Nos souvenirs brûlés

Nos souvenirs brûlés

Le film est difficile, triste. Riche de petits détails sur le couple, le deuil, la drogue, sans être lourd. Étrange film où se mélangent passé et présent..
Je ne suis pas la meilleure personne pour parler de ces choses, pas la mieux placée pour être objective. Mais j’y ai trouvé beaucoup de justesse.

Dans quelques jours, cela fera cinq années.. Il y a longtemps que mes pensées ne tournent plus autour de Lui mais il est bien difficile de ne pas replonger dans mes souvenirs avec un tel film.
Une phrase m’a frappée, je l’avais déjà entendue mais c’est seulement ce soir que je fais le parallèle entre le drogué et la personne en deuil : <em>un seul jour à la fois</em>.
Un seul jour. A la fois. Pas de lendemain, pas d’avenir, rester en vie, ne pas basculer.

Le film est perturbant. Pour moi, seulement, peut-être.
Je me souviens avoir hurlé. A m’en briser les cordes vocales.
Je n’ai aucun souvenir d’avoir blessé par mes mots l’homme qui était à mes côtés à ce moment là, mais il parait que je l’ai fait. Plusieurs fois.
Je me souviens m’être abimée dans des tâches répétitives, durant des mois.
Cette douleur n’est pas effaçable.

Il y a des moments où je ne sais pas si je pleure parce que je connais sa douleur, parce que cela ravive la mienne, ou parce que j’ai peur de perdre tout, encore.
Je suis incapable de trancher.

16 mois et demi et pas à la traine

16 mois et demi et pas à la traine

Je n’écris pas beaucoup. Pas le temps, mais essentiellement pas l’énergie. Je cours tellement que je n’arrive même pas à me rattraper.

Mon fils, lui, il m’attend pas. Il grandit et je m’émerveille.
Il sait dire distinctement (ou parfois il manque une lettre quelque part) et sans notre aide : papa, maman, bulle, balle, plume, pigeon, dragon, doudou, au revoir (amoncellement de lettres qui
veulent en tout cas le dire), aie, non, ça non (et là, en tant que parent, on se sent pris en faute dans une certaine répétition des choses), chat, chien, ça (pour nous montrer quelque chose et
qu’on le nomme), bébé (véritable fascination pour les bébés, au point de se poser avec un livre de photos de bébé dans un coin), bain, peluche, lapin. J’en oublie sûrement.
Nous avons aussi « pe » pour lampe.

Quand il fait bisou maintenant il en fait un véritable, avec le bruit. Il sait appeler un chat de la même façon (c’est de là qu’il a compris pour le bisou), il fait des câlins à ses peluches
préférées (dont une qu’il appelle spécifiquement « bébé »).
Et depuis hier, il tente de sauter. On l’a surpris à vouloir atteindre un livre, il a fléchi les genoux et tenté de sauter.. Évidemment ça ne fonctionne pas encore, mais l’idée y est et nous
sommes restés bien bête, on ne sait pas du tout où il a pris l’idée de faire ça.
Je lui prends des livres à la médiathèque, je cible sur les bébés et les chats et on peut ainsi (enfin !) le canaliser un peu. Ce petit bonhomme déborde d’énergie et ne tient pas en place. Nous n’avons pas la tv mais nous tentons les dessins animés en anglais (dysney pour l’essentiel) sur le pc mais on ne le tient pas plus de 10 minutes devant à moins qu’il ne soit déjà très fatigué. Et environ 10 minutes sur un livre s’il est fasciné, ce dont nous sommes ravis. Vivement qu’il ai un petit sport.. et nous de l’argent ^^

Saute-mouton

Saute-mouton

Le matin, pendant que la maman est partie à l’étranger pour son travail, je « garde » deux enfants. Je les réveille, je leur prépare le petit déjeuner, je les emmène à l’école. Le mercredi par
contre, je reste avec eux de 8h30 à 14h.
Ces enfants ont un emploi du temps de ministre. Rien qu’hier, je me suis usée à courir toute la matinée à droite et à gauche, et ils avaient encore à courir l’après-midi (mais là, ouf, ce n’était
pas à moi de le faire). Entre l’école (faite pour former une élite), le conservatoire, l’orchestre, la danse (classique et une autre), la chorale, le cirque, c’est à devenir dingue (et nous
sommes aussi allés à la médiathèque).Tellement fatiguée (j’ai encore ma maison et mon gnome), que le soir je suis allée me coucher à 21h.

Les enfants sont en train de craquer, nous ne sommes qu’en début d’année. Trop de choses à faire, ils n’ont même plus le temps de se poser. Le petit, 10 ans, très réservé, a craqué hier soir. Et
de nouveau ce matin, au moment où je le laisse à son école une panique soudaine « mais tu te rends compte ce soir je vais avoir mes devoirs, le solfège, le basson.. », le tout pendant que la plus
jeune, 8 ans, stresse comme une folle à l’idée d’arriver en retard à son école à elle. Même pour son petit déjeuner j’ai eu du mal à la faire asseoir.
Deux boules de nerfs. Je n’ose imaginer demain, entre le conservatoire et le cirque, dans quel état le petit sera. Ces enfants sautent d’une chose à l’autre..

En rentrant, j’ai eu besoin de jouer longtemps avec mon fils, de le faire rire, de le savoir détendu.
De me détendre moi-même.

Eito (lampe d’ombre), de Daniel de Bruycker

Eito (lampe d’ombre), de Daniel de Bruycker

Le livre m’a prise par surprise, posé face à moi sur l’étagère de la médiathèque. On ne saurait dire pourquoi parfois mais un livre nous parle, appelle, demande à être lu, et c’est ce qui m’est arrivé avec celui-là.

Je l’ai lu en deux fois, gnome oblige, mais les deux fois où je suis ressortie de ce livre, j’étais dans le même état que l’auteur. Un peu sonnée, un peu ailleurs, un monde à part où rien n’est important sinon la journée qui passe, toujours la même..

Nous sommes à Hiroshima, le 6 août 1945. De l’explosion atomique, il n’a pas de souvenir, de sa personne non plus. Son innocence face à ce monde dévasté, éclatant de blancheur, brûlé, mort, est perturbant ; on met un moment à comprendre son état de choc, état dont il ne sort pas, ne sortira pas. De son corps malade il ne dit presque rien, l’importance de son regard se place dans le monde qui l’entoure.

De ce choc empli de douleur, nait une poésie terrible, incongrue. Déplacée.

https://i1.wp.com/www.adiu.fr/a/uploads/AneBleu/EitoLampeDOmbreCouv.jpg?resize=200%2C383