Souffle..

Souffle..

Je voudrais sentir des arbres.
Je manque de ce souffle qui gonfle mon âme, je manque des mots qu’ils échangent, je manque de l’odeur d’une forêt.

L’elfe s’essouffle à vivre en ville.

J’avais cette habitude de partir. J’ai visité une grosse partie de ma région, sans parler de toutes les autres parce que j’étais dans le coin. J’ai pris des milliers de photos, certaines vraiment réussies. Nous avions avec Lui, une voiture, et nous partions sans but, à droite, à gauche.. que de découvertes nous avons faites, que de rencontres aussi.. (bon surtout animales, mais ce n’est pas le sujet). C’est là où je regrette ce 4 roues avec moteur.

J’ai toujours été en mouvement, et ça me manque. J’ai ce besoin de bouger, de prendre de nouvelles photos, de découvrir de nouveaux endroits. Besoin de voyages..

Je me demande si le manque d’air que j’ai régulièrement ces temps-ci vient de là, le manque physique, celui qui écrase les poumons et rend un sifflement.

Je suis sans arbres.

Les trois portes de la sagesse

Les trois portes de la sagesse

Un texte que j’ai eu envie de relire, et de partager même si la plupart d’entre vous le connaissez.

 

 

Un Roi avait pour fils unique un jeune Prince courageux, habile et intelligent. Pour parfaire son apprentissage
de la Vie, il l’envoya auprès d’un Vieux Sage.

Éclaire-moi sur le Chemin de la Vie, demanda le Prince.

Mes paroles s’évanouiront comme les traces de tes pas dans le sable, répondit le Sage. Cependant je veux bien te donner quelques indications. Sur ta route, tu trouveras trois portes. Lis les
préceptes inscrits sur chacune d’elles. Un besoin irrésistible te poussera à les suivre. Ne cherche pas à t’en détourner, car tu serais condamné à revivre sans cesse ce que tu aurais fui. Je ne
puis t’en dire plus. Tu dois éprouver tout cela dans ton coeur et dans ta chair. Va, maintenant. Suis cette route, droit devant toi.

Le Vieux Sage disparut et le Prince s’engagea sur le Chemin de la Vie.
Il se trouva bientôt face à une grande porte sur laquelle on pouvait lire:

Change le Monde.”

C’était bien là mon intention, pensa le Prince, car si certaines
choses me plaisent dans ce monde, d’autres ne me conviennent pas.

Et il entama son premier combat. Son idéal, sa fougue et sa vigueur le
poussèrent à se confronter au monde, à  entreprendre, à conquérir, à modeler la réalité selon son désir. Il y trouva le plaisir et l’ivresse du conquérant, mais pas l’apaisement du coeur. Il
réussit à changer certaines choses, mais beaucoup d’autres lui résistèrent.

 

Bien des années passèrent. Un jour, il rencontra le Vieux Sage qui lui
demanda:

Qu’as-tu appris sur le chemin ?

J’ai appris, répondit le Prince, à discerner ce qui est en mon pouvoir et
ce qui m’échappe, ce qui dépend de moi et ce qui n’en dépend pas.

C’est bien, dit le Vieil Homme. Utilise tes forces pour agir sur ce qui
est en ton pouvoir. Oublie ce qui échappe à ton emprise.
Et il
disparut.

Peu après, le Prince se trouva face à une seconde porte. On pouvait y
lire:

Change les Autres.”

– C’était bien là mon intention, pensa-t-il . Les autres sont source
de plaisir, de joie et de satisfaction mais aussi de douleur, d’amertume et de frustration. Et il s’insurgea contre tout ce qui pouvait le déranger ou lui déplaire chez ses semblables. Il chercha
à infléchir leur caractère et à extirper leurs défauts. Ce fut là son deuxième combat.

 

Bien des années passèrent.

Un jour, alors qu’il méditait sur l’inutilité de ses tentatives de
vouloir changer les autres, il croisa le Vieux Sage qui lui demanda:

 Qu’as-tu appris sur le chemin ?

J’ai appris,répondit le Prince, que les autres ne sont pas la cause ou la
source de mes joies et de mes peines, de mes satisfactions et de mes déboires. Ils n’en sont que le révélateur ou l’occasion. C’est en moi que prennent racine toutes ces
choses.

Tu as
raison,
 dit le Sage.
Par ce qu’ils réveillent en toi, les autres te révèlent à
toi-même.
 Sois reconnaissant envers ceux qui font vibrer en toi joie et
plaisir. Mais sois-le aussi envers ceux qui font naître en toi souffrance ou frustration, car à travers eux la Vie t’enseigne ce qui te reste à apprendre et le chemin que tu dois encore
parcourir.

Et le Vieil Homme disparut. Peu après, le Prince arriva devant une
porte où figuraient ces mots:

Change-toi toi-même.”

