fois, deux fois. Cinq fois. Par mail, par téléphone. Aucune réponse. Il a lâché, il a décidé de chercher quelqu’un d’autre et il s’est apaisé. Il est reparti, assez tranquille.

Et là, j’ai tout mis par terre.

Reno était à la maison, nous discutions. Et j’ai essayé d’expliquer que je ne me sentais pas à l’aise. Je n’y suis pas arrivée, parce que dans ma tête rien n’était clair. J’ai commencé à parler de la maison j’ai dérivé toute seule sur notre pagaille ils ont réussi à débroussailler un besoin de « moins de choses quoi ! ». C’était parti pour le moins-de-choses-quoi, et on a viré toutes nos assiettes, verres, tasses. On a gardé quatre de chaque, couverts compris. Je me suis sentie mieux, c’était ce dont j’avais besoin, me disais-je. Reno est parti et nous avons continué un peu. Juste un peu. Cela me convenait, je n’étais pas pressée. Je ressentais toujours ce stress, en moins fort.

LeChat a reparlé de la maison, des plans, de l’agacement de l’électricien et de sa réflexion sur le sujet : il tenait l’idée du siècle, il allait construire la maison lui-même et pour ça nous allions d’abord construire une cabane de 20m², on allait y dormir/manger/vivre le temps de la construction. Et ensuite, on détruirait le cabanon.
Mes mots sont allés plus vite que ma pensée.
Je lui ai répondu « mais moi je veux bien y vivre tout le temps, dans la maison de 20m², je n’ai pas besoin de la grande ».

Voilà.
C’était dit.
C’était enfin dit.
Je tenais le bout de mon angoisse depuis une année : je ne souhaite pas une grande maison. Ce dont j’ai besoin, c’est de retirer 75% de nos possessions. Épurer. L’espace, l’air, la visibilité. Et si je retire tout, quel besoin d’une grande maison ? Ce qu’il me faut c’est une toute petite maison, avec un tout petit peu des choses dedans.

LeChat, qui avait passé une année à faire des plans sur ordinateur comme un architecte professionnel, à voir comment agencer chaque pièce pour que l’ensemble soit bien spacieux, à glisser une deuxième salle de bain dans notre chambre, à réfléchir comment nous allions nous sentir bien dans tout cet espace, à prendre rendez-vous avec une entreprise d’ossature bois sur notre temps de vacances en Espagne, à attendre les devis et à s’agacer de leur lenteur, ce même homme m’a regardé avec de grands grands yeux durant une minute. Et puis il a dit : ok.

Voilà. C’était tout. C’était grandiose.
Je me suis remise à respirer.
Dans l’après-midi, il avait refait tous les plans à la main.

maison dessin projet maison
Avec un espace couvert sur le côté gauche, un étage, le prunus désormais sauvé
et du coup, on ne fait pas ça non plus

Il a commencé par une mezzazine, pour les enfants. Trois heures plus tard nous avions tout refait, c’était un étage. Huit heures et du sommeil entre et nous avions tout mis au rez de chausséeje ne pourrai pas monter les escaliers toute ma vie. Et ce qui m’a tout de suite sauté aux yeux, c’est que j’avais l’envie de m’investir vraiment, j’étais bien là, dans l’instant présent, à vouloir cette maison, à vouloir déjà y être, à avoir mille idées.

Oui, voilà. Nous avons une nouvelle maison à présenter, à construire. Ce ne sera pas une tinyhouse – sur roues, 15m² – mais une petite maison passive, tout de même, avec un système de récupération d’eau – fini les bidons à porter. Au sol, 35m² environ. Les trois chambres vont être les plus grandes, elles se partagent 9m² chacune. D’abord parce que nous avons un futon immense et que nous voulons le conserver, ensuite pour que les enfants ne se sentent pas trop à l’étroit, que ce ne soit pas uniquement un espace pour dormir, :mais aussi pour y dormir, pour que ce soit « leur » pièce.

Cela ne semble pas comme ça, mais nous avons aussi calculé la possibilité de recevoir pour manger : à l’intérieur deux personnes de plus et dehors autant que nous le souhaiterons.

Et en attendant, nous vidons notre appartement. Le vélo d’appartement a été vendu, le lave-vaisselle donné. Dans notre entrée s’entasse tout ce que nous avons retiré de la cuisine, et ce sera déposé lors du vide-grenier de dimanche, pour que les personnes intéressées se servent. Nous avons un travail immense en chantier, et sincèrement, entre vous et moi, j’adore ça !