Dans le creux de vos mains

 
 


Playlist d’Août

 

Je me suis précipitée, il envoyait des poussières d’herbes dans mon linge et j’ai pensé simultanément que mon linge allait sentir l’herbe, que j’allais éternuer, qu’il serait plein de poussière – j’ai appris que je pouvais avoir trois pensées dans un même instant. Quand je me suis retournée avec ma bassine de linge sauvé, la rose trémière aux belles fleurs blanches avait été avalée par la tondeuse. J’attendais qu’elle fasse des graines, ça m’a ennuyé ; c’était trop tôt c’était trop tard.

A la médiathèque, où je discutais de Marie-Aude Murail – il faut toujours discuter de Marie-Aude Murail – et pour me consoler de Golem que je ne trouvais pas dans les rayons malgré sa soi-disant présence, elle me disait qu’elle avait écrit un nouveau livre. Elle l’a réservé pour moi, me disant que non ce ne serait pas un souci de l’emprunter sur une carte enfant puisque c’était un livre adolescent. Évidemment, je me suis pris une remontrance avec une autre bibliothécaire moins enjouée et souriante, je devais acheter une carte adulte la prochaine fois tout de même, c’était abusé un livre adulte sur une carte enfant mais où allait le monde. Je tente de ne pas insister sur le prix de la carte, 22 euros moi je ne peux pas je ne peux plus, surtout que je dois trouver un livre pour moi tous les quatre mois, ce n’est vraiment pas rentable. Elle y comprend quoi la dame, de l’argent qui ne rentre pas, derrière son bureau et son sourire absent ? Je ne lui ai pas dit non plus qu’au lieu de trois cartes je n’en paye plus que deux, qu’à la place nous allons venir beaucoup plus souvent pour que les livres puissent tourner dans la maison, parce que huit euros par enfant c’est déjà terrifiant pour un porte-monnaie.

Une après-midi dans l’ombre des arbres gigantesques, nous avons parlé bienveillance. Bébé magnifique et ses sourires à nos côtés, deux autres mamans, tranquilles, nous avons regardé nos six enfants apaisés courir dans tout le parc. Parfois tous ensemble, souvent deux par deux mais jamais les mêmes, ils ne se disputaient pas , ils se demandaient « je peux prendre ta canne à pêche ? » – et c’était un bâton évidemment -, il n’y a jamais eu de pleurs pour des conflits juste quelques égratignures d’avoir trop dérapé. Ils avaient entre 3 et 8 ans, ils étaient incroyables. Je n’avais plus vécu cela depuis trop longtemps, je ne savais plus que cela pouvait exister, des rencontres d’enfants où ils gèrent jusqu’à leurs émotions, ensemble. Le soir en rentrant, j’ai eu les larmes aux yeux d’un message sur mon téléphone, en réponse au mien où je disais merci merci merci. Elle me disait tout le bien que cela lui avait fait à elle aussi, que je lui avais permis de se remettre droite dans ses valeurs avec ses enfants – alors qu’elle me permet la me^me chose, c’est si étonnant parfois n’est-ce pas ?.

Me tenir assise dans l’herbe des heures durant, a détraqué gravement mon corps. Cervicales, mains, dos, jambes, ce n’était guère évitable.. Mais je ne m’attendais à cette souffrance, le soir, la nuit, le réveil et cette douleur dès que je me lève, cette sensation de perdre mes organes, dans le ventre. Je me réunis, je me recentre autour de ce corps après avoir réuni l’esprit, je tente de guérir ce que je ne comprends pas – enfin si, j’ai compris, je sais, je surveille et il me faudra aller voir le mèdecin c’est juste que je refuse l’urgence puisqu’allongée, ça se gère. La maladie prend des chemins qui m’échappent, parfois. Je ressens la gravité de ce qu’il se passe, je ne comprends pas le pourquoi alors que je me suis tant respectée – d’accord, je n’ai pas respecté mon corps en me tenant dans l’herbe durant six heures. Je ne bouge plus, je ne porte rien ; je m’allonge, j’attends que mon corps se remette en place. Je suis triste de ce qu’il se passe en moi, heureuse de ma journée d’hier et sans regret. Je comprends qu’il me faudra prévoir un siège, acheter, trouver quelque chose de transportable par mes soins sans me démonter une épaule sur le trajet. Je trouverai. Parce que la sérénité que j’y ai gagné, le bonheur qui s’installe en moi, la vie si belle.. je ne peux qu’être là, présente, je ne peux que vivre intensément ces personnes qui traversent mon chemin, m’accompagnent – je sais oui, c’est grave, je surveille.

Je crois que c’est cela. Le bonheur, il est à portée de main, dans les bonnes rencontres.

 
 

Prince, 8 ans – discussion autour de ma famille et des mensonges vitaux pour se protéger :
Ah… mais si tu avais continué, si toutes les personnes continuaient d’être violents parce qu’ils ont été élevé comme ça, mais alors toute la planète serait violente ! Bravo d’avoir rompu avec ta famille. Merci maman, d’avoir coupé la chaine.

 

abeille butine pollen

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