Si je suis moi-même la cause de mes problèmes, c’est bien ce qui me
reste à faire, se dit-il. Et il entama son troisième combat. Il chercha à infléchir son caractère, à combattre ses imperfections, à supprimer ses défauts, à changer tout ce qui ne lui plaisait
pas en lui, tout ce qui ne correspondait pas à son idéal.

 

Après bien des années de ce combat où il connut quelque succès mais
aussi des échecs et des résistances, le Prince rencontra le Sage qui lui demanda:

Qu’as-tu appris sur le chemin ?

J’ai appris,répondit le Prince, qu’il y a en nous des choses qu’on peut
améliorer, d’autres qui nous résistent et qu’on n’arrive pas à briser.

C’est bien, dit le Sage.

Oui,poursuivit le Prince, mais je commence à être las de me battre
contre tout, contre tous, contre moi-même. Cela ne finira-t-il jamais ? Quand trouverai-je le repos ? J’ai envie de cesser le combat, de renoncer, de tout abandonner, de lâcher
prise.

C’est justement ton prochain apprentissage,dit le Vieux Sage. Mais avant d’aller plus loin, retourne-toi et contemple le chemin parcouru.Et il disparut.

Regardant en arrière, le Prince vit dans le lointain la troisième
porte et s’aperçut qu’elle portait sur sa face arrière une inscription qui disait:

« Accepte-toi toi-même »

Le Prince s’étonna de ne point avoir vu cette inscription lorsqu’il
avait franchi la porte la première fois, dans l’autre sens.

– Quand on combat, on devient aveugle se dit-il. Il vit aussi, gisant
sur le sol, éparpillé autour de lui, tout ce qu’il avait rejeté et combattu en lui: ses défauts, ses ombres, ses peurs, ses limites, tous ses vieux démons. Il apprit alors à les reconnaître, à
les accepter, à les aimer. Il apprit à s’aimer lui-même sans plus se comparer, se juger, se blâmer.

 

Il rencontra le Vieux Sage qui lui demanda:

Qu’as-tu appris sur le chemin ?

J’ai appris,répondit le Prince, que détester ou refuser une partie de moi,
c’est me condamner à ne jamais être en accord avec moi-même. J’ai appris à m’accepter moi-même, totalement, inconditionnellement.

C’est bien,dit le Vieil Homme, c’est la première Sagesse. Maintenant tu
peux repasser la troisième porte.

À peine arrivé de l’autre côté, le Prince aperçut au loin la face
arrière de la seconde porte et y lut:

 » Accepte les autres »

Tout autour de lui il reconnut les personnes qu’il avait côtoyées dans
sa vie. Celles qu’il avait aimées et celles qu’il avait détestées. Celles qu’il avait soutenues et celles qu’il avait combattues. Mais à sa grande surprise, il était maintenant incapable de voir
leurs imperfections, leurs défauts, ce qui autrefois l’avait tellement gêné et contre quoi il s’était battu.

 

Il rencontra à nouveau le Vieux Sage.

Qu’as-tu appris sur le chemin ?demanda ce dernier.

J’ai appris,répondit le Prince, qu’en étant en accord avec moi-même, je
n’avais plus rien à reprocher aux autres, plus rien à craindre d’eux. J’ai appris à accepter et à aimer les autres totalement, inconditionnellement.

C’est bien,dit le Vieux Sage. C’est la seconde Sagesse. Tu peux franchir à
nouveau la deuxième porte.

Arrivé de l’autre côté, le Prince aperçut la face arrière de la
première porte et y lut:

Accepte le Monde.“

Curieux, se dit-il, que je n’aie pas vu cette inscription la première
fois. Il regarda autour de lui et reconnut ce monde qu’il avait cherché à conquérir, à transformer, à changer. Il fut frappé par l’éclat et la beauté de toute chose. Par leur Perfection.

C’était pourtant le même monde qu’autrefois. Était-ce le monde qui
avait changé ou son regard ?

 

Il croisa le vieux sage qui lui demanda :

Qu’as-tu appris sur le chemin ?

J’ai appris,dit le Prince, que le monde est le miroir de mon âme. Que mon âme ne voit pas le monde, elle se voit dans le monde. Quand elle est enjouée, le monde lui semble gai. Quand elle est accablée, le monde lui semble triste. Le monde, lui, n’est ni triste ni gai.
Il est là, il existe, c’est tout. Ce n’était pas le monde qui me troublait, mais l’idée que je m’en faisais. J’ai appris à l’accepter sans le juger, totalement,
inconditionnellement.

– C’est la troisième Sagesse,dit le Vieil Homme. Te voilà à présent en accord avec toi-même, avec les autres et avec le Monde.

Un profond sentiment de Paix, de Sérénité, de Plénitude envahit le
Prince. Le Silence l’habita.

Tu es prêt, maintenant, à franchir le Dernier Seuil,dit le Vieux Sage, celui du passage du Silence de la Plénitude à la Plénitude du Silence.

Et le Vieil Homme disparut.

Charles Brulhart Décembre 1995