J’écoute avec le ventre ce qui a été semé


 

Je m’écoute avec le ventre. Cela se passe en plein sommeil, au plus profond là où j’ai surpris l’acte. J’ai jeté les photos et il ne s’est rien passé, ça ne l’a pas jeté avec. Il est resté entre les pages blanches des albums, dans la trace que l’absence de photos souligne désormais. J’ouvre des phrases au hasard, des regards un peu hautains que je n’avais pas vu et qui s’étaient glissés. Sur les photos, lumineuse. Quelques vagues rondeurs. Belle. Juste avant lui parce qu’ensuite, les cernes sous les yeux soulignent ce que je ne veux pas voir. Une lente destruction et les mains sur les murs et les mains le long du mur et la peau de ses mains que j’arrache à saigner. Se décompose. Griffure réitérée de la peau contre la souffrance. Mais t’étais quoi, petite ? Je me demande si j’étais restée, combien de temps il m’aurai fallu pour rétrécir jusqu’à ne plus être là.

J’en fais quoi de l’amour, la question qui me hante aux heure sombres quand les yeux encore ouverts j’attends le matin. Je n’en finis pas de contempler les fragments et tout ce vide, de contempler sa mort et mon incapacité à le frapper par-delà. La béance douloureuse qu’il me reste me renvoie vers une colère sourde, violente, nouvelle, que je ne peux décharger sur lui. Ce besoin de hurler me traverse dans cette béance là, ce trou dans la poitrine qui ne se ferme pas. Fragments. Dans la poitrine, tous les fragments et tous les vides, toute la douleur. Je ne sais pas ce qu’on fait de ça. On ne s’en remet jamais, de ces atteintes là, de ces trahisons là. La sienne. La mienne. On ne se remet pas ?

Je pourrais m’épuiser. A écrire ce hasard qui a soulevé un rideau noir, dont je ne sais que faire. A écrire la douleur griffant les entrailles. A écrire ces regards que je sens peser. A écrire ces réponses percutantes à mes questions déplacées Tu m’aimeras encore si je suis grosse ? Non. Tu m’aimeras encore, si je change ? Je ne sais pas., c’était mon anniversaire je pleurais au restaurant, mon anniversaire et le notre – fatalité. A écrire l’acharnement, l’acharnement, l’acharnement.
Et puis il y a cette colère en moi qui me pousse en avant avec autant de violence qu’elle m’a jetée à terre. Je vais simplement m’écrire en dehors pour ne pas en crever.

J’écoute avec le ventre les plaies qui se refermeront. J’écoute avec le ventre tout ce que je regarde, l’impression d’être résumée, juste là, jusque dans les cris :

 


Batsheva Dance Company – Sadeh21 by Ohad Naharin

 
 

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